‹ Romania (volume 4)Chapitre 4 sur 283 · Revue germanique, t. XVI, page · texte numérisé non relu

Revue germanique, t. XVI, page

2. Ces vers doivent être ajoutés aux textes poétiques que Bourquelot a réunis dans ses savantes Eludes sur les foires de Champagne, chapitre v.

3. Stengel. Mittheilungen aus franzœsischen Handschriften der Turiner Univcrsitats-Bibliothek (Marburg, 1873, m-4*), p. 28*.

presque tout diffère dans les détails. Selon la tradition du xn« siècle, la victime de Huon est un simple comte : il le tue à Paris, dans le palais de l'empereur ; banni de France, il cherche un refuge auprès du comte Guinemer dont il séduit la fille, et après un temps assez long il meurt empoisonné. Les causes de l'exil de Huon de Bordeaux ont un caractère bien autrement épique dans le poème du xui* siècle, où Huon est le meurtrier du fils unique de l'empereur : Chariot, ainsi se nomme le jeune prince, s'est embusqué non loin de Paris, aux abords de la route qui conduit à Bordeaux, attendant les fils du feu duc Séguin, qui, appelés par Charlemagne, se rendent à la cour; il blesse grièvement Girard, le plus jeune des deux frères, mais tombe lui-même sous les coups de Huon, qui apprend seulement au palais de Charlemagne quel adversaire il a combattu. Le nom du comte Guinemer est commun à l'une et à l'autre version de l'histoire de Huon de Bordeaux, et toutes deux y lient le souvenir de la ville de Saint-Omer 1 ; toutes deux parlent de la fille du comte ; mais dans le poème du xiu* siècle, celle-ci n'est plus 1' « amie » de Huon, qui se contente de rendre la liberté à Sébille, retenue prisonnière depuis sept ans par un géant dans le château de Dunostre 2.

Les dix-sept vers que nous avons reproduits d'après M. E. Stengel renferment tout ce que l'on sait actuellement de la forme primitive de l'histoire traditionnelle de Huon. Il convient donc de les étudier de près pour essayer de déterminer l'époque à laquelle vivait le personnage réel du nom de Hugues (Hugo) dont la tradition s'est emparée pour en faire le héros d'un poème épique.

î . L'auteur du prologue des Lorrains fait de Guinemer le fils de saint Bertin, lequel, selon l'histoire, fut le second abbé de Sithieu, abbaye qui prit depuis le nom de ce bienheureux et donna naissance à la ville de Saint-Omer, où le poème de Huon de Bordeaux (p. 1^4) fait naître la fille du comte Guinemer. Il est possible que ce Guinemer ait été emprunté par nos trouvères à quelque ancienne tradition wallonne, car son nom, en latin Winemarus} paraît surtout avoir été employé dans les pays oui. du IXe au XII0 siècle, firent partie du comté de Flandre. Le Cartulaire deSainUBertin. lui seul, nous fait connaître: l'un diacre nommé Winidmarus qui, en 723, rédige un acte de vente à Saint-Omer même (édition Guérard, p. <o) ; 2" un chevalier du comte de Flandre. Winemarus, qui assassina l'archevêque de Reims, Foulques, lequel était alors abbé de Saint- Éertin (/M., p. 135); 30 Winemarus, vassal de l'abbaye nommé dans un acte de 1075 (ibid., p. 195) ; 4* Winemarus, châtelain de Gand, témoin d'une charte du comte Baudouin VII en 1 1 14 iibid., p. 255). — On pourrait aussi rapprocher du personnage de Huon de Bordeaux Guimer, châtelain de Saint-Omer, qui paraît au début d'Ogier le Danois, si cette forme Guimer ne semblait pas plutôt dériver de Withmarus.

2. Huon de Bordeaux, édit. Guessard et Grandmaison, p. 144 à 1 57.

l'élément historique de Huon de Bordeaux 5 A vrai dire, les rares érudits qui consentent à étudier les traditions carolingiennes ne paraissent pas mettre en doute la conteroporanéité de Huon de Bordeaux et de Charlemagne, contemporanéité qui, attestée formellement dès le début du poème, semble corroborée par l'existence d'un personnage historique du nom de Séguin, auquel Charlemagne confia l'administration du comté de Bordeaux en 778 », et qui ne serait pas différent du père de Huon; vers le déclin du règne de Charlemagne, le fils de Séguin aurait pu être ainsi en âge de se mesurer avec le roi Charles le Jeune, fils aîné de Charlemagne, que la mort enleva en 81 1 à l'affection paternelle.

Malheureusement pour cette suite d'hypothèses, on ne peut plus, après la publication de M. Stengel, fonder de conjectures sur le fait de la mort de Charles le Jeune du vivant de son père, puisqu'on sait maintenant que le meurtre de Chariot n'était pour rien dans l'histoire primitive de Huon de Bordeaux. Bien plus, il est permis de supposer qu'ici, comme dans plusieurs autres traditions carolingiennes, Charlemagne a remplacé Charles le Chauve, car Bordeaux et la Gascogne furent gouvernés durant les six premières années du règne de Charles le Chauve par un comte ou duc nommé Séguin *, de même que le lieutenant de Charlemagne, et il est possible que la fin glorieuse de cet autre Séguin de Bordeaux, mort en défendant la Saintonge contre les incursions des Normands ?, ait donné naissance à une sorte de geste bordelaise dont la

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