‹ Romania (volume 4)Chapitre 70 sur 283 · Grammatica celtica, 2« édition, p · texte numérisé non relu

Grammatica celtica, 2« édition, p

1 50 h. d'arbois de jubainville

poète en chef d'Irlande vers l'an 600 de notre ère; les autres étaient ses élèves, école célèbre dans la littérature irlandaise : c'est à elle que la légende attribue une des compositions épiques les plus importantes de cette littérature1. La rann est ainsi conçue :

Nisam eolach imnid adbaig Ciasa femnacb bolgach bug :

Domhuin charrgi mûri Manand Dorônad mor saland sund a.

Ce morceau offre à peu près le genre spécial de rann que les Irlandais modernes appellent seadna. Le premier et le troisième vers ont huit syllabes, se terminent par un disyllabe et assonent ; le second et le quatrième ont sept syllabes, se terminent par un monosyllabe et assonent. Mais l'assonance, en irlandais comharda, n'existe pas seulement ici entre les finales des vers, elle se trouve aussi ailleurs : le premier hémistiche du premier vers rime avec le premier hémistiche du second et avec l'avant-dernier mot de ce dernier vers ; le dernier mot du troisième vers rime avec l'avant-dernier du quatrième. Enfin il faut faire entrer en ligne de compte l'allitération, uaim en irlandais. L'allitération a lieu quand, particules déduites, deux mots qui se suivent dans le même vers commencent ou par une voyelle ou par la même consonne : or, dans chacun des quatre vers de la rann, les deux derniers mots remplissent cette condition *.

Cette rann peut donc être considérée comme un modèle du genre. Nous l'avons décomposée en vers, les uns de huit syllabes, les autres de sept ; en cela nous avons suivi les idées modernes, mais pour être dans l'idée primitive nous aurions dû diviser ses trente syllabes en deux sections chacune de quinze syllabes, auxquelles leurs rimes internes et leurs allitérations donnent une physionomie toute différente de celle du vers provençal et français.

La plupart des rann irlandaises sont non de trente, mais de vingt-huit syllabes qui se divisent en demi-ra/w de quatorze et où l'on peut distinguer quatre vers de sept syllabes chacun. On y trouve habituellement l'un ou l'autre des deux systèmes que voici : 1" les deux premiers vers assonent entre eux, et il en est de même pour les deux derniers ; 20 c'est le second vers qui assone avec le quatrième. Le premier système est celui des deux poèmes du ms. C. 301 de la bibliothèque ambroisienne de Milan, vme siècle, qui ont l'un trente-six vers ou neuf rann, l'autre

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