‹ Romania (volume 4)Chapitre 47 sur 283 · UN TESTAMENT MARSEILLAIS EN · texte numérisé non relu

UN TESTAMENT MARSEILLAIS EN

Le testament de R. d'Argilès, personnage qui ne nous est pas autrement connu, a été écrit à Marseille au commencement du XIVe siècle (27 mai 1316) sur un feuillet de papier de coton, aujourd'hui en assez mauvais état de conservation ; ce feuillet, plié en deux, nous donne quatre pages d'une grosse écriture méridionale1. Bien que les pièces provençales de cette époque ne soient pas rares, il nous a toutefois paru utile de publier celle-ci, qui présente certaines particularités linguistiques bonnes à noter.

Le testateur, R. d'Argilès, ou la personne qui écrivait sous sa dictée le testament dont nous n'avons ici que le brouillon, — comme le prouve clairement (/. 71) une correction incomplète, — n'avait certainement pas de règles bien fixes d'orthographe, et plus d'une fois nous rencontrons le même mot écrit de plusieurs façons ; le mot estitusion entre autres, fr. institution, semble lui être tout à fait inconnu, et nous en trouvons jusqu'à quatre orthographes différentes ; preuve évidente que le testament n'est pas l'oeuvre d'un notaire, qui eût connu et bien écrit ce terme de droit romain. De même aussi le rédacteur de la pièce abuse du c final, qu'il place un peu à tort et à travers. Toutefois le manque de régularité dans l'orthographe n'est pas tel qu'il n'y ait moyen de recueillir dans ce document quelques remarques linguistiques intéressantes.

Ce sont les liquides qui nous offrent les faits les plus nouveaux.

Les formes apers 8 pour après, ulges 12 pour cierges, derc 17, 33, 47, etc.

1 . Cette pièce appartient à la collection Montreuil dont le département des mss. de la Bibliothèque nationale de Paris s'est enrichi tout récemment (Nouv. acq. lat. 1340, fol. 77-8).

pour àrtCy escircha 53 pour esericha, escirs pour escris 30, 36, fars pour fras (frans) 91, palier 3 pour plazer, sar garda 28 pour sagrada, nous montrent des métathèses peu fréquentes ailleurs.

L'/i suivie d'une consonne, principalement d'une dentale ou d'une sifflante, ne se prononce pas à la syllabe protonique, ou du moins ne sonne que très sourdement : cabiador 23, catar 7, 9, codesions 82, cotcn 59, dcmadar 64, despe* dicc 23, 25, 27, 28, efra 30, 58, 105, Ermeses 6, 11, 100, tsmtdar n, fars 91, itrada 59, 105, magar 37, 69.

Il est impossible, croyons-nous, de voir dans ces mots des formes où aurait été oublié le signe abréviatif de Yn : d'un côté leur fréquence (nous n'avons que peu d'exceptions, condesions 85, conten $6, dcmandar 33, 4$, 79, 89, enfra 36, mangar 94), et de l'autre la présence bien marquée de la nasale dans des mots comme cant 20, 26, etc., capelans 12, lom 1, tetamen 2, etc., où elle figure à la tonique, ou dans des mots comme almona 20, monega r8, monetier 1 8, etc. , où elle n'est à côté d'aucune autre consonne, montre bien que ce n'est pas par inadvertance que Yn a été omise dans les cas signalés plus haut. Remarquons la chute de / et de r dans les groupes de deux lettres :

escaus 91 celges 12

cstabics 98 univesal 36, 39, 41,98

geza 13, 15

mobis 96, 97

pus $2

Pour les voyelles, signalons la forme sara 34, 43, 68, où Ye suivi de r est remplacé para; ici encore le changement n'a lieu qu'à la tonique (cf. sir an 12). C'est aussi à la tonique que nous rencontrons la notation uo, uou, prononcé vo, vou (cf. vo 10, 11, vou 97, voira 65, voutra 28), où il faut voir le développement par Vo ou Yu d'un v initial, fait déjà signalé par M. P. Meyer dans un ms. exécuté en Provence (Derniers Troubadours, p. 20-1).

Citons enfin comme particularités les formes despeduc 25, donne 19, pagiec 55, où il faut peut-être voir une notation fautive, personnelle au rédacteur, car la finale en c n'est pas ordinaire aux premières personnes des parfaits provençaux. C'est peut-être aussi de même qu'il faut expliquer la forme de l'invocation du commencement En lom de Dieu, bien que n venant à la tonique après une autre /z, puisse facilement passer à / dans la prononciation.

Tels sont les faits assez remarquables qui se dégagent de cette courte pièce ; d'autres encore seraient à signaler, p. ex. la chute de Ys devant le t dans le groupe rt, mais ils n'ont pas le même caractère de singularité. Nous avons du reste fait quelques corrections indispensables, et il sera loisible au lecteur, en comparant nos notes et le document que nous reproduisons ligne pour ligne, de reconstituer en son entier, avec sa graphie quelque peu fantaisiste, le testament de R. d'Argilès.

Gaston Raynaud.

En lom de Dieu Tetamen de R. d'Argilies la sota sia :

2 Argilès est sans doute la petite commune du Gard qui porte aujourd'hui le nom

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