‹ RomaniaChapitre 4 sur 98 · I. — FORME ANCIENNE DU COUPLET · texte numérisé non relu

I. — FORME ANCIENNE DU COUPLET

Il résulte de cet exposé que les vers mesurant plus de huit syllabes n'ont été réunis par paires ni fréquemment ni anciennement. Cet usage a commencé avec les vers de six et de huit syllabes, et dans des conditions qui jusq: n'ont été remarquées, À ma connaissance, par aucune des personnes qui se sont occupées de notre ancienne versification. Ces conditions peuvent être formulées ainsi :

La construction des phrases est en rapport étroit avec la construction des couplets. Une phrase peut être complète en un couplet, comme elle peut s'étendre sur deux ou plus, mais toujours elle se termine avec le second vers du couplet, jamais avec le premier. Il y a des phrases de deux, quatre, six vers, il n’y en a pas de trois, de cinq, de sept.

Tel est le caractère des couplets dans nos plus anciens poèmes en vers de six ou de huit syllabes, de telle sorte que le couplet peut être considéré comme un vers de douze ou de seize syllabes rimant à l’hémistiche et à la fin, en d’autres termes, comme un vers léonin. Celui qui a nommé rime léomine le couplet de deux vers (ci-dessus, p. 2) semble avoir eu le sentiment qu’à l'origine ces deux vers ne formaient qu’un long vers où le premier et le second hémistiche rimaient ensemble. Les copistes des plus anciens mss. de Philippe de Thaon paraissent avoir eu la même idée, lorsqu'ils écrivaient sur une mème ligne les deux vers (de six syllabes) qui riment ensemble, les séparant par un point ou par un point et virgule *.

2. Il serait peut-être plus exact de dire « de six à huit syllabes », pour tenir compte des vers de sept syllabes. que l'on trouve de bonne heure associés deux pur deux, dans les poèmes de Simon de Fresae (Romans. XIIL 553). Mais, en debors de La posie strophique, où le groupement par paires est rare, le vers de sept syllabes a êté bien peu employé.

$. On pourrait citée À ce propos nombre de p ae siecle ou du ae compusdes de vers de seire sylabes rimant à T et à La da, ce qui ieur donne La physionomie de nos aires de vers octosvle

8 P. MEYER Je transcris les quatre premières strophes :

1 Domine-Deu devemps lauder III Quant infans fud, donc 2 ciels 2 Et a sos sancz honor porter; Ltemps In su'amor cantomps del[s] sanz 2 Al rei lo duistrent soi parent :

4 Quæ por lui augrent granz aanz; Qui donc regnevet a ciel di, Et or es{t] temps et si est biens 4 Cio fud Lothiers fils Baldequi. 6 Quæ nos cantumps de sant Leth- 1! l'efnjamat, Deu lo covit, fier. 6 Rovat que letres! apresist.

11 Primes didrai vos dels’honors IV Didun l'ebisque de Peitieus 2 Qu il avvret ab duos seniors ; 2 Luil comandat ciel reis Lothiers,

Après ditrai vos dels aanz Il lo reçut, tam ben en fist? 4 Que lisuos corps susting si granz, 4 Ab un magistre semprel mist E [d'JEvruin del Deu-mentit Quillo doist bieu de cel saveirs

6 Qui lui a grand torment occist. 6 Donft] Deu servir+ por bona feid.

Il n'y a de difficulté qu’à la troisième strophe. LA, après parent (v. 2), Bartsch (Chresi. fr.) et G. Paris ne mettent aucune ponctuation, et après di (v. 3), ils mettent deux points. J'ai suivi leur exemple dans mon Recueil (p. 194). C'était une erreur. Il faut une ponctuation après le second vers, et traduire ainsi les vers 3 et 4 : “ Ce fut Lothier… qui régnait alors ”. On pourrait aussi intervertir les deux vers.

On peut poursuivre l'épreuve sur tout le poème, on ne trouvera pas d’exceptions à la règle. Il est facile de faire la même expérience sur la Passion, où les couplets sont assemblés deux à deux en strophes de quatre vers. Toutefois, elle ne serait pas très concluante, parce que le poème est composé de propositions très brèves, le plus souvent complètes en un seul vers. Il ne manque cependant pas de strophes nettement coupées par le sens après le second vers :

VI Cum cel asnez fu amenaz, VII Per sua grand humilitad De lor mantels ben l'ant parad; Jesus [rex] magnes sus monted, De lor mantelz, de lor vestit, Si eum prophetes anz mutz dis Ben li aprestunt o ss'assis. Canted aveien de Jesu Crist.

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