‹ Romania (volume 4)Chapitre 274 sur 283 · I. ACETORE, AZTOR, AÇOR (autour · texte numérisé non relu

I. ACETORE, AZTOR, AÇOR (autour

i° Le 26 novembre 1057, Sancho V de Navarre vendait à Sancho Fortunez le monastère de San Miguel de Yécoza avec toutes ses dépendances. Il recevait en payement un cheval du prix de 500 sous (d'argent?), et deux autours dressés, l'un à la chasse du héron, l'autre à celle du canard sauvage, estimés 200 sous chacun (Llorente, Provincias Vascongadas, t. III, escr. 46) : « Accepi ex te unum cabalum », dit ce prince dans l'acte de vente, « in precio de quingentos solidos, et uno acetore garcero in precio de ducentos solidos, et alio acetore anatero in precio de ducentos solidos ». — Cent ans plus tard, le 26 octobre 1 124, un seigneur portugais, Egaz Gundesindiz, déterminant les limites de son pueblo de Cernancelhe, dans la charte de privilèges qu'il lui octroie, fait mention de la source, ruisseau, ou étang des Autours (Monum. Port. , Leg. et consuet., p. 364) : ce Suis terminis per illam aquam de Tega, et per illam aquam de Aradros, et per illam aquam de Acetores1. »

Dans les chartes latines de la Castilie, de Léon et de la Galice appartenant à la période du haut moyen âge espagnol, ni acetore ni son équivalent phonétique aztor ne figurent une seule fois, à ma connaissance. Ceci est également vrai des chartes asturiennes de la même époque. Il existe toutefois sous ce rapport une différence entre ces deux classes de documents. Les chartes d'Oviedo, à l'exclusion des autres, renferment la preuve indirecte de l'existence dans la langue vulgaire, non pas seulement d'acetore et d' aztor, mais aussi d'azor, et cela dès la fin du

1. Un des trois mss. de ce fuero, celui qui provient de Moscagata, porte aquam de açatorcs.

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vin6 siècle. On voit, en effet, couramment employé par les notarii de cette province, aux premières années du siècle suivant, le dérivé aziorera ou azorcra avec la signification de « bouquet de bois » ou de « forêt », qu'il a gardée jusqu'en ces derniers temps dans quelques districts du Portugal », et qui s'explique par le fait bien connu du grand nombre d'autours que nourrissent les forêts asturiennes.

2° Chose vraiment curieuse, c'est azorera, dérivé d'azor, transformation la plus moderne du primitif aztore, qui, dans l'ordre historique, se montre le premier. De 812 à 967, sauf l'apparition àJ aziorera à l'état de variante dans la charte d'Ordono Ier citée plus loin, les documents asturiens ne semblent connaître qu'azorera, et n'emploient que lui. C'est d5 azorera que se servent successivement Alphonse-le-Chaste en 812 (Esp. sagr., t. xxxvii, escr. 8), les moines Severin et Ariulphe en 853 (E. s. ib. 9), Ordono Ier en 857 {E. s. ib. 10, p.}26), Alphonse-le- Grand en 891 et 905 (Esp. sagr. ib. 12 et 11), les deux fils de ce prince et ses successeurs dans les Asturies, Froila en 912 et Ramire en 926 (E. s. ib. esc. i} et 14), enfin, en 967, Don Diègue, évêque d'Oviedo (E. t. xxxvm, escr. 6). A ce moment azorera s'éclipse, et son doublet aziorera fait son entrée en scène, le 14 mars 976. Car c'est bien à cette date, et non un siècle plus tard, comme l'a cru et imprimé Risco, le savant continuateur de YEspana sagrada, que fut rédigée et signée la donation du comte Froylan Vêlez, où aziorera fait sa première apparition en compagnie de gavilanzera, autre mot dérivé de même genre et de signification analogue, mais de moins fréquent usage : « Omnes

has villas intégras cum officiis salinarium secus litus oceani maris,

aztoreras, gavilanzeras, venationes in omnibus montibus » (Esp. sag.9 ibid. escr. 2 a. Les autres pièces de provenance asturienne où ce mot est encore employé exclusivement sous cette forme sont les chartes du roi de Léon Bermude II en l'an 992 (aztoreas, Esp. sag., ib. esc. 5), des rois de Castille et de Léon Ferdinand Ier en 1036 (/fr. escr. ij),

Alphonse VI en 1085 (« aztoreras et gavilanzeras aztoreras et

venationes» ib. escr. 26, p. 335 et 336), enfin Alphonse VII en 1126 (Yepes, Coronica de San Benito, I, esc. 52, c< aztoreira »). Aziorera dis-

1. Voy. Constancio, Novo Diccionario ait. e etym. da Ling. Port., in-4*, 1868, v° azoreira.

2. Un coup d'œil jeté sur les noms des principaux signataires de cette pièce eût convaincu Risco de son erreur, ou plutôt l'eût averti de sa distraction. En 976 (era mxiiii), et non en 1076 (era mcxiiii), un Ramire régnait à Léon. A cette même époque, exclusivement à toute autre, les sièges épiscopaux de Léon, d'Oviedo, d'Astorga, de Numance (Zamora), de Lugo et de Mondofledo étaient respectivement occupés par Sisenand, Bermude (Virmandus), Gonzalo, Jean Pélage et Sabaric. — Notre document était d'ailleurs produit, dès 1056, par l'évêque d'Oviedo, Froylan, dans un procès que son église eut alors à soutenir (Esp. sagr., ibid., esc. 17).

NOTES SUR L'ANCIENNE LANGUE VULGAIRE D'ESPAGNE 6l I

parait alors à son tour, pour ne plus reparaître qu'en Portugal, dans ce passage du fuero octroyé aux habitants de Coleirôs, en 1 1 26, par le

roi Alphonse Ier : « Termina de istius ville per carvalias et per lombo

de azoreira {Mon. Port. Leg, etcons., p. 387). »

}° De tout ce qui précède, on peut, je crois, tirer deux conclusions très acceptables : l'une qu'açor vient par aztor d'accepter, comme le veut Diez, et non d'asturius, et à plus forte raison d'astur; l'autre que les açores bien dressés étaient encore fort rares dans le nord-ouest de l'Espagne au xie siècle, puisque le roi de Navarre achetait chacun des siens au prix que coûtait alors un bon cheval de guerre

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