‹ Romans à lire & romans à proscrireChapitre 11 sur 23 · EN VERTU DES DÉCRETS DE L’INDEX · texte numérisé non relu

EN VERTU DES DÉCRETS DE L’INDEX

Stendhal. — Omnes fabulæ amatoriæ. (4 décembre 1828 ; 20 juin 1864)

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle (1780-1842 > , fut successivement soldat, administrateur, diplomate, lit les guerres de l’Empire et apprit le libertinage et l'impiété dans la lecture des philosophes.

Après avoir publié des études de critique : Rome. Naples et Florenceih l’Index) ; Histoire de la peinture en Italie ; Racine et Shakespeare ; Promenades dans Rome ; il lança des romans irréligieux et impurs : Armance (amour et fatalisme); Le rouge et le noir (lutte ^ntre la Révolution et le parti prêtre), œuvre condamnée que Taine a lue, dit-on, plus de 60 fois. La Chartreuse de Parme (amour « cristallisé ») (1) ; L’abbesse de Castro (effets de l’amour passionné).

Il termina sa carrière par L’amour. Les mémoires d’un touriste et quelques autres autobiographies orgueilleuses.

Cet homme vicieux, cet écrivain aride, qui semble ne noter que des idées, ce psychologue profond, ce philosophe supérieurement « détestable », comme dit Sainte-Beuve a exercé une influence considérable sur la pensée contemporaine et s’est attiré de nombreux admirateurs. Balzac et Zola avaient un culte pour lui, et Bourget, dit-on, ne se lasse pas de le lire.

Laurence Sterne. — Le Voyage sentimental (6

(1) Cette théorie qui est devenue presque classique, rattache Stendhal à l’école qu’on a appelée depuis « naturiste ». Voici en quels termes l’auteur l’explique : « Aux mines de Salzbourg on jette dans les profondeurs abandonnées un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes ; les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d’une mésange, sont garnies d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif. Ce que j’appelle cristallisation, c’est l’opération de l’esprit quj tire, de tout ce qui se présente, la découverte que l’objet aimé a de nouvelles perfections.... »

septembre 1819). Nous le signalons à cause de la date de sa condamnation. Son Voyage sentimental déconcerte toute* analyse ; c’est la perfection du genre. Mais au point de vue moral il n’est pas plus recommandable que son Tristan Shandy et son existence privée.

Eugène Sue. — Omnes fabulæ amatoriæ (22 janvier 1833).

Eugène Sue (1801-1859), fit ses études de médecine,, visita, comme major, l’Asie, l’Amérique, les Antilles, fut à Navarin, revint à Paris tout rempli d’admiration pour Byron et devint le romancier à la mode.

Il raconta ses impressions de voyage dans des romans maritimes pleins de couleur tapageuse et de mouvement : Plick et Plock ; La Salamandre ; Atar Gull ; La Couca ratcha : La vigie de Koatven.

Il abandonna bientôt cette veine pour produire des romans mondains, véritables fabulæ amatoriæ où sa plume acérée décrit les désordres de la haute classe l Arthur ; Le Marquis de Letorrière ; Le Morne au diable , et surtout Mathilde ...

Ce dernier ouvrage mécontenta son public aristocratique et le jeta soudain du côté de la basse « pègre ». Les Mystères de Paris (Histoire de Fleur de Marie, jeune fille abandonnée qui vit au sein de la dépravation ; portraits de M. et Mmc Pipelet, etc.) ; Le Juif Errant (les Jésuites incarnés dans Rodin se rendent coupables de tous les crimes ; le soldat Dagobert se dévoue pour les deux filles du colonel Rennepont, etc., etc.) ; Les sept péchés capitaux (15 volumes qui mettent en scène les théories philosophiques de Fourrier). Les mystères du peuple parurent successivement : romans socialistes dans lesquels l’auteur s’acharne à détruire la religion, la morale, la responsabilité, au profit des doctrines humanitaires^ fatalistes et passionnelles de Fourier ; pages voluptueuses et démagogiques où, décrivant la luxure grossière, comme il avait fait les « vices dorés », il offre, comme but

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de la vie, les jouissances matérielles les plus abjectes, et se donne comme le Messie des prolétaires.

Quant à ses romans semi-historiques, ils ne sont que travestissement et haine : Latréaumont ; Jean Cavalier ; Thérèse Dunoyer , etc.

Eugène Sue « écrit mal et c’est une vilaine âme », dit F. Coppée. Cependant il a su captiver par des peintures de mœurs dépravées, et il a contribué à répandre dans le peuple les théories les plus dangereuses. Defunctus adhuc loquitur : ce sont ses livres qui ont égaré Ravachol et bien d’autres. Il a écrit 85 volumes : nous n’en recommandons pas un seul.

Emile Zola. — Opéra omnia (19 septembre 1894, 25 janvier 1895, 27 août 1896 1er septembre 1898).

Emile Zola (1840-1902). Fils d’un ingénieur italien, né à Paris. Il entra en 1864 à la maison Hachette et prenant comme modèles Musset, Flaubert et Taine, il s’essaya à écrire et ne tarda pas à devenir le plus célèbre des romanciers naturalistes.

Ses œuvres sont tellement ignobles que ses amis mêmes finissent par en avoir la nausée. On y trouve une habile facture, mais elles sont toujours immorales et fausses, souvent d’une obscénité et d’une crudité répugnantes.

Son ouvrage principal est intitulé Les Rougon- Macquart et comprend de nombreux volumes. Dans tous ses romans, il y a un milieu, une brute et un chœur composé de braillards. Tous ses héros sont des monstres : les ouvriers dans Y Assommoir ; les hommes du monde débauchés dans Nana ; les bourgeois viveurs dans Pot houille ; les mineurs dans Germinal ; les paysans dans la Tertre ; les linanciers dans l’Argent ; les soldats dans la Débâcle , etc., etc.

Sur la fin de sa vie, il lit une trilogie anticatholique intitulée les Trois Villes : Paris}Lourdes , Rome, et une trilogie matérialiste : Vérité , Travail , Fécondité. Il a

pris une part considérable à l'affaire Dreyfus et il est mort misérablement le 28 septembre 1902.

Lir eT^aqes choisies.

Quelques autres ouvrages à l’Index

Nous croyons utile de citer outre les œuvres des romanciers. quelques œuvres diverses, assez généralement connues, qui sont également mentionnées au catalogue de Y Index. Ce sont :

Aulard et Bebidour. — Histoire de France, à l’usage des écoles primaires et des classes élémentaires des lycées et collèges.

Béranger (Pierre-JeanL — Chansons.

Bert (Paul). — L'instruction civique à l’école.

Bonnefon (Jean de). — Le Pape de demain.

Bouillet (Marie-Nicolas). — Dictionnaire universel d’histoire et de géographie. Est permise l’édition publiée à Paris en 1855 et corrigée cl’après le décret du 14 décembre 1855.

Buisson (Ferdinand). — La religion, la morale et la science : leur conflit dans l’éducation contemporaine.

Compayré (Gabriel). — Eléments d’instruction morale.

Comte (Auguste). — Cours de philosophie positive.

Cousin (Victor). — Cours de l’histoire de la philosophie.

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, par d’Alembert et Diderot.

Figuier (Louis). — Le lendemain de la mort ou la vie future selon la science.

Hamilton (Antoine). — Mémoires de la vie du comte de Grammont.

Havet (Ernest). — Le Christianisme et ses origines.

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Heine (Henri). — De r Allemagne ; de la France ; Reisebilder ; Neue Gedichte.

Houx (Henri des).— Souvenirs d’un journaliste français à Rome.

Izoulet (Jean). — La cité moderne ; Métaphysique de la sociologie.

Kardec (Allan). — Le livre des esprits contenant les principes de la doctrine spirite ; Le livre des médecins ; Le spiritisme à sa plus simple expression.

Lamé Fleury (Jules-Raymond). — L’histoire ancienne ; L’histoire de France ; L’histoire moderne ; L'histoire du moyen âge ; L’histoire du Nouveau Testament, racontée aux enfants ; L’histoire romaine.

Lamennais (Hugues-Félicité Robert). — Paroles d’un croyant ; Alïaires de Rome ; Le livre du peuple ; Discussions critiques et pensées diverses. . . ; Esquisses d’une philosophie ; Amschapands et Darvands ; Les Evangiles, traduction nouvelle.

Larousse (Pierre). — Grand dictionnaire universel du XIXe siècle.

Mangin (Arthur). — L’homme et la bete, ouvrage illustré de 120 gravures.

Martig (Emmanuel). — Manuel d’enseignement pour les écoles et les collèges.

Montaigne (Michel de). — Les Essais.

Montesquieu. — De l’Esprit des Lois ; Lettres persanes.

Pascal. — Les Provinciales.

Payot (Jules). — La croyance ; Avant d’entrer dans la vie, aux instituteurs et institutrices, conseils et directions pratiques.

Proudhon (Pierre-Joseph). — Opéra omnia .

Quinet (Edgar). — Ahasvérus ; Le génie des religions ; Allemagne et Italie ; philosophie et poésie; La Révolution ; Mystères de l’Inquisition.

Renan (Ernest). — Le livre de Job, traduit de l'hébreu; Averroès et l’Averroïsme, essai historique ; Etudes* d’histoire religieuse ; Histoire générale et système comparé des langues sémitiques ; De l’origine du langage ; Le cantique des cantiques, traduit de l’hébreu ; Vie de Jésus ; Les Apôtres ; Saint Paul ; Questions contemporaines ; Les Evangiles et la seconde génération chrétienne; L’antéchrist ; L’église chrétienne ; MaTc-Aurèle et la fin du monde antique ; L’Ecclésiaste, traduit de l’hébreu ; Nouvelles études d'histoire religieuse ; Histoire du peupla d’Israël ; Souvenirs d’enfance et de jeunesse ; Feuiljes détachées faisant suite aux souvenirs d’enfance et de jeunesse.

Revue spirite, journal d’études psychologiques.

Reynaud (Jean). — Philosophie religieuse : terre et ciel.

Rousseau (Jean-Jacques). — Emile, ou de l’éducation ; Du contrat social ; Lettre à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris ; Lettres* écrites de la montagne ; Julie ou la Nouvelle Héloïse.

Simon (Jules). — La religion naturelle.

Sismondi (Simonde de). — Histoire des Républiques italiennes du moyen-âge.

Steeg (Jules). — Instruction morale et civique : l’homme, le citoyen, à l’usage de l’enseignement primaire.

Taine (Hippolyte). — Histoire de la littérature anglaise.

Tolstoï (Dimitry).*— Le catholicisme romain en Russie ; études historiques. (Ne pas confondre avec Tolstoï, le romancier).

Vacherot (Etienne). — Histoire critique de l’école d’Alexandrie ; La Religion.—

Voltaire. — Lettres philosophiques ; OEuvres, nouvelle* édition revue, corrigée et considérablement augmentée par l’auteur, à Dresde, 1748 ; Histoire des Croisades ;

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Abrégé de l’Histoire universelle ; Essai sur l’Histoire universelle ; Précis de PEcclésiaste et du Cantique des Cantiques... ; Romans et Contes ; Pensées de Pascal, avec notes de M. de Voltaire ; L’A B C, dix-sept dialogues ; Catéchisme de l’honnête homme ; Collection de lettres sur les miracles ; Commentaire sur le livre des délits et peines ; La défense de mon oncle ; Dictionnaire philosophique et portatif ; Les droits des hommes ; L’Evangile de la raison ; L’Evangile du jour ; Examen important de milord Bolingbroke ; L’homme aux 40 écus ; Nouveaux mélanges ; L’oracle des anciens fidèles ; Ouvrages philosophiques ; La Pucelle d’Orléans ; Les questions de Zapata ; La raison par Alphabet ; Saül et David ; Sermon des cinquante ; Singularités de la nature ; Testament de Jean Meslier ; Traité sur la tolérance ; La voix du sage et du peuple ; Amabed ; Les lettres ; La philosophie de l’Histoire ; Essai historique et critique ; Le siècle de Louis XIV ; Lettre à ses frères ; Discours ; Candide ou. l’optimisme.

En vertu de la Morale Chrétienne

Sunt bona , sunt qnœdam mediocria, sunt mala plura...

Martial.

Nous rangeons dans cette catégorie tous les romanciers qui se sont érigés en peintres ou en apologistes du mal et de l’erreur, et dont les ouvrages, parce qu’ils distillent le doute, l’impiété ou le libertinage, sont, sinon condamnés par la loi générale de V Index, au moins interdits à un grand nombrede lecteurs par la loi naturelle et la morale chrétienne.

Tons ces écrivains atteignent le même but et donnent à leurs romans le même caractère : ils pratiquent le corrumpi et corrumpere de Tacite, ils corrompent l’esprit, les mœurs ou la foi.

Cependant ils plongent plus ou moins dans cette corruption littéraire et recourent à des procédés fort divers :

Les uns étalent le vice dans toute sa brutalité : ils empruntent leurs sujets aux cabarets, aux bagnes, aux lavoirs, aux mauvais lieux ; ils montrent leurs personnages affligés des difformités physiques et morales les plus hideuses ; et ces êtres exceptionnels, détraqués, hystériques, impulsifs, ils les font agir conformément aux instincts les plus pervers. Tels sont les romanciers naturalistes, passionnels, scatologiques, physiologiques, pornographiques, etc. : Paul Adam, Ajalbert, Alexis, d’Annunzio, Roger de Beauvoir, Belot, l’auteur d 'Amitié Amoureuse , Bonnetain, les Bouvier, Case, Champsaur, Chavette, Cim, Corday, Cladel, Corrard,Denoinville, Delvau, Descaves, Dubut de la Forest, Ducray- Duminil, Foudras, Ginisty, les Goncourt, de Gourmont, Harte, Hennique, Hepp, de Kock, Landay, Lemonnierjean Lorrain, Louys, de Lys, Malot, Matthey, Méténier, Mirbeau, Montégut, Monteil, Nau, Noir, Reschal, Rosny, Ryner, Sylvestre, Taxil, Téramond, Tinayre, Uchard, etc.

Les autres tendent à corrompre les moeurs par la magie du style, et l’art extrême avec lequel ils savent présenter leurs tableaux et leurs thèses. Ils jettent sur le vice des fleurs et des gazes provocantes ; ils choisissent leurs héros et leurs héroïnes dans les ruelles «fin de siècle », dans les ateliers féminins, les salons et les boudoirs mondains, les villes d’eaux, les lieux de plaisirs du liigh-life ; et dans des coûtes à la Boccace, des

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variétés, des romans parfumés et illustrés, ils font parler au vice un langage tellement « abscons », qu’il n’est accessible qu’à certains initiés. Tels sont les auteurs de galanteries voluptueuses, passionnées, raffinées : Bergerat, Boylesve, Chavignaud, de Gastine, Loti, Gauthier, Hermant, Houssaye, Junka, de Lano, Lavedan, Maizeroy, Margueritte, Marni,Maupassant, Mendès, Musset, Prévost, de Régnier, Renard, Tinayre, Vaudère, Vivien, Willy,Wolff, etc. — « Oh ! les livres immoraux bien écrits, dit M. l’abbé' Gibier, quel immense danger pour la jeunesse, pour les femmes, hélas ! et pour beaucoup d’hommes! Mieux vaut Zola dans son purin, que tant d’autres écrivains fardés et pommadés, grimaçant et minaudant, romanesques et psychologues, qui démolissent toutes les pudeurs, avec des airs de vestales, et qui outragent la morale avec une phrase décente et chaste. La séduction de la phrase est plus dangereuse que le cynisme des peintures, car tandis que le lecteur séduit n’est pas loin de croire qu’il ne goûte qu’un plaisir permis, délicat et distingué, il savoure en réalité, un plaisir honteux et abominable. »

Ces écrivains pervers ne se contentent pas de peindre le péché, sous les couleurs les plus hideuses ou les plus attrayantes ; ils s’appliquent encore à le justifier et c’est çe qui met le comble

au scandale. Non seulement ils fascinent les senset gâtent le cœur, ils pervertissent aussi les idées.

Pour garantir leurs lecteurs contre le remords intime et leurs œuvres contre le mépris public, ils prêchent, en s’inspirant de Rousseau, de Kant et de Goethe, le droit de l’homme et de la femme au bonheur, ils proclament avec Voltaire (E pitre à Mme de G... 1716) que

Le plaisir est l’objet, le devoir et le but

De tous les êtres raisonnables.

Ils justifient les convoitises de la nature ; ils insinuent clairement que le mariage est un mal, le divorce un droit, l’adultère une nécessité ; ils proclament que l’amour voluptueux est une chaste ardeur, ses manifestations un entraînement pardonnable, un péché mignon ou un cas pathologique ; ils prêchent que les lois de la chasteté ne sont pas plus obligatoires que celles du mariage, que la fidélité conjugale est une absurdité et une impossibilité. Ils tournent en ridicule l’honnête femme et réhabilitent la courtisane, ils mettent sur la même ligne les enfants légitimes et les enfants de la débauche. En un mot, ils appellent bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, ils exaltent le vice et flétrissent le devoir, ils renversent les notions les plus élémentaires de la morale évangélique et du droit naturel, ils corrompent les mœurs en faussant les idées... Tels sont, en particulier, les partisans plus ou moins avoués-

du divorce : Berthold, Capus, Margueritte, Meredith, Ouida, Pert, etc., etc.

« La débauche serait une chose belle, si elle n’était un mensonge, a dit Flaubert. (Correspondance, Tome II, page 296), et il est bon sinon de la pratiquer, du moins de la rêver. » C’est cette affreuse maxime, véritable cri de la bête humaine, aussi contraire au droit naturel qu’à la doctrine de l'Evangile, qui semble tenir lieu de loi aux romanciers dont nous nous occupons.

Ils font plus. Mettant en pratique le conseil de Voltaire, ils mentent ; ils falsifient les vérités fondamentales de la philosophie, de l’histoire et de la religion.

Tels sont, par exemple, les voltairiens, les rationalistes obstinés, les déistes, les anticléricaux avérés, les pessimistes, les nihilistes, les railleurs, etc. : About, Charpentier, Flammarion, Anatole France, Loti, Mérimée, Meunier, Mirbeau , Péladan , Richepin , Roi , Thiaudière, Tolstoï, Vigny ; les païens lettrés : Mme Adam, Banville, Judith Gauthier, Harry, Houssaye, Loüys, etc.; les socialistes et les révolutionnaires : Paul Adam, d’Agoult, Brucker, Champseix, L. Michel, Pouchkhine, Tolstoï.

Combien de romans qui, à travers d’habiles et •séduisantes fictions, expliquent par les seules forces de la nature, les mystères de la création,

nient notre origine divine et nos immortelles destinées !

Combien de romans qui, bâtis sur des données historiques plus ou moins controuvées, réhabilitent les incrédules, les hérétiques célèbres, les persécuteurs, raillent les héros et le rôle de l’Eglise.

Combien de romans qui attribuent à la religion des dogmes qu’elle n’a jamais prêchés, des crimes qu’elle n’a jamais commis, des ambitions et des scélératesses dont elle ne s’est jamais rendue coupable ! Combien de romans sceptiques et rationalistes surtout, qui remettent en question et considèrent comme des problèmes, les décisions de l’Eglise les plus indiscutables, et même les enseignements les plus autorisés de l’Evangile !

A vrai dire, il semble que le blasphème impudent ou plutôt le scepticisme absolu et les erreurs religieuses, soient plus répandus dans la littérature contemporaine que le vice et l’immoralité.

Et c’est ce qui la rend particulièrement pernicieuse. Sans doute, les ruines du cœur et les affaissements de la volonté, produits par la lecture de livres obscènes, sont des choses lamentables ; mais les ruines de l’esprit sont plus lamentables encore, parce qu’elles sont plus précipitées, plus profondes, plus universelles et plus irréparables.

Les romans exclusivement immoraux attaquent

la vertu et tendent à pervertir les mœurs ; mais ils ne pervertissent pas nécessairement les idées, ils laissent au lecteur enfin dégoûté et lassé, la possibilité de revenir au bien et de réparer les défaillances passagères auxquelles il s’est abandonné.

Les romans qui distillent plus ou moins abondamment l’erreur, tarissent la vie morale dans sa source, et ils agissent avec une pénétration, une facilité et une efficacité qui ne laissent presque plus d’espoir de restauration. Nous sommes ainsi faits, dit encore Mgr Gibier, à qui nous empruntons plusieurs de ces sages réflexions, que la négation nous ébranle et que l’objection nous impressionne. Notre esprit est d’une sensibilité, d’une délicatesse extrême, et quand le doute l’a blessé, la plaie est lente à se refermer, quelquefois inguérissable. L’expérience même démontre que les personnes du monde, habituellement trop peu pourvues d’instruction et de convictions philosophiques ou religieuses, sont, sans s’en rendre bien compte elles-mêmes, plus sensibles à des lectures irréligieuses, rationalistes ou voltairiennes qu’à des lectures obscènes. Un chrétien ou une chrétienne qui auront lu des romans frivoles et immoraux, reviendront assez facilement et intégralement à des habitudes plus sérieuses et plus conformes à la vertu ; mais s’ils se sont adonnés à des lectures impies, la ruine morale est complète : il semble que les fondations mêmes de

l’édifice/ ont été arrachées, ou, pour rappeler uiï> mot du poète incrédule, il semble que

La mer y passerait sans laver la souillure :

L’abîme est immense et la tache est au fond.

Et ce sont ces écrivains qui, aux yeux de ceux qui les lisent ou qui les vantent, ont seuls qualité pour régner dans le domaine des lettres et gouverner le monde des âmes.

Certes, nous ne nions pas leur talent : la plupart en ont été richement dotés par la Providence. La poésie, l’éloquence, le sens le plus délié del’observation, l’analyse des sentiments, le prestige du style, l’art de la mise en scène, la. psychologie la plus pénétrante, quand ils ne les égarent pas dans le faux, l’invraisemblable et. l’outré, leur ont inspiré des pages qui seraient l’honneur de la littérature française, si elles n’étaient trop souvent gâtées par le voisinage descènes luxurieuses.

Malheureusement, ils ont profané tous les dons de leur esprit par leur libertinage et ne s’en sont servis que pour mieux séduire leur public.

C’est par millions que depuis 50 ans (1), ces

(1) Une statistique vient de nous révéler qu'on publie en France, chaque année, treize mille ouvrages nouveaux, dont trois mille cinq cents romans !

Quelque fantastiquejquc paraisse ce chiffre, il est, paraît-il, inférieur à la production annuelle de romans qu’on a constatée de 1875 à 1890. Cette diminution tient à un double phénomène : les mondains et mondaines lisent moins de romans, parce que-

livres ont été répandus dans les masses, et jusque chez les peuples les plus lointains. Chaque auteur a trouvé sa veine, et chaque catégorie de lecteurs a choisi dans cette immense pléiade, l’écrivain qui répondait le mieux à ses goûts littéraires ou plutôt à ses caprices libertins et intellectuels.

Les étudiants, les gens du peuple, les bourgeois oisifs, les blasés du plaisir, les petites apprenties, les ouvrières, les employés des deux sexes, les -collégiens, les jeunes filles, les habitués des hôtels, des casinos, des salons de lecture et des bibliothèques publiques, les liseurs et les liseuses qui prennent tout ce qui se présente, les uns par -curiosité malsaine, les autres par passe-temps, les uns en cachette, les autres sans vergogne, se sont livrés et se livrent encore, impunément et à très bon marché, aux silencieuses orgies de la pensée, avec la foule des malfaiteurs littéraires.

Le succès est d’autant plus facile que des dirigeants de tout ordre accueillent, écoutent, fêtent et glorifient ces auteurs et leurs ouvrages avec un ensemble, une insistance et une sympathie

-depuis quelques années, ils consacrent préférablement leurs loisirs aux sports et à la lecture des livres d'histoire et mémoires. . .

L’impulsion vers le rétrospectif semble avoir pris naissance avec la publication des Mémoires de Marbot ; elle est devenue depuis, une passion et une manie. Le public superficiel s’est attaché à des œuvres qui, en d'autres temps, n'auraient eu droit de cité que dans les académies et les écoles : sa curiosité • en éveil a pris intérêt aux ouvrages de premier ordre de Houssaye, Albert Vandal, Albert Sorel, Frédéric Masson, Lenôtre, Nolhac, Funck-Brentano, Arvède Barine, etc.

qui en imposent chaque jour davantage. Le monde, qui est, selon Jules Lemaître, cette association élégante et riche pour le plaisir, où fleurissent naturellement la sensualité, la galanterie, la vanité, la curiosité physique et morale, le monde leur accorde droit de cité, comme à des amuseurs, des directeurs et des éléments indispensables de la vie heureuse. Des revues très féminines, des magazines très chics et d’autres revues non moins frivoles, qui se vantent d’avoir x3o mille abonnés, consacrent à ces idoles du jour, outre des illustrations, des notices et des éloges chargés d’hyperboles et de répétitions. Toute une société, formée en bonne partie de catholiques pratiquants, considère comme une nécessité de bon ton de lire tous les romans à la mode, et sous prétexte que l’art purifie tout, qu’il faut bien tout connaître et se tenir au courant, fréquentent les auteurs impies et immoraux avec la même assurance que les bals de famille et les sports mondains.

Nous n’aurons pas la faiblesse d’approuver cette défaillance de la conscience chrétienne, ces erreurs et ces déplorables manies. Nous estimons, au contraire, que les romanciers de notre seconde catégorie, avec la plupart de leurs ouvrages, méritent d’une manière générale, comme ceux de la première, d’être flétris au nom de la morale, d’être « boycottés » impitoyablement et bannis de toutes les familles honnêtes.

C’est un principe qu’il faut fuir le mal, en d’autres termes, qu’il faut éviter tout ce qui est un obstacle au salut de notre âme, tout ce qui nuit en quelque manière à la conservation et au développement normal de notre vie naturelle et surnaturelle.

Or, les romans dont nous nous occupons renferment, soit le mal de l’intelligence, c’est-à-dire des erreurs ; soit le mal de la volonté, c’est-à-dire des immoralités. Ce mal, ils le dépeignent, ils s’y complaisent, ils le rendent séduisant jusqu’à y attacher le lecteur, jusqu’à produire ordinairement dans son âme une tentation ou une chute. C’est un fait.

Il faut donc exclure, interdire et proscrire ces livres. C’est notre conclusion.

Est-ce à dire, cependant, que tous ces romans soient à proscrire dans la même mesure ? Non pas. Nous l’avons dit plus haut, les livres opposés à la foi sont ordinairement pour les personnes du monde, plus perfides et plus pernicieux que les livres contraires aux bonnes mœurs, parce qu’ils s’attaquent à l’esprit et que l’esprit est essentiellement plus accessible au mal et plus réfractaire à la conversion que la volonté. Il nous a donc paru nécessaire d’infliger une note plus sévère aux auteurs qui tendaient, intentionnellement ou non, à ébranler les fondements de la saine philosophie et de la vraie foi.

Il y a, en outre, toute une catégorie très nombreuse d’ouvrages qui, tout en peignant le mal, ont pour but de le rendre odieux. En soi, cette exhibition du mal est bonne, et dans certaines conditions qu’il n’est pas impossible de supposer et de réunir, elle peut être bienfaisante.il importe cependant de. faire observer que cette exhibition, bonne en soi, constitue pour beaucoup de lecteurs une tentation, une séduction, un mal ; la théorie spécieuse de Vilote ivre , surtout quand il s’agit de la plus délicate des vertus, est souvent tout à fait vaine et pernicieuse. C’est pourquoi, s’il est équitable de rendre hommage aux intentions de ceux qui y recourent, il est prudent et sage de n’en faire l’application que sous bénéfice d’inventaire...

Est-ce à dire ensuite que tous ces romans soient à proscrire absolument et universellement? Non encore et cent fois non. Les livres les plus mauvais, si on les considère en eux-mêmes, peuvent être, si on les considère relativement à tel lecteur, de la plus complète innocuité.

Les œuvres d’Anatole France, par exemple, si imprégnées de scepticisme subtil, peuvent être inoffensives pour un catholique très instruit ou un théologien sérieux qui n’y apprendront rien, sinon des objections, qu’ils réfuteront illico , sans subir aucun dommage du fait de ce détestable contact.

Les romans pornographiques, foncièrement

voluptueux ou obscènes, comme ceux de Gabriele d’Annunzio,de Belot, de Théophile Gautier, etc., etc., sont évidemment dangereux, en règle générale. Il y a cependant bien des personnes qui peuvent les lire sans contracter de souillure morale.

Il serait aussi ridicule d’interdire aux professeurs, aux critiques, .aux professionnels de la littérature, la lecture de certains livres en soi très mauvais, que d’interdire à un médecin la lecture des livres de médecine : ces lectures sont pour eux un devoir d’état dont l’accomplissement n’est pas toujours sans danger, mais auquel il serait téméraire et injuste de les soustraire a priori .

Un roman voluptueux de Prévost, de Loti et tutti quanti , produit ordinairement une impression très fâcheuse et occasionne des troubles très .graves chez les personnes jeunes ou âgées, qui, par disposition de tempérament, privilège d’éducation, sensibilité d’âme, délicatesse de conscience ou grâce de Dieu, ont été préservées de tout contact avec les parfums du vice. Supposez, au contraire, un vieux liseur, une liseuse d’âge respectable, habitués aux relâchements mondains, aux lectures perverses, blasés de tout, et chez qui la répétition des actes, l’intensité des sensations, l’ endurcissement du sens moral, ont émoussé toute délicatesse. Assurément, ces âmes sont coupables de s’être ainsi atrophiées et mutilées ; mais pourrait-on affirmer que la lecture

d’une nouveauté de Loti ou de Prévost produira en elles le même effet que sur des jeunes gens ou de jeunes dames qui n’ont jamais pris contact avec le poison ; et, conséquemment, pourrait-on a priori leur interdire ce déplorable passe-temps avec autant de rigueur qu’à d’autres catégories de lecteurs ?

Tout en appréciant avec sévérité le cas de ceux qui lisent des livres plus ou moins obscènes, il faut donc se rappeler qu’il y a dans ces livres, dans les motifs auxquels obéissent ceux qui les lisent et les dangers auxquels ils s’exposent, des nuances infiniment variées.

Ces motifs et ces dangers, c’est à chaque conscience qu’il appartient de les examiner. Pour nous, nous devons nous contenter, avant de citer les romans susceptibles d’être interdits à la masse des lecteurs, de rappeler les quelques règles élémentaires qui peuvent en ces matières éclairer le jugement de ceux qui nous liront.

l° Tout livre — fût-il en soi excellent — qui du fait du dommage déjà produit en des circonstances analogues ou du dommage à prévoir, est pour un lecteur une occasion prochaine de pécher gravement, est un livre pratiquement mauvais que ce lecteur doit s’interdire sous peine de faute grave. Et il doit se l’interdire avec plus ou moins de rigueur, selon qu’il prévoit des périls ou obéit à des motifs plus ou moins sérieux.

2° Les précautions à prendre, qu’il s’agisse de sauvegarder la foi ou la vertu, sont en réalité plus minutieuses qu’on ne le croit généralement. Il y a même des cas où personne ne peut, de sang-froid, étant donnée la faiblesse de notre nature viciée, s’exposer au contact de certaines lectures, sans s’exposer en même temps à compremettre la plus précieuse et la plus fragile des vertus.

3° Beaucoup de livres qui ne sont pas mentionnés au catalogue de l’ Index , sont cependant condamnés par les lois de l’Eglise, et c’est, sauf dispense, les enfreindre gravement que de garder ou lire ces livres-là, même s’ils sont par ailleurs inofifensifs pour l’intéressé.

C’est à la suite et sous la bénéfice de ce

long préambule que nous donnons la deuxième liste des romanciers à proscrire.

Nous n’avons pas l’inutile prétention de citer ici tous les auteurs connus, et nous ne commettrons pas l’imprudence de faire à ceux qui ne le sont guère une réclame dangereuse. Il nous a semblé suffisant de faire figurer dans notre liste les plus féconds, les plus lus et les plus remarquables ; et si nous avons joint à leur nom une courte notice qui explique le pourquoi de notre appréciation, nous y avons évité avec soin tout détail ou titre dont l’énoncé ou le souvenir

constituerait, pour les faibles, à certaines heures, un véritable péril.

On s’étonnera peut-être de ne point rencontrer, dans la présente catégorie, des hommes qui seraient classés par plusieurs parmi les « malfaiteurs littéraires », et d’autres qui devraient être bannis de toute bibliothèque sérieuse.

Mais on voudra bien se rappeler que, dans l’espèce, l’excès de la sévérité serait peut-être plus dommageable que l’excès d’indulgence ; et, d’autre part, que nous faisons bien moins une nomenclature d’écrivains qu’un catalogue raisonné d’ouvrages. C’est pourquoi, comme ces auteurs ont publié, soit quelque livre irréprochable, soit un ensemble d’œuvres inofFensif pour une catégorie de lecteurs, nous avons jugé plus logique et tout naturel de les mentionner là même où nous rangeons leurs romans à lire.

Edmond About (1828-1885), le romancier de la bourgeoisie frondeuse et voltairienne. Il ressemble à Voltaire, non seulement par son styte lumineux, facile, étincelant de verve, mais surtout par ses tendances agressives, son parti pris et son impiété.

Il attaqua l’Eglise et le catholicisme dans ses articles de journaux et dans deux pamphlets débordants de passion : Rome contemporaine ; La question romaine .

Dans ses romans, sa réserve ne brille pas davantage : Tolla , récit poétique très passionné ; Germaine , sujet malpropre habilement traité ; Le Turco (recueil de nouvelles, dont deux au moins contiennent autant de piment que de sel), etc., etc.

On ne rencontrera cependant que quelques mots de

trop dans les trois folies amusantes qui s’appellent : Le nez d’un notaire ; Le roi des Montagnes ; L’homme a l’oreille cassée ; et dans Le Roman d’un brave homme ; Trente et Quarante ; Les mariages de Paris ; La Grèce contemporaine ; De Pontoise à Stamboul ; Alsace...

PAUL Adam, né à Paris en 1862, d’une vieille famille artésienne, particulièrement mêlée aux événements et aux guerres qui agitèrent la France sous la Révolution et l’Empire. Auteur très en vogue.

Romans historiques : Le temps et la vie (histoire de la société française depuis la Révolution) ; La force ; l’Enfant d’Austerlitz ; La Ruse ; Soleil de Juillet (histoire d’une famille française de 1800 à 1830) ; Etre (la vie féodale et la magie au XIVe siècle) ; Histoire de Byzance ; Histoire de la Papauté. On dirait que l’auteur est possédé du besoin de scandaliser, tant il prodigue dans ses récits les gravelures et les sales images. L’un de ses procédés les plus habituels et les plus particuliers, dit M. Doumic, consiste à faire des scènes licencieuses la continuation et l’aboutissement des autres.

Romans philosophiques, socialistes, politiques, etc. : La Glèbe {vie brutale des paysans) ; Essence de soleil (la ploutocratie) ; Cœurs nouveaux (le communisme) ; La force du mal (dévouement d’un médecin pendant lecholéra) ; La bataille d’Uhde (roman de stratégie) ; Les lettres de Malaisie (la société phalanstérienne idéale) ; Robes rouges (réquisitoire contre la magistrature) : Le serpent noir (un monstre d’égoïsme et de brutalité qui se débarrasse de la morale pour pouvoir agir et devenir un surhomme selon Nietzche).

Romans de psychologie passionnelle : Chair Molley ouvrage naturaliste pour lequel Fauteur fut, à la demande de Francisque Sarcey, traduit en justice et condamné à la prison et à l’amende ; En décor

(autobiographie); L'année de Clarisse (vie joyeuse d’une actrice); Le troupeau de Clarisse (même genre) ; Les lions (tableau d’une petite ville, volupté brutale, un prêtre très fantaisiste) ; etc.

Contes à thèses : Le conte futur ; La parade amoureuse ; Tentatives passionnées...

Tous les ouvrages de Paul Adam sont d’une profonde originalité ; mais ils sont, dit M. Adolphe Brisson, copieux, encombrés de végétations parasites, désordonnés et fatigants jusqu a congestionner le lecteur. — Le génie de révolte indéterminée et de luxure qui est en lui est presque son tout (Jules Lemaître, Echo de Paris , 7 mars 1899). Ne laissez jamais votre femme lire. Les romans perdent le cœur en vantant la corruption et le sentiment (Paul Adam, La force du mal , page 179).

Madame EDMOND Adam^ de son nom de jeune fille Juliette Lamber, née en 1836, femme de lettres <( salonnière », fondatrice de la Nouvelle Revue.

Ses nouvelles, esquisses et romans sont pleins de charmantes descriptions et traversés de souffle patriotique : Mon village ; Récits dJ une paysanne ; Voyage autour du Grand Pin (paysages de Cannes) ; Dans les Alpes ; La Sainte Russie. Mme Adam est une amante de la nature.

Elle est assez souvent appelée « la grande française » ; elle a en effet, au dire de ses amis et d’après ses mémoires récemment parus (Roman de mon enfance et de ma jeunesse ; Mes premières armes; Mes illusions , Nos souffrances , etc., etc.), rendu de grands services à son parti et à son pays, en faisant aimer la République, — une République franchement libérale — et en faisant aimer la France aux étrangers.

Mais ce qui caractérise l’ensemble de son œuvre, c’est la doctrine païenne et antichrétienne, qu’on a appelée assez improprement le néo-hellénisme. L’hellénisme*

dit Jules Lemaitre, est pour les hommes d’aujourd’hui, un rêve de vie naturelle et heureuse, dominée par l’amour et la recherche de la beauté surtout plastique, et débarrassée de tout soin ultra-terrestre. Ce rêve passe, à tort ou à raison, pour avoir été réalisé jadis par les Hellènes... » Mais peu importe, le néo-hellénisme est païen ; et Mme Adam, qui en est devenue l’apôtre, est païenne. « Je suis païenne, dit-elle elle-même, (1) et c’est ce qui me distingue des autres femmes ». « Le paganisme de Mmc Juliette Lamber, ajoute Jules Lemaitre, est au fond une protestation passionnée contre ce qu’il y a, dans la croyance chrétienne, d’hostile au corps et à la vie terrestre, d’antinaturel et de surnaturel, et pour préciser encore, contre le dogme du péché originel et de ses conséquences... »

Comtesse d’ Agonit (Marie de Fiavïgny, dite Daniel Stem ou), femme auteur et « salonnière » (1805-1876). Ses articles et romans, violemment attaqués par Proudhon, rappellent les idées socialistes de George Sand et ne sont plus guère lus que par des spécialistes.

JEAN Âjalbert, né en 1863, avocat et écrivain gouailleur, exalté, voluptueux, qui a décrit l’Auvergne et le Laos, dans quelques romans. La fille Elisa, tirée du roman de Goncourt, est un drame réaliste qui fut condamné par la censure et discuté à la Chambre : Mgr Freppel sortit, pendant qu’on en lisait quelques passages très crus.

PAUL Alexis (1847-1901) fut un ami, un disciple et un admirateur de Zola. C’est assez dire qu’il appartient à l’école ultra-naturaliste.

CLAUDE Ânet) homme du monde et écrivain de talent

(1) Dans Laide et dans Païenne, livre très hardi qui scandalisa Le Gil Blas et Le Voltaire .

dont Les Bergeries ont pris une bonne place dans la* littérature rosse.

Gabriele d’Anrsunzio, célèbre poète et romancier italien, né en 1864. Ses premiers écrits, d’une hardiesseexcessive, provoquèrent dans toute la péninsule une profonde émotion. « La louange m’enivra, dit l’auteur : je me jetai dans la vie éperdument, avide de plaisirs et avec toute l’ardeur de ma jeunesse. » Il n’y réussit que trop : ses égarements, ses aventures scandaleuses et particulièrement ses démêlés avec la Duse, qui occupèrent la presse pendant de longues semaines, firent du jeunedébauché, selon le mot de Y Ami du Clergé , l’un des plus répugnants personnages qui soient entrés dans l'histoire littéraire.

Et l’écrivain ? C’est, d’après les critiques, un réaliste brutal et impudique, un psychologue passionné qui analyse à fond les sensations, un baudelairien qui mêle le catholicisme à la volupté, un disciple de Tolstoï et de- Nietzsche, un descriptif séduisant, un naturaliste qui représente l’amour comme un transport physique et met en scène, avec une complaisance marquée, des Don Juan sans vergogne.

Ces histoires voluptueuses, ces romans tout traversés* de la fièvre des sens, où a coule, comme un fleuve grisant, la symphonie de la chair et des parfums » (leprotestant Edouard Schuré, dans la Revue bleue ) ont été pour la plupart traduits en français, et introduits chez, nous en 1895 par M. de Vogué qui fit de leur auteur l’artiste éponyme d’une renaissance latine!

Alfred Assolant (1827-1886). 11 a écrit pour la jeunesse certains récits de voyages et quelques romans aussi instructifs que dramatiques, mais neutres : Aventure du capitaine Corcoran ; Le docteur Judassohn (la guerrede 1870); Montluc le Rouge; Pendagron (Histoire d’Alexandre-le-Grand et d’un gaulois chevaleresque) ;

François Buchamor ; Histoire du célèbre Pierrot ; La chasse aux lions. Malheureusement, comme About* son maître, il se réclame et se ressent trop de Voltaire dans la plupart de ses autres œuvres !

GEORGES Auriol,né en 1863, humoriste qui conte des historiettes saugrenues et incongrues.

Comme Courteline. J. Renard, Capus. Tristan Bernard, Veber, Willy, Grosclaude, Chavette, Théo-Critt, et toute une catégorie d auteurs gais, Auriol sème ses livres d’épisodes déplacés, de propos égrillards, de détails grossiers, d’allusions polissonnes, de mots indécents... Il est périlleux, pour un homme d’esprit, de vouloir, à tout prix, faire rire : outre que le rire ne s’adresse guère aux facultés les plus nobles de l’homme, il est d’expérience ({ue la plupart des humoristes ont souillé leur talent et leur plume en faisant appel aux mauvais instincts. C est pour ces raisons que nous les avons placés dans cette catégorie.

L’Auteur d’Amitiè amoureuse , de son vrai nom Madame Lecomte du Nouy, alias Hermine Oudinot, née en 1855, n’apubliéque des romans d’amour « où elle se joue des sujets traités d'immoraux par la morale courante )). Ce jugement est emprunté à L'Informateur des Gens de Lettres (1) ; il s’applique même à certain livre dédié à une jeune fille.

Théodore de Banville (1823-1891), poète lyrique, auteur de Contes et de Souvenirs en prose (15 volumes).

Comme poète, c’est un magicien, idolâtre de la rime, qui n’a vécu que de mots et de cadences, « comme les. divines cigales se nourrissent de leurs chants. ))

Dans ses contes et ses comédies, autant que dans

(1) Lin formateur est un journal professionnel des écrivains, dirigé par Mme Camille Pert ; il est absolument indépendant au point de vue moral.

ses vers, il a mêlé les allégories grecques aux choses modernes.

Nous ne le proscrivons que dans la mesure où il est à propos de bannir la vie et la mythologie antiques ; la fameuse pièce Gringoire est même souvent représentée dans les œuvres catholiques.

Jules Barbey d’Aurevillj/ (1808-1899), critique original et violent, penseur de haute race, écrivain qui rappelle Tacite et Saint-Simon, historien de la Basse Normandie, romancier dont les œuvres remplies de catholicisme exalté, de satanisme, d’horreurs, de morbidesses et de dandysme (1) ne sauraient convenir à des lecteurs non prévenus.

Violent et paradoxal, il fut souvent excessif, injuste et faux, même dans son catholicisme : Lamartine l’avait surnommé le duc de Guise de la littérature.

« J’ai beau faire, dit Jules Lemaître, rien ne me semble moins chrétien que le catholicisme de M. d’Aurevilly... Son œuvre entière respire les sentiments les plus opposés à ceux que doit avoir un enfant de Dieu, entre autres l’admiration la plus éperdue pour les forts et les superbes, fussent-ils des ennemis de Dieu, de grands mondains, des viveurs et des Don Juan » ( Les Contemporains ,4me série).

Ce catholicisme bâtard est mêlé d’hystérie, de sadisme et surtout de diablerie. D’après le même critique, le satanisme de d’Aurevilly consiste à voir le diable partout, à nous raconter avec complaisance des actes d’impiété ou des cas surprenants de perversité morale, (Le bonheur dans le crime ; Ce qui ne meurt pas ; Une histoire sans nom ; Le rideau cramoisi ; A un dîner d'athées , etc.) ; ou encore à nous montrer l’action directe du diable dans des faits inexplicables (L'ensorcelée ; Une vieille maîtresse ; Les diaboliques , etc.)

(1) Comme études de dandysme, nous citons Brummel 0 L’amour impossible ; La bague d’Annibal.

Les deux chefs-d’œuvre de ce « maître-écrivain » sont Le Chevalier des Touches et Le Prêtre marié : le premier ne contient qu’une nudité au dénouement ; le second est beaucoup moins inquiétant que son titre.

MARCEL Batilliat, né à Lyon en 1871. Disciple de Zola, il quitta l’école et la manière naturalistes pour entreprendre dans quelques romans « abscons » l’interprétation de la beauté, de la pensée moderne et de la vie î

Roger de Beauvoir, (Edouard-Roger de Bully, dit) (1809-1866). Poésies, comédies et feuilletons nombreux.

ADOLPHE Belot, né à la Pointe-à-Pitre en 1829, mort en 1890. Vint à Paris faire son droit et dut son premier succès à une comédie célèbre : Le Testament de César Girodot. Il est l’auteur de Mademoiselle Giraud , ma femme , et ses 40 ou 50 romans sont tellement émaillés de détails physiologiques, qu’ils lui valurent le nom de (( Dupuytren de la littérature. » Cependant Le pigeon (recueil de nouvelles) convient même aux enfants.

Emile Bergerat, né à Paris en 1845, a épousé une fille de Théophile Gautier. Il publia au Voltaire , sous le pseudonyme de l’Homme masqué, des articles impies ; il est surtout connu par les chroniques qu’il signe Caliban au Figaro et par les articles estimés qu’il fournit au Gaulois.

Dans ses poésies, ses pièces de théâtre et ses romans, il sème beaucoup trop de mots corrupteurs, à la manière de son beau-père, pour que nous puissions le recommander. Citons Le petit Moreau (roman audacieux contre les unions consanguines, thèse exagérée ; Les soirées de Calibangrève (assez honnête) ; Faublas malgré lui (sujet malpropre).

FRÉDÉRIC Berthold, écrivain brutalement réaliste, qui expose les inégalités sociales et les misères physiologiques dans Enigme fatale , défend la cause du divorce

dans Enchaînés et combat la chasteté religieuse dans^ Mirage d'amour. Il n’est même pas irréprochable au point de vue moral dans Rivaux (rivalité entre époux, homme et femme de lettres) et dans Ce qu’ honneur veut (roman-feuilleton très dramatique).

Georges Botinamour a tour à tour étudié les perversités féminines dans des romans psychologiques, et les violences anarchistes dans une trilogie sociale intitulée Révolte et Liberté. Il a depuis obtenu les faveurs de l’Académie pour son dernier ouvrage L’Heure de Dieu.

PAUL Bonnetain, (1858-1899), officier d’infanterie d* marine, qui vécut au Soudan et en Extrême-Orient.

Après avoir publié deux romans absolument ignobles ( Autour de la caserne ; Chariot s’amuse ), il étudia dans, divers ouvrages malsains (Au Tonkin ; Dans la brousse ; Amours nomades ; L’opium) la vie coloniale avec ses fièvres, ses gaietés et ses désordres (1).

Elémir Bourges, né en 1852, collaborateur au Journal des Débats et à la Revue des Deux-Mondes, romancier artiste et pessimiste.

Le crépuscule des dieux (amalgame historique peu intéressant, mais beaucoup loué) ; Les rois en exil ; Sous la hache (genre du 93 de Victor Hugo) ; La nef ; Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent , ont pour thème fondamental la « maladie de l’infini » ! La luxure, le meurtre, l’ambition et le dégoût y bouillonnent au travers de pages harmonieuses et parfois languissantes.

(1) L’un de ces livres fut poursuivi par la Cour d’assises de

la Seine, en 1887 Depuis cette époque, aucun ouvrage

scandaleux n’avait attiré l’attention des tribunaux. En octobre 1907 cependant, trois accusés comparurent devant le jury, pour avoir publié sans nom d’auteur ni d’imprimeur un livre incontestablement obscène, qui, d’après l’acte d'accusation, «n’est qu’un amas de récits et de tableaux libidineux offerts en pâture aux curiosités malsaines ». La Cour rendit un arrêt d’acquittement.

ALEXIS Bouvier (1836-1892), ancien ciseleur en bronze. Ses chansons, ses pièces de théâtre et ses nombreux romans-feuilletons ne sont ni d’un raffiné, ni d’un délicat. Ce sont des récits mouvementés, touffus, naturalistes, qui peignent surtout les mœurs du peuple vicieux.

Jean Bouvier, un jeune qui signe aussi Jean de la Noë. Contes, nouvelles et romans. Ses derniers ouvrages ont pour titres : Sécularisée et Le droit de vie ; le premier est dirigé contre les congrégations qui .maintiennent les vœux des religieuses, et le second traite ■du malthusianisme.

René Boylesve, de son vrai nom René Tardivaux, né à la Haye-Descartes, en 1867.

Le Médecin des dames de Néans ; Sainte Marie des Fleurs ; Le parfum des Iles Borromèes ; La becquée ; La leçon d'amour dans un parc sont des romans de volupté, souvent licencieux. Mlle Cloque et L'enfant à la balustrade et Le bel avenir , études de la vie provinciale, sont beaucoup plus réservés.

11 n’en est pas moins vrai qu’au total, René Boylesve *est, selon le mot de Charles Maurras, un ami très libertin.

Raymond Brucker (1805-1874). Successivement ouvrier, journaliste, poète, romancier, tribun, apôtre de la foi, il publia d’abord une trentaine de volumes impies et révolutionnaires. Après une série de luttes intimes, que Paul Féval a décrites dans Les Etapes d'une conversion (lrc partie), il triompha enfin de lui-même en 1839, et brûla ce qu’il avait adoré. Depuis cette époque, il a beaucoup agi et parlé ; il s’est contenté d’écrire Les Docteurs du jour devant la famille , terrible pamphlet contre Quinet, Michelet et leur école.

CAMILLE Bruno, de son vrai nom, Mmc la baronne de la Tombelle, grande dame du monde parisien.

Ses romans sont en général passionnés, voluptueux.

scabreux : L'imposture ; L'essai du bonheur ; La fin d'une amante (Mémoires de femme, parus dans Le Journal) ; Madame Florent (un peu plus honnête).

Ses vingt nouvelles réunies sous le titre En désordre sont plus réservées.

Quant à ses recueils de poésies, nous savons seulement que leurs titres commencent tous par Vi : Vignes

vierges; Vivantes; Vibrantes.

Victor-Edouard Cadoh (1831 1898), romancier qui met dans ses ouvrages tous les piments des romans à sensation. Sa bonne humeur continue a pu lui gagner des sympathies ; nous croyons cependant que ses œuvres sont à proscrire, sauf Gilberte ; Mademoiselle ; Secrétaire particulier (12 nouvelles médiocres).

THÉODORE Cahlf, né à Beaugency en 1853, ancien officier. Il a publié sous son nom et sous le pseudonyme de Théo-Critt, des livres de différentes classes : farces militaires qui n’ont rien des sentimentalités roucoulantes du capitaine des dragons Florian ; romans-feuilletons d’amour (Vendus à l'ennemi ; Là rançon de l'honneur ; Les drames de Fermer, etc.) ; récits irréprochables au point de vue moral ( Perdus dans l'espace ; L'héritage dans les airs) ; badinages pour enfants ( Mémoires de CAgarette) ; et plus récemment, un ouvrage dont nous ne voulons pas même citer le titre.

Alfred GapuSj né en 1858, ancien élève de l’Ecole des Mines. Journaliste, romancier et conteur, auteur dramatique.

Il a collaboré à divers journaux et donne encore au Figaro des articles de fantaisie et des dialogues malicieux reproduits avec complaisance par la presse de province.

Outre deux recueils de nouvelles très répréhensibles ( Les honnêtes gens et Monsieur veut rire), il a publié trois romans : Qui perd gagne ; Faux départ ; Années d'aventures, où il raconte, sans la flétrir, l’histoire des

jeunes gens instruits, qui, ayant raté leur carrière, mènent en redingote une vie de bohèmes, de joueurs et de fêtards.

Dans ces œuvres et dans les comédies à succès qui les ont suivies (Les maris de Léontine ; Les deux écoles ; Notre jeunesse), Alfred Capus s’attachant à décrire la vie, en traite les réalités avec un optimisme souriant et un imperturbable sang-froid ; mais il affecte une désinvolture distinguée, et d’autant plus pernicieuse, à l’égard de la vie régulière et du mariage.

Jules Case, lié à Sens en 1856. Romans libertins et irreligieux : pièces parmi lesquelles La Vassale est encore actuellement jouée avec succès.

Félicien Champsaur, né en 1859, a fait des pièces, des poésies et des romans feuilletons. Ceux-ci, très touffus et immoraux ont été interdits dernièrement par la justice belge. Quant à ses nouvelles, elles sont pleines d’entrain et de vice.

Tous ses livres, dit Maurice Barrés, ( Les chroniques , septembre 1887) sont des confessions, poèmes brutaux ou mieux encore affiches d’amour.

M“c Charnpseix. de son nom de jeune fille LÉONIE Béra {1829-1900). Très liée avec Benoit Malon, le docteur socialiste, elle s’est rendue célèbre par ses équipées et des écrits révolutionnaires qu’elle signa André Léo»

Elle préconisa dans ses œuvres la réforme de l’éducation de la jeune fille, les droits de l’amour souverain, la conscience de la femme supérieure à la « banalité de la vertu » ; en un mot tous les principes du féminisme outré.

Armand Charpentier, né à Brest en 1854. Violent adversaire de la religion, il a écrit au Souverain Pontife pour le supplier de supprimer « les dogmes surannés et les superstitions», et a développé dans plusieurs romans

(l’Evangile du Bonheur , dédie à Léon XIII, etc.) des idées opposées à la doctrine et à la morale chrétiennes.

Eugène Chavette,pseudonyme d’EuGÈNE Vachette, (1827-1902), a la spécialité du genre gai : c’est le Monnier des concierges. Ses nouvelles à la main, ses vaudevilles, ses romans, d’ailleurs fortement charpentés, sont souvent railleurs et indécents.

LÉON Chavignaucl,né en 1861, fils d’un imprimeur de Châteaulin. A recueilli dans ses voyages en Orient, en Amérique et dans les différents pays de l’Europe, des observations nombreuses qu’il a éparpillées dans des romans mondains, pimentés et très voluptueux.

Albert Cîm ( Albert Cimochowski, dit), journaliste et romancier français, né en 1845. Actuellement bibliothécaire au sous-secrétariat des postas et télégraphes.

Au point de vue littéraire et moral, il semble ne viser qu’au déballage : aussi ses œuvres sont-elles très variées. Il figure dans les bibliothèques naturalistes avec toute une collection de livres brutaux, joyeux ou très lestes, en même temps qu’il intéresse la jeunesse par Mes amis à moi ; Grand’mère et petit-fils ; Mademoiselle Cœur d’Ange ; Spectacles enfantins ; Entre camarades ; Contes et Souvenirs de mon pays ; Fils unique ; Le petit Lèveillè.

LÉON Cladel (1834-1872). Fils d’un bourrelier de Montauban. Après avoir été clerc d’avoué et homme de peine, il se mit à écrire. Il présenta, dans un style rutilant, échevelé, horrifique, les paysans du Quercy, les miséreux et les va-nu-pieds. Clovis Hugues, son (( copain », dit que c’est un sauvage ; nous ajoutons qu’il est immoral et impie.

Michel Corday, de son vrai nom M. Pol!et,né en 1870. Ancien officier du génie, critique littéraire à

La Lanterne .

Il publia d’abord, sur la vie intime des officiers, une -quantité de nouvelles qui remplissent quatre volumes : Femmes d’officiers ; Cœurs de soldats ; Intérieurs d’officiers ; Les Dleaux.

Depuis, il a surtout traité les sujets physiologiques, dans •des romans sans valeur littéraire, où les collégiens gâteux et les vieilles dames en enfance cherchent des émotions inavouables. La mémoire du cœur tend à prouver que l’homme et surtout la femme sont nécessairement déterjninés à suivre leurs mauvais instincts; quant à Monsieur, Madame et l’auto , récemment paru, il ferait croire assez facilement que le sport est un exercice très 'hygiénique pour les écrivains.

Pierre Corrard, un tout jeune parisien qui rimait à 10 ans, et, à 15, avait déjà échafaudé plusieurs tragédies. Depuis, il a appris à considérer les tenants de la morale comme « des bêtes hargneuseset préhistoriques attardées dans notre civilisation )),etil a publié des romans qui sont de vrais codes de débauche.

Georges Courte! ine, (Georges Moinaux, dit).

Un humoriste bouffon qui fait manœuvrer l’insolite et le baroque avec le sang-froid d’un pince-sans-rire et souvent avec lagrossièreté d’un pioupiou sans retenue. Ses recueils descènes militaires (Le train de 8 h. kl), etc. ; et surtout ses petites pièces de théâtre : Le gendarme est sans pitié (convenable), etc., ont obtenu un vif succès : mais ils sont, dit Gilbert, « caractérisés par la recherche du scabreux et Y amoralité inconsciente. »

Ii n'a publié qu’un roman intitulé Les hannetons.

Achille Dalsème, né à Nice en 1840, publiciste politique et romancier. Son roman L’Orgueil de la chair est immoral ; Le Monsieur des Antipodes est honnête.

Eugène Demolder, né en 1862, écrivain bruxellois, de l’école naturaliste. Ses quelques œuvres ont pour objet

d’évoquer les horreurs morales du passé : Contes d'Yperdamme (les mœurs du moyen âge flamand : ses rêveries mystiques et son pantagruélisme) ; Route d’ Emeraude. (la vie luxurieuse et païenne de la Hollande, à l’époque de la Renaissance) ; Le jardinier de la Pompadour (la galanterie et les massacres, à la fin du XVIIIe siècle) ; Quatuor (recueil de nouvelles naturalistes).

ALFRED Delvair (1825-1867), étudia les mœurs parisiennes dans les cabarets, les « Cythères » et les Académies de langue verte, et les traduisit hardiment dans ses œuvres.

Georges Denoinville, de son vrai nom Georges BestUiSj né à Paris en 1854, fils d’un peintre paysagiste..

Ncus ne citerons pas ses romans : l’auteur est un nouvelliste du Supplément.

Lucien Descaves, né en 1861, romancier et auteur dramatique, s’est surtout rendu célèbre par un roman antimilitariste, intitulé Les sous-offs , pour lequel il fut traduit en cour d’assises et acquitté.

Ses autres œuvres sont dans le même ton et contiennent des violences excessives.

Jean-Louis Dubut de la Forest, né en 1853, ancien conseiller de préfecture, romancier anticlérical et obscène, se donna la mort en se jetant du 4e étage où il habitait (1902).

Il s’attacha surtout à exciter la curiosité publique, en peignant les mauvaises mœurs, les dessous répugnants de Paris et les cas tératologiques. Il provoqua de tels scandales qu'il fut traduit pour un de ses livres devant le jury delà Seine, et condamné à deux mois de prison et 1000 francs d’amende (15 mars 1886).

EDOUARD Ducoté, né à Douai en 1870. Il s’est signalé à l’attention des intellectuels de la critique officielle par Le servage (asservissement d’un enfant, fils unique, par

des parents bourgeois et cléricaux). Il avait précédemment publié quelques récits symboliques et libres ; Aventures; Merveilles et moralités , et des poésies égrillardes.

GEORGES EckhOlid, célèbre écrivain belge, né à Anvers en 1854. Dans un style heurté et puissant, il a célébré les « polders » de sa terre natale et décrit avec admiration les vices et les goinfreries.

Ses premiers ouvrages, à savoir Kermesses ; Kees Doorick ; Les fusillés de Matines , et même La nouvelle Carthage , sont honnêtes. Les autres sont pessimistes, malsains et souvent répugnants.

Edouard Estauniéj né à Dijon en 1862, ancien polytechnicien,directeur au sous-secrétariat des P. T. T. —Il débuta dans la littérature par Un simple (il apprend, après de longues investigations et angoisses que sa mère adorée se conduit mal, et il se suicide). Il publia successivement Bonne Dame (sorte de belle-mère Goriot) ; L'empreinte (pamphlet dirigé contre l’éducation donnée par les Jésuites) ; L'épave (antichrétien, essai de morale indépendante) ; Le ferment (les troubles sociaux occasionnés par la surabondance des diplômés universitaires).

Camille Flammarionj né en 1842, est l’apôtre de l’astronomie et son œuvre tout entière a pour but de vulgariser cette science.

Ses théories scientifiques sont exposées avec enthousiasme et d’une manière séduisante ; le malheur est qu’elles ne sont point irréprochables, soit au point de vue critique, soit au point de vue religieux.

Beaucoup de vrais savants ont reproché à Flammarion d’avoir trop souvent mêlé l’imagination et la science ; par exemple, il allirme à tout propos la pluralité des mondes habités, l'existence des Martiens , etc.

Les catholiques, de leur côté, regrettent qu’il ait inséré, dans la plupart de ses œuvres, des thèses et des idées-

philosophiques et religieuses, dont les unes sont fort contestables, et d'autres tout à fait inadmissibles.

Flammarion n'est pas athée, ni même absolument panthéiste ; son livre Dieu dans la nature atteste, dans de très belles pages, sa croyance à l'existence de Dieu et son spiritualisme ; mais il laisse presque sans réponse les questions de la destinée, de la vie future et d’autres qu’il est amené à traiter.

De plus, il nie la révélation positive ; il soutient les transmigrations des âmes et leurs épreuves successives dans les astres, l’éternité de l’univers matériel (dans La fin du monde, où il se moque en passant de la croyance catholique), l’origine simienne de l’homme (dans L'astronomie populaire et Les contemplations scientifiques, où il contemple surtout Vénus), la pluralité de l’espèce humaine ; il prétend expliquer le labarum et toutes les croix lumineuses d’une manière naturelle ; il plaisante sur la Bible à laquelle il rend hommage en d’autres occasions ; il commet des bévues théologiques pt attribue à la science sacrée, pour la mieux combattre, des thèses qu’elle n’a jamais défendues ; il demande aux astres des leçons de sensualité ( Stella , roman) ; etc., etc.

Toutes ces erreurs ne sont pas également opposées à renseignement de l’Eglise ; elles ne sont pas non plus la partie la plus importante des livres de Flammarion ; enfin, elles ne sont pas répandues dans la même mesure, au travers de son œuvre ; Les merveilles célestes ; La pluralité des mondes habités ; L'astronomie des Dames ; La planète Mars et ses conditions d'habitabilité ; L'atmosphère ; La terre , la lune et le soleil , pourraient même être recommandés sans restriction, si le nom et l’action de Dieu n’en étaient exclus. Cependant, nous persistons à penser que la lecture des œuvres complètes de cet auteur doit être interdite à tous ceux qui n’auraient pas — et ils sont légion dans le monde — des

idées précises et des convictions sérieuses sur les points fondamentaux de la doctrine catholique.

Marquis de Foudras (1800-1872) fit du journalisme légitimiste, des vers et de nombreux romans où il décrit, avec une grande distinction de style, les mauvaises mœurs du grand monde. Il a produit jusqu'à trentelivres en un an, et il... est tombé dans l’oubli. On peut lire : Jacques de Briançon ; Suzanne d’Estouville ; Les gentilshommes chasseurs ; Madame de Miremont .

Anatole France (Anatole-François Thibault, dit) poète, romancier et critique littéraire, né en 1844 Membre de l’Académie française. « Il est, d’après une revue ecclésiastique très autorisée, le plus mauvais des écrivains d’aujourd’hui. Chez aucun, l’impiété n’est aussi complète, ni l’immoralité aussi animale. » {U Ami du Clergé , 1897, page 24G). Quelques mots sur sa carrièrelittéraire suffiront à justifier cette appréciation.

Anatole France débuta par des poésies, toujours élégantes, mais toujours aussi licencieuses et impies : Les poèmes dorés ; Les noces corinthiennes (cri de ragecontre le christianisme, ce « spectre qui vient troubler les fêtes de la vie, etc. »), ou frondeuses et révolutionnaires: Les légions de Va rus, etc.

Il se consacra bientôt à des romans et à des contes de genres fort divers. Ce sont des inventions baroques, ou des histoires du monde ancien, qui servent de prétexte à des peintures voluptueuses : Le lys rouge (pèlerinage de deux amants en Italie ; mélange immonde de débauche et de piété); Thaïs , qui se résume dans cette déclaration empruntée textuellement à l’ouvrage : « La matière première de la sainteté est la concupiscence, l’incontinence,, toutes les impuretés de la chair et de l’esprit » ; Le jardin dEpicure (idée générale : il n’y a rien au monde qui soit digne d’amour ni même dépensée) ; etc., etc.

Ce sont aussi des romans philosophiques où conversent.

dans un cadre de fantaisie, dès hommes ironiques, désabusés, sceptiques. Les héros de ces romans parlent toujours et raillent tout : la métaphysique qui est un rêve, la religion qui est un mensonge, la morale qui n’est qu’hypocrisie, la chasteté qui n’est qu’une sottise. Ilsdnclinent même à croire que la vie idéale est celle des animaux à qui la nature a donné un sûr instinct pour se procurer du plaisir et pour fuir la douleur. La Rôtisserie de la reine Pèdauque et Les Opinions de Jérome Coignard sont, à ce titre, des livres cyniques.

Il y a quelques années, Anatole France entreprit d’écrire une « Histoire contemporaine », et créa alors le type de M. Bergeret, qui, d’abord pédant ridicule, devint sceptique autant que France lui-même. Cette série compte plusieurs volumes : L'Orme du Mail , satire du Clergé que La Revue bleue (6 février 1897) trouve très choquante ; Le mannequin d'osier ; L'anneau d'améthyste ; M. Bergeret a Paris. . .

Elle fut interrompue par la part que prit M. France à « l’Affaire», et depuis à toutes nos luttes politiques et religieuses. Le « fin lettré » se fit alors anarchiste et apôtre du jacobinisme, accusa dans ses manifestes la religion ‘Catholique d’être immorale et les congrégations de corrompre la jeunesse (Opinions sociales , 2 volumes). Il alla plus loin encore, il parla à la « fête inaugurale pour l’Emancipation », à la fête en l’honneur de Diderot (1902), devant la statue de Renan à Tréguier (1903), écrivit pour les discours de M. Combes une préface lyrique, et se jeta avec ardeur dans la lutte antimilitariste, anticléricale et antirusse.

En pleine campagne, il écrivit un roman dialogué intitulé Sur la pierre blanche (1). C’est du France première

(1) Un de ces livres dont on peut dire qu’ils sont ex professo 'Contra fidem, comme on peut le dire, je crois, de tout ce qu’il écrit aujourd’hui et à peu près de tout ce qu’il a jamais écrit* (Ami du clergé 1906, page 490).

manière : quelques amis assis sur la pierre blanche, à Rome, au milieu du peuple des songes, s’entretiennent de Saint Paul (qui ne savait pas ce qu’il disait), des origines du christianisme (la religion catholique est une impiété -et la plus grande de toutes, dit l’un d’eux), de la guerre russo-japonaise (vivent les nippons!) et entrevoient pour l’an 2,270, une société basée exclusivement sur la science, le socialisme et l’internationalisme... Son Histoire comique est une fantaisie macabre mêlée de tableaux grivois et de dissertations pessimistes.

Entre temps, Anatole France a rédigé les chroniques hebdomadaires du Temps , réunies depuis en volumes sous le titre La vie littéraire ; il devint l’hagiographe habituel de l’Echo de Paris (Le puits de Sainte Claire , mélange de christianisme et d’impureté ; etc.). Il collabore encore aujourd’hui assidûment aux Annales politiques et littéraires.

En résumé : Par son scepticisme, son dédain du christianisme et de la chasteté, son fatalisme, son « renanisme » ondoyant, voluptueux et faux, Anatole France est l’un des écrivains les plus malfaisants de notre époque. Il ne respecte rien de ce qui est respectable : son ironie perfide cause plus de ruines dans les convictions et les croyances que les attaques brutales et franches des autres libres-penseurs. (lrc édition de cet ouvrage).

Son esprit de malice, son impiété, son scepticisme confinant au nihilisme, le plaisir satanique de comprendre, de nier, de douter, cette galerie de héros et d’héroines qui vont uniquement à leur plaisir et que l’auteur absout tous ensemble : voilà ce qui, d’après Jules Lemaître, caractérise la littérature d’Anatole France. ( Les Contemporains, 6e série).

Son œuvre témoigne de bien enviables qualités littéraires, mais elle est de nature à fausser l’esprit et à corrompre la sensibilité des jeunes gens qui la lisent. (Abbé Delfour, La religion des contemporains ).

Je ne crois pas qu’un honnête homme puisse goûter unplaisir sans mélange aux livres de M. Anatole France* (Abbé G. Lec-igne, Revue de Lille).

On pourra lire cependant : Le crime de Sylvestre Bonnard ; Pages choisies ; Albums pour la jeunesse,. publiés chez Hachette, et peut-être Abeille ; Nos enfants ; Le livre de mon ami.

Jules de Gastyne (Jules Benoit, diu, né en 1847. Articles dans les journaux monarchistes, romansfeuilletons, pièces de théâtre.

Théophile Gautier (1811 - 1872) , poète , peintre romancier, archéologue, dramaturge, portant l'originalité et l’extravagance dans ses costumes et ses mœurs comme dans ses livres, a laissé une œuvre très éparpillée, assez, vaste pour remplir 300 volumes.

En littérature, c’est un fantaisiste. Il jette sur le papier des mots rares, des expressions, des phrases^ harmonieuses et éblouissantes, avec l’arrière - pensée d’émerveiller le lecteur, et l’œuvre est faite : c’est du bibelot, c’est du Gauthier. Le vrai chef-d’œuvre de ce genre, c’est Le capitaine Fracasse , savant mélange de fantaisie échevelée et de réalisme trivial.

En morale, il cultive l’art pour l’art, il se pose lui-même' en « dilettante du scandale », et, comme tel, écrivit Mademoiselle de Maupin , roman très licencieux.

Lire avec prudence : Pages choisies; Ménagerie intime ; Constantinople;Voyage en Espagne , et autresrécits de voyage.

Judith Gautier, fille aînée du grand Théo, née en 1850. épousa, en 18G6, Catulle Mendès, dont elle s’est depuis séparée.

Elle se familiarisa de bonne heure avec les littératures de l’Extrême-Orient ; elle apprit le chinois, le japonais, le persan, et, dans scs livres, se lit une spécialité de la

peinture (les mœurs orientales. Oyez ces quelques titres : Le dragon impérial (épopée héroïque et galante des Boxers, quelques détails risqués seulement) : Princesses d’amour , courtisanes japonaises ; Poèmes de la libellule ; Le roman de la momie ; Le paravent de soie et d’or ; Le collier des jour s{ souvenirs autobiographiques); Les mémoires d'un éléphant blanc.

Evidemment, la morale n’a rien à faire en ces récits exotiques ; et pour que personne ne se méprenne, Judith Gautier dans son Livre de la foi nouvelle , a eu soin de nous montrer l’identité du bien et du mal.

Madame de Genlis (1746-1830), éducatrice des princes d’Orléans et de celui qui devait être le roi Louis- Philippe, maîtresse de Philippe-Egalité, célèbre par ses lilles naturelles qu’elle éleva à la mode de Jean-Jacques Rousseau. Exilée en Allemagne, elle écrivit, pour se créer des ressources, des romans d’amour libre : Les premières rivales ; Alphonsine ; Les parvenus, etc.

Les livres qu’elle écrivit pour ses élèves sont honnêtes. On lira spécialement son ouvrage pédagogique Les veillées du château (prendre l’édition corrigée) et Mcllc de Clermont , nouvelle très intéressante qui cependant no convient pas aux toute jeunes lilles.

PAUL Ginisty, né en 1855, littérateur et directeur de l’Odéon, collaborateur du naturaliste Gil Lias. Romans, études de mœurs et pièces très lestes.

de Goncourt Edmond (1822-1896) et Jules (1830- 1870). Deux frères, historiographes, critiques, auteurs dramatiques et romanciers qui, sérieusement, (témoin leur journal et leur académie) se sont crus les premiers écrivains de leur siècle.

Ils se sont attachés à décrire « la vie » ; mais toutes leurs œuvres paraissent suinter cette « fièvre hallucinatoire » qu’ils se procuraient en restant enfermés plusieurs jours de suite, sans voir un vivant.

Leurs ouvrages historiques sur le XVIIIe siècle, abondent en menus détails souvent scandaleux, fourmillent d’anecdotes et ne s’attachent qu’à la surface des choses. Ils ont été composés, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, avec des échantillons dérobés et des menus.

Leurs œuvres de critique d’art s’attachent avec la même minutie à la joliesse de la Renaissance et du dix-huitième siècle.

Dans leurs romans, les Goncourt ont pris comme décor les endroits mal fréquentés et les coins les plus perdus de Paris ; comme héros, des types d’exception, bohèmes de l’art ou des lettres, des malades, des nerveux et des détraqués, impuissants à vouloir et à résister au mal (Charles Demailly) ; incapables de se débarrasser d’une passion ( Coriolis ) ; des hystériques obscènes (Gcrminie Lacerleux) des mystiques morbides {Sœur Philomène , Mada/me Gervaisais) ; des névrosées qui se font mourir à petit feu (Chérie'.

Quant à leur style, baptisé par eux-mêmes « l’écriture artiste », il est bizarre, excentrique, maquillé de mots et de détails puérils. Selon l’expression de M. Doumic, c’est du papillottage.

Lire Pages choisies .

Remy de Gourrnorat, né dans la Normandie en 1858. Comme ses ancêtres, les graveurs et artistes du moyen âge, il est érudit, philologue et ymagier.

Ses romans et ses contes, enluminés de figures symboliques, font, pour la plupart, « palpiter et soupirer la luxure » (Camille Mauclair) ; nous exceptons cependant Merle lie, son premier ouvrage.

Parmi ses études, Joujou-patriotisme a pour but de préconiser l’accord franco-allemand ; Le chemin de velours est dirigé contre la morale des Jésuites ; Le problème du style est un réquisitoire contre M. Albalat ; La gloire et Vidée de V immortalité (paru dans le Mercure de France ), a pour objet de combattre le dogme de l’immortalité de l’âme.

Etienne Grosdaude, né à Paris en 1858, humoriste bouffon, l'un des princes de l’acrobatie intellectuelle. Il ne respecte, dans ses Gaietés de Vannée , ni la vertu, ni la douleur, ni la mort, et il pratique, àl’égardde tout, l’indifférence la plus absolue.

GUSTAVE Guiches, né en 1860. Ses romans et ses chroniques accusent une certaine faveur pour le genre de Zola dont il fut quelque temps le disciple : Céleste Prudhommat (œuvre remarquable, roman d’une institutrice laïque ; bonnes intentions et obscénités) ; L’imprévu (situations répugnantes) ; L’ennemi , mœurs de province (le phylloxéra honnête) ; Philippe Destal (triste !) Bonne fortune (mondanités et libertinages) ; Cœur discret (qui sauve une femme doublement compromise).

Mme Myriam Henry, alias iV3me Perrault, cosmopolite, née à Jérusalem en 1875, voyageuse, polyglotte, aujourd’hui collaboratrice du Journal et grande dame du monde parisien.

La conquête de Jérusalem , qui l’a rendue célèbre, est. un roman qui tend à réhabiliter les cultes antiques, c’està-dire le naturalisme païen, au détriment des religions trop sévères, lisez le christianisme. C’est à ce roman que le jury féminin de La Vie Heureuse a décerné, en 1905, le prix destiné à récompenser le meilleur livre de femme paru durant l’année précédente !

Francis-Bret Marte (1839-1902), chercheur d’or et romancier des grandes sierras. Ses livres, très connus en Amérique, présentent, avec un relief frappant, niais sans souci de la moralité, les mœurs brutales et sauvages des a prospecteurs » de la Californie.

Lire cependant Le blocus des neiges ; La veine du gué du diable : L’épave du Bois rouge , et les nouvelles reproduites par des périodiques honnêtes.

Léon Hennsque, né à La Guadeloupe en 1852. Un des « cinq )) disciplés de Zola, avec Céard, Maupassant,Huysmans (lrc manière) et Alexis.

Ses œuvres sont naturalistes et ne sont guère lues. Nous citons seulement Peuf , l’histoire d’un sapeur con damné à mort, malgré l'intervention d’une chanteuse et d’un enfant.

Alexandre Hepp, né dans le Bas-Rhin en 1867. Quelques-uns de ses romans très hardis ont bruyamment ouvert la voie à l’auteur des Avariés et des Remplaçantes ; ils paraissent sincères et sont très vigoureusement écrits. Ses Contes, Etudes et Portraits ; Voyages ; Quotidiennes, ont également un caractère social. Ceux qui s’occupent du danger national que font courir à notre pays les féodaux financiers liront plutôt Chaos , satire* sanglante, assaisonnée de libertinages.

Abel Hermantj romancier et auteur dramatique, né à Paris en 1862. Après avoir été l’hôte de toutes les écoles et avoir touché à tous les genres, il paraît s’être fixé dans la peinture des mœurs aristocratiques. Il déploie dans ceshistoires scabreuses un sang-froid impassible et une ironie glacée (comme des manchettes d'élégant), qui les rendent singulièrement piquantes.

Monsieur Rabosson (le monde universitaire) ; La mission de Cruchod ; Le cavalier Miser ey (roman militaire, crudité, mépris de l armée) ; Nathalie Madoré ; La surintendante , appartiennent à la manière naturaliste..

Cœurs à part ; Amour de tête ; Serge ; Ermeline ; Les Confidences d'une aïeule (très perverses) ; Les Confessions d'un enfant d'hier ; La Confession d'un homme d'aujourd'hui ; Les Transatlantiques (les Américains, leurs défauts et leurs mœurs), etc., sont d’une' psychologie généralement voluptueuse.

La carrière ; Le sceptre ; Le char de l'Etat; L'esbrouffe ; Les souvenirs du vicomte de Courpières ; Monsieur de Courpières marié ; Les grands bourgeois, ressortent de la troisième manière de l’auteur ; ce ^ontles aventures galantes des « grands », écrites en pur style XVIIIe siècle.

Ses pièces de théâtre ( L’empreinte , Le faubourg , Les Jacobines , etc.) ; et Les Mépris , recueil de vers, d’inspiration baudelairienne,sont,au point de vue moral, de même qualité que ses romans.

Pour tous : Eddy et Paddy ; Le bon roi Henry.

ARSÈNE Houssaye (1815-1896). Critique, romancier et dramaturge, qui produisit plus de cent ouvrages.

11 se montre spiritualiste dans les Destinées de lame , -ouvrage philosophique où il disserte en souriant du mystère de l’éternité.

Dans ses poésies, il chante surtout les roses, la jeunesse, les plaisirs folâtres de la vie, les fictions voluptueuses de l’antiquité.

Quant à ses romans et à scs œuvres pseudo-historiques, ils sont des récits de la vie galante, musqués, également libertins. Arsène Houssayc s’est plu à y mettre en scène les courtisanes, les élégantes demi-mondaines : il a été justement surnommé le peintre des belles pécheresses et le Brantôme des dames galantes de notre époque.

Il est aussi, a-t-on dit, un païen du temps d’Aspasie égaré dans le XIXe siècle ; en efïet, sa République athénienne du temps d’Alcibiade renferme une profession de foi candidement païenne : « Entre la religion de la laideur et celle de Phidias, d’Apollon, mon choix est fait », dit-il. C’est l’inspiration de la prière sur l’Acropole que les Lanson,les Croiset et consorts recommandent domine une des plus belles pages de notre langue.

L’histoire du 4ic fauteuil est cependant utile à lire, et moralement presque irréprochable : elle a eu un regain de popularité, lors de la réception à l’Académie de son fils Henri, critique d’art et historien remarquable : 181k (1 volume) et 1815 (3 volumes).

Gérard d’Houville, de son vrai nom M“c Henri de Régnier, fille de M. de Hérédia.

L’Inconstante , son premier roman, est, d’après un

critique bienveillant, un chef-d’œuvre impur. Le second, intitulé L'Esclave , est une histoire d’une élégante indécence dont l’héroïne « sauvage et presque animale ne garde plus rien de civilisé ».

V. BLASCO ! bâtiez, né en 1867. Députe révolutionnaire de Valence aux Cortès, fougueux anticlérical, romancier réaliste d’une rare puissance, il dépeint dan& ses œuvres violentes toutes les horreurs de la nature et des passions espagnoles, ( Terres maudites ; Fleur de Mai ; Boues et Roseaux). L’un de ses ouvrages, Dans l'ombre de la Cathédrale , a paru en français dans la Revue de Paris : c’est un odieux pamphlet contre la religion catholique.

Eugène Jolicierc de Rollîca, directeur de La Famille des artistes , auteur de romans sentimentaux et obscènes.

PAUL Junka, de son vrai nom Mlle Forpomès, ancienne institutrice. Quelques romans scandaleux, (Le vi cadre parisien ; La fausse amante , etc).

Henry Kistemaeckers , né en 1873, fils d’un éditeur bruxellois, a déjà publié, sous son nom et sous le pseudonyme de Jeannine, une vingtaine de romans, plusieurs pièces et une fouie de chroniques. Au total, littérature voluptueuse.

PAUL de Kock (1794-1871). Romancier et auteur dramatique, d’une gaieté intarissable et polissonne, qui partage avec Eugène Sue et Alexandre Dumas, le triumvirat de l’ancien roman-feuilleton.

Il publia, dès l’àge de 19 ans, L’enfant de ma femme , et ensuite ce qu’il appelle « ses poèmes de joie », c’est-àdire de nombreux ouvrages débordants de gaieté rabelaisienne, sans distinction de langage, sans style et surtout sans pudeur. Il a été beaucoup Ju : mais il est délaissé, depuis qu’il est remplacé par des écrivains beaucoup plus.

immoraux que lui. On réédite de temps en temps, dans les journaux, l’invraisemblable légende d’après laquelle ses œuvres auraient été, sous Grégoire XVI, approuvées par l’Eglise.

Son fils Henri (1819-1892) fut un fournisseur de romans-feuilletons qui dépassa son père en grivoiserie et en naturalisme.

Pierre de Guéheneuc de Lano, mort à la fleur de l’àge en 1904. Livres galants sur la cour de Napoléon III et de Berlin ; romans-feuilletons voluptueux. Pour tous :

Terr’neuv a.

Emile Laurent, dit Cotambey , littérateur, né à Colombey en 1819, mort en 1897, bibliothécaire à la Chambre des Députés. Outre la publication des Archives parlementaires (plus de 100 volumes) et de nombreux articles, on lui doit un certain nombre de livres sur des personnes et des milieux trop peu recommandables.

Henri Lavedan, né à Orléans en 1859, membre de l’Académie française, romancier et auteur dramatique, dont toutes les œuvres constituent l’histoire naturelle du « fêtard nouveau jeu ».

La saveur particulière des écrits de M. Henri Lavedan, je crois l’entrevoir, dit Jules Lemaître. La Haute et Le Nouveau jeu , Leur cœur et Nocturnes, Le prince cVAurec et Viveurs , c’est la surface brillante et pourrie de la société contemporaine, décrite par un esprit aigu... Le bon temps et Inconsolables ne valent pas mieux.

Le 28 décembre 1899, lors de la réception de l’auteur à l’Académie, M. Costa de Beauregard, chargé de souhaiter la bienvenue au nouvel élu, lui infligea, sous toutes les formes du beau langage, une flétrissure ineffaçable : « Vos œuvres sont d’un joli cynisme, lui dit-il, vous aimez à promener votre esprit sur les pires marécages..., vous vous complaisez à peindre des âmes pourries..., votre

rire fait des cadavres... » Ce discours, qui souleva les clameurs de la presse parisienne, ne saurait cependant viser certains instantanés cruels et hélas ! trop exacts : Lydie ; Sire (roman satirique contre les partisans de la survivance) ; et Le duel , comédie qui est presque un chef-d’œuvre.

MariuS-Ary Leblond, nom commun à deux auteurs, nés le premier en 1877, et le second en 1880. Ecrits avec obscurité et affectation, leurs romans de « grande ville », de « mœurs électorales », a de couleur », etc., ne sont guère lus davantage que leur ouvrage : La Société française sous la 3e République , d'après les romanciers contemporains ; ils sont du reste socialistes. A ajouter Les Sortilèges (récits de mœurs malgaches immoraux) ; U Oued.

Camille Lemonnier, né à Ixelles en 1844, fils d’avocat, écrivain puissant et fécond, qu’on pourrait appeler le Zola de la Belgique.

Dans ses ouvrages, écrits avec magnificence et imprégnés de sensualisme violent, il a défendu « le respect de la vie intégrale », et placé les libres instincts de la nature corrompue au-dessus de l’idée chrétienne, de la notion du devoir et même du sentiment. Aussi fut-il poursuivi trois fois comme pornographe.

Parmi ses 60 volumes, nous ne pouvons nommer que La vie belge ; La Belgique , vaste poème descriptif ; et quelques recueils de nouvelles exquises : Les jouets parlants ; La Comédie des jouets ; Noëls flamands ; Contes flamands et wallons (légèrement yoltairiens) ; Un coin de village...

Camille Le Senne, né en 1851, est un de ces auteurs qui exploitent les actualités scandaleuses pour les grossir jusqu’aux proportions d’un volume et les servir à la curiosité malsaine du public. 22 volumes de romans.

3 volumes de variétés, 5 volumes de l’histoire du théâtre, feuilletons du Siècle , etc.

Jean Lorrain, alias Paul Duval, (1855-1906). Il se vante d’écrire des « pages de grande luxure » ; ses vers, ses pièces, ses nouvelles, ses récits, ses romans, peignent en effet, d’après nature, les types des fortifs, des bastringues d’assassins et des bouges.

(( Jean Lorrain, dit M. Ernest Charles dans la Revue Bleue, cultive « l’orchidée du cadavre rare » ; et il met beaucoup de femmes autour. Il écrit des romans-feuilletons de mauvais lieux. Il est notre Ponson du Sérail... »

Pierre Loti, (Julien Viaud,dit) né à Rochefort en 1850, fils d’un ministre protestant, célèbre romancier descriptif, membre de l’Académie française.

Pierre Loti est d’abord un puissant charmeur. Il séduit ses lecteurs et ses lectrices par la rêverie vague et flottante de sa pensée, par la mélancolie sensuelle dont il les pénètre, par les voluptueuses et enlaçantes caresses de sa phrase, savamment rythmée. Ces petits récits dont il tire de profondes émotions, ces descriptions féériques de l’Océan infini, de l’Orient mystérieux, de tous les pays exotiques, charment jusqu’à enivrer.

« Je viens de relire les six volumes de Pierre Loti, dit Jules Lemaitre, et je me sens parfaitement ivre. » La plupart de ses œuvres ont, en effet, comme premier trait caractéristique, d’amollir et d’alanguir par l’èrotisme du style et des peintures.

Aussi, la lecture de ces livres contribue-t-elle à déprimer les âmes, non seulement en leur procurant des émotions artificielles très vives, mais encore en laissant cette impression que toutes les beautés et toutes les énergies sont dans les choses, (Rie la nature agit en nous et sur nous, et que nous ne pouvons rien contre elle.

Les idées de Loti sont encore plus perfides et plus malfaisantes que ses descriptions et ses procédés. A 28

ans, il adressait à son ami, William Brown, une profession de foi que toutes ses admiratrices doivent connaître: (( Croyez-moi, mon pauvre ami, écrivait-il, le temps et la débauche sont deux grands remèdes... 11 n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de morale ; rien n’existe de ce qu’on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe, à laquelle il est logique de demander le plus de jouissances possible... J’ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plait, en dépit de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien, ni à personne ; je n’aime

personne, ni rien ; je n’ai ni foi, ni espérance »

(Aziyadè).

Voilà la dogmatique de Loti : il ne croit à rien, sinon peut-être aux philosophes indoues : « Sur les mystères de la vie et de la mort, dit-il, les sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l’interrogation ardente de la raison humaine. » ( L’Inde sans les Anglais.)

La mort c’est l’anéantissement (voir Le livre de la pitié et de la mort , etc.) ; tout s’écoule autour de nous, il faut donc jouir le plus possible ; la débauche est d’ailleurs efficace ; tous nos efforts sont inutiles contre la nécessité cruelle de l’amour. Voilà la morale de Loti, et ses héros ne se font pas faute de la mettre en pratique.

Nous savons bien qu’en dehors de ces doctrines éminemment subversives, Pierre Loti a écrit des pages magnifiques, exquises, émues, sur le dévouement, l’abnégation, le devoir, la foi. . . Il n’en reste pas moins, dans l’ensemble de sa littérature, immoral et irréligieux : La trilogie : Le désert , Jérusalem , Galilée; Le roman d’un spahi; Ramuntcho , sont à ce dernier point très significatifs.

Et ses livres réputés honnêtes, oserons-nous les recommander à tous ?

Ils ne sont pas positivement impudiques, mais. . . Voici ce qu’écrivait M. Victor Giraud dans la Revue des Deux- Mondes , le 1er juin 1907, à propos du Pêcheur d’Islande :

a Je ne sache pas de livre qui prêche plus fortement et plus subtilement tout ensemble la vanité de toute action, le néant de tout effort et l’universel à quoi bon ? de la vie. » Ce même livre renferme deux scènes voluptueuses^ Le roman d'un enfant a deux pages lestes ; Frère Yves dépeint, avec la générosité des marins, leur vie facile ; Vers Ispahan est légèrement sensuel... et nous ne regardons pas comme absolument inoffensifs pour les jeunes gens Les derniers jours de Pékin ; VInde sans les Anglais ; Escales au Japon ; Pages choisies , ni surtout La troisième jeunesse de Madame Prune.

Au théâtre, Loti a fait représenter plusieurs adaptations de ses romans : Judith Renaudin et Le roi Lear (traduit de Shakespeare).

Pierre LouySj né le 10 décembre 1870. En religion, protestant ; en littérature, styliste impeccable ; écrivain féru d’antiquité grecque, poète, romancier, conteur ; en morale, plaide ardemment pour toutes les licences.

Tous ses ouvrages sont faits de cette littérature et de cette morale. Nous citerons seulement Aphrodite , roman d’amours antiques, tiré à cent vingt-cinq mille exemplaires, que Remy de Gourmont lui-même apprécie ainsi: « livre de chair et revendication du romanesque sensuel ».

Georges de Lys, dans l’armée le commandant Georges Fontaine de Bcnnerîve, actuellement en garnison à Mamers. Né à Oullens en 18b5. Romancier et poète.

Le logis (couronné par l’Académie) ; Enfants des Rues ( tous deux publiés chez Lethielleux) ; et La Trempe, sont des livres honnêtes, véritables perles littéraires.

Scs récits et nouvelles, pour la plupart militaires, sont fort mêlés.

Les autres, et surtout ses trois romans de mœursantiques. sont voluptueux ou dangereux au point de vue moral.

René Maizeroy, pseudonyme du Baron Toussaint. Né à Metz en 1856, d’abord officier, composa des romans -et des nouvelles très nombreuses où il peint de la manière la plus lascive et dans un langage « élégamment obscène et innocemment corrompu », les mœurs de la vie parisienne. Collabore aussi à des journaux conservateurs.

Hector Malot, (1830-1907). S’occupa d’abord de critique et se consacra ensuite au roman. Ses œuvres, lancées par M. Taine, ne sont guère plus morales que celles de Balzac auxquelles elles ressemblent par la langue, la variété des situations et les habiles intrigués.

La petite sœur ; En familte ; Romain Kalbris; Sans famille , qui eut un immense succès, sont les seuls de ses soixante volumes que tout le monde puisse lire, avec Pages choisies.

Nous citons pour les grandes personnes : Une bonne affaire (quelques mots seulement contre les pensionnats «chrétiens et le mariage religieux) ; Rose Pompon ; La petite sœur(intéressant,quelques pages libres); Paulette , (quelques descriptions hardies des désordres conjugaux); Marichette (thèse sérieuse sur la recherche de la paternité, détails scabreux) ; Micheline (adultère, puis scènes -attendrissantes) ; Le lieutenant Bonnet (l’officier pauvre) ; Mariage riche (recueil de nouvelles).

Georges Mareschal de Bièvre, romancier dont Qes œuvres ne figurent qu’au petit marché littéraire : Berthe et Berthine (scènes risquées, idées dangereuses); Angette (moral, mais détails libres) ; Tante Bébé (marivaudage honnête) ; Reine bicyclette (sport et sentiment); Destinée d’amour ; Cousine ma mie...

Jeanne Marni, de son vrai nom Mme Jeanne Marnière, née en 1854, dame du grand monde parisien. 'Romans voluptueux, dialogues de courtisanes, etc.

PAUL Margueritte, né en 1860 à Laghouat, fils du

général de ce nom, qui se distingua à la guerre de 1870 (voir le livre intitulé Mon père).

Enrégimenté d’abord dans l’école naturaliste qui inspira son premier roman, il rompit solennellement avec Zola en 1887, et commença une série d’ouvrages d’un ton différent, mais d’une morale non moins suspecte.

Associé à son frère Victor depuis 18%, il produisit des contes rapides et pittoresques, de grands romans et surtout des récits militaires. Nous citons :

Parmi ses contes et nouvelles : Le cuirassier blanc (assez honnête, mais suivi d’autres nouvelles imprégnées de sensualisme et de pessimisme à la Loti) ; La Mouche (très peu édifiant) ; L'Avril (une poitrinaire guérie par l’amour de son médecin) ; Simple histoire (27 récits,dont plusieurs répréhensibles) ; La pariétaire (2ü morceaux en style précieux) ; Le jardin du Roi (idylle très jolie) ; Ame d'enfant ; Poum et Zette (récits déplaisants sur et non pour les enfants) ; Sur le vif (32 nouvelles).

Parmi ses romans : La tourmente (psychologie conjugale) ; Tous quatre (nombreuses scènes de libertinage); La confesion posthume , suivie de L’impasse (livre dépravé) ; Pascal Gèfosse (adultère et pessimisme) ; Femmes nouvelles (adultères, thèse imprécise) ; Ma- Grande et Le poste des Neiges (honnêtes) ; Les deux vies (mise en scène de son manifeste scandaleux en faveur du divorce, par la volonté d’un seul des deux époux) ; Le prisme (la course au mariage riche, tend à montrer que le mariage étant une affaire d’argent, constitue un contrat frauduleux qui appelle fatalement le divorce) ; Le carnaval de Nice (idée générale : l’atmosphère de Nice, surtout à cette époque de l’année, est tellement irrésistible que la vertu y est impossible, mêmepour les jeunes époux) ; Vanité (la richesse et le luxe qui rendent égoïstes, cruels et méprisables ceux qui en .sont pourvus).

Ses récits militaires, réunis sous le titre d’Une époque y

comprennent quatre volumes(Le désastre ; Les tronçons du glaive ; Braves gens ; La Commune ) ; ils présentent, en certaines pages, des idées théistes et favorables au divorce, et de plus des scènes d’une lubricité révoltante.

VICTOR Margueritte, frère du précédent, né à Blidah en 1867. Il s’était déjà révélé poète tandis qu’il portait l’épée ; il quitta l’armée en 1895 pour collaborer avec son frère Paul ; pendant 10 ans, la fusion des deux écrivains fut tellement intime que, dans leur commun labeur, il serait impossible de reconnaître la part dé l’un et de l’autre. En 1907, le divorce survint. Le premier feuilleton signé par Victor depuis la rupture est intitué Prostituée : c’est de la basse littérature industrielle.

BVSaühey, pseudonyme et nom de la première femme de ÀRTHUR ÂrnGidd, (1833-1895), professeur, membre de la Commune. Contes, nouvelles, romans-feuilletons, ouvrages historiques, articles théosophistes.

Guy de May passant, né en 1850, filleul de Flaubert, (( le plus grand romancier réaliste du siècle » (Emile Faguet). Il s’occupa de spiritisme et mourut fou le 6 juillet 1893.

Il est surtout célèbre comme conteur. Ses contes tantôt gais, tantôt tristes, et souvent très brutaux, ont été et sont encore, pour notre génération, ce que furent les contes de La Fontaine pour ses contemporains : ce sont, dit Jules Lemaître, des histoires de filles, de paysans rapaces et de grotesques bourgeois... les faits divers d’une humanité élémentaire et toute en instincts. (Les Contemporains, 6e série). Guy de Maupassant, continue l’éminent critique, aime et recherche les manifestations plus violentes de l’amour physique, de l’égoïsme, de la brutalité, de la férocité naïve. . . 11 est extraordinairement sensuel ; il l’est avec complaisance, avec fièvre et emportement. (Les Contemporains, lrc série, page 300).

Ce conteur si peu moral a cependant joui d’une vogue immense. La vente de ses œuvres a, dit-on, rapporté en 1901, 45,000 francs à Mllc Simone de Maupassant, nièce et légataire de l’auteur.

Tout le monde reconnaît aces contes une valeur littéraire de premier ordre, mais le public les lit moins à cause du prestige du style qu’en raison de leur indécence. La réflexion est de M. Jules Lemaître.

Les dernières œuvres de Maupassant sont, au point de vue moral, beaucoup moins répréhensibles : Au Soleil ; Sur Veau ; Pierre et Jean. . . La librairie Ollendorfî a publié, sous le titre Contes de Maupassant , une série choisie pour la jeunesse.

Catulle ÏVEendès, né en 1840, épousa, en 1866, MclIe Judith Gauthier, fille de Théophile, se sépara d'elle quelques années après, et associa sa vie à une poétesse qui s’appelle Mmc Jane Catulle Mendès.

Ses poésies, ses drames, ses romans, en un mot tous ses livres, qui sont pour la plupart des recueils de nouvelles, constituent une bibliothèque d’alcove et de chaise longue, où la veine libertine coule à pleins bords, et dans laquelle la préciosité la plus raffinée le dispute à l'indécence subtile.

Nous ne ferions exception que pour Les mères ennemies ; Grande-Maguet (extravagant, non obscène).

Georges Mérédstfo, romancier anglais qui n’oiïre de populaire que sa proposition de a mariage à bail ».

11 a abordé à peu près tous les grands problèmes de notre époque : mais la profondeur de ses analyses, l’étrangeté de son style, la complexité de sa pensée le rendent inaccessible au grand public.

Sur ses 20 volumes, deux seulement ont été, croyonsnous, traduits en français : L’SgoUte (dont le moi haïssable est le point de mire de deux sentimentales) ; Comédiens tragiques (étude fouillée sur le socialiste Fernand Lassalle).

Prosper Mérimée (1803-1870), auteur dramatique, conteur et nouvellier célèbre dont les œuvres sont presque toutes immorales ou impies.

Les récits de ce puissant écrivain se distinguent d’abord par leur caractère horrible : ce sont des meurtres, des brigandages et des tueries épouvantables, des hommes carnassiers et lubriques ; Colomba même, qui peut être lue à peu près par tous, est l’histoire tragique d’une vendetta.

En dehors de ce petit chef-d’œuvre, Mérimée n’a guère produit que des ouvrages pernicieux : sceptique tranquille, dédaigneux, élégant et discret, il a couvert demépris les choses de la religion {Le carrosse du Saint- Sacrement ), les prêtres et les moines au meme titre que les seigneurs et les bandits (La Jacquerie ; La Chronique de Charles IX) ; enfin, dit Jules Lemaître, il s’est montré, vis-à-vis de l’univers et de la cause première, quelle qu’elle soit, poli, retenu, dédaigneux.

Il n’a pas traité la morale avec plus de respect que l’Eglise et l’histoire ; il aime à voir se développer librement, bonne ou mauvaise, la bête humaine, dit encore Jules Lemaître, et, quand elle est belle, il n’est paséloigné de lui croire tout permis.

Oscar Méténier, né en 1839, romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire d’un commissaire de police de Paris. Toutes ses œuvres ont pour sujet le monde spécial du désordre.

Lucien-Victor Meunier, directeur de La France de Bordeaux , s’est acquis, sous le pseudonyme de* Montfermeil, une certaine célébrité. La satire sociale intitulée : Un apôtre de grand chemin , porte, en épigraphe, cette déclaration significative qui justifie notre* proscription : « Cléricalisme et militarisme sont les deux ulcères de l’Etat. »

LOUISE Michel, la fameuse révolutionnaire (1833- 1905). Fille naturelle d’un châtelain de la Haute-Marne, elle vint de bonne heure à Paris, et entra dans renseignement. Elle prit parta la Commune, fut envoyée à Nouméa où elle reçut le nom de Vierge rouge qui lui resta.

Ses livres (une douzaine de volumes) sont traversés d'un souffle révolutionnaire violent, et témoignent, malgré tout, que cette « apôtre de la guerre civile » est surtout une générosité dévoyée, victime de toutes les influences malsaines et de la rapacité de ses amis.

Octave Mirbeau, né en 1848. Ecrivain malpropre et sectaire écœurant. Ses romans (Le Calvaire , L’abbé Jules , Sébastien Roch., Le roman de ma femme de chambre , etc., etc.) sont d’une brutalité révoltante et parfois blasphématoires et impies.

Ses pièces de théâtre sont moins mauvaises : Les affaires sont les affaires , renferme cependant des attaques contre la religion.

Voici ce qu écrit, sur cet auteur, un critique qui n est certes pas un tenant de la pruderie catholique : « Il a Pâme d’un sous-ofïicier qui a rengagé trois fois et qui a mangé sa prime avec les femmes... Sa littérature autoritaire et incohérente, prétentieuse et grossière, trahit ses désenchantements assez bas et ses espérances assez plates. Elle est d’un cerveau médiocre et d’une âme qui n’est pas supérieure au cerveau ». Et plus loin : « Il blesse par l'accumulation voulue des malpropretés... Rien n’est plus signi ticatif que le plaisir que Mirbeau' a visiblement pris à ajouter des malpropretés inutiles au sujet... » (Eruest-Charles, La Littérature française d'aujourd’hui, page 271).

Maurice Montégut, né en 1853, rédacteur à divers journaux pornographiques, romancier naturaliste ironique. Drames en vers ; 12 volumes de contes ; romans.

Edgar Monteil, né en 1845, naguère préfet de la Haute-Vienne, a publié des écrits irréligieux et des romans pornographiques. Ses ouvrages pour adolescents sont « laïques », mais non obscènes : François François ; Histoire du célèbre Pèpè ; Le roi B ou- B ou ; Les trois du Midi ; Jeanne la Patrie (préface dangereuse pour la jeunesse).

Eugène Montfort, un jeune auteur naturiste. Ses livres, qui sont des classiques pour l’école qu’il représente, appartiennent à la littérature voluptueuse.

Alfred de Musset (1810-1857), le célèbre poète. Sous le rapport littéraire, il a égalé et parfois dépassé Lamartine et Hugo. Mais au point de vue moral ?... Il a vécu dans la volupté et il a chanté sa vie... Aussi est-il particulièrement pernicieux. Il exprime souvent la vanité des plaisirs, mais il en trace des peintures palpitantes de vie, abreuvées de vraies larmes, émaillées de mots corrupteurs, qui troublent profondément les âmes.

La confession d’un enfant du siècle , espèce de roman en prose, où il déplore cyniquement de ne plus goûter les joies d’un amour pur, est toujours malsain et souvent insipide. Ses Contes en vers et en prose sont intéressants et quelques-uns exquis ; mais beaucoup sont immoraux. Ses pièces de théâtre méritent la même note.

On a publié un recueil de Morceaux choisis , qui, à cause de certaines pages, ne peut être confié qu’à des personnes d’âge mûr. Lire Pages choisies.

.Paul de Musset (1804-1880, frère aîné d’Alfred, dont les pièces, nouvelles et romans sont d’une morale souvent légère... Il défendit la mémoire d’Alfred en répondant à Elle et Lui de George Sand par Lui et Elle. Un auteur plaisant prit part à la querelle et écrivit Eux brouillés... Tout le monde peut lire Monsieur le Vent et Madame la Pluie ; Bavolette.

JOHN-ANTOINE Nau, un jeune cerveau chaotique qui obtint en 1903 le prix G.oncourt popr son roman La force ennemie. Cette œuvre étrange met en scène un fou qui se sait fou, c'est-à-dire possédé par une force ennemie, une âme tombée d’un astre lointain ! La Gennia est « la plus détestable et la plus folle histoire de revenants que I on puisse concevoir ». (Jules Bois).

Mme la Comtesse Matthieu de Noaiîïes, princesse Anne de Brancovan, d’origine roumaine, née en 1876. Son portrait et son panégyrique illustrent les plus belles pages des revues frivoles, et ses œuvres ont provoqué dans certaine presse une « folie furieuse d’admiration ».

Mmc de Noailles est poète ; elle est même, au dire d’un critique, le plus grand poète de l’aristocratie contemporaine. Et, comme telle, elle a proposé à « l’émerveillement de l’élite », premièrement Le cœur innombrable et deuxièmement L'om bre des jours : deux recueils de vers qui rappellent les audaces des idylles antiques, chants et rêve d’une « âme de faunesse » (le mot est de Mme la comtesse) qui aspire, ainsi qu’une parfaite et sensuelle panthéiste, à

Se mêler vivante au reposant mystère

Qui nourrit et fleurit les plantes par le corps !

Mme de Noailles est romancière : elle a publié trois romans. Parlant du premier (La nouvelle espérance ), et en même temps de L Inconstante , par Mmc Henri de Régnier, le Journal de Genève , organe protestant, disait : « Ils sont d’une telle licence que des critiques, qui ne sont pas atteints, comme ils disent, d'huguenotisine féroce, en sont révoltés et crient bien haut que toute mesure est dépassée et qu’il est temps d’enrayer ». (Cité par François Garez , Etudes et portraits contemporains, page 135). Depuis lors, Mme de Noailles n’a rien « enrayé ». Au contraire. Elle a écrit Visage émerveillé et La domination, « à peine un peu moins ridicule que des livres précédents du même auteur », (E. Faguet).

Louis Noir, pseud. de Louis Salmon (1837-19 )l)r exerça divers métiers, fut zouave, rédacteur au Peuple et romancier à la Ponson du Terrait.

Richard O’Monroy, de son vrai nom Le vicomte. de Saint-Gemès, né en 1849, ancien capitaine de cuirassiers. Ses pièces, récits et nouvelles, lui ont valu le surnom de « Gyp militaire )) : ils sont au moins voluptueux.

Guida ( Mlle Louisa Laramée, dite) , romancière, anglaise, née en 1840. Elle vit maintenant à l’hôtel, à Viareggio, comme une<( loufoque)), entourée de quelqueschiens.

Son style alerte, enlevé, la rapproche de Gyp. Ses thèses, sa manière et sa popularité l’ont lait surnommer par certains critiques la George Sand de T Angleterre. Elle est parfois broussailleuse et troptoulïue, mais généralement son pinceau, comme celui de notre romancière, trace des tableaux superbes. Pourquoi faut-il qu’il soit mis au ser vice des idées malsaines, rationalistes et anticatholiques. ( Pascarel ; Le roman étrusque ; Fille du diable ; La comtesse Vassali ; Puck ; Ariana ; La princesse Zouroff ; Le colonel Sabretache).

Parmi les œuvres de cette authoress originale, noussignalons aux personnes d’àge raisonnable : Scènes de la vie de château ; Le chemin de la gloire ; La filleule des fées ; Gèsualdo ; Les Fresques ; Les Clarencieux ; Cigarette ; Amitié. Et aux plus jeunes : Moufflon (enfantin) ; Le petit comte ; Le tyran du village ; Umilta ; Sainte Rosalie aux bois ,

JosÉPHIN Péladan, né en 1859, d’une famille nimoise.. Occultiste, artiste, écrivain étrange qui se proclama, vers- 1893, mage et sàr. « Il est absurde, si vous voulez, et fou, tant qu’il vous plaira, dit Anatole Erance ; mais il a du talent. Toutes ses œuvres « féeries sans raison et pleines de poésie », ont été réparties en diverses séries. La plus

récente est intitulée les Drames de la Conscience et s’ouvre par La Rondache, dédié aux jeunes tilles ! et couronné par r Académie.

« J’aurais peur pour ma raison de vivre avec de pareils livres », dit Charles Le Goflic (Les romanciers d'aujourd’hui, page 286). Un jeune homme sérieux qui aurait cependant la témérité ou plutôt le courage de les lire, devrait craindre en outre pour sa foi et pour ses mœurs. Les lecteurs expérimentés trouveront dans certains de ces ouvrages un écrivain ardent qui peint avec abondance les vices de notre civilisation pour les flétrir.

BENITO Perez Galdos, né en 1845, romancier espagnol, que le caractère de son œuvre et sa manière ont fait comparer à Dickens et Erckmann-Chatrian . Ses œuvres sont avant tout des instruments de propagande anticléricale. N’a-t-il pas attaché son nom à Eleclra, drame anti-religieux dont la représentation a naguère excitétant de haines et de troubles ?

Camille Pert, de son nom véritable Louise-Hor- TENSE Rougeul, née Grille, romancière à thèses, fondatrice d c L'Informateur des gens de lettres et des lettrés.

Ses romans très hardis roulent sur les questions sociales, ou la psychologie conjugale ; ils défendent, au nom de la morale indépendante, les droits de la femme, avec une bonne foi, une logique, une sûreté d’observation et un style dignes d’une meilleure cause. La loi de l'amour; Leur égale ; Mariage rêvé; Les florifères ; La camarade ; Le dernier cri du savoir-vivre ; Le livre de la femme (Enquête sur le travail féminin) ; romans-feuilletons dans les grands journaux.

Charles Pettit, jeune écrivain qui a parcouru la Chine dans tous les sens et a tiré de ses impressions de voyage deux romans : Les amours de Li-Ta-Tchou tableau de la Chine contemporaine ; massacres et vices

décrits avec couleur et sincérité) ; Le Chinois de AP11*" Bambou (vue du Japon prise par un Chinois et chargée de dissertations). L’auteur s’est aussi essayé dans le roman parisien, mais son Déclassé n’est pas réussi, et il n’est pas plus édifiant que les précédents.

Charles-Louis Philippe, un jeune candidat au prix Concourt. Œuvres galantes et licencieuses, d’un style étrange, obscur et difforme.

Alexandre Pouchkine, (1799-1837), poète et romancier russe, disciple de Byron, dont les œuv res révolutionnaires et licencieuses ont eu, en leur temps, chez les Russes, un succès considérable. Tout le monde peut lire, dit-on, La fille du capitaine .

Marcel Prévost, né en 1862 à Paris, fils d’un sousdirecteur de contributions indirectes. Elève des jésuites, polytechnicien, ingénieur des tabacs jusqu’au jour où il obtint par ses romans le grand succès dont il jouit encoreaujourd’hui.

Marcel Prévost est l'un des romanciers les plus pervers que nous ayons aujourd’hui, dit Y Ami du Clergé ; mais comme il est aussi pour tout un public féminin trop peu averti, un docteur ès-sciences de l’amour et de la... morale, nous croyons utile de nous appesantir un peu sur son œuvre.

Romans, nouvelles, contes, lettres, forment une vingtaine de volumes Ils sont presque tous à proscrire.

Les uns nous font assister au réveil ou à la hantise de l’amour chez les adolescents. Les autres étalent des âmes qui ont conservé de leur éducation première la notion nette de leurs devoirs moraux, des âmes religieuses et féminines pour la plupart qui, après avoir ressenti et analysé longuement, très longuement, les sensations delà volupté, sont travaillées par le remords et finissent par conclure contre tout ce qu’elles ont fait et aimé. «Ce qu elle est exquise et d’un raffinement bien corrompu?

cette idée du péché, dit un critique anticlérical, surtout lorsqu'elle est ressentie par ces aines jeunes et ardentes d’adolescents . . . Ce leur est — et c’est aux lecteurs aussi par ricochet — une singulière volupté que de mêler aux troubles de l’amour l'émoi profond et perfidement exquis de la conscience qui n’est plus en repos et qui s'efforce de retenir l’être tout entier, grisé d’avance et entraîné par une force magique vers celle qu’il a élue. Nous y sentons un raffinement du plaisir, une exaltation du sentiment de la volupté par celui de la faute...» (Jules Bertaut).

Les procédés de Marcel Prévost sont donc, au point de vue moral, éminemment pernicieux. Les sujets qu'il choisit ne le sont pas moins. « Ils sont constamment scabreux,dit Ernest Charles ; ils le sont systématiquement... Ce ne sont même pas des histoires d’amour ; ce sont des histoires de femmes, qu’il étale devant nous comme du linge sale, mais parfumé. . . Il traite de l’amour sensuel et il ne retient de l’amour sensuel que ce qu’il y a de plus choquant. . . C’est un commis-voyageur pervers et désobligeant qui, dans ses histoires, fait intervenir l'Eglise et le clergé... » (La littérature française d'aujourd'hui, page 174).

« Je vois bien, dit Jules Lemaître, que, dans ces romans, il y a moins de gros mots que dans les livres de M. Zola, mais je doute parfois qu’il y ait plus de chasteté. » (Les Contemporains , Ge série, page 334 .

Nous épargnerions volontiers ces flétrissures aux Vierges folles (Lèa, Frédérique) ; deux volumes qui sont moins sensuels, et ont, de ce fait, obtenu moins de succès que les autres. L'accordeur aveugle est une petite romance sans portée.

Les Lettres à Françoise qui ne sont point licencieuses et contiennent de bons conseils mondains, ont obtenu un élan d enthousiasme inouï : des perruches troublées ont écrit à 1 auteur une multitude de lettres qui ont servi à

augmenter la 60e édition de l’ouvrage et à en faire un bréviaire pour l'éducation !

Monsieur et Madame Moloch est une œuvre plus sérieuse. L’intrigue est insignifiante et le récit sent par lois l’opérette. Mais l’ensemble est intéressant d’Allemagne caporalisée qui est toute l’Allemagne est vigoureusement décrite ; la haine de l’Allemagne pour la France et pour tout ce qui n’est pas la force brutale est mise en relief d’une façon saisissante.

Michel Provins, de son vrai nom Lagros de Langeron, romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire de Waldeck-Rousseau. Né en 1861. Romans et nouvelles dialoguées sur la haute société parisienne ; le tout très libre.

Hugues Rebeli,de son vrai nom Georges Grassal, (1869-1905 . Romans très licencieux ; œuvres de critique littéraire qui n’envisagent guère que l’influence des femmes ; L’ Union des trois aristocraties, brochure dirigée contre les Universités populaires.

Henri de Régnier, né à Honfleur en 1864, marié à Mellc de Hérédia (en littérature Gérard d’Houville), poète, conteur, romancier, collaborateur à La Revue des Deux Mondes , à La Revue de Paris , au Gaulois , etc. 14 ou 15 volumes de vers, quelques volumes de contes, 6 ou 7 romans.

Au point de vue littéraire, il a imité et très habilement pastiché le XVIIIe siècle ; son style, ses tendances, ses mémoires et ses anecdotes l’ont fait comparer à Hamilton, ou encore à ces gentil hommes d’autrefois qui, retirés dans leurs terres, racontaient avec une verve impitoyable les incidents croustilleux auxquels ils avaient été mêlés.

Au point de vue moral, l'un de ses amis le juge ainsi : « 11 ne tombe jamais dans ce travers à la mode qui est de vouloir un but moral à la littérature..., il se nourrit de libertinage et d’épicurisme » (Paul Léautaud). Aux

premières pages d’un de ses romans, il dit lui-même : <( Je n’ai jamais cherché, en écrivant, quoi que ce soit d’autre que le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile (Les rencontres de M. de Brêot , prélace). Ses derniers ouvrages n’ont fait qu’accentuer cette impression.

JULES Renard, né en 1864, romancier et humoriste, i’un des fondateurs du Mercure de France , membre de l’Académie des Goncourt.

Ses romans et nouvelles, même ceux où il dépeint avec une grande finesse et une vraie saveur les paysans et les enfants, sont généralement obscènes. Nous ne faisons exception que pour Le.s Bucoliques ; Histoire naturelle , et Poil de carotte , histoire d'un enfant roux et laid, maltraité par sa mère, livre qui consacra sa réputation. Son dernier ouvrage, Le vigneron dans sa vigne , est un petit chef-d’œuvre où l’auteur, sous forme de contes, de dialogues et de monologues, peint, tour à tour, l’homme, les bêtes et les choses ; mais là, comme ailleurs, il y a des pages inconvenantes et malpropres.

Antonin Reschal, de son vrai nom Antonin Arnaud Sa littérature, dit un critique ami, est comme ses Pierrette , parfumée au trèfle incarnat, parfum peu délicat et peu distingué, mais très fort et très agréable à la clientèle des journaux passionnels.

Xavier de Ricard, poète et écrivain languedocien, né en 1843. Fils du général de ce nom, et actuellement conservateur d’une annexe du Musée du Louvre, il n’a guère fait que de mauvaise politique et de mauvais livres : Idylle d'une révoltée , etc.

Jean Richepin, né à Médéah en 1849, normalien romancier, auteur dramatique, et avant tout poète à 1 imagination exubérante et au verbe sonore.

Parmi ses poésies, nous citons La chanson des gueux,

qui lui valut un mois de prison et 500 francs d’amende ; Les blasphèmes , débordants d’impiétés.

Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, Jean Richepin se distingue par son admiration à l’égard desrévoltés, ses crudités rabelaisiennes, la hardiesse et l’étrangeté de ses peintures de mœurs, et enfin par ses préférences envers les êtres anormaux ou dépravés, les saltimbanques, les bohémiens, etc. Il voit obscène, dit Jules Lemaître ; ses images deviennent toujours et invinciblement grossières, viles, choquantes, même aux. yeux les plus païens du monde.

EDOUARD Rod, littérateur et romancier français, né à Nyons (Suisse), en 1857 ; professeur à la Faculté de Genève, pendant quelques années.

D’abord fervent disciple de Zola, il appliqua, dans sespremiers romans, la formule naturaliste : Palmyre Veulard ; Tatiana Leiloff ; Côte à Côte (pages libres,, satire du catholicisme et du protestantisme) ; etc.

En 1885, il abandonna la manière de cette école, et fit ce qu’il appelle de l’intuitivisme : La course à la mort ; Le sens de la vie ; Les trois cœurs ; Névrosée , qui appartiennent à cette série, tendent à montrer que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Ils sont pessimistes et tristes : c’est du Sclmpenhaüer en action, dit un critique.

Tous ses autres livres dégagent plus ou moins le mêmerelent ; ils laissent cette impression que le devoir* même héroïquement accompli, ne rend pas heureux ; par exemple Le silence .' Ils font conclure qu’il est souvent dangereux d’être honnête, et ils assignent le suicide comme dernier refuge (c’est le titre d’un roman dont les deux héros se tuent), comme seule issue d’une vie tristeet inutile. Même Mc,,c Annette , qui est un roman honnête, tend à prouver que le sacrifice est vain et qu’il doit trouver en lui-même sa récompense, s’il veut en avoir une. L’ombre descend sur la montagne est l’histoire-

chaste d’un adultère ; la thèse est morale, mais elle devient immorale par la conclusion qui s’en dégage.

Les intentions de l’auteur peuvent être bonnes: Le sacrifice est meme un livre noble et réconfortant ; au fond, il a, ainsi qu’il s’exprime lui-même, lame d’un croyant tombé dans le scepticisme ; il semble même se rapprocher du catholicisme, et ses romans sont souvent l’apologie de la bonne conduite ; s’il étale le vice, c’est pour nous en faire rougir, ou nous en éloigner. Autre exemple : L’incendie est très peu moral dans le sujet ; mais il prêche la prudence, en invoquant cette considération que nos actes ont leur retentissement sur tout notre avenir. Cependant, cet étalage de désordres, cette exaltation de l’amour, maître souverain de la vie, ses études du cœur humain creux et plein d’ordures, selon le mot de Pascal, ses tendances calvinistes, son scepticisme, ses complaisances pour l’orgueil, gâtent ses meilleurs ouvrages et neutralisent tout l’effet de ses bonnes intentions.

Dans un roman où cet écrivain calviniste étudie la responsabilité de l’auteur qui publie des ouvrages malsains (Au milieu du chemin ), on lit cette réllexion : « Une paisible lampe éclaire le travail du penseur penché sur sa page blanche, l’àme pleine d’intini. Pendant qu’il accomplit sou œuvre..., des phalènes étourdies papillonnent autour de la lampe et se brûlent contre le verre. Fallait-il donc éteindre la lampe, fermer le cahier, laisser mourir les idées ? » Quoiqu’il en soit, Edouard Rod continue son œuvre : toutes les « phalènes étourdies qui circulent dans le rond de lumière que l’abat-jour projette devant lui, ne mourront pas toutes : mais elles seront toutes frappées...,.

Cependant, les jeunes gens très sérieux pourront lire avec iliclle Annette et Là-Haut , les deux romans sociaux récemment parus : Le vainqueur ; L’indocile.

J. H. Rosny, un seul auteurendeuxpersonnes.de-

leur vrai nom Justin et Joseph-Henri Boëx, frères par le sang et par le talent.

Nell horn (mœurs londoniennes dans tous les milieux), son premier roman, s’inspira de l’école naturaliste à laquelle il appartint d’abord.

En 1887, après le manifeste des Cinq , Rosny créa un .genre nouveau dont le fondement est le culte de la science. Dans les romans de cette série, toutes les sciences sont représentées, même la préhistoire, tous les ^personnages sont des savants ou demi-savants qui agissent d'après les principes scientifiques.

Ses ouvrages de la dernière manière sont moins (( extrahumains » : mais ils ne sont pas moins subversifs -et immoraux. {Daniel Valgraive; L’impérieuse bonté ; Indomptée , etc.)

Les livres de Rosny ne sont guère lus : ils sont Jieurtés, incohérents, farcis de sciences et de néologismes, et construits en dehors de tous les procédés courants. Ils ne sont pas à lire, p^rce qu’ils sont opposés .à la foi et aux mœurs : ils tendent à substituer au culte de Dieu le culte de l’humanité, ils ramènent la morale à un principe scientifique, et la résument dans le sequi naturam ; enfin ils font de l’adultère ou de l’amour coupable,« l’indomptable instinct qui veut un renouvellement de la sélection. »

Cependant Les retours du cœur et La Fugitive (recueils de nouvelles) sont moins agités ; Le docteur Ilarambur ; Les Corneiltes ; L’aiguille d’or ; Le Millionnaire et Les Fiançailles d’Yvonne peuvent être lus à peu près par tous.

Marie-Létizia de Rute, (princesse Bonaparte - Wyse, princesse de Solms» puis comtesse Ratazzi, œt enfin Mrac), née en 1833, a publié des travaux littéraires •<le tous les genres, et sous de nombreux pseudonymes ; vicomte d’Albens, vicomte de Tresserve, Camille Bernard, baron Stock, Louis Kelner ; elle a fondé aussi La

Nouvelle Revue internationale. Toutes ses œuvres sont médiocres et ses romans mauvais.

Han Ryner, de son vrai nom Hans Ryner, ou Henri Ner, ancien professeur, philosophe et littérateur, né eir Algérie d’une famille norvégienne.

<( Insoucieux des convenances, tragique et fangeux, comme la vie, brutal et simple comme une étude médicale », tel est, d’après la préface de l’auteur, l’ouvrage* intitulé Le Soupçon ; tel est aussi l’ensemble de ses* œuvres.

Léopold Sacher-Masoch, ' célèbre romancier viennois de race juive (1835189a), dont les œuvres nombreuses ont eu beaucoup de vogue en France et à l’étranger.

Il a dépeint avec une rare perfection de style, la vie et les mœurs des Galiciens, des Polonais et des Petits- Russiens ; au point de vue littéraire, on l’a comparé à Charles Nodier.

En morale, il procède de Schopenhauer, du bouddhisme et de Darwin : il envisage l'amour comme la guerre dessexes, la propriété comme une injustice, la guerre comme un meurtre, l’effort comme le seul bonheur, et la mort comme la seule libératrice. Mettons seulement à part Le nouveau Job (biographie vraiment édifiante d’un paysan galicien).

Saint-Georges de Bouhélier,( Georges de Bou hélier-Lepelletier, dit), né à Rueil en 1876, chef del’école naturiste. Cette école nous montre que ces « phénomènes spirituels, si singuliers, dans lesquels les âmes serejoignent, s’influencent, se fécondent et enfin se séparent, ne sont, en somme, guère différents de ceux qu’expose la chimie. » (Préface du roman Julia). D'autres romanciers, dissertant de l’amour et de la vie morale, ont emprunté à la cristallographie, à la géométrie, à l’électricité, à l’astronomie, etc., des théories, des analogies et

des lois qui expliquent et même justifient les pires désordres... L’idée est ancienne ; elle porte en littérature le nom nouveau de naturisme !

' Inutile d’ajouter que les romans de cette écolev sont dangereux et immoraux.

Edouard Schiaré, philosophe, poète, romancier et historien, né à Strasbourg en 1841, collaborateur à la Revue: des Deux Mondes.

Parmi ses romans, nous citons L'Ange et la Sphinge , roman-poème sensuel, qui conclut à l’impossibilité de retrouver la paix pour une âme troublée par les passions ; Le double (roman .étrange et, vigoureux, semble prouver que le bonheur et la liberté résident dans le sacrifice et la bonté).

MARCEL Schwobj jeune littérateur et poète, mort en mars 1905. C’est un lettré raffiné, mais corrompu, dit Charles Maurras. Ses quelques œuvres dénotent une connaissance approfondie de l’antiquité et du moyen-âge ; mais elles ne sont pas morales.

Armand Sîïvestre (1838-1901), poète lyrique et surtout célèbre conteur, dont les œuvres éparses rempliraient 20 volumes.

11 s’est inspiré des fabliaux du moyen âge qu’il a revêtus de son style harmonieux et attrayant ; et il a composé une quantité de gaudrioles grassouillettes, pantagruéliques et sales, contes de corps de garde, incongrus et mal odorants.

On ne peut pas dire, qu’il est intentionnellement, dans l’ensemble de ses contes, voluptueux, lubrique et sensuel, il l’est souvent, mais ce qui le caractérise, c’est la scatologie. C’est dans ce genre qu’il s’est fait un nom : ses types, ses périphrases, ses mots, feront longtemps les délices des amateurs de haute graisse.

Il semble, que de là au Parnasse (le rapprochement, ou, si l’on veut, le jeu de mots, est d’un critique très

•académique) il y ait très loin : le conteur mal élevé fut cependant poète, et ses recueils lyriques, rêveries de panthéiste, en valent, dit-on, bien d’autres, au point de vue littéraire.

« La gaieté de nos pères et d’Armand Silvestre est parmi les choses les plus fétides qui soient, étant donné qu’elle trouve ses meilleurs effets dans la scatologie, la pornologie et la gynécologie, » (P. Véber, Vie de Bill Sharp).

Nous trouvons seulement en dehors de ce dépotoir : Floréal et La Russie, impressions, portraits, paysages.

LÉO Taxil, de son nom Gabriel Jogand-Pagès,

(1854-1907). Après avoir attaqué la religion et l’Eglise dans des romans immondes qui lui valurent plusieurs condamnations, il.se déclara converti en 1885 et entreprit contre la Franc-Maçonnerie une lutte retentissante au succès de laquelle de nombreux catholiques contribuèrent largement. . . Cette volte-face n’était, hélas ! que mystification, ainsi qu’il le déclara cyniquement dans une réunion publique, en 1897 : il fut dans cette circonstance traité de « crapule ». Le mot convient à l’homme et à ses oeuvres.

Guy de Téramond, de son vrai nom Edmond Gau lier» né en 1869. Outre Schmamha et Glorieuse canaille (c’est ainsi que l’auteur appelle les soldats des compagnies de discipline), il a publié des romans voluptueux et même immoraux, où il semble se complaire à d’audacieuses révélations conjugales et aux sujets les plus scabreux. La Revue Fèmina où il donna Le seuil du bonheur l’appelle « un jeune et délicat romancier. »

Gilbert- Augustin Thierry, fils d’Amédée Thierry et neveu d’Augustin, né en 1843. Partant de ce principe -que « le roman doit être une enquête ëur l’inconnu », il est arrivé à publier sur l’occultisrne, la suggestion, etc., des œuvres étranges qui tendent à nier le libre arbitre :

Mar fs,, le palimpseste : La Tresse blonde , etc. A ajouter La Savelli, roman passionnel sous le second empire.

Edmond Thiaudière, ancien avocat, poète, romancier, philosophe humanitaire et publiciste, né en 1837.

Ses ouvrages, publiés sous son nom ou sous les pseudonymes de Edmond Thy , de Lord Humour , et de Frédéric Stampf , sont irréligieux ou immoraux. Sesderniers volumes La réponse du Sphinx , notes pessimistes et surtout La conquête de /’ infini accusent chez: l’auteur que ses confrères appellent « le bon Thiaudière», une orientation sérieuse vers les idées chrétiennes.

Marcelle Tynaire, alias Marcelle Chasteau, mariée au graveur Julius Tynaire, née en 1872. L'une des femmes de lettres les plus « artistes », les plus anticléricales et les plus licencieuses de notre époque.

Léon Tolstoï, né en 1828, écrivain et réformateur russe, d’une renommée universelle.

Il a entrepris d’enseigner au monde une doctrine nouvelle, mélangée de mysticisme, de socialisme, de rationalisme et de nihilisme, dont il vaticine les dogmes,, envers et contre tout, au mépris même du saint synode qui Ta (( excommunié. »

Il porte, en conséquence, sa réflexion sur toutes les manifestations de l’àme humaine, et comme il trouve à tout des inconvénients, il détruit tout : pas de lois, pas de juges, pas d’armée, le retour à l’ignorance, à la simplicité d’esprit et à la vie austère, l’affranchissement de toute délicatesse et de tout confortable. Voilà sa morale. Et cette morale, il s’efforce de l’appliquer lui-même: il s’est dépouillé volontairement de tous ses biens et, plus d’une fois, après avoir sollicité, en faveur des affamés, les générosités des nations, il a tenu table ouverte aux miséreux.

Cette morale, où tout n’est pas à rejeter, manque malheureusement d’appui : Tolstoï ne croit même pas à la vie

future. Quant à la religion, bien qu’il la mêle à tout dans sa vie, il ne la respecte pas ; et, s’il a de belles pages sur l'Evangile, il en fait un système abstrait et impersonnel d’où le Christ est absent.

Comme tous les écrivains de sa race, Tolstoï est atteint de cette commisération qui va surtout aux gens dépravés et qu’on a appelée « la pitié russe » : il attendrit ses lecteurs presque exclusivement sur les détresses du bagne et des mauvais lieux, comme si le malheur n’était touchant que dans le crime et l’abjection (Maleswa dans Résurrection , etc.)

Ces doctrines subversives et ces immoralités d’ailleurs peu dangereuses n’empêchent pas La guerre et la paix ; Anna Kérénine et Résurrection , d’être des chefsd’œuvre d'art et de littérature.

On pourra lire, en outre : Souvenirs d'enfance , Tourmente de neige , Katia , Y van le Terrible, Mort d’Ivan le Terrible , Le prince Serabriany , Poulihoucha , Pourquoi Von tient à la vie, La mort , etc., etc., Pages choisies. On y trouvera des épisodes atroces à la manière slave et peut-être des détails répréhensibles : il n’y en a pas de scabreux.

Mario Uchard (1824-189.'!), graveur, musicien, romancier et auteur dramatique, qui eut une vie très agitée.

Sa pièce la plus célèbre est Fiammina. Parmi ses romans, qui sont presque tous immoraux, nous ne recommandons même pas Mclle Blaisot et Joconde Berthier .

Louis uibach (1822-1889), littérateur qui pose en directeur de conscience à la manière de Dumas fils. Sesouvrages très nombreux sont suspects ou immoraux. Ou peut lire cependant L'Espion des Ecoles ; Le parrain de Cendrillon (chrétien).

Pierre Valdagne, de son vrai nom Lucien Louis*

(Paris, 1854), collaborateur de La Vie Parisienne , auteur de romans immoraux.

Fernand Vandèrem, (Paris, 1864 . chroniqueur et romancier. La Cendre et Les deux Rives constituent ses .principaux tilres littéraires.

Jane de la Vaudère, (Paris, 1862), auteur de romans passionnels où sont décrits de préférence les combats, les tortures et les débauches de l’Inde, de l’Indo-Ghine, du :Siam et de l’ancienne Egypte.

L’ Anarchiste (et 5 autres nouvelles étranges, mais propres); L* Expulsée (histoire d’une ancienne élève des religieuses) tranchent cependant sur cette littérature exotique et voluptueuse.

PIERRE véber, né en 1869, auteur dramatique et humoriste satirique, collaborateur à de nombreux journaux. Tous ses ouvrages ne sont pas également étrangers à la morale, et nous ne prétendons pas mettre au même rang Amour ! Amour !... et Chez les Snobs , (satires sur la littérature et l’ameublement). Cependant, nous appli querions volontiers, aux uns comme aux autres, ce mot que l’écrivain prête à une blanchisseuse, dans un de ses romans : « Vrai, ou n’a plus envie d’être honnête ».

Paul Vigné d’Octon, né en 1859, médecin, député radical de l’Hérault, romancier.

Débuta comme beaucoup d’autres par des sujets scandaleux et répugnants : L’Eternelle Blessée ; Fauves

amours ; Le Journal d’un Marin ; L’Amour et la Mort. Lorsqu’il fut en possession d’un certain succès, il abandonna ce genre incongru et composa des écrits plus anodins, honnêtes même, mais non moins mal écrits : Le Roman d'un Timide ; Amours de Nine ; En buissonnant. . .

Alfred de Vigny (1797-1863), poète et romancier, fut au XIXe siècle, « le plus résolu des fatalistes et le

plus indomptable des ennemis de Dieu ». (Ami du Clergé , 1897, p. 248).

L’ensemble de ses œuvres et surtout ses poèmes dénotent un esprit antichrétien, froidement impassible et orgueilleux (Les destinées). Ses autres poésies sont molles et alanguissantes .

Parmi ses livres en prose, nous citons : Servitude et grandeur militaires (le soldat est le paria de la société, mais il a aussi sa grandeur ainsi que le prouvent trois superbes récits) ; S tello (montre par trois exemples que le poète est aussi un paria et qu’il n’a rien à espérer du monde); Cinq Mars (roman historique attachant, cruautés et grandeur de Richelieu.)

Renée Vivien, (Londres, 1877), femme de lettres et surtout poète. Elle est, en poétique, le disciple et l'émule de Sapho dont elle a traduit les œuvres : elle chante la femme et l’amour des vierges. Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, elle est voluptueuse et impie.

Willyj de son vrai nom Henri Gautiers-Villars.

né à Villers-sur-Orge (Seine-et-Oise) en 1859. Fils d’un éditeur scientifique, il s’occupa d’abord de poésie, d’his toire et de sciences; il collabora ensuite à divers journaux et y créa un genre de critique musicale, semée de fantaisies sarcastiques et de calembours (Les lettres de Vouvreuse , etc.)

Ses romans, et surtout ses quatre Claudine ont eu un succès immense. Nous ne pouvons pas dire qu’ils sont immoraux. La Croix de Reims (octobre 1903), pour avoir osé le prétendre, fut obligée par l’irritable et facétieux auteur, d’insérer tous les jugements critiques rectifiant son appréciation. Nous nous contenterons de citer quelques témoignages : Vivante à la façon des bêtes, Claudine obéit à tous ses instincts (Revue dorée , novembre 1902) ; il émane d’eux une volupté inavouable [G il Blas) ; Willy

est parvenu à se faire classer comme auteur systématiquement immoral, parlons net, comme un écrivain faisant métier de pornographie. . . Les Claudine sont évidemment des livres malsains. pervers, scabreux, scandaleux... Minne n’est qu’une réplique industrielle à l'heurcusesérie terminée des Claudine. Les égarements de Minne sont d’une immoralité dont on peut seulement dire pour l’excuser qu’elle est loyale. Quant a la Mome Picrate, à La Maîtresse du Prince Jean , à Maugis amoureux , ils constituent exactement ce que l’on nomme par tous pays de la littérature pornographique. (Revue bleue, 7 octobre 1905, page 476;.

On trouve en dehors de ce cloaque: L’odyssée d’un petit Cévenol , publié sous le nom d’Henry Gantiers- Villars et La Bayadère.

ALBERT Wolff (1835-1891), un des oracles du Figaro romancier et auteur dramatique dont on connaît surtout Les Mémoires d’un Parisien (6 volumes). L.Veuillot l'a appelé « Lupus le respectueux », et J. Lemaître « le Georges Ohnct de la Chronique » : il a eu, en effet, commechroniqueur, le talent de plaire à ses lecteurs, en leur parlant toujours de manière à ne pas les heurter ni lesdépasser.

Pierre, son neveu, fait des livres du même genre.

A la suite de ces auteurs qui sont plus généralement connus, nous croyons utile de dresser une liste d’écrivains, dont les romans, moins nombreux ou moins répandus, méritent la même note au point de vue moral, ou sont au moins très suspects :

Léonidk Andreiefî, dans Le Gouffre. — Paul Avenel. (1823-1902), chansonnier, auteur dramatique et romancier. Hippolyte Babou.- Jacques Ballieu.— Le fumiste Tristan

Bernard. — Arthur Bernède, anticathoPque et obscène. — Paul Bertnay, feuilletoniste du Petit Parisien. — Emile Blavet, chroniqueur.— Robert de Bonnières (1850- 1905), caustique et sensuel. — Jean Bosc, auteur du Vice Marin. — Mrac Amélie Bosquet, auteur du Roman des Ouvrières, m ortéen 1904et enterrée civilement.— Marcel Boulenger, né en 1873. — Alexandre Boutique, très înaurais. — Paul Brûlât, un agressif qui proclame la souveraineté absolue de l’écrivain. — Maurice Buret. — M,nc Cardeline, dans ses Destinées rivales. — Jean Carol. de son vrai nom Louis Westhau^er, dont les descriptions : Chez les llovas ; Au pays rouge , sont intéressants. — Mmc J. -H. Caruchet. — Mcllc Cécile Cassot. — Nonce Casanova, dans ses romans physiologiques et antiques très brutaux. — 11. Céard. ami de Zola. — Chincholle (1843-1 902), a u moins dans ses romans.— André Couvreur, né à Seclin en 1865, dans ses romans médicaux et obscènes. — Gaston Derys. — Diraison, alias Olivier Seylor, né en 1873, ancien officier de marine destitué à la suite de la publication des Maritimes. — Laurent Doillet. — Ducray Duminil. — Louis Dumur, poète et auteur de Pauline. — Victorien Dussaussay. René Emery. romancier passionnel. — Francis Enne (1844-1891), dans ses infâmes Brutalités. — Etincelle, de son vrai nom Henriette Biard d'Aunet, comtesse de Peyronny (1848-1897), auteur de L'irrésistible, etc. — Robert Eude. Maxime Formont, dans ses romans, nouvelles et poésies. — Ferri-Pisani, neveu de George Sand, un lycéen, auteur des Pervertis.

— M'nc Marie-Louise Gagneur (1832-1902), romancière anticléricale, dont les romans furent interdits dans les bibliothèques des gares, en 1874. — Alphonse Georget, dans sa collection : Paysages de la vie contemporaine .

— Auguste Germain. — Emmanuel Gonzalès. — Emile Goudeau, mort en 1906. — Gustave GuittOD. auteur de romans physiologiques et antialcooliques. — Charles- Henri Hirsch, dans ses œuvres de galanterie. — Jules

Hoche. — Clovis Hugues (1851-1907), poète, romancier et député, dans ses quelques romans ( Les chansons de Jeanne d'Arc sont admirables). — Gustave Kahn, poète symboliste et romancier. — Paul Lacour, analyste de l ame et de la chair féminines. — Ernest Lajeuneése. — Maurice Landay, dans sa littérature chirurgicale. — Le comte Gabriel de La Rochefoucauld, descendant de l’auteur des Maximes, dans l’Amant et le Médecin . — Jean de La Hire,de son vrai nom Adolphe Lepic, ancien éditeur parisien. — Paul Léautaud. — Jules Lermina, dans ses romans spirites et historiques ; nous ne connaissons pas ses romans d’aventures. — Mel,e Lorenty. — Auguste Luchet, le destructeur de la famille. — Valentin Madelstamm. — Paul Mahalin. — Henry Maisonneuve. — Marc Mario, de son nom de famille Maurice Jogand. — René Massia. — Jules Moinaux (1825-1896), père de Courteline. humoriste outrancier, qui a produit de bonnes choses : Les deux Aveugles , etc., etc. — M. A. Monnet. — Jean Morgan. — Michel Morphy. feuilletoniste souvent pornographique. — François de Nion (Pierrefonds, 1854) collaborateur à ïEcho de Paris. — Félix Platel, alias Ignotus. exception faite des Hommes de mon temps (deux séries de Portraits). — Poinsot et Normandy, dans leurs romans de détraqués. — Octave Pradels, dans ses romans gais et dans ses poésies. — Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery (Périgueux, 1862), femme d’Alfred Valette, directeur du Mercure de France ; elle se plaît à étudier les Messalines modernes. — G. de Raulin,dont les œuvres sont de la a crapulerie parfumée ». — Paul Reboux(15 volumes de vers et de romans). — Ernest Renan, dans L’abbesse de Jouarre. — Restif de la Bretonne (1734 1806), écrivain étrange et très fécond, qui publia 150 volumes où il raconte ses écarts et ceux des créatures dépravées, justement nommé le Jean-Jacques du Ruisseau. — Daniel Riche. — Paule Riversdale. — Henri Rochefort. — Mu‘ Rolland. — Le marquis de Sade (1740 1814), mort à

Charenton,où Bonaparte l avait fait enfermer, célèbre par son érotisme morbide et cruel, qu’on a appelé depuis le sadisme. — Sainte-Beuve (1804-1869), le célèbre critique poète, auteur de Volupté , roman fameux d’un rêveur sensuel. — Camille de Sainte-Croix. — Saint Juirs, pseudonyme de Louis Delorme, né en 1848. — Robert Scheffer, dans Le Chemin nuptial , Misère royale , Idylle d'un prince , romans très hardiment licencieux. — Laurent Surville, petit-neveu de Balzac. — Léopold Stapleaux et Ses Viveuses. — Mmc Thilda, de son nom véritable M816 Stevens (1835-1886), dans Les Péchés capitaux. — Mmt Claire Vautier. — Valéry Vernier. — Pierre Véron (1831-1900), l’auteur de Paris vicieux. — F. Viilars. — Maxime Villemer,a lias Mme Violet. feuilletoniste. — Xanrof. anagramme de fornax , et pseudonyme de Léon Fourneau. (Paris, 1867) romancier et auteur dramatique à grosses fantaisies, dont tout le monde peut lire cependant La vocation du petit Paul. — Baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt, née de Rothschild (Paris, 1868), lyrique exaltée et souvent sensuelle.

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OU

Romanciers dont certaines œuvres peuvent figurer dans la bibliothèque des gens du monde et être lues

par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs.

Souviens-toi de te méfier.

(Devise de Mérimée).

Nous rangeons, sous cette même enseigne, les feuilletonistes, les psychologues, les analystes, les romanciers à thèse, les écrivains politiques et sociaux, les peintres de la grande vie, etc., en un mot, les auteurs mondains qui, sans être à proscrire — au moins avec autant de rigueur que les précédents, — prennent dans leurs romans passionnés, légers, tant de libertés avec la morale ou le vrai, qu’ils doivent être considérés plus ou moins comme suspects, et ne peuvent pas être lus sans danger, sinon par des esprits prévenus, par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs.

Il y a d’abord les bâcleurs de « copie », les. producteurs de « littérature marchande », dont.

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les noms s’étalent sur des affiches affriolantes detoutes couleurs, et dont les œuvres s’éditent, en deux ou trois parties, au rez-de-chaussée des journaux à grand tirage.

Ces écrivains, qui veulent surtout atteindre la foule, ne dépeignent pas généralement l’abjection innommable ; ils détestent l’obscénité, mais ils poussent très loin l’analyse de la passion, ils mettent en scène le vice courant, ils l’interprètent d’une manière courante, ils le font agir en des pages plus ou moins lascives, au milieu de scènes de poignard, de prison, de duel, de trahison, et, brochant sur le tout, ils jettent une littérature quelconque, une psychologie de convention et toujours une intrigue à effet où la fameuse théorie des « pêches à 15 sous » joue le principal rôle. Tels sont Boisgobey, Decourcelle, Mary, Montépin, Richebourg, Capendu, Delpit, Demesse, Guéroult, Révillon, Sales, etc., etc.

Vient ensuite toute une série d’analystes, de psychologues et de romanciers à thèse. L’anatomie morale est aujourd’hui la grande force et l’un des procédés les plus en vogue de la littérature romanesque ; elle a remplacé ou plutôt transformé le roman de sentiment où le récit se développait assez souvent avec la limpidité d’une vie toute simple et toute paisible et elle a inspiré toute une collection d’ouvrages où la vertu ne joüe qu’un rôle de comparse ou d’utilité.

Ces écrivains sont portés à considérer la vertu

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comme l’apanage d’êtres exceptionnels, et en tout cas comme un « lieu » dépourvu d’esthétique et d’intérêt littéraire ; ils veulent en ignorer le prix, et même ils prétendent en ignorer l’existence. A l’instar des reporters de faits divers journaliers,, qui laissent dans l’ombre les beaux et multiples gestes de la probité, du dévouement et de la charité, pour ne relater que les assassinats et les beaux vols, ils se portent de préférence vers les âmes agitées par le vice, et, parmi les vices, ils choisissent souvent le plus perfide et le plus susceptible d’émouvoir les mauvais instincts...

Mais on n’aborde pas impunément de pareils sujets, et les livres dont nous parlons portent la peine de leur ennoblissement scientifique. Ils sont généralement frivoles, légers, passionnés et, à certaines pages, très scabreux; s’ils peuvent fournir à quelques-uns une leçon efficace ou une récréation passagère, iis renferment pour la majorité des âmes un immense danger.

En effet, si ces romanciers ou presque tousr feuilletonistes et analystes, démasquent et flétrissent les vices, c’est après en avoir tracé des descriptions qui engendrent dans l’esprit du lecteur une tentation toujours renaissante. Ils dépeignent l’amour-passion en traits fort vifs et avec une complaisance qui se confond aux yeux du lecteur avec une demi-complicité ; ou bien ils

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jettent au milieu de leurs œuvres, souvent remarquables par ailleurs, quelques pages parfumées d’une odeur sensuelle plus ou moins discrète, en vue d’amorcer ou de retenir un public toujours avide du fruit défendu et qui trouve « bébête » un livre qui n’en porte pas une petite trace ; ou bien •enfin, ils développent avec chaleur une intrigue tourmentée destinée à préparer le mariage classique de la fin.

Ces préoccupations, si naturelles et si sincèrement traduites qu’elles soient, paralysent ou laissent trop dans l’ombre le côté élevé de la vrie que devrait révéler un livre « fait de main d’ouvrier. »

En principe, l’effet de pareilles lectures n’est donc pas moral. On voit bien au bout de la route la censure, la défaite, la punition du vice. Mais, pour le lecteur trop peu averti, la route est si belle, si douce à parcourir, bordée de tableaux si séduisants, et d’autre part les châtiments sont si lointains et à ses yeux si hypothétiques, qu’il •espère bien pouvoir les éviter si, par éventualité et tout en cheminant, il devait lui-même les mériter.

C'est pourquoi, nous pensons qu’en fait, ceS peintures de mœurs si vivement représentées, ces péripéties amorales, ces analyses sentimentales, •ces thèses ou conclusions d’une moralité flottante, ne peuvent pas sans danger être mises entre les

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mains de lecteurs trop jeunes ou trop impressionnables.

Ces écrits présentent, du reste, dans leur ensemble, un autre péril qui, pour être moins sensible et d'un effet plus lent, n’en est pas moins digne d’être signalé, parce qu’il constitue, à differents degrés, le grand mal d’une partie de cette littérature.

Ce qui, dans ce siècle, a perverti le plus decœurs et perdu le plus d’imaginations, ce qui a enfanté le plus de misères, le plus de vices, le plus de crimes, ce qui arrivera devant le trône de Dieu avec le plus lourd cortège de malédictions, ce sont les romans.

Tous ou presque tous tendent à fausser la foi, la conscience et la piété ; ils sèment, dans lesesprits, le scepticisme, l'indifférence ou le mépris pratique à l’égard de tout ce que la religion représente de sacrifices et de renoncements ; ils rendent les liseurs incapables de toute réflexion sérieuse, ils les dégoûtent des instructions et des pratiques religieuses, ou bien ils donnent à leur piété un caractère purement sentimental et faussement émotif.

Ils tendent à fausser le jugement. Ils présentent comme ordinaires des êtres et des états d’âmes exceptionnels, ils égarent les esprits dans l’ordre chimérique, et en les habituant à vivre dans le rêve, leur font perdre la juste orientation de la vie.

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Ils faussent enfin l’âme tout entière, en exaltant l’imagination au détriment des autres facultés. Aussi les personnes qui les fréquentent assidûment ou presque exclusivement, prennent en dégoût ce qu’elles appellent le terre à terre de l’existence ; elles rêvent de situations impossibles, et parfois, en s’efforçant de les conquérir, tombent dans l’extravagance, sinon dans la honte.

Combien de jeunes gens et de jeunes filles ont été ainsi transformés par ces lectures passionnées •et décevantes ! Combien de mondaines oisives ont trouvé dans la vulgaire saveur du roman naturaliste des germes de perdition ! Combien surtout de bourgeois et de gens du peuple, après une lecture mondaine ou passionnée, ont entendu retentir en eux ce cri amer que la Geneviève de George Sand jetait à ses livres : « Vous avez changé mon âme, il fallait donc aussi changer mon sort. »

Ecrivains néfastes, s’écrie un critique dans la préface d’un livre trop célèbre, (i) voilà votre œuvre ! Ce n’était pas assez et de la faim, et du froid, et des maladies, et de tout ce qui accable les malheureux, vous avez doublé la somme de leurs douleurs, vous y avez ajouté les souffrances

(i) John Lemoine, étude sur Manon Lescaut (nouvelle édition, 1864). Ce roman de l’abbé Prévost, chef-d’œuvre de style et de sentiment, s’il montre qu’une âme entièrement possédée par l’amour est une âme perdue, laisse cependant cette impression que les victimes de la passion méritent plus de pitié que de blâme. Rien qu’à ce titre, il est éminemment dangereux pour la jeunesse.

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qui sont les sœurs du luxe et de l’oisiveté, vous avez popularisé la mélancolie ! Et alors nous l’avons vue, cette misère de grand seigneur, monter les escaliers déserts qui mènent aux mansardes, et venir s’asseoir aux foyers des pauvres, comme si les pauvres avaient le temps de rêver et de pleurer. Eh ! qui pourrait te résister, fatale et chère enchanteresse, quand tu viens comme Armide agiter devant nous ta tête souriante à travers les larmes, et secouer sous notre visage ébloui les perles de tes yeux !...

Pour se faire une idée des ravages que produisent, dans la société toute entière, certains livres qui faussent et exhalent ces tristes mœurs, il suffit de regarder autour de soi et de voir le succès qu’obtiennent les journaux à trois ou quatre romans, les illustrés, les livraisons et les brochures à 20, 60 ou 95 centimes.

C’est pourquoi, si nous ne pouvons pas condamner en bloc tous ceux qui liraient quelques volumes de nos romanciers mondains, nous ne pouvons cependant recommander à personne la plupart des livres de cette catégorie ; nous déplorons que des jeunes gens et même des hommes faits, instruits ou non, sans moyens de contrôle et sans contre-poids, fassent ou refassent leur éducation morale et intellectuelle avec un pareil régime de lectures, et nous concluons que la plupart des ouvrages de ces auteurs ne peuvent être donnés qu’avec une grande circonspection

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et lus que par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs.

Il y a pourtant, dans cette catégorie, certains noms qu’il faut marquer d’un trait tout différent.

Ce sont les convertis, ou plutôt les écrivains qui, après avoir offert au public des livres regrettables, paraissent s’être ralliés à une manière qui est, à notre point de vue, plus acceptable ; tels, par exemple, Jean Aicard, Paul Bourget, Boyer d’Agen, Huysmans, Jules Lemaître, Talmeyr, etc.

Ce sont les auteurs qui portent habit de deux paroisses, comme on disait au XVIIe siècle, en d’autres termes, qui dédient une partie de leurs œuvres aux mondains,* et l’autre partie à la jeunesse candide ou aux bonnes mamans ; par exemple, Léon Barracand, Georges Beaume, Gabrielle Réval, etc., etc.

Ce sont aussi des auteurs de romans politiques et sociaux. Il nous a semblé que ces thèses, dont les développements présentent, du reste, assez souvent des pages scabreuses, seraient au moins inutiles à certains jeunes gens et conviendraient plus spécialement à cette seconde catégorie d’ouvrages.

On trouvera enfin dans cette liste nécessairement amalgamée, des noms qui auraient pu figurer, avec autant de raisons, parmi les précédents et même parmi les suivants. Cette confusion n’est

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pas sans excuses. Ceux qui liront avec attention la synthèse de notre œuvre, constateront avec nous que si le principe operatio sequitur esse peut rendre de grands services en philosophie et en psychologie, il devient, quand il s’agit de certains auteurs ondoyants et divers, d’une application très difficile... Tantœ molis ercit ! A vrai dire et au point de vue pratique, il importe peu que notre classification soit parfois en défaut ; puisque nos lecteurs se soucient bien plus des œuvres que de leur auteur, et que ces œuvres sont toujours — à quelque endroit qu’elles soient cités — appréciées avec toute l’exactitude possible, notre catalogue n’en garde pas moins son utilité...

PAUL Acker (Saverne, 1874), jeune écrivain qui mena dans un grand journal une vigoureuse campagne en faveur de Lourdes. 11 a donné, comme romancier* quelques livres qui ne sont pas sans mérite, mais qui obtiendront difficilement rentière sympathie du public catholique : Amant de cœur ; Petites âmes ; La petite Madame de Thianges (une petite bète à plaisirs) ; Le désir de vivre (observation, mais scnlimcntalisme réaliste).

JEAN Aicard, né en 1848. Un vrai méridional, le poète de la Provence et de Pen tance.

Ses poésies ( Miette et Norè, etc.) et ses romans {Le Diamant noir ; Notre-Dame d'amour ; Le roi Camargue ; L’ibis bleu ; Fleur d'abîme ; Le pavé d'amour ; Don Juan 89, etc.) renferment, pour la plupart, à coté de descriptions magnifiques et de sentiments très purs, des peintures lascives, sensuelles et malsaines, et sont.

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à des degrés divers, dangereux au point de vue moral : telle la côte méditerranéenne avec ses splendides décors et ses étangs pestilentiels.

Cependant, l’ensemble de ses œuvres témoigne que l’auteur est travaillé par le problème religieux : Jésus , par exemple, est inspiré par une foi confuse, mais sincère et généralement respectueuse ; La chanson de l’enfant est un recueil d’aimables poésies.

T ata trahit, au plus haut point, cette noble préoccupation : c’est un roman de mœurs provençales et d’éducation enfantine, supérieur au beau Livre des petits , presque un roman chrétien, peut-être l’aube d’une autre âme et, en tout cas, une date dans la vie littéraire de Jean Aicard.

GUSTAVE Ââmard, né à Paris en 1818, mort mégalomane en 1883. Embarqué comme mousse, il vécut quelque temps en Amérique, visita l’Espagne, la Turquie et le Caucase, et, dans une multitude d’ouvrages, décrivit le Nouveau-Monde.

Ses récits, quoique mal écrits, sont souvent pleins de verve : Les Trappeurs ; Les Aventuriers , etc. Quelquesuns, comme Les bois brûlés ; Le robinson des Alpes ; Les bandits de V Arizona sont absolument inofïensifs ; ils sont neutres au point de vue chrétien et n’ont aucune portée morale.

La plupart appartiennent à cette série : pages passionnées et irréligieuses.

ANTOINE ÂlhaEat, (Brignoles, 1856), professeur et romancier. Son œuvre de technique littéraire ( L’art d'écrire , Le travail du style , etc.) a plus de mérite que ses romans : Un adultère (immoral) ; Marie (réaliste, mais honnête et intéressant) ; L’impossible pardon (une fiancée qui faute avec un autre, tue sa mère et aime son mari. Ce n’est qu’en mourant que la malheureuse obtient son pardon) ; L' inassouvie , etc.

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Alberich-Ghabrol, pseudonyme de Mme Marie Aubéry, romancière sentimentale dont l’Académie a couronné Y Offensive (lui, refuse de l’aimer ; elle, se place comme cuisinière chez lui). Les ouvrages précédents : L’orgueilleuse beauté (une jeune fille éprise de son moi déconcerte son fiancé ; celui-ci épouse la sœur de l'orgueilleuse) ; Part à deux ; L'amour fait peur ; Plus fort que la peur, etc., sont de charmantes idylles du même genre, très propres à charmer les lectrices... des Annales politiques et littéraires et même du Correspondant.

Henri d’ASméras, ancien professeur de lycée, actuellement critique littéraire à La Presse.

Pamphlétaire ardent, il dirigea ses attaques contre V Université (Fabrique de pions ; Alma mater), contre les « républicoquins » (Le citoyen Machavoine).

Comme critique littéraire, il a étudié dans Avant la gloire , les débuts des lettrés les plus connus de notre époque.

Plus récemment, il a publié une série d’ouvrages intitulée : Les Romans de V histoire : Cagliostro ; Les chemises rouges , le demi-monde sous la Terreur ; Les Dévotes de Robespierre ; Fabre d'Eglantine.

René d’Anjou, de son nom de famille Mme Gouraud d AbSancourt (Angers, 1845) Romans patriotiques (Cœur de France, etc.) ; romans très passionnés ( Intuitif amour , etc.) ; Au tournant de la route (les événements du Gros-Caillou en 1906 ; religieux).

Mme Henri ÂrdeS, (Amiens, 1863;. On trouve dans certaines bibliothèques les romans suivants : Au retour ; Renée Orlis ; Tout arrive ; Rêve blanc ; La faute d’ autrui (dangereux) ; Cœur de sceptique (bien étudié) ; Seule ; Mon cousin Guy ; L'heure décisive ; Le mal d'aimer qui tend à montrer — ce qui est trop absolu — 4{ue la femme ne peut remplir sa vie, si elle n’aime

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d’amour conjugal ; Un conte bleu (collection Hermine) L'absence (d’un amant ; désordres scandaleux de la coquette ; mauvais livre).

PAUL Arène (1843-1896). Maître d’études et ensuitejournaliste ( Figaro , Petit Journal , Evénement ), l’un des auteurs qui ont, avec Daudet, le mieux décrit la Provence. Ses pièces de théâtre, ses idylles méridionales et ses romans consa” és à cette « gueuse parfumée », peuvent griser autant ^u’ils embaument : les jeunes personnes se contenteront donc des Nouveaux contes de Noël .

Art Rcé, de son vrai nom M. Benjamin Mahonr né en 1865, capitaine d’artillerie. Dans ses romans militaires, il envisage surtout le problème moral ; il attribue à l’officier une mission d’éducation et il considère 1a. valeur morale comme la grande force de nos armées. Ces idées sont excellentes ; mais Art Roé ne sait pas toujours les mettre en œuvre. Citons : Le journal d'un officier d'artillerie ; Sous Vètendard (l’assaut de Loigny) ; Racheté (récit intéressant de la retraite de Russie qui setermine par une banale idylle) ; Pingot et moi ; Mon régiment russe ; Papa Félix.

Arvède Bar ï ne, de son vrai nom Mme CHARLES Vincens, femme de lettres, d’origine russe, née en 1840, décorée de la Légion d’honneur, collaboratrice de La Revue Bleue , de La Revue des Deux Mondes et du Journal des Débats.

Ses récits, ses contes et ses fantaisies : Princesses et grandes dames ; Portraits de femmes ; Essais et fantaisies ; Bourgeois et gens de peu , ont un charme infini. Leur naturel, leur grâce et leur finesse extrême qui touche sans jamais appuyer, font penser aux lettres de Mmc de Sévigné.

Ses œuvres historiques : La jeunesse de la grande Mademoiselle ; Louis XIV et la grande Mademoiselle ;

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