‹ Romania (volume 4)Chapitre 88 sur 283 · Sic, lis. dovete · texte numérisé non relu

Sic, lis. dovete

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Nous ignorons à qui Terra magni no s'adresse en ces termes, mais Péloge qu'il fait de c maestro Guittone • montre qu'il était contemporain de ce poète4. Guittone d'Arezzo, poète de valeur, à qui un mot dur et injuste de Dante a fait tort, fleurit après 1250; notre Terramagnino peut donc être placé avec certitude dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Il n'y a d'ailleurs dans l'opuscule (Je lui que je vais faire connaître rien qui répugne à cette attribution chronologique. Cet opuscule, qui n'est guère autre chose qu'une mise en vers des Razos de trobar de Raimon Vidal, a dû être composé à une époque où la poésie provençale était encore cultivée en Italie, et cette époque peut être étendue jusque vers le troisième quart du XIIIe siècle. Dante de Maiano, qui florissait au temps où l'AUighieri composait ses premières poésies, vers 1285, nous a laissé, comme on sait, deux sonnets en provençal ; mais quand l'auteur de la Vita nuova adressait ses premiers essais aux c fidèles d'amour », la poésie italienne était bien près de supplanter définitivement sur le sol italien la poésie provençale, et par conséquent le traité de notre Terramagnino ne peut guère être placé, ce me semble, plus tard que 1 2-fo ou 1 280.

Ce traité n'est, ainsi que je l'ai dit, que la mise en vers des Razos de trobar de Raimon Vidal. Terramagnino suit pas à pas son modèle — qu'il se garde bien de nommer, — et sa paraphrase est parfois assez proche de l'original pour qu'on puisse se rendre compte du texte qu'il a eu sous les yeux. C'était un texte fort analogue à la leçon que représente le ms. Riccardi (C dans l'édition récente de M. Stengel). On voit en deux endroits que son ms. avait les mêmes fautes que cette leçon (voy. les notes des vers 134 et 149). Je n'insiste point sur le rapport de l'opuscule de Terramagnino avec celui de B. Vidal, ayant donné à cet égard dans les notes toutes les indications qui m'ont paru nécessaires.

Terramagnino est un grammairien peu intelligent. Il ne comprend pas toujours son modèle et dans aucun cas il ne se montre capable de le perfectionner. Une rare preuve d'inintelligence est celle qu'il donne aux vers 319-22. R. Vidal avait cité une série de mots qui • s'allongent 1 à tous les cas du pluriel, c'est-à-dire où Y s appartient au thème, comme fais, de falsus; il ajoutait que certains noms de lieu, tels que Paris, Peitens, Angieus*, se rangent dans la même catégorie. Notre brave Pisan a cru que des noms de lieux italiens prouveraient bien mieux la règle qu'il venait de formuler d'après R. Vidal, et il remplace les exemples de son modèle par Piza, Lucca, Florensa, etc., qui ne présentent aucunement le fait qu'il s'agit de justifier.

Toute l'originalité de Terramagnino consiste dans le choix des exemples, en général tirés des poésies des troubadours, qu'il allègue pour justifier chacune des règles qu'il emprunte à R. Vidal, même en des cas où les faits sont tellement constants et fréquents qu'il n'est pas besoin de les justifier. Ces exemples ne

1. C'est du reste l'opinion de Crescimbeni, et, avant lui, de Fr. Redi, qui mentionne c Geronimo Terramagnino Pisano » parmi les poètes qui fleurirent au temps de Guittone; voy. Bacco in Toscana, ditirambo di Fr. Redi, éd. de Naples

2. D après le Riccardi, l'autre leçon donne comme exemples Paru, pais, Ponz.

TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE l8$

sont jamais ceux de R. Vidal. Notre auteur semble s'être fait une loi de remplacer toutes les citations de son devancier ; on vient de voir qu'il n'a pas toujours été heureux dans ses substitutions. La série des exemples qu'il rapporte révèle des faits qui ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de la poésie des troubadours. Voici la liste des auteurs cités; un astérisque est placé au-devant des citations que je n'ai pas réussi à retrouver dans les recueils des poésies des troubadours.

*AhdriàN8, v. 265-8, Andbians del Palais, v. 201-8. Arnaut de Mareuil, v. 350-1.

Bernart db Vbntadour, v. 262, 290-1, 545-7, 558-9. *Fabre d'Uzès, v. 254-6.

Folqubt de Marseille, *v. 224-5, 296-8, 301-5, * 571-2, *575«6, "625-6, 646-7.

Gaucelm Faidit, v. 211-2, 353.

Gausbebt de Puicibot, v. 283-6.

GoiRAUT DE BORNEIL, V. 219-21, 564-7.

'Guiraudo lo nos, v. 180-2.

Peire Vidal, v. 195-6, 250-2, 360-2, 534-6, * 589-90.

Pons de Chapteuil, v. 191-2.

Rambaut d'Orange, t. 141, 594, 596-8, 601-4.

Richart de Barbbzibux, v. 294, 356-6 bis.

*Ugo, y. 215-6.

A ces noms il faut ajouter un anonyme, l'auteur inconnu désigné par ces mots c cell qui fes la cort i, de qui deux vers sont cités (v. 186-7).

Il y a dans cette liste un nom qui, à ma connaissance, ne figure dans aucune collection des poésies des troubadours, celui c d'Andrian del Palais •. On peut à Andrian substituer Andrieu, faisant ainsi une correction vraisemblable en soi, sans obtenir par là aucune notion sur cet auteur jusqu'à présent inconnu. Je ne réussis pas non plus à identifier t celui qui fit la cour 1. Les trois vers cités,

Amies, q'has dich? no sa[b]s confort?

Son e[n]gieignos, e gallart Mîey dich e miei sotil dart,

ont tout l'air d'être tirés de quelque dialogue entre Amour et un amant malheureux, ou qui craint de l'être, comme il y en a dans Flamenca et ailleurs1. J'ai vainement relu, dans l'espoir de les rencontrer, les nouvelles de Rairaon Vidal et celle de Peire Guillém. On est donc conduit à supposer que nos trois vers sont tirés d'un poème perdu qui aurait probablement été intitulé « la cort d'amors ». Il existe en français un poème du XHI« siècle portant ce titre.

Puisqu'il est avéré que Terramagnino connaissait des poésies provençales qui ne nous sont pas parvenues, ou qui du moins n'ont pas été signalées jusqu'à ce jour, nous ne devons pas être surpris si, parmi les poésies d'auteurs connus qu'il cite, il s'en trouve que nos chansonniers ne contiennent pas. On a vu par la

1. Cf. par ex. la pièce en dialogue de G. de Borneil Allas! corn mor! les deux derniers couplets de Ces non pose en bon vers faillir , de Peire Rogier, la pièce Bt volgra d'Arnaut Plages, le couplet cité dans les Leys d'amors, I, 246, etc.

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liste dressée plus haut que je n'ai pas toujours réussi à retrouver les citations faites par notre auteur. Il y a présomption qu'elles sont tirées de pièces perdues. Ce n'est, je me hâte de le dire, qu'une présomption, car d'une part je sais bien qu'en certains cas je n'ai pas, faute de temps, épuisé tous les moyens de recherche, et d'autre part il a pu arriver que Terramagnino ait donné de fausses attributions, et dans ce cas ce n'est pas chez un seul poète, mais dans toute l'étendue de la poésie des troubadours, qu'il faudrait rechercher la citation. Ce n'est pas là une vaine supposition. Deux fois au moins notre Pisan s'est trompé d'auteur. Les vers 191 -2, qu'il met sous le nom de Pons de Chapteuil, sont de Guilhem de Saint- Didier, — comme Bertran y est mentionné, la rectification se présentait d'ellemême, — et au v. $91, Rambaut d'Orange est nommé à la place de Rambaut de Vaqueiras. Ces confusions ont dû se produire pour quelque autre assurément des citations que je n'ai pas su retrouver. Il serait trop étonnant par exemple que ce Terramagnino eût eu connaissance de deux ou trois pièces de Folquet de Marseille que nous n'aurions plus (v. 224-5, 57 l'^y 62 $-6).

Quoi qu'il en soit, ce médiocre traité n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la poésie provençale et de son développement en Italie. Le texte en est malheureusement très corrompu, à ce point qu'il est impossible d'attribuer au seul copiste du'ms. de Madrid les fautes sans nombre qui à chaque instant détruisent le sens ou la mesure. Beaucoup devaient se trouver déjà dans le ms. de Barcelone. Je n'ai admis dans le texte que les corrections qui pouvaient être indiquées d'une façon visible par des [] ou des (), c'est-à-dire celles qui consistent en additions ou en suppressions; les autres sont proposées en note. Il est difficile en maint cas de décider si les incorrections sont le fait des copistes, ou si elles remontent à l'auteur, Terramagnino ayant une versification et une langue également défectueuses. On trouvera à cet égard quelques remarques dans une note sur la versification que je rejette à la suite du texte.

PROEMI DE DOCTR1NA DE CORT.

En lo nom de Dieu qu'es subiranz,

Pa[i]re [e] fill e [ejsperitz sanz,

E guidanz de totz pecadors, 4 Faut mon acort per els amadors

Ques amon saber ab drechura,

Qals es aycella parladura •

Ques ha en chanz major plajensa 8 E may avinen s'ajensa.

E si enten molt [a] estendre

Mon die, mils ab drech reprehendre

M'en deu hom, quar en pauch [ejscrich

1 Corr. El n. — 4 Corr. Fauc m. a. pels a. — 8 Corr. avinenment? — 10 die, mils, sans doute dit (ou dich), nuls ; au lieu de nuls on pourrait lire negus et corriger reprendre. — 11 Le sens est : c Si je développe trop mon dit, on ne saurait à bon droit me le reprocher » ; cf. R. Vidal, Û. Stengel, 67, 1 2-7.

TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE l8j

1 2 No podon ges caber gran dich,

E [en] breus ditz confusios

[Se] concreja mantas sazos.

Mas si eu clararaen dezir 16 E may mas paraular dir,

Obs es que mos ditz s'espanda

Per drech' e per longa landa;

E s'afanz feyra menz mestreygir, 20 Vigors mon coratg' enpeeygir,

Car [ben] say que ses gran afan

Hom no pot far obra prezan.

Eu voil que cascus q'a prttz ries 24 L'entende, no avols ni tritz.

Don ieu, teramayguis de piza,

Commenz en aquesta guiza.

COMENÇAMENT DE D0CTRINA PROVINCIAL VERA , E DE RAHONABLE

L0CUCI0.

Tôt en aysi con le rubis 28 Sobre totas peyras es fis

E l'aurs sobrels metailz cars,

Sobre totz razonatz parlars

Parladura lemoyzina 32 Es mays avinentz e fina,

Quar il quays se razona

Con la gramatica bona

Per tots los nombres singulars 36 E per tots los plurals en ars,

E per ca(r)s e per drech genre

La deu dir qui l'am' apenre,

E per paraulas ajectivas 40 E per finas substantivas,

Per comunas, oblichs e retz;

Masculis ies e femnis dretz,

Per personas e per temps 44 E per motz eseratz ensemps,

16 Corr. paraulas, mais may est sans doute aussi corrompu. — 19 Corr. feira m'en? la fin de ce vers, comme du suivant, est corrompue. — 29 Corr. Sobre altres? — $1 Cf. R. Vidal, éd. Stcngcl, 71, 9. — 36 en ars, corr. anars, cf. v. 241, 268. — 38 Corr. qui la vol a.? — 42 ies, corr. genre, cf. v. 58 et la note ; i es ferait le vers trop long. — 44 eseratz, corr. escriutz?

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E per razon continuada

Qui per obs no sia b[i]aysada,

E per totas verayas parts

48 D'orazion qui grazid'artz Qui te lo sieu cami ubert Del parlar razonat per cert :

So es pels verbs e per los noms,

52 Pels particips e pels pronoms, Averbis, prepozicions, Conjunsions, interjetons.

Perque vuoil sapchatz, amador 56 Qui deziratz haver valor, Que totas paraulas bonas Subs[tan]tivas ies personas Demostron puramen e genz 60 E sostenon grandameftz, E sostengudas son vez tal Esubstansi' hannatural.

Las ajectivas son del mon,

64 Del particip et del pronom, Qui no podon sens nom estar E han plural e sengular, E mostron calitat e gen

68 E person'en entendimen.

De preposicions aqui E dels averbis atressi E conjunsion, ies vos die,

72 E enterjession, amie,

Quar singulars ni plurals han Ni demostron ien, ni van Per personas ni per temps jes,

76 La lur parladura no es

U-4C/. R. Vidal, éd. Stengel, 71, 19-22; Madrid, 9. — 57-62 Cf. R. Vidal, St. 71, 29-33 ; Madrid, 10. La meilleure leçon est celle du ms. Riccardi, ainsi rapportée par M. St.: substantivas sun aqellas qi han singularitat e pluralitat e demostron genus e personas e sosteno e son sostengudas et han substantia. "*/™ ula on pourrait corriger au v. 58 substantivas genr'e p. — 63-78 Cf. R. Vidal, St.j 71, 33 (très corrompu dans Laurent., manque dans Riccardq, Madrid, 10. — 63 mon, corr. nom — 67 // faudrait genre — 71 ies, corr. ieu. — 74 ien, corr. genre.

Sostenguda per alcun fach Ni sosten, can ha flach contrac.

Las sustantivas aytals son :

80 Emperayre, reys e baron,

E totas autras qui en ver

Mostron substansa qui vezer

Se pot 0 qui vezer nos pot.

84 Don ieu vos dich entestiu mot

Qu'am nom per ço substantivas

Car sostenon ajectivas;

E podets fer oracion 88 Ses ajectivas ab razon,

Ab lo verb, aysi corn ieu die :

Seigner suy del castell de Vie.

Encara : Cavallurs me lur 92 Per jutge o golim de galur.

Ajectivas hom appella,

Aysi com bos, beù, bonay bella,

Forte, plazens, sufrens e vils, 96 Avinenz, temenz e sotils,

E las autras per semblansa

Qui mostron quai ses substansa,

O que conta, o que fay 100 O que soste, o con vay;

Ajectivas hom ias clama

Quar dreig entendimen brama

Le lur lavors ses valedy 104 De la substantiva color.

78 can, corr. tan. — 79-92 Cf. R. Vidal, St., 72, 7-17; Madrid. 12; L'imitation est fort libre et substitue de nouveaux exemples à ceux de R. Vidal. — 84 entestiu, corr. en cestui. — 85 Corr. Qu'an. — 91-2 Corrompus. — 93-104 Cf. R. Vidal, St., 71, 44-72, o; Madrid 1 1. On remarquera que F imitateur a supprimé les exemples de verbes rangés par R. Vidal parmi les paraulas adjectivas. — 97-8 // y a dans Madrid qui demostron substancia, leçon visiblement impossible (ce dont je ne m'étais pas aperçu en publiant ce texte), puisqu'il s* agit d'adjectifs qui précisément ont pour caractère de ne point exprimer l'idée de substance. Je conjecture qu'il faut qui demostron [qualitat ses] substancia ; ce membre de phrase manque dans les deux autres mss. Les vers 97-8 pourraient être corrigés ainsi : E las autras [qui] per semblansa | Mostron qual[itat] ses substansa. — .99 O que conta ne veut rien dire : il v a dans R. Vidal 0 cant a 0 que fay 0 que suffe ; la faute appartient sans doute à l'imitateur qui na pas compris le texte qu'il suivait; s'il r avait compris, il aurait retranché cette partie de la définition, puisqu'elle se rapporte au verbe, et qu'il a retranché les verbes du nombre des paraulas adjectivas. — 100 soste, corr. sofre; con, corr. can que.

Dels ajectius parlars

De très maneyras es l'afars :

Masculin apeyla hom l'un,

108 L'autre fe[m]nin, l'autre comun.

Mascolis con bos, e blancs, Gays e beyls, e lares e francs, E tuyt cill qui mascle mostron.

1 1 2 Le feranis es tôt aysi con Ieu divisi aqui : franca, Bona, bella, gaya, blanca, E tuyt acill q'hom repauza

1 16 Ges en la femnina cauza.

Le comuns es si con sufrenz, Ffortz, vils e sotils e plazenz, E tots ceyls de tal maniera

1 20 Obs [es] q'hom comuns enquiera, Car los pot hom tan ben asir Ab mascle corn ab femne dir.

Ara tôt ayso voil sapehatz

1 24 Que gramatica en vertatz Cinc(s) genres razonatz fay :

Masculin e femnin veray, Neutre, cornu et omne cert,

1 28 Mas, si con hay enanc proert, Las paraulas substantivas E totas las ajectivas Son en chanz sotz masculinas

1 32 0 comunas 0 femninas, E en la lur entens[i]on.

Petitas e grandas son, E hom las grandas asear

1 36 Ben pot e breumen pauzar

105-22 Cf. R. Vidal, St., 72, 18-41, Madrid, 13.— - 106 Dels, corr. De los? — 115-6 Ms. Riccardi : e totz aqellas qe demostron feminil chauzâ. — 123-64 Cf. R. Vidal, St., 73, 20-74, 8, Madrid, 16. — 1 28 proert, qui est assuré, en partie du moins, par la rime, est sans doute ici pour proat ; R. Vidal : aisi com ieu vos ai dig desus. — 131 chanz doit être équivalent de romanz, cf. 146 et 1 50 et la note; sotz, corr. totas? — 134 L'imitateur a lté induit en erreur par la mauvaise leçon petitas e grandas, e pot hom abreuiar las grandas... que porte le ms. Riccardi (St. 73 b, 28); la bonne leçon est celle de Madrid : de petitas en fora, c.-à-d. c à l'exception des petits mots », parce qu'en effet il se trouve (c est une circonstance toute fortuite) que les adjectifs qui s'emploient le plus souvent au neutre sont des monosyllabes.

Enl sengular nominatiu

E encar[as] d vocatiu

Pel neutre qu[es] es tant adautz, 140 Con dis d'[A]uRENGA Rembautz:

Assats m'es bel, que de novell;

E con die : Mal mes q'has castell,

E ben m'es aupranar vas Piza.

144 Si van li autre d'aytal guiza.

Gramatica foy femnina

Arbres e chanz mascolina,

[E] en chanz es femnin amors, 148 En gramatica mascle cors,

En gramatica neutre amar

E comuns es ditz en chantar.

Aysi totas autras del mon 1 52 Paraulas masculinas son

0 femninas o comunas,

Que no ne romanen alcunas

Enforas aycellas totas 1 56 De las quais hay fâchas notas

Qui per cert han breviamenz

Pel neutre so sapcha, laienz ;

E nos pot noms substantius 160 Abreviar, mas l'ajectius.

Ben devetz tuyt saber ara

Lo parlar qui non esgara

E celui qu'entendimen fin 164 Ha de mascolin e de femenin.

La parladura [ajjetiva E tota la substantiva Se luoygna enls nombres amdos, 168 E dels ses cas es la razos :

141 Pike publiée dans Mann, Ged. d. Troub., n0* 326 et 354. — 143 m'es aupranar, corr. mefai l'anar? — 146-7 Chanz, encore au sens de romanz. — 148 // faudrait neutre et non mascle; jp.-é. y a-t-il une lacune. — 149 amar est la mauvaise leçon du ms. Riccardi (St. 73, 41) au lieu de mar. — 150 Chantar est assuré par la rime et par suite assure chanz au vers 131 et 146; le sens, dans ces trois cas, ne peut être que romanz. — 165-96 Cf. R. Vidal, St. 74, 9-76, 13; l'imitation est fort libre. Les exemples cités sont différents de part et d'autre. — 167 Corr. s'alonga. — 168 Corr. Et els, cf. R. Vidal : s'alongon en dos nombres, en singular et en plural, et en .vj. cas (St. 74 b, 14-6).

50 es dels singular retz ries E dé tots les plurals oblics, Quar ensemps [tuit] se resemblon ;

172 [E] atressi s'abrevion

En tots los oblics sengulars, Encar en los rets plurals cars, Car se [rejserablo eyzaroen ;

176 Don vos daray semblan parven De totz retz e oblics complitz Con dis us trobayre grazitz, E hac nom (en) Giraudos le ros :

1 80 E qui es mos amichs bos

Mostren sa beyla semblança mi desplay Quar jur que longe sperança mi desplay. Amies es le nominatius

184 Singula[r]s, mas vocatius

Es, con dis cell qui fes la cort :

Amies, q'has dich? no sa[b]s confort?

Son egieignos, e gallart

188 Miey dich e miei sotil dart.

Encar escriu en aquest fueil

51 con dis en Pons de Capdueill :

Amichs Beutranz, lo trop amar

192 No vullatz ni lonc esperar.

E le pros en Peyre Vidals Enls oblics plurals ditz motz tais :

E mos cars filz le coms Henrics

196 Ha destrutz totz sos enemics.

Ara vuoill dir dels plurals retz, Q'auzitz los sengulars havetz, Con dis Andrians del Palais, 200 Trobayre bos e verays :

Per qu'ieu part egalmenz Lo mal quin fay doler, Quai terc vuoll retener, 204 Quar totz es trop cozenz.

L'autre terç per m'amor

169 ries n'offre ici aucun sens et parait introduit pour la rime. — 1 81-2 mi desplay est de trop, au moins dans le premier cas. — l9l~2 ^w ^eax fers nc sont pas de Pons de Chaptcuil, mais de Gmllem de Saint-Didier , voy. Af<fA/i,Werke, II, 47. — 195-6 Bartsch, Peire VidaPs Lieder, /i° 29, v. 8-9. — 202 quin, corr. quim. — 203 Quai, corr. quel.

Partan tôt entre lor Miei amich a lur taill ; 208 Qui no n'ha nos baraill.

Gauselm Fayditz qui hac pretz fi Dis enl nominatiu aysi :

Quan dui amie s'acordon deu voler 212 So que Fus vol zo deu l'autre voler. Del vocatiu plural retrayre Vuoill con dis n'Ucs, fis trobayre :

Amie veray, a vos me playgis 216 Quar fin* amors no me refraygis.

L'oblic singular vos desveill Corn dis en Girautz de Borneil :

E tôt home qui ben ames 220 Hag'robs q'un bon amie trobes En cuy no s'anen duptan.

E dis Folquetz de pretz prezan Qui dis sobre tots chantars amoros :

224 Mas trop servirs tendan mantas sazos, Quar son amie en pert hom, so auch dir. Per qu[e] ieu vuoill que deiatz presumir E conoyser ben o may 228 Lo parlar tôt qu'aysi vay, Quar totz per aytal semblan Se parla con die denan ; E per que may entendimen 232 N'aiatz, die son variamen. Nominatiu, hic amies; genetiu, amie; datiu amie; acusatiu amie; vocatiu, amies; ablatiu, ab amie, per amie, del amic9 en amie, ses e senes amich. E plural, amie; genitiu, amies; datiu, amies; acusatiu, amies; vocatiu, amie; ablatiu, ab amies, pels amies, dels amies , en amichs, ses e senes amies, etc.

Dich ay con en aluoygnamen Es ditz e en abreviamen Le parlars ad retz mascolis, 236 Ara diray dels fem[i]nis.

Parladura fera[i]nina

21 1-2 Dans la piïce Tuit cil que amon valor, Raynouard, Choix, III, 295 : Q. dui aman s'a. d'un v. | Tôt quan Tus vol deu a l'autre plazer. — 2 19-21 Dans la pàce Alegrar me volgr'en cantan (Parn. occit. m), au troisième vers, il faut: On de re no s'anes. — 237-59 Cf. R. Vidal, St. 76, 30-1, 39-42.

Tais en a finis es déclina,

Aysi coin domnay blanca, bella, 240 Gaya , poma, e wne/fo,

E mantas de cestui anar

Con savis hom pot [ejsgarar,

E con diray vas sos cors, 244 Ses alcunaz autras colors,

E es breus els cars sengulars

E long els plurals variars.

Dels singulars vos dauc aytals 248 Semblanç corn dis Peyre Vidals

Qui no hac la valor manca :

Car'd/m* dos'e fiança,

Convinenz e bell'e bona, 2 3 2 Mos cors a vos s'abandona.

Encara dis Fabres d'Uzes (e) le bos :

Nom platz ries hom si no es amoros,

Nim play domna si gent no acuellis, 256 Nim play donzelz si de gauch no servis.

Dich hay co(n)s deu abreviar,

Ara dich cons deu aluoignar.

D'en Bernât de(n) Ventador, q'hac 260 Pretz sobrels bos, ieu vos retrac

Qar dis en sa chanson en ver :

De las domnas me dezesper

Encara vos don semblanz 264 Aysi con dis en Andrianz :

Ay domnas e seygnor De Proens'e d'ailior.

Eu voil que vos dejatz garar 268 Si con ieu vari son amar # Norainatio, fronça; genetiu, franca; datiu, franca; acusatiu, franca; vocaûu, franca; ablatiu, ab franca; e plural, fronças; genetiu, fronças; datiu, francas; acusatiu, francas; vocatiu, 0 fronças; ablatiu, ab fronças, etc.

De la femnina qui en a Vay, die hay segon mon tala Ara vuos vuoill ieu dir ies

243 vas. corr. vai. — 250-2 Peire VidaPs Lieder, n° 18. — 261 Dans la pièce Quan vei ralauzeta mover? Bartsch, Chrestom. prov. $4. — 268 amar, corr. anar. — 27 1-88 Cf. R. Vidal, St. 76, 43-77, 6.

272 De ceylla qui fenis en es,

Aysi con sazos e amors,

Calo[r]s e chansos e cblors,

E l'autre qu'es de simil guiza 276 En aysi corn hom prims desguiza;

Enls oblichs singulars breumen

Es ditz, e en aluoyg(u)amen

Si deu dir en totz autres cas 280 Per ver, e autramen no pas;

E diray vos en testiu mot,

Si corn dis Girbertz de si bo tôt :

Ques dobla valors 284 De far ben e fwnors Lay on mestier han,

Ansq'hom quera ni deman(a).

Berna tz de Ventador le gays, 288 Qui molt avinent retrays,

Dis en son chan eizamen :

Be es mortz qui à'amor no sen

Al cor qalqe dosa sabor.

292 Reigals de Berbezil, q'honor

Hac molt, dis en un dels sos canz :

Mas chansos er dorgumanz,

E dis en Folquetz de pretz bon :

296 Tant mou de corteza razon

Mon chan que no y puesc fallir,

E manz i dei mell avenir.

Encara vos vuoil ieu mostrar joo Con dis en celui eis chantar

S'anc parley en ma canson;

E dis :

Per tal no m'abandon, Qu'ieu sempharai auzit dir 304 Que mensoygna nos pot cobrir Que no mora qualque sazon.

E tôt aysi vay es espon;

272 es veut dire s. — 281 testiu, corr. cestui. — 282 Dans la pièce Quar no m'abelis solatz, Hcrrig, Archiv, XXXIII, 457; XXXV, 419. — 288, molt avinen, corr. motz avinentz? — 290-2 Dans la pièce Non es meravilha s'ieu chant. Para. occ. 3. — 294 Dans la pièce Atressi com l'olifans, Raynouard, Choix, V, 433. — 296-8 Para, occit. 62, au troisième vers lis. Enanz. — 301 Premier vers du deuxième coupla de la même pïccc. — 302-5 Troisîtme couplet. Au second vers sempharai est corrompu; la leçon des mss. est mantas vetz ai.

Roman iayVI 11 I 5

194 p* MEYER

E per que haialz cor mellor 308 Diray con sos variars cor :

Nominatio, hec amors; genetiu, amor; datiu, amor; acusatiu, amor; vocatiu, amors; ablatiu, ab amor, etc. E plural, amors; genetiu, amors; datiu, amors; accusatiu, amors; vocatiu, amors; ablatiu, ab amors, etc.

Encara vuoill qe sapchatz

Que i ha de paraulas assatz

Qui en los nombres sengulars 3 1 2 Se luoygnon e els plurals anars,

Aysi con nis e volentos,

Cors, solatz, lais e delechos,

E bras, glas, vas, nos, e cas, 3 16 Près, engres, lus e fais e gras,

Reclus, clans, repaus, envers

Us, r ornant, vers, travers, convers,

E nom propri eizamen 320 De luets han tal aluoygnamen,

Con Piza, Luca, Fflorensa,

Marseylla, Jenova[b), Plajensa.

Nominatio, cors; genetiu, cors] datiu, cors; acusatiu, cors; vocatiu, cors; ablatiu, ab cors; et plural, cors; genetiu, cors; datiu, cors; acusatiu, cors; vocatiu, cors ; ablatiu, cors, etc.

Per aquestas lau autras saber 324 Podon li entendedor en ver.

Paraulas i ha encara,

Aysi con hom prims [e]sgara,

Qui se luoygno ab drechura 328 Sol per us de parladura

En totz los nombres, qar laienz

Las ditz assatz may avinenz,

Con caucayriîz e amayritz, 332 Emperayritz etrobayritz.

Nominatio, chantayritz; genetiu, chantayritz; datiu, chantayritz; acusatiu, chantayritz; vocatiu, 0 chantayritz; ablatiu, ab chantayritz, etc. Et plural, chantayritz; genetio, chantayritz; datiu, chantayritz; acusatiu,

309-18. Cf. R. Vidal, St. 77, 25-32. — 312 anars, corr. cars. — 313 nis, ton. ris. — 320 luets, corr. luecs ; ms. Riccardi : et noms propres de luec; dans le Laurenticn : noms propres d'ornes e de terras. Les noms cités par R. Vidal sont Paris, Peiteus, Angueus {ms. Riccardi), oà en effet /'s doit subsister à tous les cas; au contraire les exemples imaginés par notre auteur n'ont aucun rapport avec la règle qu'il s agit de justifier. — 323-32 Cf. R.Vidal, St. 77, 37-43; lau, corr. las.

chantayritz; vocatiu, o chantayritz; ablatiu, ab chantayritz, ses o senes chantayritz, etc.

E en aysi con die hai

Totz le lur variars vai.

Paraulas hi a qui luoygnar 336 Se podon#eabreviar

Enls acuzatius singulars,

Tant es avinenz lur afars,

Con dis : per pagat ni has delleygn, 340 E ieu per pagatz mi teygn

Em teygn per gays, e per gay;

Aysi totz l'autre parlars vay

Qui es de la lur mainiera ; 344 Per qu[e] ieus diray enquera.

E entendatz vos qui prim etz,

Que totz en los singulars retz

Es loncs e enls plurals oblics, 348 Con dis Arnautz de Maruill ries

De pretz e de valor fin e grazida :

Si con li peys han e l'ayga lur vida,

Hay en amors e totz temps 1 h' au rai. 352 Gauselms Fayditz en son coraplanch retrai

Fortz can es e tôt lo major dan.

Ara doni dels retz plurals semblan,

Quar fan tuit, con dis Rigals de valors : 356 Tuit demandon qu'es devengud'amors, 3 56 bis E ieu a totz en diray la vertat.

Avans die en cestui mot

Qu'enls oblics sengula[r]s fay tôt,

Con dis Peyre Vidals en ver :

360 Tan hai de sen e de saber

Que del tôt say mon mell chauzir,

E say conoyser e grazir.

Mas encara vos vuoill donar 364 Semblansa del sieu variar.

335-43 Cf. R. Vidal? St. 77, 44-78, 9. — 339 La fin du vers est corrompue. 350-1 Raynouard, Choix, III, 207. — 345-64 Cf. R. Vidal, St. 78, 10-7. — 3 j 3 Premier vers de la complainte sur la mort de Richard Cœur de Lion, Rayn. Choix, IV, 54; corr. Fortz causa es que. 356-7 Rayn. Choix, III, 455. — 361-3, Peire Vidal's Lieder, n° 2$.

Nominatio, tots; gen., tôt; datiu, tôt] acusatiu, tôt; vocatiu, totz; ablatiu, ab tôt; Et plural, tuyt; genetiu, totz; datiu, totz; acusatiu, totz; vocatiu, tuyt; ablatiu, totz.

Enl vostre cor sapchatz, ama[n], Q'aysi li ajectiu comun van Con sotils, vils, temenz, sufrenz 368 Fortz, avinenz e plazens, Els singulars se luoygnon E enls oblics s,a(i)brevion, Enls retz plurals breviamen 372 Han e els oblics luoygnamen, E dezir dir verayamenz Con vay le lur variaraen.

Nominatio, sotils; genetio, sotil(s); datio, sotil; acusatio, soûl; vocatio, sotils; ablatio, ab sotil, ses 0 senes sotil, etc. Et plural, sotil; genetio, sotils; datio, sotils; acusatio, sotils; vocatiu, soti(l); ablatiu, ab sotils, ses 0 senes sotils, etc.

Enls priraiers retz deu hom us dire 376 E en tots oblics un assire, E en totz retz si deu dir dui En totz oblics doz s'adui ; Totz autres nombres true a mil 380 Deu hom dir per aytal [e]stil, Ses cen, quar sol d'una manieyra v Es ops que cascuns l'enquera,

E per voler primamen far 384 Dezir un e doz variar.

Nominatio, us; genetiu, un; datiu, un; acusatio, un; vocatio, us; ablatio, abun, etc. Nominatio, dui; genetio, dos; datio, dos; acusatio, dos; vocatio, dui; ablatio, dos, etc.

Parlât vos hay de mascolina

Parladura e fem[i]nina,

Mas encara semblanz vos don 388 De las femnas quis ressemblon

Els primiers retz, con sor, mi donz,

Nessa, gasca, garza, se donz;

Els primiers oblics mi don, 392 Soror, neboda e si don,

365-72 Cf. R. Vidal, St., 78, 13-9. - 374-84 Cf. R. Vidal, St., 78, 45- 79-10. - 385-97 Cf. R. Vidal, St., 79, 13-27.

E gascona ab garzona; E en totz plurals se razona Sorors, gasconas, e mas domnas, 396 E nebodasy asas domnas, E garzonas, e aysi van Las autras de cestui semblan ; E per q'haiatz entelech fi 400 Variaray soror aqui.

Nominatio, sor; genetio, sor; datio, soror; acusatio, soror; vocatio, sor; ablatio, ab soror(or). Et plural, nominatio, sorors; genetio, sorors; datio, sorors; acusatio, sorors; vocatio, sorors; ablatio, ab sorors , ses o senes sorors, etc.

Dels mascolis noms diray Con fan els primiers retz oimai, Qui fan Bos, glotz compaygnos, 404 Ces y bayles, totz, Gui[tz) e Peyros; En totz los oblics sengulars, Encara els retz plurals cars, Fan compaygnon, Ugon, Peyron, 408 Aysi li autre se varion Enls oblics plurals en ons, Con fêlions, barons, tPeyrons; E tuyt li autre se varion 412 En aysi com vari baron :

Nominatio, bar os; genetio, baron; datio, baron; acusatio, baron; vocatio, baros; ablatio, ab baron. Et plural, baron; genetio, barons; datio, barons; acusatio, barons; vocatio, o baron, ablatio, ab barons, etc.

Encar', amie, devetz saber

Q^els primiers retz hom ditz seygner,

Hom e nebotz, abas e coms, 416 Prestres e pastres e vescoms,

E tuyt li sengular oblic ;

E li rech plural van cous die,

Si con : home, nebot e comte, 420 Preveyre, pastor e vezcomte,

396 asas, corr. e sas.

401-12 Cf. R. Vidal, St., 79, 28-80, j. L'auteur a fait un choix parmi les exemples que citeR. Vidal, et a négligé de répéter le cas régime du singulier, et, pour le pluriel, quelques-uns des exemples cités pour le cas sujet du singulier. — 404 gcs... totz, mots corrompus, corr. gasc (ou fel, cf. v. 410), et Uc (cf. v. 407)?

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