NON' ET ON
J'ai mentionné (Mémoires de la Société de linguistique, t. III, p. 241) remploi en normand de la forme no — no-z devant une voyelle — pour on; ce patois se sert-il aussi de la forme non dans le même cas? M. Louis Havet (Ro mania, 1878, p. 109) l'admet et dit qu'on « emploie ce mot devant une n. » Si un linguiste aussi sagace donnait cette forme pour l'avoir entendue, je n'aurais qu'à m'incliner devant une autorité de sa compétence ; mais il n'en est rien ; M. L. Havet cite d'après des textes, ce qui est tout autre chose, et les exemples qu'il donne ne sont pas également probants ; il en est même qui ne prouvent rien ou ne peuvent du moins prouver l'emploi de non pour on dans le normand. C'est le cas en particulier pour un exemple qu'il m'emprunte, il est vrai, en le modifiant et en y corrigeant une prétendue faute d'impression Or, comme cet exemple ne renferme pas de faute pareille, il ne saurait entrer en ligne de compte. Il y a plus, la forme que, grâce à cette correction, M. L. Havet a trouvée dans le patois du Bessin, et que j'aurais dès lors eu le tort de n'avoir pas « cataloguée » dans mon essai sur cet idiome, ne s'y rencontre pas, je puis l'affirmer, et je crains presque qu'elle n'existe pas beaucoup plus dans les autres patois normands. La forme, en effet, qu'on trouve dans le Bessin et dans diverses régions de la Basse et de la Haute Normandie est, comme je l'ai écrite, non9 ou /kwz, c'està-dire no -f- n, ce qui est bien différent, on le voit, de non, c'est-à-dire no". Ex. Non' n'U di pâ, on ne lui dit pas.
Mais quand emploie-t-on cette forme ? Non pas devant n, comme le dit M. L. Havet pour non, bien que les exemples qu'il apporte ne l'autorisent pas à donner une règle aussi générale 2, mais seulement devant n suivie d'un e muet qui s'élide ; ainsi :
non9 v*é goutte : on ne voit goutte, mais no n'i vé pâ : on n'y voit pas.
Maintenant quelle est cette forme non7 i C'est tout simplement le mot no après lequel se développe le son n devant n (+ 0> phénomène qui d'ailleurs n'est pas particulier à ce mot ; on dit, en effet :
1. Cet exemple est non' n' te contan. M. L. Havet suppose qu'il faut lire non n'U contan, ce qui est de tout point inexact.
2. De ces exemples, l'un emprunté à Métivier : en verrait non, ne peut compter, puisque non n'est point suivi de n, un autre tiré des ordonnances de la cour royale de Guernesey : non n'en cher géra me parait douteux, les deux autres peuvent et peut-être doivent se lire : non' ne prendra, non' n'vi goutte et non non ne prendra, non n'vi goutte.