‹ Romania (volume 4)Chapitre 82 sur 283 · Voy. AA. SS. Jul. IV, p · texte numérisé non relu

Voy. AA. SS. Jul. IV, p

3. Pise et Lucques sont substituées à Laodicée et à Édesse, etc.

4. Les versions en prose française, oui soulèvent diverses questions intéressantes, n'avaient pas été l'objet d'une étude spéciale. Celle qui figure dans les mss. de la B. N. fr. 41 1 [i* ccxix r* a), 412 (f* 167 v° a) et 23 1 17 (f* 3 18 v a)

Êaraît faite sur un texte latin quelque peu différent de celui qu'ont publié les ollandistes. J'en dois l'indication à l'obligeance de M. L. Delisle.

l66 G. PARIS

Romania. Cette pièce, contenue dans le m s. de la 6. N. fr. 25408, y atait été transcrite pour la conférence par M. Beljame : je l'ai collationnée sur le manuscrit. Elle a déjà été imprimée, — ce que P. Meyer m'a appris quand j'avais terminé mon travail, — par M. Hippeau dans les Mémoires de P Académie de Caen pour l'année 1856 (p. 234 et suiv.); mais outre que cette édition n'est pas exempte de fautes (plusieurs vers y sont notamment passés), elle est trop peu accessible pour rendre inutile celle que je donne.

Ce poème mérite assurément d'être connu. Il est loin d'être sans mérite et sans intérêt, bien qu'il ne puisse, naturellement, se comparer sous aucun rapport à l'œuvre admirable du xie siècle. Le poète parait avoir eu sous les yeux la légende latine qu'ont publiée les Bollandistes, mais il l'a traitée fort librement, et ses nombreuses additions sont de nature à lui faire honneur. Il amplifie d'ordinaire, dans un langage familier et pittoresque, les indications assez sèches du latin. Ces simples mots : coepit nobilissimus juvenis et in Christo sapientissimus instruire sponsam suam et plura ei sacramenta discere, lui ont fourni la matière des vers 161-284, Tune des meilleures formes qu'on ait données à l'entretien d'Alexis et de son épouse dans leur étrange nuit de noces. Il introduit dans les sentiments de ses personnages plus de nuances que son original (par ex. les v. 359-562 ne sont pas dans le latin, ni 442-447, 577-579). Les plaintes du père, de la mère et de l'épouse sur le corps d'Alexis sont ici beaucoup plus longues et plus intéressantes. L'auteur se plait surtout aux morceaux qui se prêtent à une peinture des mœurs et des usages de son temps, et il exécute cette peinture avec un vif sentiment de réalité (p. ex. v. 37 ss., 124 ss., 495 ss., 924 ss.). Il aime aussi les réflexions morales et pieuses, et il y réussit (voy. p. ex. les v. 520-534). En revanche il omet des traits qui ne l'intéressent pas (comme ce qui concerne l'image miraculeuse d'Edesse1, la promesse de l'affranchissement faite par Euphémien au gardien d'Alexis, le nom du chapelain qui lit la charte du saint homme, etc.), ou peut-être qu'il ne comprend pas (rendam baltei, die parasceve9 etc.). Il écrit avec animation et simplicité; il rime exactement sans affectation puérile, et il se montre en tout comme appartenant à la bonne époque de notre ancienne littérature.

L'étude de la mesure et des rimes de ses vers nous montre cependant qu'il n'a pas dû écrire avant la fin du xne siècle. Il ajoute parfois une s à des nominatifs qui n'en avaient pas en latin : sires 54, 57 ; ce qui est plus grave, il emploie souvent la forme du régime pour celle du nominatif : Archade 18, 616, Honoire 18, 616, creable 32, laborçi, déduit

1. 11 sait qu'Edesse on est Rohès apelèt (306); avait-il trouvé ce renseignement dans une glose de sa source latine?

98, 269, sage 216, home 292, desguisé 356, despit 3 57, changié 360, uwg* 383, veus 430, efo/zf 453, novel 491, innocent 572, <fcaW* 578, <femig£ 582, Innocent 614, 909, esper/f 834 1 ; il emploie aussi la forme du rég. pl. pour celle du sujet : serjanz 319, enfièvres 498, encr cables 502 ; enfin il traite fort étrangement, — mais d'accord avec un usage assez répandu vers la fin de la période de la déclinaison, — le mot emperere dont il fait un rég. sg. (456) ou même un sj. pluriel (19, 61 5). Cependant, la déclinaison régulière prévaut. — Dans la conjugaison, je n'ai remarqué aucun trait notable : dongie, au v. 464, n'a peut-être pas besoin d'être corrigé en donget; ou esteit 619, compté pour deux syllabes, est un trait ancien. — Le vocabulaire a plutôt un caractère archaïque : on peut relever dans ce court poème un assez grand nombre d'expressions rares, quelques-unes même, comme baulande (63), gaimentos (323), despit (357), encreable (502), corsaument (737) *, essanicier (934) que je ne me souviens pas d'avoir rencontrées ailleurs. — Le style aussi a une couleur ancienne, en sorte qu'il ne faut sans doute pas assigner à notre poème une date plus récente que le règne de Philippe-Auguste.

Il est plus difficile d'en déterminer le dialecte. L'auteur confond ein et ain : sein : sain 258, plains : vilains 498, peine : semaine 948 ; ci (de l ï) et oi (de au -f- i) : seie : joie 146, atendeie : joie 772, etc. ; il fait rimer oculos avec articulos 210, leu (loco) avec preu 6 et d'autre part avec Deu 392 ; il contracte en ie 1'/ de materia (; dire 10), ecclesia (: servise 30, 376), ingenium (: fin 5 38) ; il ne contracte pas iée en le (496 1. mesniée : enseigniée; cf. 898) ; il ne confond pas é avec iè [avisé rimant 355, 843 avec desguisé doit être lu avisié, comme dans d'autres textes) ; il semble avoir diphthongué l'o accentué, même devant une nasale [boen : soen 266, 294, 490) ; il distingue rigoureusement le z (ts) final de Vs (content : parent 122, gent : estrumenz 128, samiz : délit 132, genz : dedent 148, laz : solaz 224, pechiet : entechiez 228, marcheant : mescheanz 234, serjanz : granz 320, serjanz : anz 380, enz : lenz 388, lediz : escharniz 5 14, assez : nez 810, marriz : ploreiz 906, — pais : nais 440, près : Rohès 344, adès : Rohès 432, 506, ocis : avis 736, amis : mis 858, 956); il emploie des 3e8 pers. de l'impf. de la ire conj. en -ou/ (sout : alout 292, gardout: ont J90], mais d'ordinaire il assimile -abam à -ebam (aveit: doneit 372, esteit : kemandeit 620, atendeie : joie 772, où il faut partout oi au lieu de ei); il semble avoir dit à la ire pers. plur. -on et non -ons ou -ornes

1. Je ne compte pas poisson 229, qu'on peut regarder comme intermédiaire entre pets et poisson, pescion cependant déjà dans le Fr. de Val. — Le poète fait Alexi invariable, ce qui semble indiquer qu'il ne connaissait le saint que par le texte latin ou'H a traduit.

2. Corsai est connu; Roquefort donne corsablement et coursablemcnt.

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