‹ RomaniaChapitre 24 sur 98 · A LA DAME LEAL · texte numérisé non relu

A LA DAME LEAL

I. Il eut jadis dedens la grant Bretaigne Un gentil duc, non mie mout estraigne! ; 3 Sires estoit du Val aus Vrais Amans :

Nus ne maint la qui son penser n’estraigne Contre tous maus que vraie amours n’adaigne*. 6 Unefille eut, en grant beauté flamans 3 ; Uns chevaliers ert assés près manans, Jeunes, jolis, aus armes bien alans, 9 Dont ce sachant Amours eut grant engaigne+,

* J'ai imprimé une première fois ce texte, sans variantes ni notes, à cinquante-deux exemplaires (Mâcon, Protat frères, 24 nov. 1893), à l'occasion des « noces d'argent » de mon ami Ad. Tobler. Je l'ai soumis, pour cette nouvelle édition, À la revision de celui-ci, auquel je dois quelques excellentes corrections (dont je n'ai signalé qu'une ou deux) et de précieuses remarques. Mon édition repose sur une copie du ms. A, que M. A. Piaget a bien voulu collationner très soigneusement avec le ms. B.

L. 3 A Sire — 4 A maine, p. ne lestraigne — 5 B qui — 6 À Aammant — 7 À manant — 8 A B Jeune, À allant — 9 A Dont en chassant, B Dont amours en sachant moult grant e

1. Non mie mout estraigne, Le sens d'estraigne ici est peu clair; c'est probablement « d'humeur sauvage, inabordable ».

2. Je comprends : « Personne n'habite là qui ne soit inaccessible à toute souffrance qu'Amour loyal ne reconnaît pas, qui ne provient pas d'un loyal amour. » Éstraigne est le subj. prés. d'estraignier (— estrangier) et non d'estraindre. Ce caractère des habitants du pays ne s'accorde guère avec l'attitude du duc envers nos amants.

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