‹ Romans à lire et romans à proscrire; essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers de notre époque (1800-1914) avec notes et indications pratiquesChapitre 8 sur 35 · I. L'Ami du cierge, 1906, page · texte numérisé non relu

I. L'Ami du cierge, 1906, page

- renanisme » ondoyant, voluptueux et faux, Anatole l'^rance est Fun d'es écrivains les plus malfaisants de notre époque. Il ne respecte rien de ce qui est respectable : son ironie perfide cause plus de ruines dans les convictions et les croyances que les attafpies brutales et franches des autres libres-penseurs.

Son esprit de malice, son impiété, son scepticisme (confinant au nihilisme, le plaisir satanique de comprendre, de nier, de douter, cette galerie de héros et d'héroïnes qui vont uniquement à leur plaisir et que l'auteur absout tous ensemble : voilà ce qui, d'après Iules Lemaître, caractérise la littérature d'Anatole Krance. {Les Contemporains, 6° série).

On pourra liro cependant : Le crime de Sylvestre Itojinard : Pages choisies ; Albums povr la jeunesse, publiés chez Hachette, et peut-être Abeille : Nos enfants : Le livre de mon ami.

Jules ni: Gastyne (Jules Benoit, dit), né en 1847. Articles dans les journaux monarchistes, romans-feuilletons, pièces de théâtre.

Théophile Gautier (1811-1872), poète, peintre, wxruancier, archéologue, dramaturge, portant l'origl- Tialité et l'extravagance dans ces costumes et ses mœurs comme dans ses livres, a laissé une œuvre très éparpillée, assez vaste pour remplir 300 volumes,

Rn littérature, c'est un fantaisiste. Il jette sur le [)apier des mots rares, des expresions, des phrases harmonieuses et éblouissantes, avec l'arrièrepensée d'émerveiller le lecteur, et l'œuvre est faite : c'est du bibelot, c'est du Gantier, Le vrai chefd'œuvre de ce genre, c'est Le cfipitaine Fracasse, sa- Vv^nt mélange de fantaisie échevelée et de réalisme trivial, long épisode d''amour.

Rn morale, il cultive l'art pour l'art, il se pose lui-

96 RONUNS A PROSCRIRE

même en «t dilettante du scandale », et, comme t«i, écrivit Mademoiselle de Maupin, roman très lice»cieux.

Lire «avec prudence ; Pages choisies ; Ménagerie intime ; Constantinople : Voyage en Espagne, «i autres récits de voyage.

Judith Gautier, fille aînée du grand Théo, née e» 1850, épousa, en 1866, Catulle Mendès, dont elle ?^r sépara plus tard.

Elle se familiarisa de bonne heure avec les littératures de l'Extrême-Orient ; elle apprit le chinois, le japonais, le persan, et, dans ses livres, se fit une spécialité de la peinture des mœurs orientaJes. Oyez ces quelques titres : Le dragon impérial (épopée héroïque et galante des Boxers, quelques détails risqués seulement) ; Princesses d'amour, courtisanes japonaises ; Poèmes de la libellule : Le paravent de soie et d'or ; Le collier des jours (souvenirs auto biographiques) ; Les mémoires d'un éléphant blanc

Evidemment, la morale n'a rien à faire en ce> récits exotiques ; et pour que personne ne se mé prenne, Judith Gautier, dans son Livre de la foi nouvelle, a eu soin de nous montror IMflontit»^ diT bior» et du mal.

Madame de Genlis (1740-1830), éducatrice des princes d'Orléans et de celui qui devait être le roi Louis- Philippe, maîtresse de Philippe-Egalité, célèbre par ses filles naturelles qu'elle éleva k la mode de Jean Jacques Rousseau. Exilée en Allemagne, elle écrivît, pour se créi^r des ressources, des romans d'amour libre : Les premières rivales ; Alphonsine : Les parvenus, etc.

Les livres qu'elle dédia à ses élèves sont honnôt€^ On lira spécialement son ouvrage pédagogique Lea veillées' du château, (prendre rédition corrigée) n

M"« de Clermont, nouvelle très intéressante qui cependant ne convient pas aux toutes jeunes filles.

Paul Ginisty, né en 1855, littérateur et ex-directeur d<i rOdéon, collaborateur du naturaliste Gil Blas. Romans, études de mœurs et pièces très lestes.

de Concourt Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870). Deux frères, historiographes, critiques, auteurs dramatiques et romanciers qui, sérieusement, (témoin leur journal et leur académie) se sont crus les premiers écrivains de leur siècle.

Ils se sont attachés à décrire <( la vie » ; mais toutes leurs œuvres paraissent suinter cette « fièvre hallucinatoire » qu'ils se procuraient en restant enfermés plusieurs jours de suite, sans voir un vivant.

Leurs ouvrages historiques sur le XVIIP siècle, abondent en menus détails souvent scandaleux, fourmillent d'anecdotes et ne s'attachent qu'à la surface des choses. Ils ont été composés, comme les auteurs le reconnaissent eoix-mêmes, avec des échantillons de robes et des menus.

Leurs œuvres de critique d'ert s'attachent avec la même minutie à la joliesse de la Renaissance et du dix-huitième siècle.

Dans leurs romans, les Goncourt ont pris comme décors les endroits mal fréquentés et les coins les plus perdus de Paris ; comme héros, des types d'exception, bohèmes de l'art ou des lettres, des malades, des nerveux et des détraqués, impuissants à vouloir et â résister au mal (Charles Demailhj) ; incapables d> se débarrasser d'une passion (Coriolis) ; des hystériques obscènes (Germinie Lacerteux) ; des mystiques morbides (Sœur Philomène, Madame Gervaisais) ; des névrosées qui se font mourir à petit feu (Chérie).

Quant à leur style, baptisé par eux-mêmes (( l'écri-

^8 ROMANS A PROSCRIRK

ture artiste », il est bizarre, excentrique, macfuillé de mots et de détails puérils. Selon l'expression de M. Doumic, c'est du papillotage.

Lire Pages choisies.

Remy de Gourmont, né dans la Normandie en 1858. Comme ses ancêtres, les graveurs et artistes du moyen-âge, il est érudit, philologue et imagier.

Ses romans et ses contes, enluminés de figures symboliques, font pour la plupart, « palpiter et soupirer la luxure » (Camille Mauclair) ; nous exceptons cependant Merlette, son premier ouvrage.

Parmi ses études, Joujou-palriotisme -a pour but de préconiser l'accord franco-allemand ; Le chemin de velours est dirigé contre la morale des Jésuites ; Le prolïlème du style est un réquisitoire contre M. Albalat ; La gloire et Vidée de l immortalité (paru dans le Mercure de France), a pour objet de combattre le dogme de Fimmoirtalité de l'âme.

Etienne Grosclaude, né à Paris en 1858, humoriste bouffon, l'un des princes de l'acrobatie intellectuelle. Il ne respecte, dans ses Gaietés de Vannée, ni l^a vertu, ni la douleur, ni la mort, et il pratique, à TégaH de tout, l'indifférence la plus absolue.

GusiAVE Guiches, né en 1860. Ses romans et ses chroniques accusent une certaine faveur pour le genre de Zola dont il fut quelque temps le disciple : Céleste Prudhonimat (œuvre remarquable, roman d'une institutrice laïque ; bonnes intentions et obscénités ) ; Llmprévu (situations répugnantes) ; L'ennemi, mœurs de province (le phylloxéra, honnête) ; Philippe Destal (triste !) ; Bonne fortune (mondianités et libertinages) ; Cœur discret (qui sauv.- imo fommo don 1)1 OUI ent compromise).

M'" \îvHiAM Harry, 'ilias M"" Perrault, ri)smo-

polite, née à Jérusalem en 1875, voyageuse, polyglotte, aujourd'hui collaboratrice du Jaurnal et grande dame du monde parisien.

La conquête de Jérusalem, qui l'a rendue célèbre, est un roman qui tend à réhabiliter les cultes antiques, c'est-à-dire le naturalisme païen, au détriment des religions trop sévères, lisez le christianisme." C'est à ce roman que le jury féminin de La Vie Heureuse a décerné, en 1905, le prix destiné à récompenser le meilleur livre de femme paru durant Tanné»* précédente !

FRA^as-BRET Harte (1839l1902), chercheur d'or et romancier des grandes sierras. Ses livres, très conrnis en Amérique, présentent, avec un relief frappant, mais sans souci de la moralité, les mœurs brutales et sauvages des « prospecteurs » de la Californie.

Lire cependant Le hlocus des ne/Kjes, en deux volumes avec les sous-titres : La veine du que du diable; Uépave du Bois rouge ; les nouvelles reproduites par des périodiques honnêtes.

LÉON Hennique, né à La Guadeloupe} en 1852. Un des « cinq )> disciples de Zola, avec Céard, Manpassant, Hnysmans (1"^® manière) et Alexis.

Ses œuvres sont naturalistes et ne sont guère lues. Nous citons seulement Peuf, l'histoire d'un sapeur condamné à mort, malgré l'intervention d'une chanteuse et d'un enfant.

Alexandre Hepp, né dans Le Bas-Rhin.' en 1857. Quelques-uns de ses romans très hardis ont bruyamment ouvert la voie à l'auteur des Avariés et des Remplaçantes ; ils paraissent sin-cères et sont très vigoureusement écrits. Ses Contes, Etudes et Portraits ; Voyages ; Quotidiennes, ont également un

•00 FioMANs A proscrirp:

caractère social. Ceux qui s'occupent du danger national que font courir à notre pays les féodaux financiers liront plutôt Chaos, satire violente assaisonnée de libertinages.

Abel Hermant, romancier, rédacteur au Temps, auteur dramatique, né à Paris en 1862. Après avoir 'été l'hôte de toutes les écoles et avoir touché à tous les genres, il paraît s'être fixé dans la peinture des mœurs aristocratiques. Il déploie, dans ces histoires scabreuses, un sang-froid impassible et une ironie glacée (comme des manchettes d'élégant), qui les rendent singulièrement piquantes.

Monsieur Rabosson (le monde universitaire) ; La mission de Cruchod ; Le cavalier Miserey (roman militaire, crudités, mépris de l'armée) ; Nathalie Madoré ; La surintendante ; Chronique du cadet de Coutras, Coutras voyage, Le Rat (tout à fait pornographique), appartiennent à la manière naturaliste.

Cœurs à Part ; Amour de tête ; Serge ; Ermeline . Les Confidences d'une aïeule (très perverses) ; Les Confessions d'un enfant d'hier ; La Confession d'un homme d'aujourd'hui ; Les . Transatlantiques (les Américains, leurs défauts et leurs mœurs) ; Les affranchis, Le second garçon (presque propre), etc.. sont d'une psychologie généralement voluptueuse.

La carrière ; Le sceptre ; Le char de l'Etat ; L'esbrouffe ; Les souvenirs du vicomte de Courpières ; Monsieur de Courpières marié ; Les grands bour. geois ; Histoire d'un fils de roi, ressortent de la troisième manière de l'auteur ; ce sont les aventures galantes des « grands », écrites en pur style XVIII* siècle

Ses pièces de théâtre {L'empreinte, Le faubourg, Les Jacobines, etc.) ; et Les Mépris, recueil de vers, d'inspiration beaudelairienne, sont, au point de vue moral, de même , qualité que ses romans.

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE lOl

l'jddy et Paddy et Le bon roi Henry, sont honnêtes.

Arsène Houssaye (1815-1896). Critique, romancier et dramaturge, qui produisit plus de cent ouvrages.

Il se montre spiritualiste 'dans les Destinées de Vâme, ouvrage philosophique où il disserte en souriant du mystère de l'éternité.

Dans ses poésies, il chante surtout les roses, la jeunesse, les plaisirs folâtres de la vie, les fictions Toluptueu&es de l'antiquité.

Quant à ses romans et ses œuvres pseudo-historiques, ils sont des récits de la vie galante, musqués, également libertins. Arsène Houssaye s'est plu à y mettre en scène les courtisanes, les élégantes demimondaines : il a été justement surnommé le peintre det» belles pécheresses et le Brantôme des dames galantes de notre époque.

Il est aussi, a-t-on dit, un païen du temps d'Aspasie égaré dans le XIX« siècle ; en effet, sa Eépublîque athénienne du temps d'Alcihiade renferme une profession de foi candidiement païenne : « Entre la religion de la laideur et celle de Phidias, d'Apollon, mon choix est fait », dit-il. C'est l'inspiration de la prière sur V Acropole que les Lanson, les Croiset et consorts recommandent comme une des plus belles pages de notre langue.

Vhistoire du â1^ fauteuil est cependant utile à lire, et moralement presque irréprochable : elle a eu un regain de popularité, lors de la réception à l'Académie de son fils Henri, critique d'art et historien remarquable : i81â (1 volume) et 1815 (3 volumes).

Gérard d' H ou vil le, de son vrai nom M"® Henri de Régnier, fille de M. de Hérèdia.

L'Inconstante, son premier roman, est, d'après un critique bienveillant, un chef-d'œuvre impur. UEsciave est une histoire d'une élégante indécence dont

102 HOMANS A PKOSCRIHK

J'héroïne <( sauvage et prei^que aninmle ne garde plutrien de civilisé ». Le tmips ///////..'.• a^t tout aussi brutal.

V. Blasco Ibanez, né en 1867. Député révolutionnaire de Valence aux Gortès, fougueux anticlérical, romancier réaliste d'une rare puissance, il dépeint dans ses œuvres tout-es les horreurs de la nature <?t des passions espagnoles, {Terres maudites ; Fleur de Mai ; Boues et Roseaux ; Arènes sanglantes). Plusieurs de ses ouvrages, tels que Dans Vombre de la Cathédrale, L'Intrus, La Horde ont paru en f rinçais ,dans la Revue de Paris : ce sont d'odieux pamphlets contre la religion catholique.

Eugène Joliclerc de Rollice, directeur de La Fn mille des artistes, auteur de romans sentimentaux et obscènes.

Paul Junka, de son vrai nom M''*^ Forpomès,

ancienne institutrice. Quelques romans scandaleux, {Le vicaire parisien ; La fausse amante, etc.)

Henri KistemaeckerSi né en 1873, fils d*un éditeur bruxellois, a déjà, publié, sous son nom et sous îe pseudonyme de Jeannine, une vingtaine de romans, plusieurs pièces et une foule de chroniques. Au total. littérature voluptueuse.

Paul de Kock (1794-1871). Romancier et auteur dramatique, d-'une gaieté intarissable et polissonne, qui partage avec Eugène Sue et Alexandre Dumas U triumvirat de l'ancien roman-feuilleton.

Il publia, dès l'âge de 19 ans, Vendant de ma je m me, et ensuite ce qu'il appelle » ses poèmes de joie », c'est-à-dire de nombreux ouvrages débordants de gaieté rabelaisienne, sans distinction de langage, sans style et surtout sans pudeur. Il a été beaucoup lu :

mais il est délaissé, depuis qu'il est remplacé par des écrivains beaucoup plus immoraux que lui. On réédite de temps en temps, dans les journaux, l'invraisemblable légende d'après laquelle ses œuvres auraient été, sous Grégoire XVI, approuvées par l'Eglise.

Son fils Henri (1819-1892) fut un fournisseur de romans-feuilletons qui dépassa son père en grivoiserie et en naturalisme.

Pierre de Guéheneuc de Lano, mort à la fleur de l'âge en 1904. Livres galants sur la cour de Napoléon III et de Berlin ; romans-feuilletons voluptueux. Pour tous : Terr'neuva.

Emile Laurent, dit Golombey, littérateur, né à Colombey en 1819, mort en 1897, bibliothécaire à la Chambre des Députés. Outre la publication de^ Archives parlementaires (plus de 100 volumes) et de nombreux articles, on lui doit un certain nombre de livres sur des personnes et des milieux trop peu recommandables.

Henri Lavedan, né à Orléans en 1859, membre de l'Académie française, romancier et auteur dramatiques, dont toutes les œuvres contituent l'histoire naturelle du (( fêtard nouveau jeu ».

La saveur particulière des écrits de M. Henri Lavedan, je crois l'entrevoir, dit Jules Lemaître. La Haute et Le Nouveau jeu, Leur cœur et Nocturnes, Le prince (VAurec et Viveurs, c'est la surface brillante et pourrie de la société contemporaine, décrite par uiL esprit aigu... Le bon temps et Inconsolables ne valent pas mieux.

Le 28 décembre 1899, lors de la réception de l'auteur à l'Académie, M. Costa de Beauregard, chargé de souhaiter la bienvenue au nouvel élu, lui infligea.

lOi ROMANS A PROSCRIRE

SOUS toutes les formes du beau langage, une flétrissure ineffaçable : « Vos œuvres sont d'un joli cynisme, lui dit-il, vous aimez à promener votre esprit sur les pires marécages..., vous vous complaisez à peindre des âmes pourries..., votre rire fait des cadavres... » Ce discours, qui souleva les clameurs de la presse parisienne, ne saurait cependant viser certains instantanés cruels et hélas ! trop exacts : Lydifi ; Sire (roman satirique contre les partisans de )a survivance) ; Le Duel, comédie qui est presque un chef-d'œuvre ; ni les recueils intitulés Bon an, mal an, Mon filleul.

Marius-Ary Leblond, nom commun à deux auteurs, nés le premier en 1877, et le second en 1880. Ecrits avec obscurité et affectation, leurs romans de « grande ville », de « mœurs électorales », « de couleur », etc., ne sont guère lus davantage que leur ouvrage : La Société française sous la 3^ République, d'après les romanciers contemporains ; ils sont da reste socialistes. A ajouter Les Sortilèges (récits de mœurs malgaches immoraux) ; L'Oued ; En France (tableau d'un monde corrompu) ; Les Jardins de Paris (aventures scabreuses d'un étudiant) ; Anicette et Pierre Desrades (idylle presque convenable dans l'île Bourbon).

Camille Lemonnier, (1844-1913), fils d'avocat, écrivain puissant et fécond, qu'on pourrait appeler le Zola de la Belgique.

Dans ses ouvrages, écrits avec magnificence et imprégnés de sensualisme violent, il a défendu « le respect de la vie intégrale », et placé les libres instincts de la nature corrompue au-dessus de l'idée chrétienne, de la notion du devoir et même du sentiment. Aussi fut-il poursuivi trois fois comme pornographe.

Parmi ses 60 volumes, nous ne pouvons nommer

([ue La vie belge ; La Belgique, vaste j>oème descriptif ; et quelques recueils de nouvelles exquises : Les jouets parlants ; La Comédie des jouets ; Noèls flamands ; Contes flamands et wallons (légèrement voltai riens) ; Un coin de village...

Camille Le Senne, né en 1851, est un de ces auteurs qui exploitent les actualités scandaleuses pour les grossir jusqu'aux proportions d'un volume et les servir à la curiosité malsaine du public. 22 volumes de romans, 3 volumes de variétés, 5 volumes de l'histoire du théâtre, feuilletons du Siècle, etc.

Jean Lorrain, alias Paul Duval, (1855-1906). Il ae vante d'écrire des « pages de grande luxure » ; ses vers, ses pièces, ses nouvelles, ses récits, ses romans peignent en effet, d'après nature, les types des fortifs, des bastringues d'assassins et des bouges.

« Jean Lorrain, dit M. Ernest Charles dans la Reoue Bleue, cultive « l'orchidée du cadavre rare » ; et il met beaucoup de femmes autour. Il écrit des romans-feuilletons de mauvais lieux. Il est notre Ponton du Sérail... »

Pierre Loti, (Julien Viaud, dit) né à Rochefort en 1850, fils d'un ministre protestant, célèbre romancier d)escriptif, membre de l'Académie française.

Pierre Loti est d'abord un puissant charmeur. Il séduit ses lecteurs et ses lectrices par la rêverie vague et flottante de sa pensée, par la mélancolie sensuelle dont il les pénètre, par les voluptueuses et •mlaçantes caresses de sa phrase, savamment rythmée. Ces petits récits dont il tire de profondes émotions, ces descriptions féeriques de l'Océan iîifini, de rOri-ent mystérieux, de tous les pays exotiques, charment jusqu'à enivrer.

' Je viens de relire les six volumes de Pierre Loti,

10(i KOMANb A PRO.SCHIHK

dit Jiiles Leniaître, et je me sens parfaitement ivre. La i^lupart de ses œuvres ont, en «ffet, comme pr^ mier trait caractéristique, d'amollir et d'alanguii

par l'érotisme du style et des peintures.

Aussi, la lecture de ses livres contribue-t-elle à déprimer les âmes, non seulement en leur procurant des émotions artificielles très vives, mais encore en laissant cette impression que toutes les beautés et touites les énergies sont dans les choses, que la nature agit en nous ei sur nous, et que nous ne pouvons rien contre elle.

Les idées de Loti sont encore plus perfides et plus malfaisantes que ses descriptions et ses procédés .A

2S ans, il adressait à son ami, William Brown, une profession de foi que toutes ses admiratrices doivent connaître ; « Croyez-moi, mon pau\ re ami, écrivait^i) le ivemps et la débauche sont deux grands remèdes... Il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de morale ; rien

n'existe de ce qu'on nous a enseigné à respecter ; il

y a une vie qui passe, à laquelle il est logique de demander le plus de jouissances possible... J'ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plaît, en dépit de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien ni à personne ; je m'aime personne ni rien ; je n'ai ni foi, ni espérance... »

(Aziyadé).

Voilà la dogmatiqu-e de Loti : il ne croit à rien

sinon peut-être aux philosophes indoiis : « Sur les mystères de la vie et de la mort, dit-il, les sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l'interrogation ardente de la raison hTunai-

ne. » (L'Inde sans les Anglais).

La mort, c'est l'anéantissement (voir Le livre de la

pitié et de la mort, etc.) : tout s'écroule autour de nous, il faut donc jouir le plus possible ; la débauche est d'ailleurs eflftrace : tous nos efforts sont inu-

EN VERTlî DE LA MORALE CHRÉTIENNE KH

Liles contre la nécessité cruelle de l'amour. Voilà la inorale de Loti, et ses héros ne se font pas faute de l<a mettre en pratique.

Nous savons bien qu'en dehors de ces doctrines rninemment subversives, Pierre Loti a écrit des iiges magnifiques, exquises, émues, sur le dévoue- I rient, rabnégation, le devoir, la foi... Il n'en reste pas moins, dans l'ensemble de sa littérature, immoral et irréligieux : La trilogie : Le désert, Jérusalem, Galilée ; Le roman d'un spahi ; Ramuntcho, <ont à ce dernier point très significatifs.

Et ses livres réputés honnêtes, oserons-nous les relommander à tous ?

Ils ne sont pns positivement iniputiiciues, mais... Voici ce qu'éciivait M. Victor Giraud dans la Revue des Deux-Mondes, le 1^ juin 1907, à propos du Pêcheur d'Islande : a .le ne sache pas de livre qui prô- •:he plus fortement et plus subtilement tout ensemble la vanité de toute action, le néant de tout effort et l^miversel à quoi bon ? de la vie. » Ce même livre r enferme deux scènes voluptueuses. Le roman d'un 'infant a deux pages lestes ; Frères Yves dépeint, avec la générosité des marins, leur vie facile ; Vers Ispahan est légèrement sensuel... et nous ne regardions pas comme absolument inoffensifs pour les jeu- /les gens i^es derniers jours de Pékin : VInde sans If's Anglais ; l'jscales au Japon ; Pages choisies, ni surtout La troisième jeunesse de Madame Prune.

Dans ces dernières années, Pierre Loti n'a publié •fue quatre ouvrages : Les désenchantées (l'émancif)ation de la femme musulmane, thèse, pas pour tous); La mort de Philœ (incomparables descriptions de l'Egypte, même fond sensuel et sceptique) ; Le château, de la belle au bois doruiant (contes décousus et troubles, à interdire) ; Le Pèlerin d'Angkor (fond troublant, émouvant témoignage du néant d'ici-bas).

Pierre Louys, né le 10 décembre 1870. En religian

protestant ; en littérature, styliste impeccable écrivain féru d'antiquité grecque, poète, romancier conteur ; en morale, plaide ardemment pour toute?les licences.

Tous ses ouvrages sont faits de cette littérature ei / de cette morale. Nous citerons seulement Aphrodite, roman d'amours antiques, tiré à cent vingt-cintj mille exemplaires que Rémy da Gourmont lui-mêmi apprécie ainsi : « livre de chair et revendication db romanesque sensuel. »

Georges de Lys, dans l'armée le commandant Georges Fontaine de Bonnerive. Né à Oullens en 1855. Romancier et poète.

Le logis ; Enfants des Hues ; La Trempe ; Sur les têtes blondes ; Ceux qui partent sont des IivTe^ honnêtes, véritables perles littéraires.

Ses récits et nouvelles, pour la plupart mi^'^'^i'^-^sont fort mêlés.

Les autres, et surtout ses trois romans de mœurs antiques, sont voluptueux ou dangereux au point de vue moral.

René Maizeroy, pseudonyme du Baron Toussaint.

Né à Metz en 1856, d'abord officier, composa des ro mans et des nouvelles très nombreuses où il pein: de la manière la plus lascive et dans un langage «< élégamment obscène et innocemment corrompu > les mœurs de la vie parisienne. Collabore aussi à dies journaux conservateurs.

Hector Malot, (1830-1907). S'occupa d'abord de cri tique et se consacra ensuite an roman. Ses œuvrep lancées par M. Taine, ne sont guère plus morales que celles de Balzac auxquelles elles ressemblent par la langue, la variété des situations et les habiles in tri gués.

Romain Kalbris ; Sans famille, qui eut un immense succès, sont les seuls de ses soixante volumes que tout le monde puisse lire, avec Pages choisies.

Nous citons pour les grandes personnes : Une bonne affaire (quelques mots seulement contre les pensionnats chrétiens et le mariage religieux) ; Rose Pompon ; La petite sœur (intéressant, quelques pages libres) ; Paulette, (quelques descriptions hardies des désordres conjugaux) ; Marichette (thèse sérieuse sur la recherche de la paternité, détails scabreux) ; Micheline (adultère, puis scènes attendrissantes) ; Le lieutenant Bonnet (l'officier pauvre) : Mariage riche (recueil de nouvelles) ; En famille.

Georges Mareschal de Bièvre, romancier dont les œuvres ne figurent qu'au petit marché littéraire : Berihe et Berthine (scènes risquées, idées dangereuses) ; Angette (moral, mais détails libres) ; Tante Bébé (marivaudage honnête) ; Reiiie bicyclette (sport et sentiment) ; Destinée (Vamnur ; Cousine ma mie : Le cœur s'éveille (alerte, pour lecteurs d'âge mûr).

JiiL\NNE Marni, de som vrai nom M™« Jeanne Marnière, (1854-1910), dame du grand monde parisien. Romans voluptueux, dialogues de courtisanes, etc. ; intrigues d'amour banal (L'une Pt Vautre) : basses vilenies (Souffrir).

Paul Margueritte, né en 1860 à Laghouat, fil» du général de ce nom, qui se distingua à la guerre do 1870 (voir le livre intitulé Mon père).

Enrégimenté d'abord dans l'école naturaliste qui inspira son premier roman, il rompit solennellement avec Zola en 1887, et commença une série d'ouvrages d'un ton différent, mais d'une morale non moins suspecte.

Associé à son frère Victor depuis 1896, il produisit

1 1 (> ROxMANS A PROSCRIRE

des contes rapides et pittoresques, de grands romans et surtout des récits militaires. Nous citons :

Parmi ses contes et nouvelles : Le cuirassier blanc (assez honnête, mais suivi d'autres nouvelles imprégnées de sensualisme et de pessimisme à la Loti) ; La Mouche (très peu édifiant) ; L'Avril (une poitrinaire guérie par l'amour de son médecin) ; Simple histoire (27 récits, dont plusieurs répréhensibîes) . La pariétaire (25 morceaux en style précieux) ; Le jardin du Roi idylle très jolie) ; Ayjie d'enfant . Pcuvi et Zette (récits déplaisants sur et non pour les ©nfants) ; Sur le vif (32 nouvelles) ; Les jours s'allongent (souvenirs de jeunesse malsains) ; La lanterne magique (nouvelles , très risquées)

Parmi ses romans : La tourmente (psychologie conjugale) ; Tous quatre (nombreuses scèn-es de libertinage) ; La confession posthume, suivie de Uimpasse (livre dépravé) ; Pascal Géfosse (adultère et pessimisme) ; Femmes nouvelles (adultères, thèse imprécise) ; Ma Grande et Le poste des Neiges (honnêtes) , Les deux vies (mise en scène de son manifeste scandaleux en faveur du divorce, par la volonté d'un seul d-es d'eux époux) ; Le prisme (la course au mariage riche, tend à montrer que le mariage étant une affaire d'argent, constitue un contrat frauduleux qui appelle fatalement le divorce) ; Le carnaval de Nice (idé-e générale : l'atmosphère de Nice, surtout à cette époque de l'année, est tellement irrésistible que la vertu y est impossible, même pour les jeunes époux) : Vanité (la richesse et le luxe qui i^endent égoïstes, cruels et méprisables ceux qui en sont pourvus) ; La Flamme (voluptueux et pimenté) ; Amants (licencieux) ; La maison brûle (établit la théorie du « droit a'i bonheur » dans des pages apparemment correctes); Les Fabrecé (œuvre complexe, mélange de vérités «»t d'idées fausses : semble défendre la familh

EN vertt; de la morale chrétienne ! 1 1

îiième temps l'imion libre^, le divorce, etc) ; Les sources vives (apologie du travail ; fonds moral ; pas pour tous). ' ^

Ses récits militaires, réunis sous le titre d'Une éftoque, comprennent qxiatre volumes {Le désastre : Les tronçons du (ilaire ; Braves gens ; La Commune) ; ils présentent, -en certaines pages, des idées théistes -ex. favorables au divorce, et de plus des scènes d'une lubricité révoltante.

Victor Margueritte, frère du précédent, né à Blidah eu 1867. Il s'était déjà révélé poète tandis qu'il portait répée ; il (juitta l'armée en 1895 pour •collaborer avec son frère Paul ; pendant 10 ans, la fusion das deu.x: écrivains fut tellement intime que, dans leur commun labeur, il serait impossible de reconnaître la part de l'un et de l'autre. En 1907, le divorce survint. Le premier feuilleton signé par Victor d^epuis la rupture est intitulé Proslitnrr : c'est d6 la basse littérature industrielle.

Il a publié depuis : Les jeunes filles (morale païenne et naturaliste) ; Le petit roi d'ombre (nouvelles, <[iielques lignes seulement à reprendre) ; Le talion tdonnée immoral-e) ; L'or (sang, boue et turpitudes) ; L^s frontières du cœur (roman alsacien, œuvre saine et consciencieuse, pour adultes).

Matthey, pseudonyme et nom de la première f^mlue de Artht R Arnould, (1833-1895), professeur, meml>re de la Commune. Contes, nouvelles, romans-feuilletons, ouvrages historiques, articles théosophistes.

Guy de Maupassant, né en 1850, filleul de Flau^ li^ it, (( le plus grand romancier réaliste du s-iècle ». (Kmile Faguet). Il s'occupa de spiriti.sme et mourut fou le 6 juillet 1893.

Il est surtout célèbre comme conteur. Ses conter

Wi ROMANS A PROSCRIRE

ta^ntôt gais tantôt tristes, et souvent très brutaux,, ont été et sont encore, pour notre génération, ce que furent les contes de La Fontaine pour ses contemporains : ce sont, dit Jules Lemaître, des histoires de filles, paysans rapaces et de grotesques bourgeois... les faits divers d'une humanité élémentaire et toute en instinct. {Les Contemporains, 6« série). Guy de Maupassant, continue l'éminent critique, aime et recherche les manifestations plus violentes de l'amour physique, de i'égoïsme, de la brutalité, de la férocité naïve... Il est extraordinairement sensuel ; il l'est avec complaisance, avec fièvre et emportement. {Les Contemporains, P^ série, page 300).

Ce conteur si peu moral a cependant joui d'une vogue immense. La vente de ses œuvres a, dit-on, rapporté en 1901, 45.000 francs à Mlle Simone de Maupassant, nièce et légataire de l'auteur.

Tout le monde reconnaît à ces contes une valeur littéraire de premier ordre, mais le public les lit moins à cause du prestige du style qu'en raison de leur indécence. La réflexion e.st de M. Jules Lemaître.

Les dernières œuvres de Maupassant sont, au point de vue moral, beaucoup moins répréhensibles : Au Soleil ; Sur Veau : Pierre et Jean... La librairie Ollendorff a publié, sous le titre Contes de Maupassant, une série choisie qui. on flôp-^ -h- - " *i*^<\ n'est pas pour la jeunesse.

Catulle Mendès, (1840-1905). Epousa, en 1868, M^'^ Judith Gautier, fille de Théophile, se sépara d'elle quelques années après, et associa sa vie à une poétesse qui s'appelle M*"® Jane Catulle Mendè^

Ses poésies, ses drames, ses romans, en m tous ses livres, qui sont pour la plupart des recueils de nouvelles, con.stituent une bibliothèque d'alcôve et de chaise longue, où la veine libertine coule et

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIt:NNE Mo

pleins bords, et dans laquelle la préciosité la plus raffinée le dispute à l'indécence subtile.

Nous ne ferlons exception que pour Les mères enjietnies ; Grande-Magiirl (extravagant, non obscène).

Georges Mérétfith (1828-1909), romancier anglais qui n'offre de p(t].iil;iiit' (lu»" <a proposition de « mariage à bail ».

Il a abordé à peu pies tuus les grands problèmes de notre époque : mais la profondeur de ses analyses, Tétrangeté de son style, la complexité de sa pensée le rendent inaccessible au grand public.

Sur ses 20 volumes, deux seulement ont été, cioyons-nous, traduits en français : Uégoïste (dont le moi haïssr.b'e est le point de mire de deux sentimentales) ; Comédiens tragiques (étude fouillée sur le socialiste Fernand Lassalle).

Prosper Mérimée (1803-1870), auteur dramatique, conteur et nou\ellier célèbre dont les œuvres sont presque, toutes immorales ou impies.

Les récits de ce puissant écrivain se distinguent d'abord par leur caractère horrible : ce sont des meurtres, des brigandages et des tueries épouvantables, des hommes carnassiers et lubriques ; Colomba même, (jui peut être lue à peu près par tous, est l'histoire tragit[ue d'une vendetta.

En dehors de ce petit chef-d'œuvie, Mérimée n'a guère produit ({ue des ouvrages pernicieux : sceptique tranquille, dédaigneux, élégant et discret, il a couvert de mépris les choses de la religion (Le carrosse du Saint-Sacrement), les prêtres et les moines au même titre que les seigneurs et les bandits {La Jacquerie ; La Chronique de Charles IX) ; enfin, ddt Jules Lemaître, il s'est montré, vis-à-vis de l'univers et de la cause première, (juelle qu'elle soit, poli, retenu, dédaigneux.

Il Ti\a pas traité la morale avec plus de respect que l'Eglise et l'histoire ; il aime à voir se développer librement, bonne ou mauvaise, la bête humaine, dit encore Jules Lemaître, et, quand elle est bell€, il n'est pas éloigné de hn croire tout permis.

Oscar Méténier, (1859-1913), romancier et aiiteur dramatique, ancien secrétaire d'un commissaire de police de Paris. Toutes ses œuvi'.>< uni nmii- ^ujet le monde spécial du désordre.

Lucien-Victor Meunier, directeur de La France de Bordeaux, s'est acquis, sous le pseudonyme de Montfermeil, uine certaine célébriité. La satire sociale intitulée : Un apôtre de grand chemin, porte, en épigraphe, cette déclaration significative' qui justifie notre proscription : « Cléricalisme et militarisme sont les deux ulcères de l'Etat. »

Louise Michel, la fameuse révolutiojiii..m ^1833- 1905). Fille naturelle d'un châtelain de la Haute- Marne, elle vint de bonne heure à Paris, et entra dans l'enseignement. Elle prit part à la Commune, fut envoyée à Nouméa où elle reçut \e nom de Vierge rouge qui lui resta.

Ses livres (une douzuinr (i. \ olumes) son' ses d'un soirffU^ révolutioiuiaire violent^ el lomoignent, malgré tout, ([ue cette « apôtre de la guerre civile » est surtout une générosité dévoyée, victime de toutes lo^ iof1n<'iK-e^ uiMlsairM"^ "t '!-> 1' » .ton.itr' <l" ses nmi^.

OiTAV!; Mirbeau, i vain malpropre

ei, sectaire écœurani. so i»iiiian> ^l.e Cah^aire, Vab- ()■ Jules, Sébastien liocli, Le roman d'une femme de chambre, Dingo, etc., etc.) sont d'une bi-utaliié révoltante et parfois blasphématoires et impies. Voici ce qu'écrit, sur cet auteur, un critique qui

n'est certes pas un tenant de la pruderie catholique • (( Il a l'âme d'un sous-officier qui a rengagé trois fois et qui a mangé sa prime avec les femmes... Sa littérature autoritaire et incohérente, prétentieuse ■rt grossière, trahit ses désenchantements assez bas et ses espérances assez plates. ïClie est d'un cerveau médiocre et d'une Ame qui n'est pas supérieure au cerveau ». Et plus loin : « Il blesse par l'accumulation voulue des malpropretés... Rien n'-est plus significatif que le plaisir que Mirbeau a visiblement pris à ajouter des malpropretés inutiles au sujet... » (Ernest-Charlefe, La lifif'raturr fr'inmhp iVaujourfVhid, page 271).

Maurice Montégut, (18o5-l<.ll2), rédacteur à divers journaux pornographiqu-es, romancier naturaliste ironique. Drames en vers ; 12 volumes de contes ; romans.

Ses ti'ois derniers ouvrages sont Les clowns (récit des intrigues, des orgies et des crimes die la cour de Compiègne) ; La grande nuit du Pôle (roman d'aventures, épisodes émouvants et atroces) ; Petites gens pl grands cœurs (très romanesque).

Edgar Monteîl, né en 1845, naguère préfet de la Haute-Vienne, a publié des écrits irréligieux et des romans pornographiques. Ses ouvrages pour adolescents sont (( laïques », mais non obscènes : François François ; Histoire du célèbre Pépé ; Le roi Bou- Bou ; Les trois du Midi ; Jeanne la Patrie (préface dang-ereuse pour la jeunesse).

Alfred de Musset (1810-1857), le célèbre poète. Sous l3 rapport littéraire, il a égalé et parfois dépassé Lamartine et Hugo. Mais au point de vue moral ?... Il a vécu dans la volupté et il a chanté sa vie... Aussi est-il particulièrement pernicieux. 11 exprime souvent la vanité des plaisirs, mais il en trace des pein-

Mil ROMANS A PROSCRIRK

tu les palpitantes de vie, abreuvées de vraies larme-, éniaillées de mots cornijiteni-^, (juj tioubJonf profondément les âmes.

La confession d'an enfant du siècle, espèce de roman en prose, où il déplore cyniquement de ne plu> goûter les joie^ d'un amour pur, est toujours malsain et souvent insipide. Ses Contes en vers et en prose sont Intéressants et quelques-uns exqiiis ; mais beaucoup sont Immoiaux. Ses pièces de théâtre méritent la même note.

Lire les Morceaux clioîsis de chez Cattier, excellents.

Paul île Musset ';i80i-l^su, iieip -ntu- d Aiu-eii, dont les pièces, nouvelles et ronians sont d'une morale souvent légère... Il défendit la mémoire d'Alfred en répondant à Elle et Lui de Georges Sand par Lui et Elle. Un auteur plaisant prit part à la queielle et écrivit Eux brouillés .. Tout le monde ))pnt lire Monsieur et Madame la Pluie ; Bavoleftc.

John-Antoine Nau, un jeune cerveau chaotique qui obtint en 1903 le prix Concourt pour son romaiii La force ennemie. Cette œuvre étrange met en scène uti fou qui se sait fou, c'est-à-dire possédé par une foreejinemie, une âme tombée d'un astre lointain ! La Gennia est » la plus détestable et la plus folle hif*toire de revenants que l'on puisse concevoir ». (Jule- Bois). Cristohal le porte est nauséabond.

M™® i.A Comtesse Matthieu de NoailleSi princesse Anne de Brancovan, d'origine orientale, fille d'un prince roumain et d'une mèro turque, née à Paris en 187r>, élevée à Paris. Son portrait et son panégyrique illustrent les plus belles pages des revues frivoles, et ses œu\T€s ont provoqué dans certaine presse une « folio furieuse d'admiration ».

Mme de Noailles est poète ; elle est même, au dire d'un critique, le plus grand poète de l'aristo^rati-e contemporaine. Et, comme telle, elle a proposé à a l'émerveillement de l'élite )>, premièrement Le cœur innomhrahle et deuxièmement Vombre des jours : ■deux recueils idé vers qui rappellent les audaces des idylles antiques, chants et rêve d'une <( àme de faunesse » (le mot est de M"^*" la comtesse) qui aspire, 4R}n<ïi qu'une parfaite et sensuelle panthéiste, à

Se mêler vivante au reposant mystère

Qui nourrit et fleurit les plantes par le corps !

-s^lme ^Q Noailles est romancière : elle a publié trois romans. Parlant du premier {La nouvelle espérance), et en même temps de L'Inconstante, par M™« Henri de Régnier, le Journal de Genève, organe protestant, disait : « Ils sont d'une tell(^ licence que des critiques, qui ne sont pas atteints, comme ils disent, d'huguenotif^me féroce, en sont révoltés et crient bien haut que toute mesure est dépassée -et qu'il est temps d'enrayer. »

Depuis lors, M'"^' de Noailles n'a guère « enrayé ». Elle a écrit Visage émerveillé -et La domination, <( à peine un peu moins ridicule que les livres précédents du même auteur ». (E. Faguet).

Elle a souffert cependant, depuis qu'elle a écrit ses livres malsains ; et c'est pourquoi, elle s'est souvenu qu'on lui a parlé d'im Dieu quand elle était adolescente. Sans rien savoir de plus, elle a chanté, à cause du vide infini ; et elle a publié Les Vivants et les morts, où sans être convertie, elle a des accents qu'elle n'avait pas eus jusqu'ici...

Louis Noir, pseud. de Louis Salmon (1837-1901), exerça divers métiers, fut zouave, rédacteur au Peiopic et romancier à la Ponson du Ter rail.

Richard O'Monroy, de son vrai nom Le vicomte

d© Saint-Genfès, né en 1849, ancien capitaine de cuirassiers. Ses pièces, récits et nouvelles, lui ont v^iin le surnom de « Gyp militaire » : ils sont au moin> voluptueux ou fort scabreux.

Ouida (M"*^ Louisa Laramée, dite), romancier»^

anglaise (1840-1909).

Son style alerte, enlevé, la rapproche de Gyp. Sethèses, sa manière et sa popularité l'ont fait surnommer par certains critiques la George Sandi de l'Angleterre. Elle est parfois broussailleuse et trop touffue, mais généralement son pinceau, comme celui de notre romancière, trace des tableaux superbes. Pourquoi faut-il qu'il soit mis au service des idées malsaines, rationalistes et anticatholiques {Pascarel ; L>' roman étrusque ; Fille du diable ; La comtesse V«ysali ; Puck ; Ari(n:n : Ln jiHricPssr Z'niroff ; Lf ml,,. nel Sabretache).

Parmi les œu\ res de cette nuthorr.ss originale, n^usignalons aux personnes d'âge raisonnable : Scènf's de la vie de château ; Le chemin de la gloire ; La filleule des fées ; Gésualdo ; Les Fresques ; Les Cln~ rcncieux ; Cigarette ; Amitié. Et aux plus jeunes : Moufflon (enfantin) ; Le petit comte ; Le train de village ; Umilta ; Sainte Rosalie aux bois.

JosÉPHiN Péiadan, né oi 1850, d'une famille nimoise. Occultiste, artiste, écrivain étrange qui se proclama, vers 1893, mage et sâr. « Il -est absurde, s; vous voulez, et fou, t^ant qu'il vous plaira, dit An^itole France ; mais il a du talent. Toutes ses œuvres c< féeries sans raison et pleines de poésies », ont été réparties en div-erses séries. L'une d'elles est intitulée les Drames de la Conscience et s'ouvre par La Ilondache, dédié aux jeunes filles ! et couronné par r.Ac.'uifM' ' Amants de Fisc est une idvll

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE liV>

finit en drame ; qui est à la fois chaste et passionnée., Tout est singulier chez Péladan.

(( J'aurais peur pour ma raison de vivr-e avec de pareils livres », dit Charles Le Goffic {Les romanciers (Vaujourdliui, page 286). Un Jeune homme sérieux qui aurait cependant la témérité ou plutôt le courage de les lir-e, devrait craindre en outre pour Sii foi et pour ses mœurs. Les lecteurs expérimentés trouveront dans certains de ces ouvrages un écrivain ardent qui peint avec abondance les vices de notre civilisation pour les flétrir.

Bénito Perez Galdos, né en 1845, romaincier espagnol, que le caractère de son œuvre et sa manière ont fait comparer à Dickens et Erckmann-Chatrian. Ses œuvres sont avant tout des instruments de propagande anticléricale. N'a-t-il pas attaché son nom à Electra, drame anti-religieux dont la représentation a naguère excité tant de haines et de troubles ?

Camille Pert, do son nom véritable Louise-Hortense Rougeul, née Grille, romancièF'e à thèses.

Ses romans très hardis roulent sur les questions sociales, ou la psychologie conjugale ; ils défendent, au nom de la inorale indépendante, les droits de la femme, avec xme bonne foi, une logique, une sûreté d'observation et un style dignes d'une meilleure cause. La loi de Vamour ; Leur égale ; Mariage rêvé ; Lp.v florifères ; La camarade ; Le dernier cri du savoir-vivre ; Le livre de la femme (enquête sur le travail féminin) ; Le mirage du bonheur (plus réservé, pour adultes) ; romans-feuilletons dans les grands journaux, et en particulier dans le pornographique Journal.

(Charles Pettit, jeune écrivain qui a parcouru îa Chine dans tous les sens et a tiré de ses impres-

sions àe voyage deux romans : Les amours de Li-Ta- Tchou, (tableau de la Chine contemporaine ; massacres et vices décrits avec couleur et sincérité) ; Le Chinois de M"^ Bambou (vue du Japon prise pai' un Chinois et chargée de dissertations). L'auteur s'est au^si essayé dans le roman parisien, mais son Dérlassé n'est pas réussi, et il n'est pas plus édifiant (7ue les précédents.

Ch-arles-Louis Philippe, (1874-1909). Œuvres galantes et licencieuses, d'un style étrange, obscur et difforme.

Alexandre Pouchkine, (1799-1837), poète et romanciei- russe, disciple de Byron, dont les mœurs révolutionnaires et liciencieuses ont eu, en leur temps, ' hez les Russes, un succès considérable. Tout le inonde peut lire, dit-on, La fille du capitaine.

Marcel Prévost, né en 1862 à Paris, fils d'un sous- • lirecteur de contributions indirectes, membre de l'Académie française. Elève des jésuites, polytechnicien, ingénieur des tabacs jusqu'au jour où il obtint par ses romans le grand succès dont il jouit encore aujourd'hui.

Marcel Prévost est l'un des romanciers les plus per- \ers que nous ayons aujourd'hui, dit l'Ami dit Clerffé ; mais comme il est aussi pour tout un public féminin trop peu averti, un docteur ès-sciences de l'amour et de la... morale, nous croyons utile de nous appesantir un peu sur son œuvre.

Romans, nouvelles, contes, lettres, forment uii ^•ingt^nn^ de volum^'^ H« <r\r\f nr«>«"!»' tmm m prob ciire.

Les uns font assister au reveii ou a la iiantise de l'amour chez les adolescents. Les autres étalent des âmes qui ont consei*\'é de leur éducation première la

EN VERTl DE LA MORALE CHRÉTIENXE 1^21

TU tioii nette de leurs devoirs moraux, des âmes religieuses et féminines pour la plupart qui, après avoir ressenti et analysé longuement, très longuement, les sensations de la volupté, sont travaillées par le remords et finissent par conclure contre tout ce qu'elles ont fait et aimé, u Ce qu'elle est exquise et d'un raffinement bien corrompu cette idée du péché, dit un critique anticlérical, surtout lorsqu'elle -est ressentie par ces âmes jeunes et ardentes d'adolescents... Ce leur est — et c'est aux lecteurs aussi par ricochet — une singulière volupté que de mêler aux troubles de l'amour l'émoi profond et perfidement exquis de la conscience qui n'est plus en repos et qui s'efforce de retenir l'être tout entier, gi'isé d'avance et entraîné par une force magique vers celle qu'il n. élue. Nous y sentons un raffinement •d'u plaisir, une exaltation du sentiment de la volupté par celui (}o la faute... » {.Iules Bertaut).

Les procédés de Marcel Prévost sont donc, au point de vue moral, éminemment pernicieux. Les sujets qu'il choisit ne le sont pas moins. <( Ils sont constamment scabreux, dit Ernest Charles ; ils le sont systématiquement... Ce ne sont même pas des histoires d'amour ; ce sont des histoires de femmes, qu'il étale devant nous comme du linge sale, mais parfumé... Il traite de l'amour sensuel et il ne retient de l'amour sensuel que ce qu'il y a de plus choquant... C'est un commis-voyageur pervers et désobligeant qui, dans ses histoires, fait intervenir l'Eglise et le clergé... » {La littérature française d'aujourd'hui, page 174).

« Je vois bien, dit .Iules Lemaître, que, dans ces romans, il y a moins de gros mots que dans les livres de M- Zola, mais je doute parfois qu'il y ait plus de chasteté. » (Les Coniemporains, 6^ série, page 334).

Nous épargnerions volontiers ces flétrissures aux y'irrqes folles {Léa, Frédérique) ; deux volumes qui

1^1^ ROMANS A PHOSCUIRK

sont moins sensuels, et ont, de ce fait, obtenu moinde succès que les autres, I/arrordi-nr arriufjr n<* -^ petite romance sans portée.

Les Lettres à Françoise qui ne sont point licenciiMises et contiennent de bons conseils mondains, oui obtenu un élan d'enthousiasme inouï : des perruches troublées ont écrit à l'auteur une multitude de lettres qui ont servi à augmenter la 60 édition de l'ouvrag»' et à en faire un bréviaire pour l'éducation ! Encourug% par ce succès, l'auteur a publié successivement h^< Lettres à Françoise mariée (morale positive et neutre, solution des difficultés familiales, conseils à prendre) ; et les Lettres à Françoise maman (mélange de bons conseils et d'idées discutables ou même antireligieuses).

Monsieur et Madame Moloch est plus sérieux. L'intrigue est insignifiante et le récit sent parfois l'opérette. Mais l'ensemble est intéressant : l'Allemagne caporalisée qui est toute l'Allemagne est vigoureusement décrite ; la haine de l'Allemagne pour la France et pour tout ce qui n'est pas l<a force brutale est mi*^' on relief d'une façon saisissante.

Parmi les œuvres plus récentes, nous trouvons Pierre et Thérèse (bonheur dn ménage compromis par la malhonnêteté du mari) ; Féminités (détails minutieux sur la femme, son cœur, sa toilette, même bavardage et même fond scabreux) ; Missette (trois nouvelles amorales) ; Les Anges gardiens (veut prouver que les institutrices de nationalité étrangère portent le trouble dans les familles françaises ; prétexte à tableaux et descriptions d'une licence excessive).

MicHEi. Provins, de son vrai nom Lagroe de Langeron, romancier et auteur dramatique, ancien secrétiiire de Waldeck-Rousseau. Né en 1861. Romans et nouvelles dialoguées sur la haute société parisienne ; le tout très libre, corrompu ei malsain.

Hugues Rebell, de son \Tai nom Georges Grassal,

(1869-1905). Romans très licencieux ;- œuvres de criti- •que littéraire qui n'envisagent guère que l'influence -des femmes ; L'Union des trois aristocraties, brochure dirigée contre les Universités populaires.

Henri de Régnier, né à Honil-eur en 1864, marié à M"^ de Hérédia (en littérature Gérard d'Houville), poète, conteur, romancier, collaborateur à La Reime des Deux Mondes, à La Revue de Paris, au Gaulois, e\r., ex-critique dramatique au Journal des Débats. 14 ou 15 volumes de vers, quelques volumes die contes, une dizaine de romans.

Au point de vue littéraire, il a imité et très habilement pastiché le XVIIP siècle ; son style, ses tendances, ses mémoires et ses anecdotes l'ont fait comparer à Hamilton, ou encore à ces gentilhommes d'autrefois qui, retirés dans leurs terres, racontaient ovec une verve impitoyable les incidents croustilleux auxquels ils avaient été mêlés.

Au point de vue moral, l'un de ses amis le juge ainsi : /( II ne tombe jamais dans ce travers à la mode (jui est de vouloir un but moral à la littérature.., il se nourrit de libertinage et d'épicurisme » (Paul Léautaud). Aux premières pages d'un die ses lomans, il dit lui-même : « .Te n'ai jamais cherché, en écrivant, quoi que ce soit d'autre que le plaisir délicieux et toujours nouveau d'une occupation inutile. »» (Les rencontres de M. de Tiréof, préface). Ses derniers ouvrages n'ont fait qu'accentuer cette impression : €ouleur du temps ; La flambée : Le miroir des heu- /v s ; Le bon plaisir : Uamphis})è7ie (amoralité souriante, absolue) ; Le Plateau de laque (recueil de m nivelles qui veulent divertir : morale facile) ; Le Double conseil, (apologie de la passion malsaine).

Jules Renard, (1864-1910), romancier et humoriste,

Ii4 ROMANS A PROSCRIRE

Fun des fondateurs du Mercure de France, menibi e de l'Académie des Concourt, écrivain anticlérical.

Ses romans et nouvelles, même ceux où il dépeint avec une grande finesse et ime vraie saveur les paysans et les enfants, sont généralement obscènes. Nous ne faisons exception que pour Les Bucoliques ; Histoire naturelle, et Poil de carotte, histoire d'un enfant roux et laid, maltraité par sa mère, livre qui consacra sa réputation. Son dernier ouvi-age, Le vigneron dans sa vigne, est un petit chef-d'œuvre où l'auteur, sous forme de contes, dé dialogues et de monologues, peint, tour à tour, l'homme, les bêtes et les choses ; mais là, comme ailleurs, il y a des pages inconvenantes et malpropres.

Antonix Reschal, de son vrai nom Antonin Arnaud.

Sa littérature, dit un critique ami, est comme ses Pierrette, parfumée au trèfle incarnat, parfum j>eu délicat et peu dL^^tingué, mais très fort et très agréable à la clientèle des journaux passionnels.

X.VVIER de Ricard, poète et écrivain languedocien, né en 18i3. Fils du général de ce nom, et actuellemont eonser\ateur d'ujie annexe du Musée du Louvre, 11 n'a guère fait que de mauvaise politique et de mauvais livres : Idylle d'une révoltée, etc.

Jean Richepin,. né à .Médéah en 18-il), normalien, romancier, auteur dramatique, et avant tout poèti' à l'imagination exubérante et au verbe sonor»

Panni ses poésies, nous citons La Chan.su,

gueux, qui lui valut un mois de prison et 500 francs d'amende ; Les blasphèmes, tlébordement d'impiétés.

Dans ses œuvres en prose connue dans ses vei^s, Jean Richepin se distingue par son admiration à l'égard des révoltés, ses cinidités rabelaisiennes, la hardiesse et l'étrangeté de ses peintures de mœurs.

et enfin par ses préférences envers les êtres anormaux ou dépravés, les saltimbanques, les bohémiens, etc. Il voit obscène, dit Jules Lemaître ; ses images deviennent toujours et invinciblement grossières, viles, choquantes, même aux yeux du monde.

Pour les grandes personnes : Braises gens.

Edotiard Rod, littérateur et romancier français, né à Nyons (Suisse), en 1857 ; professeur à la Faculté de Genève. Après avoir donné quel([ues gages àla vérité, il a fini dans le désespoir total. Il est mort en 1910.

D'abord fervent disciple de Zola, il appliqua, dans ses premiers romans, la formule naturaliste : Palmyre Vevlard ; Tatiana Leiloff ; Côte à Côte (pages lilnes, satire du catholicisme et du protestantisane) ; etc.

En 1905, il abandonna la majiière de cette école, et fit ce qu'il appelle de l'intuitivifeme : La course à Ja mort ; Le sens de la vie ; Les Trois cœurs ; Névrosée, qui appartiennent à cette série, tendent à montrer que la vie ne vaut pas la peijie d'être vécue. Ils sont pessimistes et tristes : c'est du Schopenhaùer en action, dit un critique.

Tous ses autres livres dégagent plus ou moins ]& même relent ; dis laissent cette impression que le devoir, même héroïquement accompli, ne ro^ i pas heureux ; par exemple Le silence. Ils font conclure ({u'il est souvent dangereux d'être honnête, et ils assignent le suicide comme dernier refuge (c'est le titre d'mi roman dont les deux héros se tuent), comme seule issue d'une vie triste et inutile. Même M^ Annettr, qui est un roman honnête, tend à prouver que le sacrifice est vain et qu'il doit trouver en luimême sa récompense, s'il veut en avoir une. Vombre descend sur la montagne est l'histoire chaste d'un adultère ; la thèse est morale, mais elle devient immorale par la conclusion qui s'en dégage.

Î2f) ROMANS A PROSCRIRE

Les intentions de rauteur peuvent être bonnes : /.'• sacrifice est même un livre noble et réconfortant ; au fond, il a, ainsi qu'il s'expiim-e lui-même, l'âme d'un croyant tombé dans le scepticisme. Il a même paini a une certaine époque se rapprocher du catholicisme, et ses romans sont souvent l'apologie de la bonne conduite : s'il étale le vice, c'est pour nous en faire rougir, ou nous en éloigner. Autre exemple : Uincendie est très peu moral dans le sujet ; mais il prêch. la prudence, en invoquant cette considération que nos actes ont leur retentissement sur tout notre avenir. Cependant, cet étalage de désordres, cette exaltation de l'amour, maître souverain de la vie, ses études du cœur humain creux et plein d'ordures, selon le mot die Pascal, ses tendances calvinistes, son scepticisme, ses complaisances pour l'orgueil, gâtent ses melleurs ouvrages et neutralisent tout l'effet de -ses bonnes intentions.

Dans im roman où cet écrivain calviniste étudie la responsabilité de l'auteur qui publie des ou\Tages maîsains {Au milieu du rhcniiîi), on lit cette réflexion « Vïie paisible lampe éclaire le travail du penseir penché sur sa page blanche, l'âme pleine d'infîm Pendant qu'il accomplit son œuvre..., des phalènrétourdies papillonnent autour de la lampe et se bni lent contre le verre. Fallait-il donc éteindre la lampe. ifumer le cahier. laisser mourir les idées ?» Quoiqu'il <n soit, Edouard Rod continue son œuvre : tout«^< les « phalènes étourdies », qui circulent dans le ron<i d'« lumière que l'abat-jour projette devant lui, n^ mourront pas toutes : mais elles seront toutes frappées...

Cependant, les jeunes gens 'très sérieux pourron lire avec 3/"*= Annettc et Là-Unuf,. les romans sui vants : Le ralnfjucur : Llvdocilr : Les unis (proct- -ntirique de l'union libre).

!. H. Rosny, un seul auteur en deux personnes, de leur vrai nom Justin et Joseph-Henri Boëx, frères pai' le sang et par le talent.

Nell horn (mœurs londoniennes idans tous les milieux), son premier roman, s'inspira de l'école naturaliste à laquelle il appartint d'abord.

En 1887, après le manifeste des Ciîiq, Rosny créa im genre nouveau dont le fondement est le culte de la science. Dans les romans de cette série, toutes les sciences sont représentées, même la préhistoire, tous le,? personnages sont des savants ou demi-savants qui agissent d'après les principes scientifiques.

Ses ouvrages de la dernière manière sont moins « extrahumains » : mais ils ne sont pas moins subversSifs et immoraux. {Daniel Valgraive ; L'impérieuse bonté ; Indojnptée ; Contre Je sort ; Vers la toison d-or ; Nymphée ; etc.)

Les livres de Rosny ne sont guère lus : ils sont lieurtés, incohérents, farcis de sciences et de néologismes, et contruits en dehors de tous les procédés courants. Ils ne sont pas à lire, parce qu'il sont opposés à la foi et aux mœurs : ils tendent à substituer au culte de Dieu le culte de l'humanité, ils ramènent la morale à \\n principe scientifique, et la résument dans le sequi naturam ; enfin iis font de ladultère ou de l'amour coupable, ce l'indomptable instinct qui veut un renouvellement de la sélection. »

Cependant Les retours du cœur et La Fugitive (recueils de nouvelles) sont moins agités ; Le docteur Harambur ; Les Corneilles ; V aiguille d'or : Le Millionnaire et Les Fiançailles d'Yvonne peuvent être lus à peu près par tous.

Depuis (fuelques années, les deux frères ont rompu toute collaboration.

J. H. Rosny aîné a publié : La guerre du -feu (roman des âges farouches, étrange) ; La mort de la terre

mH ROMANS A PROSCRIRE

(merveilleux scientifique, matérialisme, plusieurs contes immoraux) ; Amour étrusque ; Les liafahs (h^?toire pitoyable et bien présentée dli malchanceux ; pour adultes) ; Dans les mes (observation conscit^ncieuse du monde des apaches ; tableaux hideux).

J, H. Rosny jeune a publié : La toile d'araiynée (trente noi^velles où la morale n'a rien à voir) ; Sépulcres blanchis (œuvre touffue (jui évoque Tàiiie populaire, étude psychologique fouillée, pour adultes).

Marie-Létizia de Rute, (princesse Bonaparte Wyse, princesse de Soirns, puis comtesse Ratazzi, et enfin M™«), née en; 1833, a publié des travaux littéraires de tous les genres, et sous de nombreux pseudonymes ; vicomte d'Albens, vicomte de Tresserve, Cimiille Bernard, baron Stack, Louis Kelner ; elle a fondé aussi La Nouvelle Revue internationale. Toutes ^^^ rp^^xr,.< sont médiocres et ses romans mauvais.

Han Ryner, de son vrai nom Hans Ryner, ou Henri Ner, ancien professeur, pliilosophe ei littérateur, ne ea Algérie d'une famille norvégienne.

<( Insoucieux des convenances, tragique et fangeux comme la vie, brutal et simple comme une étude médicale », tel est, d'après la préface de l'auteur, l'ouvrage intitulé /.(' Soupçoïi : i.] (-.i ms-i l«»nsemble d3 ses œuvres.

LÉopoij) Sacher-Masoch, ctJleiae romancier viennois, de race juive (1835-1895), dont les œuvres nombreuses ont eu beaucoup do voc^uo nn Frnnco i>* h l'étranger.

II M dépeint avec une rare perfecti«in de style, la vie et les mœurs des Galiciens, des Polonais et d \? ]»etits-Russiens ; au point d. ww littérair» ( T.mparé à Charles Nodier.

Kn morale, il procède de Schopenhnuer, du Iv^ud-

EN VERTU DE LA MOilALE CHRÉTIENNE {i9

dtiisme et de Darwin : il envisage l'amour comme Ja guerre des sexes, la propriété comme une injustice, la guerre comme un meurtie, l'effort comme le seul bonheur, et la mort comme la seule libératrice. Mettons seulement à part Le novveau Joh (biographie d'un galicien, pas pour tous).

Saint-Georges de Bouhélier, (Georges de Bouhélîer-

Le^ielletier, dit), né à lUieil en 1876, chef de récole naturiste. Cette écide nous montre que ces <( phénomènes spirituels, singuliers, dans lesquels les âmes «e rejoignent, s'influencent, se fécondent et enfin se séparent, ne sont, en somme, guèr<? différents de ceux qu'expose la chimie. » (Préface du roman Julia). D'antres romanciers, dis.sertant de l'amour et de la vie moialo. ont emprunté à la cristallographie, à la géométoie, à l'électricité, à l'astronomie, etc., des théories, des analogies et des lois qui expliquent et même justifient les pires désordres... L'idée est ancienne ; elle poite en littéiatuie le nom nouveau de n.'iturisnic !

Inutile d'ajouter que les ionians de cotte écoJe sont dangereux et immoraux.

EiJorMU) Schuré, ])hi]()soptie, poète, romancier et historien, né à Strasbourg en 1841, collaborateur à la. HcvHC des Deux Mondes. Ses œuvres philosophi- <inrs sont très pei riicieuses.

Paimi ses ronniris, nous citons L'Aïuje et la Sphin- (je, roman-poème sensuel, cpii conclut à l'impossibilité de i-etrouver la paix pour une àme troublée par les passions ; Le double (roman étrange et vigoui^ux, semble prouver (^ue le ])onheui' et la lil)erté résident dans le sacrifice et la bonté).

Makcei. Schwob, jeune littérateur et poète, mort en mars 1005. ('/est un lettré raffin-é, mais corrompu, dit

Charles Maurras. Ses qu-eiques œuvres dénotent une connaissance approfondie de l'antiquité ot du inovf^iiàge ; mais elles ne sont pas morales.

Armand Silvestre (1838-1901), poète lyi-ique et surtout célèbre conteur, dont les œuvres éparses rempliraient 20 volumes.

Il s'-est inspiré des fabliaux du moyen âge qu'il a revêtus de son style harmonieux et attrayant ; et il a composé une quantité de gaudrioles grassouillettes, pantagruéliques et sales, contes de corps de garde, incongrus et mal odorants.

On ne peut pas dire qu'il est intentionnellement, dans l'ensemble des contas, voluptueux, lubrique et sensuel. Il l'est souvent, mais ce qui le caractérise, c'est la scatologie. C'est dans oe genre qu'il s'est fait un nom : ses types, ses périphrases, ses mots, feront longtemps les délices des amateurs de haute graisse.

Il semble que de là au Parnasse (le rapprochement, ou, si Ton veut, le jeu de mots, est d'un critique très académique) il y ait très loin : le conteur mal élevé fut cependant poète, et ses recueils lyriques, rêveries de panthéiste, en valent, dit-on, bien d'autres, ai point de vue littéraire.

<f La gaieté de nos pères et d'Armand Silvestre est parmi les choses les plus fétides qui soient, étant donné qu'elle trouve ses meilleurs effets dans In scatologie, la. pornologic .1 jm gynécologie ». !' ^ V//' dr JiiU Shanrp).

Nous trouvons seulement en dehors de ce dépotoir : yir.rédl <". Jj! Hussii'. imprcsswîis, pnrtrnifs^ pnysnffrs.

i.K.. Taxil, (i' i.'iii (.vuKii-.i. Jogand-Pagès,

(lK'>i-lîK)7). Après avoir attacpié la religion et l'Kglise dans des romans inmiondes qui lui valurent plusieurs condamnations, il se déclara converti en 1885

EN VERTU DE LA MOH.\LE CHRÉTIENNE i?j[

et entreprit contre la Franc-Maçonnerie une lutte retentissante au succès de laquelle de nombreux catholiques contribuèrent largement... Cette volte-face n'était, hélas ! que mystification, ainsi qu'il le déclara cyniquement dans une réunion publique, en 1897 • il fut dans cette circonstance traité de « crapule ». I.e mot convient à Thomme et à ses œuvres.

Guy de Téramond, d,e son vrai 'nom Edmond Gautier, né en 18G0. Outre Sclunajnha et Glorieuse ca- 11 aille (c'est ainsi que l'auteur appelle les soldats des compagnies de discipline), il a publié des romans voluptueux et même immoraux, où il semble» se complaire à d'audacieuses révélations conjugales et aux sujets les plus scabreux. La Revue Fémina cù il «louna Le seuil du Ixniheur lappelle « un jeune et délicat roiiiancier. »

Gilbert-Augustin Thierry, lils d'Amédée Thierry et neveu d'Augustin, né en ISi.'J. Partant de ce principe que « le roman doit être une enquête sur l'inconnu », il est arrivé à publier sur l'occultisme, la suggestion, etc., des œuvres étranges qui tendent à nier le libre arbitre : Marfa, Le palimpseste, La Tresse blonde, etc. A ajouter La Savelli, roman passionnel sous le second empii-e ; La fresque de Pornpéï, deux nouvelles où l'auteur expose la défaite de la volonté devant les forces irrésistibles de Tatavisnie ; peintures sensuelles.

Edmond Thiaudière, aucieai avocat, poète, romancier, philosophe humanitaire et publiciste, né en 1837.

Ses ouvrages, publiés sous son nom ou sous les pseudonymes de Edmond Thy, de Lord Humour, et do Frédéric Stampf, sont irréligieux ou immoraux. Ses derniers volumes La réponse du Sphinx, notes' pessimistes et surtout La conquête de Vinfini accu-

A l'l.(),>i,l^li'.l-.

spiiî ctie/. r.uitt'iii- (|ue ses confrères aj)pellerit « le bon Thiaudière », une orientation sérieuse vers les idées chrétiennes.

Marcelle tinayre, alias Marcelle Ghasteau, mariée au graveur Julius Tinayre, née eu 1872. L'une des femmes de lettres les plus (( artistes », les plus anticléricales et les plus licencieuses de notre époque. Son dernier ouvvage, Madeleine au miroir, journal (Tune femme, est beaucoitp plus acceptable : il est élégant, mais sa valeur éducatif <' "^t fnrt nii!wn> il ru^ convient pas aux jeunes fiUi

LÉON Tolstoï, (l^:i?S-l{;10), écrivain et réformateur russe, d'une renonunée universelle.

Il a entrepris d'enseigner au monde une doctrine nouvelle, mélangée de mysticisme, de socialisme, de rationaiisme et de nihilisme, dont il vaticine les dogmes, -envers et contre tout, au mépris même du saint synode qui l'a « excommunié. »

Il porte, en conséquence, sa réflexion sur toutes les manifestations de l'àme hiunaine, et comme il trouve à tout des inconvénients, il détruit tout : pas de lois, pas de juges, pas d'armée, le retour à l'ignorance, à la simplicité d'esprit et à la vie austère, l'affranchissement de toute tlélicatesse el de tout confortable. Voilà sa morale. Et cette morale, il s'efforce de l'appliquer lui-même : il s'est dépouillé volontairement de tous s«s biens et, plus d'une fois, après avoir sollicité, en faveur des affamés, les générosités ' ' tions, il a tenu table ouverte aux miséreux

Cette morale, où tout n'est pas à rejeter, luiuique malheureusement d'appui : Tolstoï ne croit même pas à la vie future. Quant à la religion, bien qu'il la mêle à tout 'dans sa vie, il ne la respecte pas ; et, s'il a de belles pages sur l'Evangile, il en fait un système abstrait et impersonnel d'où le Christ est absent.

Comme tous les écrivains de sa race, Tolstoï est atteint de cette commisération qui va surtout aux gens dépravés et qu'on a appelée (( la pitié russe » : il attendrit ses lecteurs presque exclusivement sur les détresses du bagne et des mauvais lieux, comme si le malheur n'était touchant que dans le crime et l'abj-ection (Maleswa dans Résurrection, etc.)

Ces doctrines subversives et ces immoralités d'ailleurs peu dangereuses n'empêchent pas La guerre et lu Paix ; Anna Karénine et Résurrection, d'être des chefs-d'œuvre d'art et de littérature.

On pourra lire, en outre : Souvenirs d'enfance, Tourmente de neige, Katia, Yvan le Terrible, Mort d'Iimn le Terrible, Le Prince Serabriany, Pou- Uhoucka, Pourquoi Von tient à la vie, La mort, etc., etc., Pages choisies. On y trouvera des épisodes atroces à la manière slave et peut-être des détails répréhensibles : il n'y en a pas de scabreux.

Mario Uchard (1824-1893), graveur, musicien, romancier et aut-eur dramatique qui eut une vie très agitée.

Sa pièce la plus célèbre est Fiammina. Parmi ses romans, qui sont presque tous immoraux, nous ne recommandons même pas 3/"*' Blaisot et Joconde Berihier.

Louis Ulbach (1822-1889), littérateur qui pose en directeur de conscience à la manière de Dumas fils. Ses ouvrages très nombreux sont suspects ou immoraux. On peut lire cependant VEspion des Ecoles ; Le 'parrain de CendriUon (chrétien).

Pierre Valdagne, de son vrai nom LuaEN Louis, (Paris, 1854), collaborateur de La Vie Parisienne, auteur de romans immoraux et graveleux.

Fernand Vandéretn, (Pani=l, 1864), ' chroniqueur et

ROMANS A PiUix.Kiid.

romancier. La Cendre et Les deux liives constitii»-: • ses principaux titres littéraires.

Jake de la Vaudère, (1862-1908), de son vrai nom M"'^ Gaston C râpez, autour de romans passionnels où sont décrits de préférence les combats, les tortures et les débauches -d^ Tlnde, de l'Indo-chine, «iu Siam et de l'ancienne Egypte.

L'Anarchiste (et cinq autres nouvelles étrange-, mais propres) ; UExpulsée (histoire d'une ancienne élève des religieuses) tranchent cependant sur cetîtlittérature exotique et voluptueuse.

Pierre Véber, né en 1869, auteur dramatique ♦■! humoriste satirique, coIJaborateur à de nombreux journaux. Tous ses ouvrages ne sont pas également étrangers à la morale, et nous ne prétendons pamettre au même rang Amour ! Amour !.. et Chez les Snobs, (satires sur la littérature et Tameublt^ment). Cependant, nous appliquerions volontiers, aux uns comme aux autres, ce mot que l'écrivain prête à une blanchisseuse, 'dans un de ses roman- ^" on n'a plus envie d'être honnête ».

PaT'L Vigrté d'Octon, né en 1859, médecin, dépu^-^ radical de l'Hérault, romancier.

Débuta comme beaucoup d'autres par des scandaleux et répugnants : L'Eternelle Blessée ; Fauves amours ; Le Journal d'un Marin ; VAmour et lu Mort. Lorsqu'il fut en possession d'un certain succès, il abandionna ce genre incongru et composa de< écrits plus anodins, honnêtes même, mais non moinmal écrits : Le Roman d'un Timide ; Amov Nine ; En Jfui s sonnant...

Alfret de Vigny (1797-iôo,.i, j-.Kùr ^^i i....ia...v.È.^ . Après îivoir souvent l)lasphènié la Providence dan^* s«"^ livres, il mourut dans dos sentiments chrétiens.

EN VERTU DE LA MOR.U>E CHRÉTIENNE 1 3â

L'ensemble de s€s œuvres et suitout ses poèmes dénotent un esprit antichrétien, froidement impassible et orgueilleux {Les destinées). Ses autres poésies sont molles et alanguissantes.

Parmi ses livres en prose, nous citons : Servitude et grandeur militaires (le soldat est le paria de la société, mais il a aussi sa grandeur ainsi que le prouvent trois superbes récits) ; Stello (montre par trois exemples que le poète est aussi un paria et qu'il n'a lien à espérer du monde) ; Cinq Mars (roman historique attachant, ciniautés et grandeur de Richelieu.)

FlENÉE Vivien, (1877-1909), de son \Tai' nom Pauline Tarn, femme de lettres et suru vt poète. En r( ligicn, après avoir été bouddhiste, elle était revenue au christianisme. Elle est, en poétique, le disciple et l'émule de Sapho dont elle a traduit les œuvres : elle chante la femme et l'amour des vierges. Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, elle est voluptueuse et parfois impie.

Wiliy, de son vrai nom Henri Gauthier-Villars, né à Villers-sur-Orge (Seine-et-Gise) en 1859. Fils d'un éditeur scientifique, il s'occupa d'abord de poésie, d'histoire et de sciences ; il collabora ensuite à divers journaux et y créa un genre ûe critique musicale, semée de fantaisies sarcastiques et de calembours {Les lettres de V ouvreuse, etc.).

Ses romans, et surtout ses quatre Claudine ont eu un succès immense. Nous ne pouvons pas dire qu'ils sont immoraux. La Croix de Reims (octobre 1903), pour avoir osé le prétendre, fut obligée, {^1^ l'irritable et facétieux auteur, d'insérer tous les jugements critiqués rectifiant son appréciation. Nous nous contenterons de citer quelques témoignages : Vivante à la façon des bêtes, Claudine obéit à tous ses ins-

tiiicts (Revue dorée, novembre 1902) ; il émane d'eux une volupté inavouable (Gil Blus) ; Willy est par- \ enu à se faire classer comme auteur systématicpiement immoral, parlons net, comme un écrivain faisant métier de pornographie... Les Claudine sont évidemment des livres mal&ains, pervers, scabreux, scandaleux... Minne rCe^i qu'une réplique industrielle à. l'heureuse série terminée des Claudine. Les égarements de iviinne sont d'une immoralité dont on peut seulement -dire pour l'excuser qu'elle est loyale. Quant à la Movie Picrate, à La Maîtresse du Prince Jean, à Maugis amoureux, ils constituent exactement ce que l'on nomme par tous pays de la littérature pornographique. (Revue bleue, 7 octobre 1905, page 476.)

On trouve en dehors de ce cloaque : L'odyssée d un 'petit Cévenol, publié sous le nom d'Henry Gauthier-Villars et La P>ayadère.

Albert Wolff (1835-1891), un des oracles du Figaro, romancier et auteur dramatique dont on connaît surtout Les Mémoires d'un Parisien (6 volumes). L. Veuillot Ta appelé <( Lupus le respectueux », et J. Lemaître « le Georges Ohnet de la Chronique » : il a eu, en effet, comme chroniqueur, le talent de plaire à se3 lecteurs, en leur parlant toujours de manière à ne pas les heurter ni les dépasser.

PiKRRE, son neveu, fait des livres du même genre.

A la sint(; (!♦

( onniis, nous croyons utile de dresser une liste d'écrivains, dont les romans, moins nombreux ou moins répandus, méritent In même note au point de vue moral, ou du moins doivent être, sauf preuves contraires, con- «îfdérés comme gravement répréhensibles

Kii pratique, il sora dont toujours prudent de s'assuler do la valeur morale d'un ouvrage quelconque puj)lié par ces auteurs, mèine si tel ou tel ouvrage déterminé est signalé comme inolïensif ]»ar la presse ou les liltraiiies.

LÉOMDE Aitdreieff. — Guillaume Apollinaire. — Mi- CHKi. Artzybacher. — Octave Aubry. ISIarcel Audibert. — Madame Aurel. — Paul Avenel, (1823-lVK)e), chariscmnier, auteur dramatique et romtajicier.

HippoLYTE Babou. — Jacquks Ballieu. — Barraute du Plessis. — Jllifn Benda. — Juliette Bénière. — Marcel Berger. — Le joyeux Tristan Bernard. — Arthur Bernède, anticatholique et obscène. — Paul Bertnay, feuilletoniste du Petit Parisien et du Petit JoiiniaL - Binet-Valmer. — Emile Blavet, chroni- (pieu)'. Aimée Blech. — Sf-zanne Bodève. — Albert Boissière. - François de Bondy. — Sil\ain Bonmariage. — Alexandre Bonnel. — Robert de Bonnières (1850-1905), caustique et sensuel. - .Je.\n Bosc, auteur du Vice Marin. — M»"® Améue Bosquet, auteur du Bo- Vian des Ouvrières, morte en 1904, et enterrée civilement. - Marcel Boulenger, né en 1873. — Alexandre BoL'tique, très mauvais. — .Tean Bouvier. — .Jeanne Broussan-Gaubert. — Paul Brulat, un agressif qui proclame la souveraineté absolue de l'écrivain. — !^Iaurice Buret.

W'* Cardeline, dans se,s Destinées rivales, — Jean Carol, de son vrai nom Loitis Westhauser, dont les descriptions : Chez les Hovas : An paijs rouge, sont intéressants. — M""« J.-H Caruchet. — M"« Cécile Caseot. — Nonce Casanova, dans ses romans physiologiques et antiques très brutaaiK. — H. Céard, ami de Zola. — Chincholle (1843-1902), au moins dans ses romans. — Raymond Clauzel. — Madame Colette, autrement dit, Colette Willy ou Colette de Jouvenel. — Comte de Comminges. — André Couvreur, né à Se-

1ii8 ROMANS A PROSCRIRE

clin en 18(35, dans ses romans médicaux et obscèiu -

— Cyril-Berger.

. Max Oaireaux. Charles Derennes. — Gaston

Derys. — Di raison, allin; Olivier Seyior, né en 1873, ancien officier de marine destitué à la suite de la puiblication des Maritimes. — Laurent Doillet. — Ducray-Duminii. — Louis Dumur, .poète et auteur de Pauline. — Victorien Dussaussay. — Henri Duvernois.

Emile Edwards. — Marc Elder. — René Emery, r«.^mancier passionnel. — Francis Entte (1844-1891), dans sea mîàmes' Brutalités. — Michel Epuy. — Etincelle, d€ so-n vrai nom Henriette Biard d'Aunet, comtes.<i' de Peyronny (1848-1897), auteur de Virrésistible, et*-.

— Albert Erlande. — Robert Eude.

Claude Farrère. — Max et Alex Fischer. — Fiantbart des Bords. — Maxime Forment, dans ses romans, nouvelles et poésies. — Ferri-Pisani, neveu de George Sand, auteur des Pervertis.

M'"® Marie-Louise Gagneur (1832-1902), romancièri^ anticléricale dont les romans furent interdits dans les bibliothèques dos gares, en 1874. — Joachim Gas- €|uet. — Louis Gastine. — Alphonse Georget, dans sa collection : Paysages de la vie contemporaine. Soti dernier ouvrage, La Transplantée, semble moins hordi, — Auguste Germain. — Emmanutx Gonzalès. — Emile Goudeau, mort en 1906. — - Gustave Guitton, auteur de romans physiologiques et antialcooliques.

Charles-Henri Hirsch, dans ses œuvres de galanterie ou de pornographie. — JuiJis Hoche. — Clovis Hugues (1851-1907), poète, romancier et député, dans ses quelques romans {Les charisons de Jeanne d'Arc sont admirables). — Gustave Kahn, poète symboliste et romancier.

Paul Lacour, analyste de l'Ame et de la chair fémi^ Tiiiit - î\rnest Lajeunesse. "Maurice Landay,

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE loV*

dans sa littératuTe chirurgicale. — Le comte Gabriel ds la Rochefoucauld, descendant de l'auteur des Maximes, dans L'Amant et le Médecin. —Jean de La Hfre, de son vrai nom Adolphe Lepic, ancien éditeur parisien. — Paui; Léautaud. — Jules Lermfna, dans ses romans spirites et historiques ; nouvS ne connaissons pas ses romans d'aventures. — M"« Lorenty. — Auguste Luchet, le destructeur de la famille.

Valentin Madelstamm. — Paul Mahalin. — Henry Malsonneuve. — Jeanne Marais. — Marc IMario, die son vrai nom de famille Maurice Jogand. — René Massia. — Karin Michaëlis, romancière Scandinave, patronnée en France par Marcel Prévost. — Jules Moinaux (1825-1896), père de Courteline, humoriste • outrancier, qui a produit de bonnes choses : Les deux Aveugles etc., etc. — M. A. Monnet. — Jean Morgan. — Michel Morphy, f(MiiIlotoniste souvent poTTiographique. — jACQn:s Nayral.

Jeanne D'Orliac. — Annie de Pêne. — Louis Pergaud. — FÉLIX Platei, alias Ignotus, exception faite des Hommes de mon temps (deux séries de Portraits). — Poinsot et Normandy, dans leurs romans dp détraqués. — Octa\t. Prsdels, dans ses romans ?:ais et dans ses poésies.

Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery ^I-érigueux, 1862\ femme d'Alfred V-alette, directeur <\\: Mercure de France : elle se plaît à étudier les ^fr^salines modernes. — G. de Raulin, dont les œuvres sont de la « crapulerie parfumée ». — Paih. RetM>ux (15 volumes de vers et dé romans). — Régina Régis. — Ernest Renan, dans Vahhesse de Jouarre - Restif de la Bretonne ri734-1806), écrivain étrange vt très fécond, qui publia 150 volumes où il raconte ses écarts et ceux des créatupe<> dépi'avées, justement nommé le Jean-Jacques du Ruisseau, — Damel

Riche. — Paule Riversdale. — Louis de Robert. — Henri Rochefort. Mile Rolland.

Le marquis de Sade (1740-1814), mort à CliareiUan, où Bonaparte l'avait lait enfenner, célèbre par son érotisme morbide et cruel, qu'on a appelé depuis le sadisme. — Sainte-Beuve 1804-1869), le célèbre critique poète, auteur de VoIu})té, roman fameux d'un rêveur sensuel. — Camille de Sainte-Croix. -^ Sainte Juirs, pseudonyme de Loris Belorme, né en 1848. — }{OBERT Seheffer,dans Le Chemin nuptial, Misère mya- If, Idijile cVun prince, romans très hardiment licencieux. — Laurent Surville, petit-neveu de Balzac. — LÉopou) Stapleaux et ses Viveuses, — M"® Thildad-3 son nom véritable M°'« Stevens (1835-188G), drt Les Péchés capitaux.

J. L. Vaudoyer. - M'"« Claire Yautier. - Valki Vernier. - Pierre Véran (1831-1900), l'auteur de Paris vicieux. ■ — F. Vlllars. — >r\xiMK Vilfemer, ^Hin.^ ^|ino Violet, feuilletoniste.

Xanirof , ana|>ramme de. foniax, et pseudonyme de LÉON Fourneau, (Paris, 1867), romancier et auteur dramatique à grosses fantaisi^es, dont tout le mon<"i peut lire cependant La vocation du petit Paul Baronne Hélènic de Zuyien de Nyevelt, uée de Rothschild (Pans, 1868), lyrique exaltée et souvent sensuelle.

Romans Mondains

Romanciers dont certaines œuvres peuvent figurer

dans la bibliothèque des gens du monde

et être lues

par des pei-^onnes d'un âge et d'un jugement mûi^s.

Sourivns-loi de te méfier.

(Devise de Mérimée.)

Vous rangeons, sous cette même enseigne, les feuilletonistes, les psychologues, les analystes, les romanciers à thèse, les écrivains politiques et sociaux, les peintres de la grande vie, etc., en un mot, les auteurs mondains qui, sans être à proscrire - au moins avec autant de rigueur que les précédents, -— prennent dan:^ leurs romans passionnés, légers, tant de libi-rlés ;i\(*r !a morale ou le vrai, qu'ils doiv'ent être considérés plus ou moins comme suspects, et ne peuvent pas être lus sans danger, sinon par des esprits prévenus, par des personnes d'un àije et d'un jugement nnirs.

11 y a d'abord les bàcleurs de « copie », les producteurs de (( littérature marchande », dont les noms s'étalent sur d( s al'ficbcs al'fi iolanles de tontes couleurs.

et dont les œuvres s'éditent, en deux ou trois parties, au rez-de-chaussée des journaux à grand tirage.

Ces écrivains, qui veulent surtout atteindre la tuuie, ne dédaignent pas généralement l'abjection innommable ; ils détestent Tobscénité, mais ils poussent très loin l'analyse de la passion, ils mettent en scène le vice courai^t, ils le font agir en. des pages plus ou moins lascives, au milieu de scènes de poignard, de prison, de duel, de trahison, et, brochant sur le tout, ils jettent unilittérature quelconque, une psychologie de convention et toujours une intrigue à effet où la fameuse théorie des « pêches à 15 sous » joue le principal rôle. Tels sont Boisgobey, Decourcelle, Mary, Montépin, Richebourg, Oapendu. Delpit. Demesse. Guéroult, Révillon, Sales, etc., etc.

Vient ensuite toute une série d'analystes, de psychologues et de romanciers à thèse. I/anatomie morale est aujourd'hui la grande force et l'un des procédés les plus -en vogue de la littérature romanesque ; elle a remplacé ou plutôt transformé le roman de sentiment où le récit se développait assez souvent avec la limpidité d'une rie toute simple et toute paisible et elle a inspiré toute ^me collection d'oiivrapres ♦•ù l;i \rilii nr jmh»' qu'un lôlf de comparse ou d'utilité.

Os écrivains sont portés à considérer la vertu comme l'apanage d'être exceptionnels, et en tout cas comfue un (( lieu » dépounu .d'esthétique et d'intérêt littéraire : ils veulent «n ignorer le prix et même ils préteirdent en ignorer l'existence. A l'instar des reporters de (( faits divers » journaliers, qui laissent dans Pombre les beaux et mtiltiples gestes de la probité, du dévouement et de la charité, pour ne relater que les assassinats et les (( beaux vols », ils se portent de préférence vers les âmes agitées par le vice, et , parmi les vices, ils choisissent souvent le plus perfide et le plus susceptible d'émouvoir les mauvais instincts...

Wais on n'aborde pas impunément de pareils sujets, •t les livres dont nous parlons perlent la peine de leur •3nnoblissement scientifique. Ils sont généralement frivoles, légers, passionnés et, à certaines pages, très scabreux ; s'ils peuviînt l'ournir à quelques-uns une leçon ofiicace ou une récréation passagère, ils renferment [)Our la majorité des âmes un immense danger.

Kri effet, si ces romanciers ou presque tous, feuillehMiistes, v[ analystes, démasquent et flétrissent les vices, "(ist après en avoir tracé dos descriptions qui engendrent dans l'esprit du lecteur une tentation toujours renais- Hile. Ils dépeig^nent l'amour- passion en traits fort vifs t avec une comj)laisanco qui sv. confond aux yeux du lecteur avec une demi-complicité : ou bien ils jettent Hu milieu de leurs œuvres, souvent remarquables par ailleurs, quelques pages parfumées d'une odeur sensuelle plus ou moins discrète, en vue d'amorcer ou de retenir un public toujours avide du fruit défendu et qui trouve bébête » un livre qui n'en porte pas une petite trace ; 'U bien enfin, ils développent avec chaleur une intrigue tourmentée destinée à préparer le mariage classique de la fin.

Ces pr-éorciipations, si naturelles et si sincèrement tra- • itiites qu'elles soient, paralysent ou laissent trop dans l'ombre le côté élevé de la vie que devrait révéler un lire « fait de main d'ouvrier. »

En principe, l'effet de pareilles lectures n'est donc pas fnoral. On voit bien au bout de la route la censure, la défaite, la punition du vice. Mais, pour le lecteur trop peu avorti, la route est si belle, si douce à parcourir, bordée de tableaux si séduisants, et d'autre part les 'liAtiments sont si lointains et à ses yeux si hypothéti- •ptes, qu'il espère bien pouvoir les éviter si, par éventua- !it' '■\ tout en rlioiuinant. il devait lui-même Iei5 mériter.

iO

Hi ROMANS MONDAINS

C'est pourquoi, nous pensons qu'en fait, ces peintures de "mœurs si vivement représentées, ces péripétie? amorales, ces analyses sentimentales, ces thèses ou conclusions d'une moralité fllottante, ne peuvent pas san^ danger être mises entre les mains de lecteurs trop jeune* ou trop impressionnables.

Ces écrits présentent, du reste, dans leur ensemble, un autre péril qui, pour être moins sensible et d'un effet plus lent n'en est pas moins digne d'être signalé, parce qu'il constitue, à différents degrés, le grand mal d'une partie de cette littérature.

Ce qui, dans ce siècle, a perverti le plus de cœur» et perdu le plus d'imaginations, ce qui a enfanté le plus de misères, le plus de vices, le plus de crimes, ce qui arrivera devant le trône de Dieu avec le plus lourd cor tège de malédictions, ce sont les romans.

Tous ou pre.s(jue tous tendent à fausser la foi, la con science et la piété ; ils sèment, dans les esprits, le scepticisme, l'indifférence ou le mépris pratique à l'égard de tout ce que la religion représente de sacrifices et de renoncements ; ils rendent les liseurs incapables de louti réflexion sérieuse, ils les dégoûtent des instructions et des pratiques religieuses, ou bien ils donnent à leur piél< un carnrièrc purement sentimental et faMccpm/-ni émotif

ÎIs teiideni S fausser If jugemenl. Ils présentent coin me ordinaires des êtres et des états d'âmes exoeptionneli». ils égarent les esprits dans l'ordre chimérique, et en hf habituant à vivre dans \v rC-xc. leur font perdre la j'u'ît» orientation de la vie.

Ils faussent enfin l'Ame toul entière, en exaltant l'ima gination au détriment des autres facultés. Aussi les per sonnes qui les fréquentent assidûment ou presque exclu

sîvement. rir'Minonf on jI/M/nAf rt n\}'o]]n<^ nppellenf Îp fpr

re à terre de l'existence ; elle rêvent de situations impossibles, et parfois, en s'efi'orçant de les conquérir, tombent dans l'extravagance, sinon dans la honte. .Combien de jeunes gens et de jeunes filles ont été ainsi transformés par ces lectures passionnées et décevantes ! Combien de mondaines oisives ont trouvé dans la vulgaire saveur du roman naturaliste des germes do perdition ! Combien surtout de bourgeois et de gens du peuple, après une lecture mondaine ou passionnée, ont entendu retentir en eux ce cri amer que la Geneviève de George Sand jetait à ses livres : « Vous avez changé mon Ame. il fallait donc aussi changer mon sort. »

Ecrivains néfastes, s'écrie un critique dans la préface d'un livre trop célèbre, (1) voilà votre œuvre ! Ce n'était pas assez de la faim, et du froid, et des maladies et de tout ce qui accable les malheureux, vous avez double la somme de leurs douleurs, vous y avez ajouté les souffrances qui sont les sœurs du luxe et de l'oisiveté, vous avez popularisé la mélancolie ! Et alors nous l'avons vue, cette misère de grand seigneur, monter les escaliers déserts qui mènent aux mansardes, et venir s'asseoir aux foyers des pauvres comme si les pauvres avaient le temps de rêver et de pleurer. Eh ! qui pourrail te résister, fatale et chère enchanteresse, quand lu viens comme Armide agiter devant nous ta tête souriante à travers les larmes et secouer sous notre visnir*' éhlmii los perles de tes veux !...

Pour se faire une idée des ravages qu" prruîiîi^f îif dans la société toute entière, certains livres qui faussent l'esprit et exhalent ces tristes uKPurs. il suffit de regarder

(i) John Lemoine, étude sur Manon Lescaut (nouvelle édition, TR64). Ce roman de l'abbé Prévost, chef-d'œuvre de style et de sentiment, s'il montre qu'une âme entièrement possédée par l'amour est une âme perdue, laisse cependant cette impression que les victimes de la passion méritent plus de pitié que de blâme. Rico qu'à ce titre, il est éminemment dangereux pour la jeunesse

146 HOMANS MONDAINS

autour de soi el de voii le succès qu'obtienneiit les journaux à trois ou quatre romans, les illustrés, les livraisons et les brochures à 20, GO ou 95 centimes.

C'est pourquoi, si nous ne pouvons pas condamner en bloc tous ceux qui liraient quelques volumes de nos romanciers mondains, nous ne pouvons cependant recon»niander à personne, la plupart des livres de cette catégorie : nous déplorons que des jeunes gens et même des hommes faits, instruits ou non, sans moyen de contrôle et sans contre-[)()ids, fassent ou refassent leur éducation morah.' et intellectuelle avec un pareil régime de lectures, et nous concluons que la plupart des ouvrages de ces auteurs ne peuvent être donnés qu'avec une grande circonspection et lus (j«ie par des hommes d'un âge et d'un iiiiiemcnt uiûrs.

11 y a pou riant dans celle càlégorie. ccMiains noms qu'il faut marquer d'un trait tout différent.

Ce sont les convertis, ou plutôt les et rivains qui après avoir offert au public des livres regrettables, paraissent s'être ralliés à une manière qjii est, à notre point de vue, plus acceptable ; lels, pai" exemple Jean Aicard, Paul Rouiget. Hoyer d'Ai^en. Ilnysinans. Jules l.emaîlre, Talmeyr etc., etc.

Ce Sont les auteurs qui p(»rtenl habit de deux paroissos, comme on disait au XVÏP siècle, on- d'autres termes, qui dédient une |)ailie de leurs oMivres aux mondains, et l'aiilre partie à la jeunesse «andide ou aux bonnes ma nuins : par exenjple, Léon Unrrncnnd. Crorir^Q P.n;iiini. On brie Ile Rêvai, etc., de.

Ce sont aussi des auteurs i\r romans |»olili(|ur.< ci so ci;in\. fl nous a senddé que ces thèses, dont les dévelop peinenls pré.Si'iitenl. du reste, assof souvent dos pages scnhreiises, seraient au moins inutiles à certains jeunes ireiis cl ( oTjviendraient plus spécialemenl ;'« cette seron- (!■ . .iir'j.ii ic (r(»u\Tajj:es.

On trouvera enfin dans cetU; liste nécessairement amalgamée, des noms qui auraient pu figurer avec autant de taisons, parmi les précédents et même parmi les suivants. Cette confusion n'est pas sans excuses. Ceux qui liront avec attention la synthèse de notre œuvre, constateront avec nous que si le principe « operatio sequitur esse » peut rendre de grands services en philosophie et (;n psychologie, il devient, quand il s'agit de certains luteurs ondoyants et divers, d'une application très difficile... « Tantœ molis erat I » A vrai dire et au point de vue pratique, il importe peu que notre classification soit parfois en défaut ; puisque nos lecteurs se soucient bien plus des œuvres que de leur auteur, et que ces (euvres sont toujours - à qelque endroit qu'elles soient citées appréciées avec toute l'exactitude possible, notre calalogue n'en garde pas moins son utilité...

Paul Acker (Saverne, 1874), jeune écrivain qui mena dans un grand journal une vigoureuse campaa;ne en faveur de Lourdes. Il a donné, comme romancier, quelques livres qui ne sont pas sans mérite, mais qui obtiendront difficilement l'entière sympathie des familles catholiques : Amant de cœur : Petit m âmess ; îji petite Madame de Thianges (une petite bête à plaisirs) ; Le désir de vivre (observatioTî, mais sentimentalisme réaliste) ; Une aïeule contait (romanesque).

Il convient de mettre à part, pour les grondes personnes : ,Le soldat Bernard ; Les exilés (beau livre, élevé, patriotique, intrigue sentimentale) ; Les deux cahiers (parallèle très soigné entre l'éducation d'hier t»t celle d'aujourd'hui).

,Tf,a^- Aicard, né en 1848. Un vrai méridional, le poète de la Provence et de l'enfance. Membre de TAcadémie française.

Ses poésies» {Miette et Noré, etc.) et ses romans

lis UO.MANS MONDAINS

{Le Diamant noir ; Notre-Dame d'amour ; Le roi Camargue ; L'ibis bleu ; Fleur d'abîme ; Le pavé d'amour ; Don Juan 89 ; Maurin des Maures, etc.) renferment, pour la plupart, à côté de descriptions magnifiques et de sentiments très purs, des peintures lascives, sensuelles et malsaines, et sont, à des degrés divers, dangereux au point de vue moral : telle la côte méditerranéenne avec ses splendides décors et ses étangs pestilentiels.

Cependant, l'ensemble de ses œuvres témoigne que l'auteur est travaillé par le problème religieux : Jésus, par exemple, est inspiré par une foi confuse, mais sincère et généralement respectueuse ; La chanson de Venfant est un recueil d'aimables poésies.

Tata trahit, au plus haut point, cette noble préoccupation : c'est un roman de mœurs provençales et d'éducation enfantine, supérieur au beau Livre des petits, presque un roman chrétien, peut-être l'aube d'une autre âme et, en tout cas, une date dans la vie littéraire de Jean Aicard.

Gustave Aîmard, né à Paris en 1818, mort mégar lomane en 1883. Embarqué comme mousse, il vécut quelque temps en Amérique, visita l'Espagne, la Turquie et le Caucase, et, dans une multitude d'ouvrages, décrivit le Nouveau-Monde.

Ses récits, quoique mal écrits, sont souvent pleins de verve : Les Trappeurs ; Les Aventuriers, etc. Quelques-uns, comme Les bois brûlés ; Le Robinson des Alpes ; Les bandits de l Arizona sont absolument inoffensifs ; ils sont neutres au point de vue chrétien et n'ont aucune portée morale.

La plupart appartiennent à cette série : pages passionnées et irréligieuses.

Antoine Albalat, (Brignoles, 1856), professeur ei romancier. Son œuvre de technique littéraire {Uart

d'écrire, Le travail du style, etc.) a plus de mérite que ses romans : Un adultère (immoral) ; Marie (réaliste, mais honnête -et intéressant) ; L'impossible pardon (une fiancée qui faute avec un autre, tue sa mère et aime son mari. Ce n'est qu'en mourant que la malheureuse obtient son pardon) ; L'inassouvie, etc.

Alberich-Chabrol, pseudonyme de M™« Marie Aubéry, romancière sentimentale dont l'Académie a couronné YOffensive (lui, refuse de l'aimer ; elle, se place comme cuisinière chez lui). Les ouvrages suivants : L'orgueilleuse beauté (une jeune fille éprise de son moi déconcerte son fiancé ; celui-ci épouse la sœur de l'orgueilleuse) ; Part à deux ; L'amour fait peur ; Plus fort que la peur, et surtout Au plus ddgne, sont des idylles charmantes et frivoles, pour jeunes femmes neurasthéniques.

Le flambeau est trop leste dans la thèse qu'il soutient ; La chair de ma chair, malgré l'intention morale qui semble l'avoir inspiré, renferme des allusions brutales et prêche des chimères qui en rendent l'i lecture dangereuse. Enfin, La Maison des dames, ({ui dépeint la vie des étudiantes au quartier latin, manque d'inspration chrétienne et formule même certains propos sympathiques au divorce.

Henri tf'Alméras, ancien professeur de lycée, actuellement critique littéraire à La Presse.

Pamphlétaire ardent, il dirigea ses attaques contre l'Université {Fabrique de pions ; Aima mater), contre les <( républicoquins », (Le citoyen Mâchavoine).

Comme critique littéraire, il a étudié dans Avant la §loire, les débuts des lettrés les plus connus de notre époque.

Pins récemment, il a publié une série d'ouvrages

iTititulée : Lcw Romans de Vhistoirc ; Cagliostro Lp.s chemins rouges ; le Demi-monde sous la Ter reur : Les Dévotes de Robespierre ; Fahre d'Eglav fine.

René d'Anjou, de son nom de lamiile M™»^ Gouraud d'Ablancourt (Angei^, 1845). Romans patriotiques (Cœurs de France, etc.) ; romans très passionnés (Intuitif amour, etc.) ; Au tournant de la route Qf^ événements du Gros-Caillou en 1906 ; religieux).

\ïme Henri Ardel, (Ami^-ns, 1863). On trouve dans certaines bibliothèques les romans suivants : Au retour ; Renée Orlis ; Tout arrive ; Rêve blanc , La faute d'autrui (dangereux) ; Cœur de sceptique (bien étudié) ; Seule, Mon cousin Guy ; L'heure décisive Le mal d'aimer qui tend à montrer — ce qui t>' ti-op absolu — que Ja femme ne peut remplir sa vi» si elle n'aiftie d'iamour conjugal ; Un conte blev (collection Hermine) ; V absence (d'un amant ; désor dres scandaleux de la coquette ; mauvais livre) Vété de Guillemette (rêve bien décrit, pour adultes) L'aube (fort médiocre) ; La nuit tombe (confession d'une jeune femme qui reste fidèle, malgré la tejit.i tion ; pas de note chrétienne).

Paul Arène (1843-1896). Maître d'études et ensuite journaliste {Figaro, Petit Journal, Evénement), Vur des auteurs qui ont, avec Daudet, le mieux décri' la Provence. Ses pièces de théâtre, ses idylles mér d'ionales et ses romans consacrés à cette *« gueu^^parfumée », peuvent griser autant qu'ils embaumeni les jeunes personnes se contentoiont donc dos Nin/veaux contes de Noël.

Art Roé, de son vrai nom M. Benjamin Mahon,

né en 1865, capitaine d'artillerie. Dans ."«es roman^ militaires, il envi.sage surtout le problème moral : il

attribue à roffici&r une mission d'éducation et il considère la valeur morale comme la grande force de nos armées. Ces idées sont excellentes ; mais Art Roé ne sait pas toujours les mettre en œuvre. Citons : Le journal d'un officier d'artillerie ; Sous Vétendard (l'assaut de Loigny) ; Racheté (récit intéressant de la retraite de Russie qui se termine par une banale idylle) ; Pîngot et moi ; Mon régiment russe ; Papa Félix.

Arvède Barine, de son vrai nom M'^® Charles Yincens, (1840-1908), femme de lettres, d'origine russe, décorée de la Légion d'honneur, collaboratrice de La Revue Bleue, de La Revue des Deux Mondes et du Journal des Débats.

Ses récits, ses contes et ses fantaisies : Princesses et grandes dames ; Portraits de femmes ; Essais et fantaisies ; Bourgeois et gens de peu, ont un charme infini. Leur naturel, leur grâce et leur finesse extrême qui touche sans jamais appuyer, font penser aux lettres de M'"® de Sévigné.

Ses œuvres historiques :*La jeunesse de la grande Mademoiselle ; Louis XIV et la grande Mademoiselle ; son roman l^évrosés ; ses biographies (M™* de Carlyle ; M""^ Gœhe ; Saint François d'Assise) sont dans le même ton et offrent le même mérite littéraire.

Au point de vue moral, tous ces livres contiennent, à côté de quelques passages trop réalistes pour la jeunesse, des considérations renanistes très accusées.

Philibert Audebrand, (1815-1906), polygraphe doni la plume fertile a brossé un nombre incalculable de chroniques et s'est essayée dans tous les genres. Tout le monde peut lire : Un petit-fils de Robinson ;

Voyages et aventures autour du monde de Roht'ri Kergorieu.

Maxime Audouin, pseudonyme d'EucÈNE Delacroix, qui signe aussi Jean Pouliguen, né en 1858. Romans dramatiques, sentimentaux et historiques ; nouv-elles et contes souvent reproduits par des journaux de nuances ^diverses.

LÉON Barracand, poète et romancier, né à Romans en 1844. Il se flatte d'éprouver un vif sentiment religieux ; mais il est parfois agnostique, souvent stendhalien et voluptueux.

La belle Madame Lenain (se corrompt pendant que son mari le député, s'enrichit par des moyens peu scrupuleux) ; Trahisons (conjugales d'un notaire de province et de sa femme) ; Le manuscrit de M^^ Planard (situations audacieuses) ; Le manuscrit du sous-lieutenant (quelques fausses notes seulement) ; La cousine (quelques pages libres) ; Vicomtesse (très passionné, mais très littéraire) ; Mariage mystique (amitiés chastes d*un aumônier et d'une pensionnaire hystérique) ; Un barbare (peu intéressant) ; Romans Dauphinois (huit récits dont plusieurs très libres) ; Le Bonheur au Village (mondain et honnête) ; Histoire de Vivette (moral, mais systématiquement neutre au point de vue religieux) ; Roberte (passionné et honnête) ; Uadoration (recueil de nouvelles dont une au moins très impie) ; Un monstre (sujet risqué) ; Un grand amour ; Le roman nuptial ; Le cheval blanc (sacrifice d'amour) sont plus ou moins répréhensibles et passionnés.

Tout le monde peut lire : Epée brisée (énergique

■protestation contre l'expulsion des Chartreux) ; Dor-

milhouze la jeune (publié dans Le Mois) : Rilaîrp

Gerrais (histoire d'un enfant) ; Servienne (histoire

ROMANS MONDAINS 15o

li'uiie stîiv mte) ; La rançon de la gloire ; et beau- •cup La loi des cœurs ; Amour oblige.

Maurice Barrés, né «n 1862, à Charmes (Vosgj^s), député, romancier analyste, membre de PAcadémi© Française.

Son œuvre, comme celle de nombreux écrivains contemporains, offre d:es traits, des tendances et des idées singulièrement contradictoires : d€s sentiments religieux et patriotiques, et des sentiments païens et anarchiques ; des idées françaises et des idées allemandes ; le culte de Jeanne d'Arc, de Bernadette, de U Lorraine, et celui de Voltaire et de Stendhal ; de l'égotisme et de l'apostolat nationaliste ; des scènes immorales et des pages exquises.

Ce qui met cependant Barrés hors d«e pair, c'est sa conception de l'énergie » : il est partisan de l'énergie, c'est-à-dire, en dernière analyse, de l'instinct, de l'impulsion naturelle, de la sensation, jusqu'à rêver d'un état où « ni une cité, ni un Dieu ne nous imposent leurs lois». Les paysages même sont des états d'âme : la Lorraine, dans Uhomme libre, Aigues-Mortes dans Le jardin de Bérénice, l'Espagne, <( le pays le plus effréné du monde » dans Du aang, de la volupté et de la morl, servent successivement de moyen pour aiguiser les sensations, créer des empreintes et déterminer des drames...

éous VœU des Barbares, le vade-mecum de ses admirateurs, et U ennemi des lois trahissent le même égotisme antisocial. (1).

(i) Au point de vue de l'égotisme, l'œuvre philosophique de Barrés peut se résumer ainsi I. Définition du moi et des

Barbares qui sont le non-moi : Sout l'œil des Barbarts ; —

Page 1