LE T DE LA 3° PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL
1e plur. Dedimus a dû donner degmes, deimes' (variantes dialectales : dedmes, dermes); stetimus, estedmes *.
2° plur. Les formes correspondantes À celles du sing. seront : dexests et estedests.
3° plur. Dederunt, steterunt doivent aboutir au même résultat phonétique : deiron, esteiron.
Affrontons maintenant les trois parfaits primitifs de cantar,
dar et estar, pour nous représenter plus aisément leurs rapports et leurs différences :
cantai dei esteig cantast dexist estedist canta de estet cantams dezmes estedmes cantasts dexests estedests cantaron deiron esteiron
Si nous nous reportons par la pensée au paradigme classique du provençal, qui ne s'applique pas seulement à canfar, mais à dar et à estar, nous serons bien obligés de reconnaître que dedi et steti ne suffisent pas à rendre raison de ce paradigme, qui est, comme on sait : cantei, cantest, cantet, cantem , cantests, canteron. Cantei est sûrement dû à dei, et cantet à estet+, mais l'e ainsi introduit dans le paradigme s’est propagé de lui-même à toutes les autres personnes, sans qu'il y ait eu emprunt direct de personne à personne entre canar d’une part et dar ou estar de l’autre. On pourrait, il est vrai, se représenter différemment l'évolution des parfaits de dare et de stare, et admettre que
1. Bodina, borne, a en effet donné boina, borna dans une grande partie du domaine provençal. Il n'y a pas à tenir compte de vim, qui a le sens de vidimus, mais qui n'est pas son représentant phonétique.
2. Pour le traitement du t, cf. maritima >> Maredma, dans Luchaire, Rec, n° 38.
3. Malgré l'autorité de MM. Meyer-Lübke, Suchier et autres, il est absolument impossible d'accepter la réduction phonétique de cantai à cantei : Ja doctrine de M. P. Meyer me parait au dessus de toute contestation sur ce point.
4. On remarquera que dans la partie du domaine gascon qui n'a pas conservé -avit, cante est plus fréquent que cantet dans les anciens textes ; il en est de même de de, qui n'a cédé que lentement la place à det, et par suite de beaucoup de parfaits faibles de la conjugaison en er.
Romania, XXTT 10
dans le latin populaire du Midi de la France dedi et steti se conjuguaient déjà : dedi steti, desti stesti, dedit stetit, demmus stemmus, destis stestis, derunt sterunt. Dans ce cas, on aurait dès l'aube du provençal : dest estest, dem estem, dests estests, deron esteron. Mais, à supposer qu’il en soit ainsi, qui ne voit que le temps ne fait rien à l'affaire, puisque desti stesti, etc., seraient dus à l'influence de cantasti, etc., soit directement, soit par l'intermédiaire de fusti ou de dormisti?
En résumé, le parfait provençal de la première conjugaison a bien la même matrice que celui des autres langues romanes; mais, à une époque très ancienne, il a changé sa nuance vocalique sous l'influence de dare stare, et, à une époque plus récente, à la troisième personne du singulier seulement, il a modifié son consonnantisme sous l'influence de stare.
A. Thomas.