‹ Romans à lire et romans à proscrire; essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers de notre époque (1800-1914) avec notes et indications pratiquesChapitre 14 sur 35 · ROMANS D'ADOLESCENTS · texte numérisé non relu

ROMANS D'ADOLESCENTS

Louis Veuillot (1813-1883), le maître écrivain, vail- Innt journaliste, champion vigoureux et infatigable du bon droit et de l'Eglise, qui tint tête, pendant nO ans, à la m.eutc aboyante de leurs ennemis. De toutes les luttes et colères que sa croisade a soulevées, il ne reste aujourd'hui que le souvenir d^un catholique digne de l'admiration des siècles, et d'un écrivain de haute race qui a laissé des études littéraires, historiques, polémiques, une Correspondance nmique, des poésies et quelques romans toujours ap préciés.

Parmi ses romans, récits et mélanges, nous citons : Corhin et d'Auhecourt (essai de roman chrétien, exaltation de l'amour) ; Llionnête femme (critique de Il bourgeoisie incroyante, amour) ; Agnès de Laurens (utile aux jeunes filles qui se disposent au mariage) ; Les odeurs de Paris ; Libres-penseurs.. . Tous ces ouvrages conviennent plutôt %yx jeuur gens formés.

Les autres liront avec profit sa Correspondaïur nue certains critiques ont placée au-dessus de celle de M"® de Sévigné ; Historiettes et fantaisies ; La guerre et Vhomme de guerre : Çà et là : Une gerbe : Pierre Saintive : Le parfum de Home : Les Fran- <ais en Algérie (sauf quelques détails sur le Coran).

LÉON Ville fLyon, 1854\ pourrait être surnomm. I cur certaines de ses œuvres (les dix volumes de L rie au désert, récits d'un intérêt poignant, etc.), I Cooper chrétien. Il n'est pas moins intéressant dai^ les biographies de Nos grands capitaines et autrelivres publiés chez Tolra. Il a cependant écrit de" feuilletons {VHercule du Nord, dans VEcluir), sur lesquels nous porterions une appréciation toute différente.

J.\cques-Melchior Villefranche, lyonnais, (1829-

llH}-*), débuta par des poésies, fut plusieurs fois lau- Téat de l'Académie des Jeux Floraux, et réunit ses iables charmantes, pleines d'engouement et de verve, dans le Fabuliste chrétien. Destiné à rendre l'école plus morale et religieuse, ce recueil est devenu classicfue en Belgique,

Après 23 ans de service dans la télégrai hie, il renonça en 1876 à ses droits prochains à la retraite pour se consacrer, sans plus tarder, à l'apostolat de la presse, et éleva le Journal de VAin aux premiers rangs parmi les organes cailioliques de province.

Il s'est montré historien consciencieux et entraînant dans Pie IX, Napoléon II ï, Les Tsars du X/X" Siècle, Dom Bosco, le général Clianzy, Dix grands chrétiens (Veuillot, O'Connel, Ozanam... Winthorst), etc.

Romancier, il a donné surtout Elisa de Montford roman social ; L'Ange de la Tour, scènes poignantes de la persécution sous Elisabeth ; Cinéas ou te Monde sous Néron, parallèle du Christianisme avec le Paganisme er le Judaïsme, où il n'y a peut-être pas moins de pathétique que dans Fabiola et où linent évitées à dessein Ifts audaces de Quo VadU. Cinéas, comme tous les ouvrages de l'auteur, est pour toutes les mains, et laisse dans l'âme de salutaires et fortifiantes pensées.

Charles Vincent, (Indes Orientales, 1851), propriétaire exclusif de la signature Pierre Maël, depuis 'a mort de Charles Causse. Il a donné sous son nom quelques ouvrages.

Tout seul, n'est peut-être pas aussi pénétrant que son poème Bienheureux ceux qui 'pleurent, donné au Ihéàtre chrétien en 1898 ; il est cependant à lire i^insi que L'Epopée de VEglise (trois parties) it VEpo^ée Nationale.

oNi R(3MA.NS DADOLK.sCKM S

^>.s• contes ptur les grands enfants sont iricoiivenants, même pour les enfants de cent ans ; Au setnl dd Vau-delà est honnête, mais troublerait les jeunes imaginations ; Vogre est insignifiant.

« HippoLYTE Violeau, un romancier de sève chrétienne, dont les oeuvres se distinguent par l'émotion de>; scènes, la grâce des descriptions, et l'élévation des idées.

Les jeunes filles liront : J.es pèu'rinages de lîrrtagtic ; Histoires de chez nous ; et laisseront à leurs aînées : La maison du Cap ; Les surprises de la de.

Charles de Vîtis, pseudonyme du chanoine Lucie.\ Vigneron, prêtre du clergé de Paris, ancien missionluiire en Chine, voyageur, mort en 1913. Son Roman de Vouvrière (histoire palpitante d'un jeune fille ruinée qui est obligée de travailler), a obtenu, il y a (luelques années, le prix de trente mille francs au concours du Petit Journal

L'auteur a. publié aepuis, outre des récits de voyages très intéressants, de nombreux romans-feuilletons, auxquels on ne pourra pas reprocher, comme k certaines œuvres catholiques, de nous conduire pnr des chemins battus : ils sont empoignants et construits avec des scènes si étranges et des intrigues >i originales !

Le Vicomte Walsoh (17S2-imO), ardent royaliste et feivent chrétien dont rouvrnge \o pins cniuiu est ^'^v lettres vendéennes.

Parmi les autres, très nombreux et écrits avec trup de facilité, nous citons : Le fratricide ou Gilles de Bretagne (un bon livre poui- bibliothèques, édition Vermot) ; Histoires, contes et nouvelles (très édifiants) ; Yvon le Breton ; Sourenirs de cinquante ans ; Souvenirs rt hnpressions de voyage (tous deux

ET ROMANS POlll TOUS 3^5

charmant.sj ; Tableau poétique des fêtes chrétiennes (très bien) ; Tableau poétique des Sacremettts (moins lu) ; Journées mémorables de la liévolutîon.

Le Cariiinal Wiseman (1802-1865), archevêque de Westminster, dont l'action et les œuvres apologétiques et scientifiques ont -exercé en Angleterre une heureuse influence. 11 a composé trois romans chrétiens : La lampe du sanctuaire ; La perle cachée ; e^. surtout Fabîola, qui suffiraient à Tillustrer,

M'"" de"Witt, fillp du ministre Guizot, née en 1829, protestante.

Très au courant de l'histoire et douée d'un grand talent de narratrice, elle a produit de nombreux volumes : Histoires de Vancien temps et La charité en France à travers les siècles, s'inspirent des opinions religieuses de l'auteur.

Mont et Manoir ; Par 7nonts et par vaux ; Heine ''t maîtresse : Tout simplement ; malgré quelque? idées répréhensibles, pourront intéresser et faire au bien.

Histoires de deux petits frères ; La petite fille aux qrand'mères ; Une sœur ; Contes anglais ; Un nid ; Les vieux amis, etc., sont inoffensifs et conviennent ;;nx enfants.

Mathiet: Wîtche. (Kiivres : Mademoiselle du Petit rallon ; Mille trente ; Morte et vivante ; L'école des Espions (les illuminés de Weishaupt) ; Les prisonniers du Caucase : excellents malgré quelque invraisemblances.

Nathalie Woiliez, (Saint-Omer, 1781-1859). Lire : Les jeunes ouvrières ; L'orpheline de Moscou (le nieilleoi) ; Ldma et Marguerite...

'-'X^' ROMANS d'adolescents

Wood, (Ella Price, Madame JI?:NRY), romancier anglaise (1820-1^80), qui eut une assez grande vogut

Son procédé consiste à exposer les circonstance d un crime, à accumuler sur une personne les prcscmptiDns de culpabilité, et, au dénouement, à expliquer le crime de la manière la plus naturelle du monde. Ses oeuvres, pour la plupart traduites en français, sont à peu près inoffensives. Cependant Lady Isahel ; Le maître de Greylnnds ; La traffédie du village ; Anne Hereford, ne conviennent qu'à de< personnes d'âge raisonnable, notamment parce qu'ils sont entachés de quelques" tr:iits contre le cntliolicisme.

Rodolphe Wyss (1781-1830). Pasteur protestant et professeur qui doit sa célébrité au Uuhinson siiissr. journal d'un père de famille naufragé avec ses enfants, roman universellement connu. Prendre Tédition ÎNIame ou Ardant.

2sliss Charlotte-INIarie Yonge, femme de lettres anglaise (1823-1901), qui contribua par ses efforts, se œuvres et ses ressources, à encourager le développement de la Haute-Eglise.

Les jeunes fiUes liront : La rhainr de Marguerite 7> procès (suite du précédent) ; Frères et sœurs l'héritier de Eedcliff : Les lances de Lynirood Christine Sorel ; Violette ; etc., etc.

Anonymes. T^es confidences de Mat iju' , ,,> txijmh'r.rpialî.on d'un père (histoire authentique et sa. sissante qui montre les effets d'une mauvaise éducation) ; Les naufragés au Spilzherg.

Romans Enfantins

ou

Histoires amusantes

pour les petits jeunes gens,

les petites filles et les enfants

Non niai oplunas qiiisqtie legeiidus est.

(Quintilien).

Victor Hugo, dans ses « Ciioscs vues. », raconte sur le prince de Joinvillc enfant, une anecdote qui nous montre la famille du roi Louis-Philippe sous un jour de simplicité et de bonhomie : « Il avait, dit-il, imaginé une (( scie » que exaspérait la reine. C'était un vieil orgue de Barbarie qu'il s'était procuré. 11 arrivait chez la reine jouant de cet orgue et chantant des chansons enrouées. La reine commençait par rire. Puis cela durait un quart d'heure, une demi-heure : « Joinville, finis ! » La chose continuait : « Joinville, va t'en ! » Le prince, chassé par une porte, rentrait par l'autre avec son orgue, ses chansons et son enrouement. La reine finissait par s'enfuir chez le roi.

Ainsi l'enfant devenait maîlrc de la maison royale. II l'est partout aujoiu^d'hui, même au sein des familles ouvrières et des familles bourgeoises ; et s'il ne triomphe pas toujours avec autant do tumulte et d'insolence que Joinville, ses amusements sont loin d'assurer, contrairement au proverbe, la tranquillité des parents.

3(SX ROMANS KMA.NTINS

L'urguc (l(j liaihiiiic, du itsIc . liuil ji^r li(>>».'t lub (.-ufanls eux-mêmes, après avoir lassé les mères ; et il n'est point rare de voir les mioches de S, 10 on i'I ans, assis tranquillement la lètc dans les mains, pendant que gisent lamentablement sur le sol des jouets en débris et des poupées mutilées.

Ils font trêve au tapage, ils se recueillent et peut-être demandent-ils à lire.

Depuis longtemps, ils savcnl. selon l'expression d'Ernest Legouvé, lire au plus beau de tous les livres, au front de Celui d'où émanent toute lumière, toute jusiirc et toute bonté ; en d'autres termes, ils savent priei'.

Ils savent lire aussi dans b^s yeux et dans le cœur de leur mère : et ce n'est point là, quand ils sont restés purs, la juoins douce de leurs récréations...

Ils veulent cependant et ils réclament bien lé-riliiiii'ment d'ailleurs - d'autres lecluics.

A cet égard, comme à beaucoup d'autres, les enfants ont été traités en rois. Des « Evangiles », des « Histoires saintes », des « Vies des saints » ont été édités pour eux avec de magnifiques illustrations ; des albums en couleur, soit neutres, soit religieux, sont venus s'ajoutei aux vieilles images d'Epinal ; des revues même (par «exemple « Ti'étoile noëliste, Bernadette, Le Sanctuaire. I/Ecbo du Noël, La semaine de Suzette, L'ami des enfants. Ma Récréation ») ont été créées à leur intention : «les romans où parlent et agissent des iiolicbinelles. (ic> ftetils oiseaux et des bébés ont été publiés, qui «gravent dans ces espi'ils imprc<sinnnnblc< des sentiments «nbitaires.

Parmi ces livres, nous »n (lions seulement (piebjuesuns. Si, selon la i)ensée de .Montaigne, les enfants son! « capables de philosophie à partir de leur nourrice,

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