‹ RomaniaChapitre 53 sur 98 · LE T DE LA 3° PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL · texte numérisé non relu

LE T DE LA 3° PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL

« aimé : » dans la région où amat se réduit à ama, amet se réduit à ame*.

La phonétique nous oblige impérieusement à écarter l’influence du t final latin, qui est nulle, pour chercher un t final roman. Ainsi posée, la question ne peut recevoir qu’une seule solution phonétique : ef < etit, cet une seule solution morphologique, l'influence de stetit. On peut admettre que stare a agi d’abord sur dare, que stetit a intronisé “detit au lieu de dedit, et que le reste a suivi.

Comme appendice à cette menue question de phonétique, qu'on me permette de présenter quelques observations sur la genèse du parfait provençal de la première conjugaison. On sait que les auteurs qui ont écrit sur la question sont fort divisés en leurs manières de voir. M. Bourciez écrit avec assurance : « Des hypothèses peu heureuses ont été émises autrefois par divers savants sur l’origine de cantei; je ne crois pas que personne hésite maintenant à le tirer par voie phonétique du latin vulgaire cantai. (Cf. H. Suchier, dans le Grundriss der rom. Phil., p.614, et W. Meyer-Lübke, Gramm. des langues romanes, $ 2373 ». A l’assurance de M. Bourciez on peut opposer la catégorique déclaration de M. P. Meyer dans son compte rendu récent de la Grammaire de M. Meyer-Lübke : « Il n’est pas vrai que le latin vulgaire -ai (lat. classique -avi) se soit continué en provençal sous la forme ei : les prétérits en ei, -est, -et sont formés sur les types latins de dédi et de stétis. » Je ne mentionne que pour mémoire l'opinion de Diez, qui se concilie fort bien, en fin de compte, avec celle de M. Paul Meyer, et

1. Dans la langue du Dauphiné septentrional, récemment étudiée par M. l'abbé Devaux, on constate un état de choses qui surprend au premier abord : au participe ama, et au parfait amet. Mais il ne faut pas confondre cette dernière forme avec la forme provençale. Dans le Dauphiné septentional, le t final latin se conserve, et amet « il aima » est en harmonie avec avit a il avait », deit « il doit », etc.

2. On sait qu'en italien stefte < *stetuit a de bonne heure produit dette au lieu de diede, et a par suite rangé sous sa bannière une nombreuse série de parfaits, comme cedelte, credetke, perdette, etc.

3. La conjugaison gasconne, dans Annales de la fac. des lettres de Bordeaux, 1890, p. 212.

Page 1