IV. ANAZIAR, ANAZIADOR
i° Après avoir, dans sa note sur la 128e glose de Reichenau (Ane. gloss. rom., p. $6 de la trad. franç.), constaté l'existence d'un verbe anetsare, signifiant « pousser, presser », Diez ajoute que par son tt, qui semble indiquer un tz ou z allemand, ce verbe fait penser à l'ancien haut allemand anazan = excitare, instigarey impellere, mais avec affaiblissement en e de l'a primitif de la syllabe dérivative. Cet a primitif ainsi que le z allemand s'étaient conservés au xii* siècle dans la forme portugaise de ce verbe anaziar et de son seul dérivé certainement connu, anaziador. Je rencontre le premier dans ce passage du Fuero de Sena, aujourd'hui Seia (a. 11 $6) : « Et si (def) illos qui anaziarent ad mauros « (al. mouros), prendat rex suam mediam partem » (Mon. Port. Leg. et consuet., p. 371). Le second m'est fourni par un fuero plus ancien de vingt-deux ans, celui que le comte Henri de Portugal octroyait aux pobladores de Tavares en 1 1 14. Dans la partie qui traite des délits et des peines, je lis ce qui suit : « De judicio infiado, x quartarios, medio a
« senior et medio a concilio ; de feridas unus cum alio v quartarios
« a senior; de homicidium La modios de anaziador, aprehendent
« illum quantum abuerit; de rausum, La modios qui autem arran-
« caverit armas in villa perdet eas » (#., p. 360). J'avais un moment songé à reconnaître le substantif verbal if anaziar ou anassiar dans le mot annassia, que je rencontrais dans une charte de privilèges de l'an 1 062, donnée par le roi Ferdinand Ier en faveur du monastère de San Pedro de Arlança, et que Yepes a publiée (Coron, de S. Benito I, esc. $1); mais, outre que le double n à1 annassia m'embarrasse quelque peu, je crains que ce mot ne soit chez le docte bénédictin le résultat d'an
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déchiffrement inexact. Je ne serais pas surpris qu'un nouvel et plus sérieux examen de la pièce originale, ou de l'ancienne copie dont Yepes s'est servi, eût pour résultat la substitution de manneria à anassia dans le diplôme de Ferdinand.
2° Quel était en Portugal le sens précis d'anaziar et de son dérivé ? C'est ce que, pour le moment, et jusqu'à ce que de nouveaux textes plus explicites me passent sous les yeux, il m'est difficile de dire. Ce que je sais, c'est que Vanazia était en certain cas un crime très grave, puisque le comte Henri de Portugal décrète la confiscation de tous les biens de Vanaziador, tandis que le rapt et l'homicide ne sont punis que d'une amende de cinquante muids de blé. Je sais aussi, d'autre part, que Vanazia chez les Mores donnait au roi droit de partage avec Vanaziador (Fuero de Seia). Tout ceci pourrait à la rigueur s'entendre du brigandage à main armée, pratiqué en pays chrétien et alors sévèrement puni (Fuero de Tavares), ou en pays arabe, et dans ce cas toléré ou même encouragé, moyennant l'abandon de la moitié du butin au roi (Fuero de Sena). Malheureusement pour cette interprétation, le roi Alphonse Henriquez mentionne dans ce même Fuero de Seia la razzia ou brigandage armé contre les musulmans, et n'exige pour sa part que le cinquième, et non la moitié du butin : « Hommes qui fuerint trans « ermio, et prendiderint maurum qui fugiat, aut mulo, aut cavalo, aut
« asino, aut bovem, autvaca, et illi fueri[n]t de terra de Mauros
a dent quintam ad illo rege, et alia alcaidaria non dent » (Mon. Port., P. J70.
La langue moderne connaît un verbe anaçar « agiter, mêler, battre, brouiller (des œufs et autres substances liquides) » ; si ce verbe est identique à Vanaziar de nos textes, on pourrait donner à celui-ci le sens de « se révolter, s'insurger, former des factions ».
Jules Tailhan.
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