‹ Romania (volume 4)Chapitre 74 sur 283 · PROVENÇAL · texte numérisé non relu

PROVENÇAL

L'imparfait du subjonctif se présente en provençal sous deux formes, l'une en es, l'autre en is : ames, « que j'aimasse », partis « que je partisse », toutes deux admettant, en certains pays, un allongement en a : amessa, partissa C'est la première de ces deux formes que je vais étudier. Je me propose de montrer qu'ici, comme en beaucoup de cas, la même graphie s'est appliquée à deux sons différents et qu'il y a en réalité deux formes en l'une avec e fermé, estreit, selon l'expression du Donat provençal, l'autre avec Ve ouvert, lare.

Le Donat provençal, du moins dans l'état où il nous est parvenu, ne nous renseigne pas sur le son de la finale -es des conditionnels. Il y a bien (édition Stengel , p. 1 5 et 26) deux passages où l'auteur paraît avoir voulu donner ce renseignement, mais le texte est obscur et probablement corrompu en ces endroits dans les deux mss., et semble dire, dans l'un d'eux, le contraire de la vérité a. Nous avons heureusement un

1 . Je mets à part les dialectes du sud-ouest, Bigorre, Béarn, Gascogne, qui ont en ce cas des terminaisons tout autres (as, os, is).

2. Voici les deux leçons, d'après l'édition de M. Stengel, p. 26 :

Bibl. S. Lorcnzo, S. Maria del Fiore, Bibl. Riccardi 2814 : El prétérit non 187 : El prétérit non perfeit del con- perfeit del conjunctiu,si es de la segonda junctiu, si es de la segonda 0 de la e de laterza conjugazon, fenis la prima terça, «, esses, es, essem, essetz, essen, persona de singular in es, si cum eu cum de la prima, si cum cum eu agues, agues, cum eu prendes, cum eu fotes ; tu aguesses, el agues, cum nos aguessem, la segonda in esses, si cum tu aguesses vosaguessetz, cel aguessen vel aguesson. 0 tu prendesses ; la terza in «, si cum

ecl agues 0 tenes

Puis les deux textes passent aux imparfaits en -is. Il semble donc que l'auteur considère comme parfaitement semblables tous les imparfaits du subjonctif en es, assimilant ceux de la 2e et de la 3* conjugaison' à ceux de la première (cum de la prima, ms. Laurentien). Si maintenant on se reporte à la p. 1 5 de l'édition précitée, on y trouve un passage très confus.' visiblement corrompu dans les deux textes, où l'auteur semble dire que la finale de agues est en es fermé, ce qui est juste, et paraît ensuite assimilér à cette finale celle de cantes (imparfait du subj. de cantar), en quoi, si c'est là ce qu'il veut dire, il se trompe certainement.

moyen d'information très sûr, ce sont les rimes mêmes des troubadours.

Dans la table des rimes de Donat, nous trouvons (éd. Stengel, p. 49) ces quatre mots sous la rubrique es lare :

pes, pes, -dis;

confes, confessus vel confiteatur; ades, dto; près, prope.

Ces mots ont en latin e ou e en position. Ades, qu'on fait venir ordinairement de ad ipsum1, parait faire exception ; mais c'est que l'étymologie est fausse, d'autant qu'elle soulève d'ailleurs une difficulté : la conservation du d tant en provençal qu'en français. Je n'en ai pas de meilleure à proposer : je me contente de constater que dans ce mot Ve est réellement ouvert. Il ne s'agit plus que de rechercher quels sont les imparfaits du subjonctif qui riment avec ces mots en es ouvert. J'ai examiné à ce sujet les rimes d'une très notable portion de la poésie provençale ; je me borne à donner les résultats que m'ont fournis un petit nombre de pièces de troubadours et quelques poèmes. Dans les citations qui suivent, j'imprime en italiques les imparfaits qui n'appartiennent pas à la première conjugaison, et je mets entre ( ) les mots qui ne sont pas des imparfaits du subjonctif.

Bernart de Ventadour, Gen testera que chantes (Areh. XXXVI, 400) : chantes, mandes, (engres celés, ames, (près), tomes, fades), nasques, (pes).

Rambaut d'Orange, Pcirc Rogier (Raynouard, Choix, IV, 3) : (cofes), (ades), (après3), ames, azires, (pes), visques, pendes,

Goillem de Gabestany, Lo dous consirt (Parn. occitan. 39) : trobes, nasques, (pes), des.

Guiraut de Borneil, Alcgrar me volgr'en cantan (Parn. occit. 124) : alegres, ajudes, desconortes, cantes, esforses, (après), (ades), meillures, corail les, a grades, cujes, (es4), ensenhes, destorbes, atendes, prezes, demandes, entendes, ames, trobes, cosselhes.

Bertran de Born, Pus Ventedorn (Choix, IV, 14s) : (pes5) ajudes.'

Guiraut d'Espanha, S'ieu en pascor (Parn. occit. 369) : blasmes, (près), ames, estes, perdes, (pes), aprusmes, membres, dones, denhes, azires, (ades), (près).

Poursuivons maintenant la même recherche ailleurs que dans les poésies des troubadours :

0 Maria Deu maire (pièce limousine du XII* s.) crées, manges.

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