TRES
Paix sans mélange aux heureux de la terre ! mais malédi( tion à qui conteste un asile à l'infortune ! 11 fut sublime le premier peuple qui consacra au nombre de ses institutions un lieu de repos pour les malheureux. Une bonne société pourvoit à tout, même aux besoins de ceux qui se détachent d'elle par choix ou par nécessité.
J'élois de retour dans les bâtiments supérieurs ; et en m'appuyant contre un pilier gothique, orné de tristes emblèmes, je remarquai des caractèies péniblement gravés sur une des faces de sa base. On y lisoit ce qui suif :
(( En voyant l'aveuglement et les misères de l'homme, « et ces contrariétés étonnantes qui se découvrent dans sa (( nature, et regardant tout 1 univers muet, et l'homme « sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré « dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, « ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mouraut, « j'entre en efhoi comme un homme qu'on auroit em- (( porté endormi dans une île déserte et effroyable, et « qui se réveilleroil sans connoîlre où il est, et sans « avoir aucun moyen d'en sortir; et sur cela j'admire « comment on n'entre pas en désespoir d'un simiséritbie « état. »
C'est Pascal qui a crayonné dans ces lignes toute l'histoire du genre humain.
JEAN Sr.OGAR