DES PRÉCÉDENTES ÉDITIONS
Ce travail n’est pas une œuvre de littérature, de critique ou d’érudition ; il n’a même pas la prétention d’être une étude historique ou philosophique sur les principaux romans de notre époque. Comme l’indique son sous-titre, il est un essai de classilication ; moins que cela encore, un catalogue raisonné, accompagné de quelques indications pratiques. Tout simplement.
Il ne s’adresse donc pas spécialement à des lettrés, mais à des consciences chrétiennes.
Des lamilles iustement alarmées du dévergondage qui règne dans le roman contemporain, ont maintes lois demandé une liste d’ouvrages de ce genre pouvant être placés sans danger aux divers coins de leur table de lecture ;
• Des esprits cultivés, désireux de se mettre au courant de la littérature par la lecture des livres en vogue, mais plus soucieux encore de sauvegarder la paix de leur conscience en observant
AVANT-PROPOS
les lois de la prudence chrétienne, ont formulé le vœu de voir s'établir un judicieux départ entre les romans à lire et les romans à proscrire ;
Des hommes enfin, qui, par état, sont tenus d'être renseignés et sont souvent appelés à donner une décision ou un avis sur les livres dont on parle, se sont posé cette double question : Que valent tous ces auteurs ? Quels sont, parmi leurs ouvrages, ceux qu’on peut lire et ceux qu’on ne doit pas lire ?
Le présent travail essaiera de répondre à ces sages et universelles préoccupations...
Nous ne nous dissimulons pas qu'une telle entreprise présente de graves et multiples difficultés ; nous sommes même persuadé que la publication de cet essai donnera lieu à de nombreuses critiques.
« Comment donc ! s' exclameront des lettrés respectueux à l’excès des privilèges souverains et inaliénables de la littérature, vous proscrivez des romans ! Il n’y a pas de romans à proscrire ! Ces écrivains dont vous faites des malfaiteurs sont la gloire de notre pays ! Leurs ouvrages sont des chef s-d’ œuvre de style, de psychologie, d’observation, de construction dramatique, etc. Et vous les proscrivez ! n’est-ce pas pousser la sévérité jusqu’à l’injustice et la barbarie ? Un pareil ostracisme n’est-il pas un outrage à l’esprit humain ? Et que deviendrait la littérature
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tout entière , si elle devait renfermer ses élans , ses conquêtes, ses droits et ses jouissances dans le domaine étroit où la morale, régnant ■ en usurpatrice, viendrait lui imposer des lois qui ne sont pas jaites pour elle ? »
Assurément, ce langage n’est pas pour nous surprendre ; tous ceux qui ont afjiché la prétention — et ils sont légion — d’émanciper l’art, la politique, l’économie sociale, le mariage, etc., l’ont employé dans leurs manifestes avec peu ou point de variantes.
Oui, la littérature est indépendante de la morale, en ce sens qu’elle a son objet et son domaine à elle. Mais en tant qu’elle est l’œuvre d’un homme et qu’elle s’adresse à des hommes, elle relève des lois qui régissent l'homme même, et elle a la stricte obligation de s'y soumettre. Si illustre et si puissante quelle soit, elle n’a pas le droit de se mettre à la traverse sur le chemin que l’homme doit parcourir pour atteindre sa fen. Ou’elle s’abstienne de prier, de chanter les louanges du Seigneur et d’enseigner les devoirs imposés aux créatures, soit. Mais si elle n’a pas pour mission essentielle de psalmodier ou de catéchiser, il lui est rigoureusement interdit de blesser, d’aveugler , et surtout de souiller et d’égarer. Quand elle profere des blasphèmes ou étale des lubricités, eût-elle, pour apôlres et pour 'thurijéraires, des génies incomparables, elle devient un obstacle à la jin supérieure de l’homme. La morale a le droit de le dire, et appuyée sur l’histoire, elle a toute jacilité de le
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prouver. En son nom, les moralistes ont ledevoir de la proscrire. Il y a donc des romans à proscrire.
« Soit, dira quelqu’un, mais encore jaut-il apporter dans cette œuvre de sélection un certain tempérament et ne pas pousser la sévérité îusqu’à la rigueur. Sans doute, la morale a des droits supérieurs à ceux de l’art et de l'imagination et elle est admise à les laire valoir. Mais n’est-ce pas la mal comprendre et la mal servir que de condamner en son nom des ouvrages de valeur, alors que des critiques, en l’espèce très qualiliés; les iugent avec une réserve très respectueuse, alors que des journaux catholiques (oh ! combien !) les recommandent à leurs lecteurs sans aucun scrupule ? Ou’on dérobe aux regards de la jeunesse des obscénités crues et des scènes troublantes, personne n’y contredira ; mais c’est mauvais calcul, ingénuité et injustice de jorcer la plupart des vivants à lire exclusivement des berquinacles sur la piété liliale, des romans à la guimauve et des sornettes sans valeur. »
Evidemment, ce sont des artistes qui parlent ainsi. Ils répondent par avance à ceux qui nous trouveront trop larges. Nous leur rendrons cette justice qu’ils tiennent compte, plus que d’autres imprudemment timorés, des exigences de l’art ; mais nous devons les avertir qu'ils font trop bon marché des exigences cle l’âme.
Il y a sans cloute des hommes exceptionnellement doués, des cérébraux, des esthètes, qui, par
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tempérament ou en vertu cle je ne sais quelle oblitération du sens moral , voient en tout exclusivement la forme du beau et le beau de la forme. Mis en présence de scènes voluptueuses ou d'impiétés perfides , du reste très bien décrites,, ils laisseront tout le « contenu », pour ne voir que l'image abstraite ; ils se laisseront éblouir par la magie du style et l'habileté du styliste , sans se laisser émouvoir par la sensualité des peintures ou égarer par les sophismes de l'écrivain. Ces hommes existent , mais hâtons-nous d'ajouter qu'ils sont des exceptions.
La masse des lecteurs ne leur ressemble ‘guère ; et ce serait par trop ignorer l'humanité de ne ]>as le reconnaître.
Ce serait oublier la faiblesse humaine que de la croire inaccessible , insensible aux séduisantes fictions du vice ou de l'erreur. Ce serait ignore1* l'histoire aussi que de nier les ravages immenses et profonds , produits par la lecture de ces romans trop peu réservés qui , selon le mol de Jules Vallès , « font pleurer les mères et travailler les juges ».
C'est dans le but de prévenir , chez ceux qui soient , ces lamentables catastrophes , que nous proscrivons certains livres et que pour certains autres , nous demandons la prudence , en ne les • permettant qu'à des lecteurs raisonnables et plus âgés.
(( Comment établir ces catégories ? dira-t-on. Une œuvre aussi étendue et aussi délicate exige
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chez celui qui ose l'entreprendre et qui a la volonté de l’accomplir assez loyalement , pour la rendre utile, une vaste érudition, beaucoup de lectures et une connaissance déliée de toutes les productions contemporaines, lesquelles sont: parlois répugnantes et en tout cas innombrables et chaque four plus nombreuses.. . Dès lors,, peut-on espérer réussir ? »
En effet, le travail est immense, puisque, au témoignage des spécialistes, l’étude complète du roman contemporain exigerait, la lecture de 40,000 volumes.... Evidemment nous ne nous sommes pas imposé et nous ne pouvions nous imposer celle tâche surhumaine. Mais les notes que nous avons recueillies et soumises au contrôle de théologiens et de littérateurs autorisés, les collaborations sérieuses que nous nous sommes assurées, le concours que nous ont prêté des personnes clu monde parfaitement compétentes, nous ont permis de porter sur un grand nombre de romans et de romanciers, un fugement sérieusement motivé.
De telle sorte que, si nous sommes le premier à reconnaître que l’ouvrage n’est pas exempt d’imperfections, les garanties dont il fut entouré et les approbations qu’il a reçues nous autorisent à espérer qu'il pourra rendre quelques services.
Du reste, il n’est pas définitif. On a dit ( c’est M. Brunetière, si fe ne me trompe) que l'on devrait considérer les premières éditions des œuvres comme des essais informes que ceux qui
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en étaient auteurs proposaient aux personnes de lettres pour en apprendre leur sentiment .
Bien volontiers , nous prenons pour nous cette observation et ce vœu . Si les lacunes et les déiauts mêmes de cet ouvrage nous valent et nous rapportent des critiques , des contradictions, des leçons qui le rendent meilleur, nous remercierons Dieu et nos obligeants lecteurs .
Ceux-ci nous présenteront peut-être encore une dernière observation et ils diront : « Entre Z’Assommoir et Z’Auberge de l’Ange gardien, il y a une distinction que tout le monde établit facilement. Mais entre le premier qui doit être proscrit et le second qui est moralement inoflensil, il y a des milliers d'ouvrages qu'il paraît impossible de « catégoriser » d'une manière absolue au point de vue moral . Comment se reconnaître dans cette zone si étendue et si peuplée ? Comment oser la diviser en districts, de laçon à déterminer, pour chaque série de livres, le genre de lecteurs qui lui convient ? »
Les dangers de l'utilité des lectures sont en effet tout ce qu'il y a de plus relatif, de plusi individuel et de plus difficilement déterminable. Chaque âge, chaque mentalité, chaque condition, chaque profession même a ses goûts, ses besoins, ses dangers ei ses droits. Ce serait' témérité et folle présomption de prétendre y pourvoir d'une manière intégrale autrement que par des directions particulières.
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Il y a cependant , au-dessus des lois qui doivent présider à cette œuvre individuelle , à ce régime moral, des lois générales et inllexibles qui constituent une hygiène nécessaire. Il y a, en dehors des dangers qui affectent des individualités, d’autres dangers auquels la maiorité des âmes ne saurait se soustraire ; à côté des lectures qui sont dangereuses ou utiles respective, comme s’ expriment les théologiens, il y en a qui le sont absolute...
Ce sont ces lois que nous avons essayé de dégager et ce sont ces dangers que nous avons voulu conjurer en établissant notre classification et en rangeant par catégories distinctes les romanciers et les romans.
Les romanciers, d’abord ! nous avons essayé de les définir et de les distinguer par ce qui domine en eux. Et d’après ce critérium, nous n’avons rien trouve de mieux que de les répartir, conformément au langage courant, en trois classes : les mauvais, les intermédiaires et. les bons.
En premier lieu, nous appelons mauvais tous ceux dont les ouvrages ont été même partiellement portés à rind'ex ; dès lors que l’Eglise s’esl prononcée sur le caractère dangereux d’un livre, nous devons nous incliner et condamner ce qu’elle a condamné elle-même. Si les auteurs frappés ont produit des ouvrages qui doivent trouver grâce devant la morale chrétienne comme devant les jugements ecclésiastiques, nous sommes tenus en justice de les signaler en leur
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- attribuant la note quits méritent, mais nous ne pouvons pas oublier que la censure de l'Eglise , >en atteignant un écrivain , le marque d'un trait qui domine toute sa littérature et la rend un peu suspecte ... C'est pourquoi nous mettons tous - ces auteurs dans une catégorie spéciale ... C'est notre première liste de proscription.
Dans la seconde, nous avons rangé les romanciers qui , dans la généralité de leurs œuvres, combattent les doctrines religeuses ou les bonnes mœurs et font ainsi de leur littérature, intentionnellement ou non , un moyen de perversion. Ces auteurs sont, hélas ! très nombreux ; s'ils n'ont pas été })ersonnellement censurés par l'Eglise , ils n'en sont pas moins condamnés ... Les About, les France , les de Koch , les Mulot , les Loti, les Mirbeau , les Prévost et bien d'autres, sont des contempteurs de notre foi, des pervertisseurs ; ils doivent être proscrits.
Dante les aurait plongés dans les « cercles » de son enfer avec l'ensemble de leurs œuvres . Pour nous, nous avons eu soin de distraire de xe bloc de géhenne, les ouvrages inoffensifs ou moins dangereux. . . Mais nous avons pensé qu'au total , il était juste de flétrir ces auteurs, et c'est ù cause du caractère dominant de leurs écrits que nous les avons placés dans notre seconde liste de proscription.
Après les proscrits, les suspects ; après les mauvais , les intermédiaires.
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Ce sont ceux, qui ne laisant pas de l’irréligion et du vice un devoir et une habitude, sont cependant répréhensibles occasionnellement, soit en soutenant des thèses erronées sur des points secondaires, soit en ietant au milieu d’un livre sérieux et utile quelques pages trop libres, soit enlin en exaltant l’amour outre mesure et en lui donnant trop d'inlluence sur le cœur, la conscience et la destinée de l’homme. Ce sont ceux qui, à côté de livres pernicieux, en ont publié de très bons ; ou encore ceux qui, après avoir évolué longtemps autour de la mare $angeuse du péché, paraissent s’en être délinitivement éloignés pour semer dans de lertiles sillons un bon grain très peu mêlé d’ivraie.
Il nous a paru aussi in\uste de proscrire absolument ces auteurs que de les recommander sans réserve. C’est pourquoi nous les avons réunis dans un « cercle » à part, le « purgatoire » de notre troisième catégorie.
Enlin, voici les bons auteurs ou plutôt les bons livres. Nous ne disons pas le « paradis », car il en est bien peu de parlaits ; nil ab omnl parte beatum, comme dit le poète... Si nous alarmons qu’ils sont à lire, nous ne prétendons pas, tant s’en laut, qu’ils soient touiours nécessaires au perlectionnement de l’homme ; nous voulons laire entendre surtout que ceux qui les Iréquenleront sont sûrs de se trouver en honnête compagnie.
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Cependant, hâtons-nous de le rappeler, ce qui est loncièrernerit et loyalement bon n’est pas également utile à. tous. Aussi, comme les livres dont il s’agit ici sont plus généralement confié» à des âmes feunes où tout porte et tout reste, nous avons jugé éminemment pratique d’en dresser une triple liste, selon qu’ils conviennent surtout aux ieunes gens lormés, aux ado* lescents, et aux entants. L’importance de ce travail de sélection dont nous parlons d’ailleurs plus loin, paraîtra évidente à tous ceux qui comprennent notre but et réfléchissent tant soit peu sur l'influence décisive des lectures dans l’éducation. . .
Ces dernières pensées nous ont dirigé dans la classification des romans eux-mêmes. 'Dès> les premières pages et dans tout le cours de ce catalogue, nous nous sommes trouvé en présence de livres variés, bons ou mauvais, qui pouvaient être utiles à quelques-uns, inutiles ou nuisibles pour d’autres. Nous nous sommes appliqué à préciser la destination qui leur convenait le mieux, d’après les principes que nous exposons plus loin.
Ce n’est pas certes que nous ayons prétendu établir un régime de lectures ; l’entreprise serait .téméraire et ce n’était pas notre but. Nous avons voulu uniquement marquer des limites et prévenir des dangers.
Les notes elles-mêmes que nous avons répandues à travers cette « armature » parfois boiteuse, n’ont pas d’autre obfct. Si peu fouillées
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et si peu littéraires qu elles soient , elles visent à être exactes et pratiques ; si sévères qu'elles paraissent, elles ne sont pourtant que très prudentes.
En réservant pour telle catégorie de lecteurs tel livre ou tel auteur déterminé, soit dans les notes, soit dans la classification, nous n'avons pas eu, en effet, l’intention de l’interdire à tous ceux qui n'ont, ni leur âge, ni leur maturité, nous avons seulement voulu dire : Prenez garde, il y a probablement danger pour vous. »
A une époque où, clans les lectures, l’imprudence cause plus de désastres moraux que la perversion, c’est quelque chose que d’essayer de la prévenir.
Ceux qui mépriseront nos conseils et qui, sans être assez sûrs d'eux-mêmes, s’engageront plus avant que nous le leur permettons, ne feront pas tous naufrage ; mais ils reconnaîtront peutêtre par expérience que, s’ils n’ont pas trop souffert, d’autres, moins avertis, s’exposeraient, en suivant la même route, à de sérieuses avaries, ■ et, au nom d.e la charité qui unit en Dieu toutes les âmes chrétiennes, ils nous remercieront.
Fête de Saint-Michel, 2g Septembre igo4
en vertu des décrets de l’Index
L’Eglise a, en vertu des pouvoirs qu’elle tient de son divin fondateur, le droit et le devoir de condamner l’erreur et le mal partout où ils se rencontrent ; elle a aussi, par une conséquence naturelle, le droit de condamner les livres opposés à la foi ou aux mœurs chrétiennes ou ceux qui, sans être mauvais, sont dangereux à ce double point de vue.
Ce droit, l’Eglise l’a exercé de tout temps ; etr de nos jours encore, elle a pris soin d’indiquer, dans ses lois et dans son Index , les ouvrages dont les fidèles doivent, sous peine de péché, s’interdire la lecture.
Il y a d’abord les livres dont la lecture est défendue sous peine d’excommunication réservée au Pape (Bulle Apostolicæ Sedis ). Ce sont les livres nommément prohibés par Lettres apostoliques : le plus connu s’intitule Les paroles d’un croyant , de Lamennais, condamné par une encyclique de Grégoire XVI, le 25 juin 1834.
Ce sont ensuite les ouvrages écrits par des hérétiques ou des apostats et qui soutiennent l’hérésie. Il n’entre pas dans notre plan de poser ♦et de résoudre tous les problèmes de casuistique que ce texte peut soulever. Toutefois il n’est pas sans intérêt d’observer que certains romans paraissent susceptibles d’être atteints par cette loi.
Sans doute, nous ne connaissons pas et il n’y a pas de romanciers qui aient été déclarés hérétiques et apostats par l’Eglise ; mais plusieurs d’entre eux, par exemple : Renan, Balzac, Dumas, etc. d’une part, Zola, d’autre part, ne doivent-ils pas être considérés à bon droit comme tels, soit parce qu’ils ont défendu les doctrines hérétiques^ soit parce qu’ils se sont volontairement éloignés de la vraie religion ? Et certains de leurs ouvrages d’imagination ne soutiennent-ils pas assez ouvertement l’hérésie pour que la lecture en soit interdite sous peine d’excommunication ? « L'Ami du Clergé » répond par l’affirmative. Cependant, comme cette question est plutôt du ressort des canonistes et des théologiens que du domaine exclusivement pratique, nous passons outre.
Il y a, en second lieu, des écrits qui sont simplement à Y Index, ou, plus exactement, qui sont condamnés par les décrets de la Congrégation de Y Index.
Ces décrets — il importe de le noter — ne sont pas tous infaillibles, parce qu’ils ue sont pas
généralement publiés sous forme de bulle ou de bref. Ils n’en ont pas moins une haute valeur doctrinale et force de loi dans l’Eglise universelle.
Quel est l’objet de cette loi ? Nous ne saurions mieux répondre à cette question qu’en résumant les commentaires de l’excellent « Ami du Clergé (i) » sur la constitution apostolique Oflî- ■ciorum ac munerum, du 24 janvier 1897.
Les livres nommément condamnés le sont in globo : v. g. Æmilius Zola: opéra omnia ; partiellement: v. g. Alexander Dumas: omnes fabulœ amatoriœ ; ou bien individuellement ; v. g. A. Lamartine : Jocelyn ; Voyage en Orient ; la Chute d'un ange .
Ces deux expressions : « omnes fabulœ amatoriœ et « opéra omnia » appellent quelques éclaircissements.
Quand tous les ouvrages d’un auteur sont condamnée en bloc par les mots : « opéra omnia », il y en a cependant qui échappent à la condamnation. S’ils traitent des questions religieuses, ils sont tous effectivement prohibés et aucun d’eux ne peut être lu sans violation de la loi de l’Eglise, sauf dispense. Mais s’ils ne traitent pas de questions religieuses, et si, d’autre part, ils ne sont ni* nommément condamnés, ni atteints par la loi générale, ils peuvent être lus aux conditions
(1) Surtout tomes XIII, p. 473 et XIX, p. 729...
ordinaires. Exemple : Le Rêve , de Zola (i).
Deuxièmement : certains auteurs ne sont condamnés que pour leurs fabulœ amatoriœ , c’està-dire, d’après des commentateurs autorisés, pour des romans d’amour impur, récits inventés et formellement obscènes. Par conséquent, les ouvrages de ces auteurs qui ne sont pas des romans d’amour impur, échappent aux rigueurs de la loi positive et doivent être exclusivement jugés d’après les principes de la loi naturelle. Exemples : leurs Comédies (L'Ami du Clergé l902,page 487), leurs Impressions et Récits de voyages, leursœuvres quelconques, comme Le Comte de Monte- Christo, roman dû à Alexandre Dumas ; François le Champi, La Petite Fadelte, La Mare au- Diable , romans champêtres de Georges Sand.
La Congrégation de Y Index n’a pu condamner nommément qu’un nombre restreint de livres condamnables, comme on peut en juger par la liste que nous donnons plus loin. Pour les autres, elle les a condamnés en vertu d’une loi générale.
Ce sont d’abord les ouvrages des auteurs quelconques, dans lesquels sont enseignés l’hérésie, le schisme, des vérités incompatibles avec la vraie religion, ou encore, dans lesquels sont
(1) Cette opinion, soutenue par Y Ami du Cierge, le Père Vermeesch et d’autres auteurs, n’est pas admise par tous. D’excellents canonistes affirment au contraire que la formule « opéra omnia » équivaut à une condamnation absolue. (Note de M. le chanoine Evieux, professeur de droit canonique aux Facultés catholiques de Lille).
EN VERTU DES DÉCRETS DE L’iNDEX
combattus les fondements de la religion, les vérités qui servent de base indispensable à la révélation, telle que l’existence de Dieu, la spiritualité de l’âme, etc.
Ce sont ensuite les œuvres impies qui s’attaquent à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints, à l’Eglise catholique, au Culte, aux Sacrements et au Saint-Siège apostolique ; les livres qui, de parti pris, attaquent la hiérarchie ecclésiastique et injurient l’état clérical et religieux ; ceux qui enseignent la licéité du duel, du suicide, du divorce ; ceux qui représentent la Franc-Maçonnerie et les Sociétés secrètes comme utiles ou inoffensives pour l’Eglise ou la Société civile ; ceux qui patronnent des erreurs condamnées par le Saint-Siège et spécialement par le Syllabus.
Ce sont enfin ceux qui sont ex-professo obscènes (i), comme de nombreux romans.
Pour que ces derniers écrits tombent sous le coup de cette loi, il faut :
Qu’ils soient pornographiques et qu’il y soit question de choses lascives et obscènes ;
Que l’auteur les traite, les raconte ou les enseigne ;
Qu’il le fasse ex-professo, c’est-à-dire formellement, ouvertement. Pour que le mot ex-professo soit vérifié, dit La Revue ihéologique française
(1) Exception faite pour les hommes de lettres et les professeurs, ou, pour les élèves, après une sérieuse expurgation. (Articles 9 et 10).
(1897, p. 35), il faut que l’attaque aux mœurs soit directe, mais il n’est pas nécessaire qu’elle le soit explicitement, c’est-à-dire de l’avis de l’auteur ; il suffit que l’ouvrage, par sa nature et son contenu, attaque ouvertement les mœurs. Quelques lignes ne suffisent pas ; mais il n’est pas nécessaire que l’immoralité remplisse tout l’ouvrage, il suffit d’une partie notable.
En conséquence, si cette loi n’atteint pas tous les livres d’amour, tous les ouvrages galants, parce qu’on ne peut pas dire que tous, quoique plus ou moins dangereux, traitent, racontent, enseignent ex-professo des choses obscènes, si les livres de chirurgie et d’anatomie y échappent certainement, il reste cependant qu’une grande partie de notre littérature contemporaine déjà condamnée par la loi naturelle, est de plus frappée par la loi positive de l’Eglise. (Index: Titre II, Chapitre IV.) Tel est du moins le sentiment du P. Desjardins (Etudes Religieuses , 1897 , page 416 et suivantes) (1).
Contentons-nous de rappeler en passant que la loi de l’ Index condamne de plus les journaux, revues et périodiques de tous genres qui attaquent la foi ou les mœurs et recherchons de suite quelle est la gravité de toutes ces lois.
(1) Le P. Génicot (Theotogia Moralis. I, page 433 J dit pourtant que beaucoup de ces romans où sont racontées des amours impures, quoique condamnés pour la plupart par la loi naturelle, échappent à la condamnation de l’Eglise, parce qu’ils ne sont pas obscènes ex professo.
EN VERTU DES DÉCRETS DE L’iNDEX
Contrairement à ce que pensent beaucoup de .gens du monde, il ne s’agit pas ici d’un simple conseil, d’une direction auxquels on peut impunément se soustraire ; il s’agit d’un précepte grave auquel tous les chrétiens, enfants de l’Eglise, sont en conscience obligés de se soumettre.
Il est donc défendu, sous peine de transgresser la loi positive de l’Eglise — et le plus souvent la loi naturelle — de lire, de garder et de prêter ces •écrits condamnés. De l’avis des théologiens, c’est désobéir gravement à l’Eglise et c’est commettre une faute de lire, dans un livre à V Index, une seule page répréhensible, ou même cinq à six pages indemnes (i). .C’est aussi commettre une faute de lire habituellement et sans raison sérieuse, ou même quelquefois , s’il y a danger grave de conscience, un journal, une revue, un périodique quelconque condamné par la loi générale.
Ces observations paraîtront peut-être à plusieurs des nouveautés inopportunes ; elles ne sont pourtant que l’expression de la volonté souverainement sage et respectable de « notre mère la •sainte Eglise » concernant des auteurs ou des œuvres dont voici la nomenclature :
(1) Il n’est même pas permis de donner son nom aux cercles, casinos, etc., dont la biÎDliothèque renferme des livres prohibés, ni de les soutenir de son argent. ( Réponse de la Sacrée Pénitencerie , 8 avril 1898).
Honoré de Balzac. — Omnes fabulæ amatoriæ ■ (16 septembre 1841 ; 28 janvier 1842 ; 5 avril 1842 ; 20 juin 1864).
Honoré de Balzac (1799-1850). Après une longue période* de tâtonnements, d’insuccès et d’embarras pécuniaires, Balzac se rendit tout à coup célèbre par la publication de> la Physiologie du mariage (chapitres licencieux) et de la Peau de Chagrin (œuvre bizarre et parfois graveleuse).
Travailleur infatigable, observateur patient, doué d'une imagination exceptionnelle et d’une heureuse mémoire* il voulut décrire les mœurs de sa nation comme l’avait fait Walter Scott, entassa pendant vingt ans volumes sur volumes, et devint l’un des maîtres du roman moderne.
Tous ses rom.ans ont été groupés sous le titre de Comédie humaine et répartis en différentes « scènes », ( scènes de la vie privée , de province, parisienne , poli tique, de campagne ). Ils reproduisent une grande variété* de caractères (5,000 personnages) longuement décrits, d’une vérité saisissante, mais souvent exagérée par « la perspective de théâtre » ; ils abondent en descriptions et en inventaires et font jouer les premiers rôles à l’argent et aux femmes.
Parmi ses 97 ouvrages, nous signalons seulement :
1° Ceux qui sont nommément condamnés par les décrets ecclésiastiques dont nous avons rappelé plus haut les dates : Le lis dans la vallée ; Physiologie du mariage ; Le livre mystique ; Les cent contes drolatiques ; Nouveaux contes philosophiques ; Contes bruns ; V Israélite ; L’Excommunié ; Un grand homme de province à Paris ; Berthe la repentie, conte drolatique ; Jane la pâle ; Le vicaire des Ardennes ; La femme supérieure ; La maison Nucingen ; La torpille ; Le père Goriot ; Histoire des treize ( Ferragus ; La duchesse de Langeais ; La fille aux yeux d’or) ; Splendeurs et misères des courtisanes ; Esther heureuse •