‹ Romania (volume 4)Chapitre 6 sur 283 · Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p · texte numérisé non relu

Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p

l'élément historique de Huon de Bordeaux 7

de Huon de Bordeaux représente certainement Charles l'Enfant, roi d'Aquitaine, l'un des fils de Charles le Chauve et de la reine Ennentrude.

Nous résumons le peu que les annalistes du ixe siècle nous ont appris de Charles l'Enfant. Ce prince était né en 847 ». Les Aquitains deman- ^ dèrent à son père dès l'an 855 de le leur donner pour roi », et il ceignit la couronne à Limoges où l'archevêque de Bourges le sacra vers le milieu d'octobre de la même année *. Cependant, quelques mois plus tard, ses sujets, avec cette légèreté que les chroniqueurs carolingiens disent être le trait distinctif du caractère aquitain, rappellent leur ancien roi Pépin II, le neveu de Charles le Chauve 4, puis ils rétablissent presque aussi vite le jeune Charles $. Au début de l'année 857, une partie de son peuple fait de nouveau cause commune avec Pépin6 et ne se soumet qu'au bout de deux années 1. Charles l'Enfant venait de temps à autre dans les pays en deçà de la Loire rendre visite à son père 8, mais il n'avait pas encore atteint sa quinzième année qu'il songeait à s'affranchir complètement de l'autorité paternelle pour suivre aveuglément les conseils de deux grands de son royaume, Etienne, comte d'Auvergne, et Aifroi9. En 862, à la suggestion d'Etienne, il épousait, sans le consentement de son père, la veuve du comte Humbert, et Charles le Chauve l0, comme le père de Chariot dans Huon de Bordeaux, devait se

1. Cette date résulte du texte qu'on trouve à la note 10 de cette page.

2. • Karlus Aauitanis petentibus Karlum, filium suum, regem designatum attribuit. » (Annales Bcrtiniûni, anno 855.)

3. c Aquitani urbem Lemovicum, mediante octobri mense, convenientes, Karlum pue ru m, filium Karli, regem generaliter constituunt, unctoque per pontificem coronam regni imponunt, sceptrumque attribuunt » (ibid.y anno 855). — c Carolus Calvus (sic) in regem Lemovicas unctus est a Rodulfo, Bituncensi archiepiscopo, et Stodilo, Lemovicensi episcopo... 1 (Adémar de Chabannes, Commemoraiio abbatum Lemoviccnsium, apud Bouquet, t. VU, p. 273.) Cf. la Chronique du même Adémar.

4. t Aquitani Karlum puerum, quem nuper regem constituerant, spernentes, Pippinum ex raonacho, qui de monasterio sancti Medardi aufugerat , eductum custodia regem simulant. 1 (Annales Bertiniani, anno 8 $6.)

5. c Et Aquitani, spreto Pippino, Karlum puerum, filium Karli régis quem antea pepulerant, recipiunt, et in Aquitaniam reducunt. 1» (ibid.)

6. • Aquitanorum aliqui persuasione occulte conspirantium Francorum quorumdam in Karlum, a Karlo admodum puero déficientes, Pippino sociantur. 1 (ibid., anno 857.)

7. • Aquitani ad Karlum puerum omnes pene convertuntur, Pippinus Rotbertum comiti et Britonibus sociatur. 1 (ibid.. anno 859.)

8. Notamment en 8^8, tandis que Charles le Chauve assiégeait les Normands dans une lie de la Seine : c Karlus rex insulam Sequanae vocabulo Oscellum, Danos in ea commorantes obsessurus, mense julio adgreditur, ubi ad eum Karolum puer, filius ejus, ab Aquitania pervenit. 1 {ibid., anno 858.)

9. c Egfridus, qui transactis temporibus cum Stephano filium et aequivocum régis ad obedientia paterna subtraxerat... » (ibid.9 anno 864.)

10. c Carolus rex Aquitanorum, Caroli régis filius, needum quindecim annos comptons, persuasione Stephani relictam Humberti comitis sme voluntate et conscîentia patris in conjugem ducit. 1 (ibid., anno 862.)

dire affligé d'avoir donné le jour à un « mauvais héritier » qui préférait la compagnie des traîtres à celles des « prudhommes 1 ». Il ne paraît pas toutefois avoir agi rigoureusement avec ce fils rebelle* qui, vers la -fewle l'année. 86$, vint avec les principaux seigneurs aquitains lui jurer fidélité à Nevers où les deux rois célébrèrent ensemble la fête de Noël *.

Tandis que les Normands ravageaient plusieurs provinces d'Aquitaine, notamment le Poitou et l'Auvergne où ils tuèrent le comte Etienne, le favori de Charles l'Enfant, celui-ci accompagnait son père à Compiègne où on le rapporta, un certain jour, presque mort et le cerveau atteint par une horrible blessure qui le défigurait complètement. Si l'on en croit les annales quasi officielles, rédigées sous l'inspiration de l'archevêque Hincmar, l'un des plus fidèles serviteurs de Charles le Chauve, le roi d'Aquitaine, revenant nuitamment de chasser dans la forêt de Cuise avec plusieurs jeunes gens de son âge, et se livrant en leur compagnie à de dangereux amusements, aurait reçu cette blessure de l'épée d'Aubouin, l'un de ses compagnons 4.

Un chroniqueur qui, une trentaine d'années après cet événement, gouvernait la fameuse abbaye de Priim, au royaume de Lorraine, et qui doit sans doute à sa qualité de Lorrain d'avoir pu échapper à l'influence de la version officielle reproduite par les annales d'Hincmar, Reginon, en un mot, raconte les choses différemment. Selon lui, l'auteur de la blessure de Charles l'Enfant, Aubouin, qu'il dit frère de Bivin et de

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