‹ Romans à lire & romans à proscrireChapitre 10 sur 23 · EN VERTU DES DECRETS DE L’INDEX · texte numérisé non relu

EN VERTU DES DECRETS DE L’INDEX

2° Quelques autres romans d’amour impur, qui tombent vraisemblablement sous la condamnation portée par A1 2 Index en ces termes : Omnes fabulæ amatoriæ ; soit : La cousine Bette ; Honorine ; La femme vertueuse ; La femme abandonnée ; La femme de trente ans ; La fausse maîtresse ; Beatrix ; La grande Brêtêche ; Le colonel Chabert ; Une passion dans le désert ; Contreamour ; Sarrazine , etc.

3° Ses romans à peu près chastes, qui peuvent être lus par des personnes d’âge raisonnable : César Birotteau (drame commercial) ; La recherche de V absolu (l’alchimiste qui cherche le moyen de tout transformer en or) ; Le médecin de campagne (résumé des doctrines de hauteur) ; Le curé de village ; L’illustre Gaudissart (le commis-voyageur) ; Eugénie Grandet (tableau incomparable des mœurs mesquines des petites villes); Ursule Mirouet (même genre) ; Les Chouans (roman historique avec intrigue d’amour) ; La Vendetta (d’un dramatique achevé) ; Le cousin Pons (collectionneur d’objets, d’art). Lire aussi Pages choisies. (1)

Jules Bobs. — Le Satanisme et la Magie . (21 août 1896) (2).

Jules Bois, né à Marseille en 1870, poète, essayiste, journaliste, romancier, auteur dramatique, conférencier et enfin pèlerin d’Asie. Il est surtout connu comme le plus notable représentant, sinon le créateur d'une psychologie occultiste: Le Satanisme et la Magie (à l’index); Les petites religions de Paris ; Le monde invisible ; L’au delà et Les forces inconnues ; Le miracle moderne (où il prétend démontrer entre autres choses

(1) La librairie Colin a publié sous ce titre des recueils d’extraits empruntés aux œuvres des meilleurs auteurs. Nous les signalons, quand il y a lieu, à la suite de ces courtes notices. Us n’ont pas toujours bon esprit et doivent être lus avec grand discernement.

(2) L’auteur s’est soumis à ce décret (19 août 1902).

que le miracle est en nous !) sont des ouvrages manifestement inspirés par cette préoccupation.

Ses romans sur la femme et le féminisme : L'Eternelle poupée ; l'Eve nouvelle ; la femme inquiète ; Une nouvelle douleur sont très suspects au point de vuemoral. Ses Visions de l’Inde renferment, à côté d’horribles tableaux et de scènes orientales, des notes

presque chrétiennes. Quant à Hippolyte couronné , drame antique en vers, il a été représenté au théâtre romain d’Orange et à l’Odéon, avec un immense succès..

Jean-Jacques Casanova de Seingalt. —Mémoires écrits par lui-même. (Décret du 28 juillet 1834).

Jean-Jacques Casanova (1725-1803), aventurier célèbre,, raconta dans ses Mémoires répugnants de dépravation et de libertinage, les scandales et les intrigues de sa vieerrante et licencieuse...

Champfleury. — Omnes fabulæ amatoriæ (28 juin 1864).

Champfleury (Jules-Husson Fleury, dit) (1821-1889). Est un des chefs de l’école réaliste outrancière. Ses ouvrages dans lesquels il a dépeint, en traits bizarres et grotesques, les mœurs parisiennes, bourgeoises, bohèmes, sont presque totalement délaissés. On trouve cependant dans certaines bibliothèques : Chien caillou (amour d’un jeune graveur, d’un lapin et d’une fillette) ; Les Aventures de Mlle Mariette ; Les Bourgeois de Molinchart (mœurs bourgeoises et histoire d’une femme spirituelle qui finit par pécher), romans qui semblent bien être des fabulæ amatoriæ ; Le réalisme (à l’index) ; Les Sensations de Josquin (nouvelles d’amour auxquelles s’ajoute l’inofïensif Bonhomme Misère) ; La Succession Le Camus (chasse à l’héritage) ; Les Oies de Noël (un crime puni) ; et surtout Les souffrances du professeur Delteil (amour qui ne nous semble pas devoir être qualifié impur) ; Fanny Minoret (établit dans un récit

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touchant que l’éducation de l’enfant doit commencer avant la naissance).

Jacques- Albin-Simon Collin de Piancy. — Opéra, omnia (Décret du 10 septembre 1827).

Collin de Piancy (1793-1881), littérateur français, né à Piancy et mort à Paris.

Dans la première partie de sa carrière, il publia de nombreux écrits, empreints de la philosophie incrédule et railleuse du XVIIP siècle, et ou il déversait le sarcasme sur la religion. Ce sont ces ouvrages qui sont condamnés par Y Index.

En 1841, il revint aux croyances de sa jeunesse, rétracta son œuvre, et consacra son influence et sa plume à la propagande religieuse. Parmi les ouvrages appréciés de cette seconde manière, nous citons : Légendes de la Vierge ; Légendes des commandements de Dieu ; Légendes des sept péchés capitaux ; Légendes des vertus ; Légendes de Vhistoire de France [La cour du roi Dagobert ; Les douze convives du chanoine de Tours ; Godefroi de Bouillon , etc.) ; Légendes des philosophes ; Grande vie des Saints , en collaboration avec l’abbé Darras.

Benjamin Constant de Rebecque. — Commentaire sur V ouvrage de Filangieri ; De ta religion considérée dans sa source, ses formes et son développement. (Décret

du 11 juin 1827).

Benjamin Constant (1766-1830), orateur et publiciste dont la vie aventureuse est assez connue. On a voulu en reconnaître quelques traits dans Adolphe , roman navrant ou sont analysées les souffrances de deux cœurs mal assortis et unis par un amour coupable.

Pierre Dufour. — Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours. (Décret du 20 avril 1852).

Pierre Dufour, de son véritable nom Paul Lacroix

{1805-1884), est un polvgraphe qui signa aussi Antony Dubourg, et attacha surtout sa célébrité au pseudonyme plus connu de Bibliophile Jacob.

Sa fécondité fut merveilleuse. Il fouilla les livres toute sa vie et réussit à rendre l’érudition attrayante^ en donnant sur les arts et les mœurs des derniers siècles des ouvrages intéressants. Celui qui est condamné par Y Index fut, en son temps, saisi par la police, avec les Mémoires curieux qui en sont la suite.

Collaborateur de Dumas, il produisit aussi des romans historiques et des récits imaginaires parmi lesquels nous choisissons, sans les recommander, les livres inofïensifs suivants : Les hauts faits d’Assoucy ; Le Dieu Pépitus ; Le revenant du Château; Un p’tit homme ; Aventures d’un petit orphelin ; Contes littéraires à mes petits enfants ; Les histoires d’autrefois .

Alexandre Dumas, père.— Omnes fabulæ amatoriæ (22 juin 1863).

Alexandre Dumas père (1803-1870). Malgré ses nombreuses invraisemblances, ses atteintes à la morale et au bon sens, son style à la « diable », ses erreurs et contresens historiques très graves, il a été et il reste encore le roi des amuseurs, l’un des romanciers dont les ouvrages sont les plus fréquemment demandés dans les bibliothèques publiques, il a écrit ou signé 257 volumes de romans et 25 volumes de drames.

Son imagination si fertile, sa verve intarissable, son joyeux entrain, la vivacité de son action théâtrale, le naturel de son dialogue et de son récit, sa bonhomie charmante, son audace même et le vide de ses idées lui ont gagné les sympathies du peuple qui lit.

Parmi les drames pseudo-historiques, romans de cape et d'épée, où Phistoire travestie des phases les plus troublées se mêle à des scènes d’amour, nous citons : La Reine Margot ; La Dame de Montsoreau ; les Quarante- Cinq (l’action se passe à la fin des Valois) ; Le Bâtard de

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Mauléon (rivalité de Pierre le Cruel et de Henri de Transtamare) ; Les trois Mousquetaires (d’Artagnan et les autres ; occupe une place à part dans cette œuvre prodigieuse) ; Vingt ans après ; Dix ans plus tard où le vicomte de Bragelonne (sous Louis XIII et la minorité de Louis XIV) ; Le chevalier d’Har menthol (la conspiration de Cellamare sous la Régence) ; Le chevalier de Maison-Rouge ; Le collier de la Reine (préludes de la Révolution) ; Joseph Balsamo ou les Mémoires d’un médecin (Cagliostro) ; Ange Pitou (la Rastille et les Journées d’octobre) ; San Fèlice (les Carbonari et la cour de Naples pendant la Révolution) ; Les compagnons de Jéhu (commencement de l’Empire) ; La guerre des femmes ; Olympe de Clèves ; La louve de Machecoul.

Tous ces romans, spécialement visés par l’ancien Index à cause de leurs tendances protestantes, semblent ne pas tomber aujourd’hui sous la censure de l’Eglise, au moins comme fabulæ amatoriæ. lien est du même du Comte de Monte-Christo , roman d’aventures qui a encore un ‘immense succès. (Le P. Vermesch, Dissertatio , ad calcem).

Quant à ses récits de voyage : Suisse ; Excursions sur les bords du Rhin ; Une année à Florence ; Le Midi de la France ; Le Speronare (en Sicile) ; La villa Palmieri (midi de l'Italie); En Russie ; etc., etc., ils peuvent être lus avec précaution.

Citons encore les principaux romans de mœurs et d’amour : Isaac Laquedem (œuvre sacrilège) ; La salle d’armes (horreurs et amour) ; Le capitaine Paul ; Les crimes célèbres (15 volumes) ; Sylvaiidire ; Gabriel Lambert ; Amaury ; Fernande ; Une fille du Régent ; Les frères Corses ; Les deux Dianes ; etc., etc.

Et notons enfin que tout le monde peut lire : Histoire de mes bêtes ; la Bouillie de la comtesse Berthe (pour enfants) ; Le capitaine Pamphile ; Jehanne la Pucelle (romans historiques qui offrent seulement quelques détails répréhensibles) ; Pages choisies .

Alexandre Dumas, fils. Omnes fabulæ amaloriæ- (22 juin 1863). La question du divorce (21 juin 1880).

Alexandre Dumas, fils naturel du précédent (1824-1893), est* surtout auteur dramatique.

Il entra dans la célébrité avec la Dame aux Camélias (une mondaine, Marguerite Gautier, a pour amant

Armand Duval A la prière du père de celui-ci, elle

l’abandonne et meurt de chagrin, non sans avoir revu un instant son Armand) et Diane de Lys (même genre).

Ces deux romans, transformés en drame et représentés avec succès, décidèrent de la vocation de Dumas. Il fit, pour le théâtre, de nombreuses pièces où il peignit les. mauvaises mœurs, défendit le divorce et prêcha Y union libre, avec un succès qui dure encore.

Il n’abandonna pas cependant le roman et produisit un certain nombre d’ouvrages que nous n’énumérons même pas, parce qu’ils ne sont guère lus et sont certainement condamnés par l'Eglise, au même titre que la Dame aux Camélias et Diane de Lys, soit comme fabulæ amatoriæ, .soit comme défendant des thèses contraires à la doctrine de l’Eglise (article 14 de Y Index).

ALPHONSE Esquiros. — Les Vierges folles. (20 juin 1844). Les Vierges martyres (id.) Les Vierges sages (kl.) L'Evangile du peuple (38 mars 1831),

Alphonse Esquiros (1814-1876) a fait des poésies et romans socialistes et licencieux. Lire malgré les idées fausses : L'Angleterre et la vie anglaise (4 vol.)

Ernest Feydeau. — Omnes fabulæ amatoriæ (20 juin 1864).

Ernest Feydeau (1821-1873). Une des individualités les plus marquantes de l'école impressionniste. Ses romans qui abondent en descriptions et en analyses anatomiques, ont eu en teur temps une grande vogue.

Le plus connu, c’est Fanny, roman poème d’un réalisme très sensuçl qui obtint un immense succès de

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scandale. Il est certainement à YIndex, ainsi que Daniel r Catherine d’Overmeyre , et la trilogie pleine de turpitudes: Un début à l’Opéra; Monsieur de Saint-Bernard ; Le mari de la danseuse. Quoi qu’en dise l’auteur, ce sont là, au témoignage des moins prudes, des choses qu’il ne faut pas écrire. Le reste ne vaut pas la peine d’être' nommé.

— Georges, fils du précédent, gendre de Carolus Duran, est surtout auteur dramatique.

Gustave Flaubert. — Madame Bovary (20 juin 1864). Salammbô (id).

Gustave Flaubert (1821-1880). Est appelé assez justement le père et le roi du roman moderne, à cause de la pureté de son style et de l’exactitude documentaire de ses observations. 11 n’a pourtant publié que quelques ouvrages :

La tentation de Saint- Antoine, rêverie philosophique et mystique ; L’éducation sentimentale, œuvre misanthropique ; Bouvard et Pécuchet, histoire assez fatigante de deux copistes qui s’appliquent successivement à toutes les sciences, à tous les métiers, y jouent partout de malheur et reviennent à leur premier état : Salammbô , roman étrange où l’histoire, l’archéologie, l’imagination évoquent dans des pages éblouissantes tout le vieux monde de Carthage. Mme Bovary est un chef-d'œuvre c’est l’histoire d’une femme romanesque et sentimentale dégoûtée de l’existence vulgaire que lui fait son mari, elle se laisse séduire par deux affections étrangères, ruine son intérieur et finit par s’empoisonner. L’éclat du style,, l'habileté de la construction, la verve, la vérité des scènes et des portraits (v. g. Homais) font de ce roman une œuvre unique ; elle est malheureusement perverse- On en trouve de beaux traits dans Pages choisies, et, si on veut faire plus ample connaissance avec Flaubert, on peut lire avec prudence ses trois contes : Ü7i cœur simple ; Hèrodias ; Saint Jean l’Hospitalier .

Antonio Fogazzaro. — IlSanto , romanzo. (Décret du 5 avril 1906).

Antonio Fogazzaro, né en 1842, sénateur d’Italie, l’un des représentants les plus en vue du catholicisme libéral et des plus fêtés parmi les poètes et romanciers de son pays.

Le Saint est moins une œuvre d’art qu’une œuvre de passion et un manifeste du parti moderniste : il renferme sur la foi, le miracle, l’autorité de l’Eglise et l’obéissance qui lui est due, des erreurs capitales qui l’ont fait condamner.

Ses œuvres précédentes : Un petit monde d'autrefois ; Petit monde d'aujourd’hui; Danie le Cortis ; Malombra; Fedele, si elles accusent moins les mêmes tendances, dégagent cependant une impression de pessimisme qui n’est pas tout à fait sans danger.

VICTOR Hugo» — Notre-Dame de Paris (28 juillet 1834). Les Misérables (20 juin 1864).

Victor Hugo (1802-1885). Nous n’avons pas à le juger au point de vue littéraire ; nous n’envisageons que le côté religieux et moral. 11 a célébré la religion en termes magnifiques ; mais à côté de ces splendeurs, que d’assertions mensongères, de blasphèmes, de calomnies contre l’Eglise, le pape, les evêques, le clergé ! Que d’immoralités !

Aussi la lecture de ses œuvres complètes est-elle dangereuse ; elle ne peut être concédée qu’aux personnes d’àge mûr et pour des raisons sérieuses.

Parmi ses œuvres dramatiques, les jeunes gens sérieux peuvent lire Hernani , Ruy-Blas , les Burgraves, et parmi ses poésies : Feuilles d’automne ; Odes et Ballades ; Les Voix intérieures ; Les Rayons el les Ombres ; les Châtiments ; Les Contemplations ; La Lègeyide des siècles (où les blasphèmes et les tendances panthéistes ne sont guère contagieux.)

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Quant à ses romans, ils renferment des pages superbes, à coté de développements intempérants et insipides ; mais à les considérer dans leur ensemble, ils sont fatalistes, malsains et subversifs.

Par amour de l'antithèse et pour des motifs moins avouables, Fauteur se plaît à donner le premier rôle et à prêter les plus beaux sentiments à des êtres qu’il emprunte aux bas-fonds de la société vicieuse, v. g. Jean Valjean dans les Misérables, véritable épopée socialiste en prose, réhabilitation du forçat, de la tille-mcre, de la Révolution.

Dans Notre-Dame de Paris , il calomnie odieusement le prêtre dans la personne de l'archidiacre Frollo, etc.

Bug Jargal, œuvre de début, est amusant et inofïensif. Les Travailleurs de la mer sont peut-être ensuite le roman le moins répréhensible, mais les descriptions et les digressions en rendent la lecture fastidieuse.

Ses plus belles poésies, les plus belles pages de son théâtre et de ses romans sont réunies dans les trois Volumes d’ Extraits, publiés chez Delagrave. Cependant, comme on ne s’est pas montré assez sévère dans le choix de ces morceaux, l’ouvrage ne doit être confié qu’à des jeunes gens formés.

Louis JacolïïoL — La Bible dans l’Inde ; Vie de Jésus Christna. (Décret du 12 juillet 18G9) ; Fétichisme, Polythéisme , Monothéisme ; La Genèse de l’humanité (Décret du G mars 187G) ; Les fils de Dieu ; Genèse de l’humanité ; Fétichisme , polythéisme , monothéisme ; Histoire des vierges ; Le pariah dans l’humanité. (Décrets du 27 juin 1881.)

Louis Jacolliot (1837-1890), littérateur et voyageur indianiste et philosophe. Président du tribunal de Chandernagor, il profita de son long séjour aux Indes pour en étudi,er la langue, l’histoire et les mœurs ; fut ensuite* envoyé à Taïti, explora l’Amérique et l’Orient ; puis, de

retour en France, publia de nombreux ouvrages sur les contrées qu’il avait visitées.

Ses ouvrages, et notamment la Bible dans l’Inde, ont pour objet de montrer que l’Inde est le berceau du inonde, qu’on y trouve toutes les traditions politiques et religieuses des peuples anciens et modernes et même l’Evangile. Ce système est aussi éloigné de la science et de la critique contemporaines (voir les travaux de Burnouf, Lassen, Max Muller, Barthélemy Saint-Hilaire, de Harlez, etc.) que des données de la foi. C’est pourquoi, les savants ont condamné les fantaisies de Jacolliot, avec autant de sévérité que l’Eglise elle-même.

Alphonse de Lamartine. — Jocelyn (22 septembre 1836.) Voyage en Orient (id). La chute d’un Ange (27 août 1838).

Alphonse de Lamartine (1790-1869) le grand poète, a laissé en vers et en prose, des ouvrages de premier ordre.

Le sentiment religieux y occupe une large place ; malheureusement, la sentimentalité de l’auteur, ses élans de désespérance, son culte passionné de la nature, ses tendances au panthéisme, son pessimisme, ses rêveries mélancoliques le rendent facilement dangereux.

Les jeunes gens trop impressionnables ne liront de lui que le Recueil de chez Hachette. Les autres pourront lire impunément les Morceaux choisis en vers et en prose, publiés par Robertet ; et quand ils auront 20 ans, les •quatre grands recueils lyriques, (Harmonies, Méditations, Nouvelles Méditations), les Confidences , le Manuscrit de ma mère et certains de ses romans.

Ses romans en prose sont Le tailleur de pierres de Saint-Point , causerie de philosophie religieuse, parfois •anticatholique ; Graziella , idylle d’un charme exquis, mais un peu passionnée ; Geneviève, touchante histoire d’une servante où il n’y a à reprendre qu’un fait

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scabreux; Raphaël, qui renferme une intrigue troublante et des pages malsaines.

Ses romans en vers sont de beaucoup les plus importants et les plus connus:

La chute d’un Ange : un ange se laisse séduire par -une affection humaine et, après avoir cédé à cette tentation, devient un homme (Cédar). Il mène une vie d'aventures avec sa Daïdlia ; celle-ci devient folle et lui se suicide.

Jocelyn est bien supérieur au précédent sous tous les rapports ; c’est un poème achevé que Brunetière n’hésite pas à placer au sommet de notre littérature. Il renferme en effet des pages splendides sur la mission du prêtre, et des descriptions magnifiques ; mais aussi il respire la sensualité, et dénature le caractère sacerdotal.

Les plus belles pages de ces deux dernières œuvres se trouvent dans les Extraits de Robertet.

On lira aussi Pages choisies et Lectures pour tous , extraits réunis par Lamartine lui-même et qui peuvent se donner à peu près à tous.

Auguste Maquet. — Les prisons de lEurope (Saint-Office, 12 juillet 1854).

Auguste Maquet (1813-1888), un des collaborateurs et des (( généraux >) de la « grande armée » de Dumas.

Il fit isolément La Belle Gabrielle ; le roman pseudohistorique La maison du Baigneur , etc.

Jules Michelet, — Mémoires de Luther (6 avril 1840), Du Prêtre , de la Femme , de la Famille (5 avril 1845). L’Amour (11 avril 1859). La Sorcière (26 janvier 1863). Bible de l’Humanité (11 juin 1866). Le Prêtre, les Jésuites (21 août 1896).

Jules Michelet (1798-1874) n’est pas un romancier .C’est un historien ; mais ses livres sont bien moins d’un érudit que d’un imaginatif, d’un romanesque et d'un lyrique. Son œuvre maitresse, L’Histoire de France , peut s&

diviser en deux parties : la lrc (6 volumes, jusqu’à Louis XI) « ressuscite » le moyen-âge, en reconstitue les mœurs dans des pages pleines de poésie et d’éloquence, où Faction de l’Eglise est exaltée, mais souvent méconnue et calomniée. Dans la 2mc partie (10 volumes, jusqu’à. Louis XVI), l’historien, par vengeance ou par souci de la popularité, fait place au démagogue anti-chrétien. L’histoire de la Révolution (8 volumes) ; L’Histoire de la Renaissance et des temps modernes (11 vol.) ; Le XIXe Siècle (3 vol.), s’inspirent de cette seconde manière, ainsi que ses œuvres polémiques : Etude sur les Jésuites Le Prêtre , la Femme et la Famille (odieux pamphlet dirigé contre l’Eglise et son influence) : Le Peuple (pour lequel l’amour est le remède du servage) ; La Sorcière (fantaisie excentrique et obscure contre l’Eglise) ; La Bible de l’Humanité (salmigondis de toutes les religions, à l’exception de celle de Jésus-Christ).

Quant à ses œuvres d’imagination, L’Oise au, L’Insecte, La Mer, La Montagne, elles renferment des pages exquises, mais aussi des descriptions sensuelles et des erreurs doctrinales,

L’Amour ; la Femme ; nos Fils , étaient considérés par Michelet comme des livres d’éducation ; en réalité ils sont surtout physiologiques

L’Histoire Romaine (où la République seule est traitée) est l’unique volume de Michelet qui puisse être mis dans les mains de la jeunesse avec Pages choisies .

Jean-Hippolyte Michon. — Le Confesseur (17 décembre 1866), Le Jésuite (2 décembre 1867), Le Maudit (15 mars 1864), La Religieuse (20 juin 1864), De la Rénovation de l’Église (id.).

Jean-Hippolyte Michon, (1806-1881), prêtre, prédicateur, graphologue, directeur des petits séminaires de Thé* baudières et de la Valette, vint à Paris en 1848 et se fit remarquer par son exaltation. On n’apprit qu’après sa

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mort qu’il était l’auteur de romans irréligieux signés de L’abbé ***.

Adam Mickiewicz. — L’Eglise et le Messie ; L’Eglise oflicielle et le Messianisme. (Décret du 15 avril 1848).

Adam Mickiewicz, célèbre poète polonais (1798-1855), se lit en Russie, à Rome, à Paris, le défenseur des libertés de son pays. Parmi les poèmes douloureux et essentiellement lyriques qui consacrèrent sa gloire, nous citons : Le Livre des Pèlerins qui retrace le rôle de la Pologne dans le passé et dans l’avenir et qui fut traduit par Montalembert ; Conrad Wallerod et surtout Les Aïeux.

Les deux livres de Mickiewicz condamnés par V Index, furent écrits dans un moment d’exaltation, occasionnée par la mort de sa femme et d’autres événements douloureux.

Henry Murger. — Omnes fabulæ amatoriæ (27 juin 1864). ,

Henry Murger (1822-1861) mena longtemps la « vie de bohème » dans une mansarde, fit des vers, des articles et enfin des romans naturalistes où il décrit avec une grande liberté de langage la gueuseric sociale. On ne lit plus guère ses fameuses Scènes de la vie de Bohême ; Scènes de la vie de jeunesse, et Le pays latin , qui sont d’ailleurs à Y Index.

Charles- Antoine- Guillaume PSgauBt-Lebrun.— Le Citateur (Saint-Office, 22 novembre 1820 ; 20 janvier 1833). L’Enfant du Carnaval (18 août 1828). La Eolie espagnole (18 août 1828). Jérôme (id.) Tableaux de société ou Fanchette et Honorine (id.) Romans (28 juillet 1834).

Pigault-Lebrun (Antoine de l’Epiney, dit) (1753-1835). Dragon, comédien, douanier, condamné pour mœurs, etc., décrivit avec cynisme et en riant, les mœurs graveleuses qu’il avait observées.

George Sand. — O mues fabulæ amatoriæ (27 novembre 1840 ; 30 mars 1841 ; 5 avril 1842 ; 13 décembre 1863).

George Sand (Armandine-Aurore Dupin, baronne Dudevant; connue sous le pseudonyme de), célèbre romancière française, « berrichonne née à Paris par hasard » en 1804, mariée en 1822 à un officier retraité, le baron Dudevant, dont elle eut un fils et une fille ; séparée de son mari en 1832 ; venue vers le même temps à Paris où elle connut Sandeau, Chopin, Musset, Mérimée, etc. ; morte en 1876.

George Sand est la princesse du roman sentimental et passionnel : elle a prêté sa voix et son génie aux théories d’émancipation morale qui dirigeaient les âmes depuis la Nouvelle Héloïse ; elle a chanté avec plus d’âpreté, de hardiesse et d’insistance que personne, la souveraineté absolue de l’amour, c’est-à-dire le droit pour l’individu de s’opposer, au nom de sa passion, aux conventions, aux convenances, tu mariage bourgeois, à la société, à la famille, à Dieu, à tout. Indiana , dit-elle, « c’est Pamour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation » ; Mauprat , « c’est la glorification d’un sentiment exclusif, éternel, avant, pendant, et après le mariage . »

Elevée dans l’irréligion et le €11116 des philosophes, George Sand est encore la prêtresse de l’esprit laïque, de l’incrédulité et du scepticislne modernes. Ses romans sont de perpétuelles confessions sans remords, par exemple : Spiridion ; Mlle La Quintinie (anticatholique) ; Histoire de ma vie (biographie de l’auteur, documents intéressants pour la psychologie des enfants et des imaginatives, livre dangereux pour les jeunes personnes).

Démagogue et communiste, elle a écrit des romans humanitaires, où elle expose l’âge d’or qu’elle a entrevu et qu’elle prétend voir se réaliser par l’égalité , la

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fraternité, la fusion des classes dans l’amour (Le péché de M. Antoine ; Le meunier d'Angibault ; Le compagnon du tour de France , etc.)

En pleine exaltation socialiste, elle revint pourtant à son culte de la campagne, chanta son cher Berry et nous donna : La Mare au diable ; La petite Fadette ; François le Champi , trois chefs-d’œuvre de pastorale qui peuvent être lues à peu près par tout le monde, ainsi que Claudie, le Pressoir , comédie ; Promenades dans le Berry ; Malgré tout (histoire chaste, pas d’impiétés) ; Contes d'une grand'mère (un peu de panthéisme et de .boudhisme.)

Ces idylles reposantes et le style admirable de George Sand ne rachètent pas cependant l’influence pernicieuse de son œuvre : cette romancière extraordinaire est presque partout éminemment dangereuse, non pas qu’elle trouble beaucoup les sens, mais surtout parce qu’elle égare le cœur et l’esprit.

Aussi, la Congrégation de l’Index, et par les décrets rappelés plus haut et par la formule omnes fabulæ amaioriæ , a-t-elle voulu atteindre la généralité de ses 83 volumes. Citons ceux qu’elle cite elle-même : Lèlia ; Lettres d'un voyageur ; Les sept cordes de la lyre ; Gabriel ; Le secrétaire intime ; L'uscoque; La dernière Aldini ; Simon; Les maîtres mosaïstes; Mauprat ; Jacques - Leone Leoni ; Spiridion ; tous les livres publiés avant le décret du 15 décembre 1863, et enfin tous les romans d’amour impur.

Lire Pages choisies , avec grande réserve.

Aurélien SchoKI. — Le procès de Jésus-Christ (16 septembre 1878).

Aurélien Sclioll, né à Bordeaux en 1833, mort chrétiennement en 1902 ; fut en sa qualité de chroniqueur leste et brillant un des amuseurs attitrés des boulevards pari* siens.

Ses nouvelles et chroniques réunies en volumes, sont souvent libertines en même temps qu’ingénieuses ; elles dénotent une absence complète de sens moral.

Ses pièces de théâtre sont presque toutes pornographiques.

Etienne-Pivert de Senarccour. — De l'amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes (13 février 1838).

Etienne Pivert deSenancour (1770-1846) est un mélancolique ; comme l'auteur d’Atala, il prêche le retour à la nature primitive ; comme Jean-Jacques Rousseau, il est l’ennemi de l’ordre social et religieux. OEuvres : Ober mann ; Le V Amour....; Les libres méditations ; Rêveries sur la nature primitive de V homme.

Frédéric Sou Hé. — • Omnes fabulai amatoriæ (20 juin 1864.)

Frédéric Soulié (1800-1847), l’un des maîtres du romanfeuilleton. Il s’est complu à décrire l’horrible, l’effroyable et le criminel dans Les deux cadavres (dont les personnages commencent leurs horreurs, meurtres, duels, viols, sur les deux cadavres de Charles Ier et de Cromwell) ; Les Mémoires du Diable (défilé ou plutôt bacchanale de toutes les atrocités et de tous les crimes, qui se termine par le triomphe du vice) ; Si jeunesse savait , si vieillesse pouvait ; et une quantité d'autres romans du genre fabulæ amatoriæ.

Le lion amoureux est une nouvelle d’amour de 100 pages, calme et d’un style plus soigné. (Ce lion est, suivant le langage de 1 époque, un élégant désœuvré).

Ses romans historiques : Le comte de Toulouse ; Le vicomte de Béziers, etc., sont de violents pamphlets contre l’Eglise ; ils sont heureusement délaissés.

On peut lire : Le martyre de Saint Saturnin ; Contes et récits de ma grand’mère ; L’orpheline de Waterloo ; Le tambour Bilboquet ; Le petit pêcheur, courts récits* pour la plupart publiés chez Ardant.

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