‹ Romania (volume 4)Chapitre 57 sur 283 · CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ · texte numérisé non relu

CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ

FRAGMENTS DE BESTIAIRES CHANTÉS

Les chants de dialogues d'animaux sont assez rares aujourd'hui. On m'avait dit que sur certains points du plateau forézien et vellavien qu'on appelle la Montagne, les jeunes gens s'amusaient à chanter des chansons où les animaux se faisaient part de leur façon de vivre, de leurs plaisirs et de leurs peines, et que ces chansons avaient ceci de particulier qu'elles n'étaient pas dans un patois homogène, mais que chaque animal parlait un langage spécial, le rossignol, par exemple, le langage de tel village, le pinson, le langage de tel autre, et ainsi de suite. J'ai cherché vainement un de ces chants mélangés. Je n'ai pu me procurer que les fragments de deux bestiaires qui, chacun d'eux, appartiennent à un patois unique. Le premier de ces chants est dû à une communication, le second a été écrit directement sous la dictée de la chanteuse.

Je ne saurais dissimuler l'embarras que j'éprouve à écrire un patois que je ne connais pas et dont j'ai reçu de la même main deux copies où les mêmes mots sont parfois différemment orthographiés. Dans mon incertitude, je choisirai l'orthographe qui se rapproche le plus des mots tels que je les al entendus dans des villages dont le patois m'est plus accessible.

1 Le geai. — Chi dhigait le geain : c Ieu chantou quand me plain,

Nen devinou la plovo, incaro main le ven 4,

Quand ieu n'ai prou migeo, ieu me playe à chanta, t

2 Le coucou. — Chi dhigait le coucou : c Ieu nen chain man vedhu *,

Ieu van d'un abre en l'antro, ieu van par chanta, Le moudent m'inchangnou 3, me fan bien inthiata 4. ■

3 Le rossignol. — Chi dhigait le ressignen : t m'en van par invilia5 le moudent,

1. On dit du geai qu'il devine la pluie et le vent, parce qu'on le voit à l'époque de sa migration (du 1er au 15 octobre), les jours de vent du midi, qui nous amène la pluie, voler en nombre à contre-vent pour gagner un climat plus doux. Ven signifie chez nous le vent du midi ; le nord c'est la biso, le vent d'est le mâtina, le vent d'ouest la traverso. Quelquefois on se sert d'appellations moins générales ; suivant qu'on occupe telle ou telle place, on donne à tel vent le nom d'une province ou même d'une localité. À Fraisses, le vent d'ouest se nomme vent d'Auvergne, le vent d'est, le Chambonnaire, du Chambon, commune voisine, située à l'est.

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