‹ Romania (volume 4)Chapitre 52 sur 283 · Cf. amiralt dans la Chanson de Roland, v · texte numérisé non relu

Cf. amiralt dans la Chanson de Roland, v

4. P. Meyer, Anciennes poésies populaires en langue d'oc, p. 19.

duction de l'évangile de saint Jean et qu'on peut voir encore dans une charte auvergnate du xuie s. publiée en appendice à la fin de la Guerre de Navarre, p. 777. Dans cette charte aut est au singulier et l'absence de la sifflante y est normale ; Vaut limousin est au contraire au pluriel ; mais il n'y faut pas voir pour cela une faute ; c'est en effet au caractère commun aux plus anciens textes du haut Limousin, et spécialement aux mss. de St-Martial, que z final, quelle qu'en soit la source, s'y réduit à t. Cette règle ne souffre pas une seule exception dans le ms. 1 1 39. Je n'insiste pas aujourd'hui là-dessus, devant très-prochainement publier un travail dans lequel la question est traitée tout au long. Je me bornerai à faire remarquer que des textes, même récents, offrent encore en assez grand nombre de ces formes en / = z, surtout z provenant de c ou U. Telle est, sans parler de nombreux documents d'une origine limousine plus certaine, la Prière à Notre-Dame des Sept Douleurs publiée au tome I, p. 410 seq. de la Romania, où l'on trouve crot, empereirit et governeyrit (vv. ? 8, 6$, 66, 87).

Dans tous les cas que nous venons d'examiner, on doit considérer le t final, sinon comme étymologique, du moins comme justifié par la phonétique et la tradition. Cette tradition, on l'a vu par les exemples rapportés, spécialement ceux de jort et de cart, se montre non interrompue du xme s. au xvne, et, en y joignant ceux que M. Meyernote en dernier lieu, jusqu'à nos jours. D'autres formes pareilles dont je n'ai pas d'exemples anciens, mais qui peuvent s'expliquer comme les précédentes, sont gobert (de gobernz-gobernt) et tourt (de tornz-tornt) que je trouve usitées dans la Gascogne et le Bas-Quercy.

Mais on trouve aujourd'hui dans quelques localités, particulièrement dans le Bordelais, le t adjoint ainsi à l'r finale, non pas seulement dans les mots où une n étymologique en avait autrefois provoqué l'introduction, mais encore dans beaucoup d'autres où, la même raison n'existant pas, on est réduit à invoquer, avec l'analogie, cause première du phénomène, un certain goût maladif pour la combinaison rt. C'est ainsi qu'à Bordeaux on dit, et peut-être plus encore dans le mauvais français du crû qu'en pur gascon : amourt, discourt, voulurt, etc. etc. Ce goût se manifeste dès le moyen âge par la fréquence de la forme vert (devert, envert) = vers dans les chartes gasconnes.

La Saintonge aime aussi cette combinaison. Ainsi, dans les environs de Cognac, où j'écris ceci, les paysans prononcent volontiers ort, trésort, desoirt (ce soif) etc.

Hors de ces deux contrées, je n'ai pas constaté l'adjonctjon habituelle de t à r final. Mais le cas doit, je pense, se présenter dans les parties

1. Voy. Bartsch, Chrcstom. prov. 10, 12, et Meyer, Recueil, p. 38.

T FINAL NON ÉTYMOLOGIQUE EN LANGUE d\)C I I J

de la Provence et du Dauphiné où les formes jourt, jourt, chart ont persisté. Je trouve Cesart (exemple peut-être isolé) dans une citation du poète montpelliérain Sage, dont je n'ai pas les œuvres à ma portée (Revue des L r. X, 324) ». Dans les anciens textes, je ne connais que deux seuls exemples de rt = r, et il faut probablement 7 voir des fautes de scribe. Ce sont : i° le cavalliertz de St-Honorat, déjà relevé par M. Meyer, et 20 chartz = chars (carrus) dans G. de Rossillon v. 8390.

Après n simple, les exemples de l'adjonction de t pourraient être un peu plus nombreux, au moins dans les textes de la Provence propre, sans qu'on en dût être beaucoup surpris. Je n'en puis pourtant citer que trois, et il est probable que, comme tout à l'heure dans chartz et cavalliertz, le t n'y est qu'un lapsus. Ce sont nantz (nanus) dans Jaufre suppl. 60 ; et, dans St-Honorat, cozintz (p. 197) et hermitant (67).

A défaut d'exemples modernes de cette adjonction de t à n final simple, j'en citerai quelques-uns, tous gascons, de ne pour n. Ce sont : sounc = sum (déjà sonc dans un texte du xve s. Cf. jonc, qui se rencontre assez fréquemment) ; senc (sinum), berenc (venenum), tabenc (tantum bene)2.

Je passe au dernier des cas signalés par M. Meyer, celui où le t parasite s'adjoint à une voyelle finale. J'écarte tout d'abord les mots comme - crout = crucem, det = decem 1 (Quercy, etc.) où le f doit n'être que le résidu d'un ancien z, et dont j'ai montré les pareils ou les équivalents dans des textes anciens. Les mots de ce genre sont d'ailleurs trop peu nombreux pour qu'ils aient pu exercer beaucoup d'influence ; aussi est-ce, je pense, à l'imitation des participes passés qu'est dû le t paragogique de jolit et autres formes pareilles. Je connais un homme de Martel (Lot) qui, transportant au français les habitudes de son patois, ne dit jamais autrement que : je suis venut, il est partit, et par analogie, même après une voyelle longue qu'il abrège, écurit (écurie), burot (bureau) etc., etc. Ce goût pour le t final après une voyelle va, dans les dialectes qui y sont enclins, jusqu'à le substituer à une autre consonne étymologique, et

1 . En limousin on a joint, dans quelques mots, à our final non pas t, mais n, d'après l'analogie de /ont, jorn, torn. Ex. : talhourn, voulourn (= fr. tailleur, voleur). II est vrai que cette n, aujourd'hui du moins, ne se prononce pas ; mais son existence est prouvée par les formes féminines talhourno. voulourno, etc. Un exemple fort ancien du même phénomène est chandorn, dans Bernard de Ventadour (Be m* an perdut), si du moins ce mot est bien candorem, comme le dit Raynouard. — Les formes languedociennes milhoun-milhouno doivent probablement s'expliquer de la même manière : oa aura sur jorn refait milhorn, et ensuite traité milhorn comme jorn lui-même, devenu joun.

2. Cf., après r, ahitrc (Montauban). On trouve de même ère (= erit), p. ex. GedichU 278, 9.

3. A propos de det, citons en passant la forme saintongeaise dist. Y a-t-il là une métathese de dits (diz), ou le t y est-il simplement paragogique ?

Ro mania ,V1 II g

voilà pourquoi le Quercy, l'Agenais, une notable partie de la Gascogne, prononcent cat, col, lout pour cap, cop, loup, etc.

On connaît dans l'ancienne langue les formes fauc, vauc. Cette dernière au moins existe à Toulouse (baouc) et à Bordeaux. Mais là on dit aussi baouî, et de même, concurremment, chérie et chérit, etc. Dans le bas Quercy je trouve niouc (nidum), et dans la Saintonge nie (id.) et loue (lupurn).

L'addition d'un t inorganique se remarque encore après l'adverbe ici (iqui) dans le Berry et dans la Saintonge : icit, iquit. Quelquefois, en Berry, un e s'adjoint ensuite à ce t parasite. La même chose se remarque en Provence, non pas seulement après ce même adverbe («ci), mais encore après eila et après le pronom neutre aquo. Ex : eicit, eicito; eilat, eiiato ; aquot, aquoto ou aquote. — Ansinio ou ansindo (= ainsi), fréquent chez Mistral, est un cas analogue. Cf. l'ancien français einsint.

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