TABLETTES DE LOTHARIO
— Le mont Taurus élevoit son front par-dessus toutes les collines ; une d'elles lui dit : Je ne suis au'une colline, ïnais je renferme un volcan.
«-U §ocïf;TÉj ç'esVi-dive une poignée de palrl"
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(iens, de publicains et d'auguivs, et de l'autse colé, le genre humain tout entier dans ses langes et dans ses lisières....
— Les législateurs du dix-huitième siècle ressemblent aux architectes de Lycérus, qui cmportoient dans les airs les matériaux d'un palais, et qui ne s'occupoientpas des fondements.
— Les peuples usés demandent à être gouvernés. Les peuples dépravés ont besoin d'être soumis. La liberté est un aliment généreux qui ne convient qu'à une saine et robuste adolescence.
— Quand la politique est devenue une science de mots, tout est perdu. 11 y a quelque chose de plus vil au monde que l'esclave d'un tyran : c'est la dupe d'un sophisme
— 11 est inconcevable que les hommes s'égorgent pour leurs droits, et que ces prétendus droits de l'homme ne soient que des mots mystiques interprétés par des avocats. Pourquoi ne parle-t-on jamais à l'homme du premier des droits de l'homme, de son droit à une part de terre déterminée dans la proportion de l'individu au territoire?
— Quelle est cette loi qui porte les emblèmes et le nom de l'égalité à son frontispice? Est-ce la loi agraire ? — Non, c'est le contrat de vente d'une nation livrée aux riches par des intrigants et des factieux qui veulent devenir riches.
— Un homme (latte le peuple. Il lui promet de le ser\ir. Il est arrivé au pouvoir. On croit qu'il va demander le partage des biens. Ce n.est pas cela. Il acquiert
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des biens et il s'associe avec les tyrans pour le partage du peuple.
— Le mot sacré des Hébreux, c'est 1 or. Il ya une manière de le prononcer à l'oreille des juges de la terre qui fuit tomber votre ennemi roidemort.
— Lycurgue pensa une chose étrange : c'est que le vol étoil la seule inslitulion qui pût maintenir l'équilibre social.
— N'es-tu pas las, jeune homme, de moissonner les jardins de Tantale? Ouvre lès yeux sur les maux de l'humanité ; regarde. Le gouffre de Curtius est encore ouvert, et ilfaut que beaucoup s'y précipitent pour le salut du monde.
— L'aumône est une restitution partielle, faite à l'amiable. Le mendiant transige; plaidons.
— Tirez un homme du fond des bois, et montrez-lui la société ; il sera bientôt corrompu et méprisable comme vous, mais il ne comprendra jamais l'aréopage impassible qui envoie froidement un mendiant à la potence pour avoir décimé le banquet d'un millionnaire.
— C'est une question difficile à décider que de savoir ce qu'il a de plus hideux dans la vie sociale du délit ou de la loi, ce qu'il y a de plus cruel du coupable ou du juge, du crime ou du châtiment. Les opinions sont fort partagées.
— Tuer un homme dans le paroxysme d'une passion, cela se comprend.
Le faire tuer par un autre en place publique, dans le
calme d'une méditation sérieuse et sous le prétexte d'un ministère honorable, cela ne se comprend pas.
— Une chose effrayante à penser, c'est que l'égalité, qui est l'objet de tous nos vœux et de toutes nos révolutions, ne se trouve réellement que dans deux étals de l'homme, l'esclavage et la mort.
— De voir les peuples se débattre autour d'une idée comme des fourmis pour un brin de paille, il y a de quoi mourir de confusion. Un brin de paille, au moins, c'est quelque chose, et une idée, ce n'est rien.
— Le vol du pauvre sur le riche, si onremonfoità l'origine des choses, ne seroit, en dernière analyse, qu'une réparation, c'est-à-dire le déplacement juste et réciproque d'une pièce de monnaie ou d'un morceau de pain qui retourne des mains du voleur dans les mains du volé.
— La plus haute portée de liberté à laquelle puisse parvenir une nation qui s'avise de sa souveraineté, c'est le droit de choisir un esclavage à son goût.
— Il y a un grand obstacle à l'affranchissement des villes, ce senties villes.
— Montrez-moi une ville, une ruche ou une fourmilière, et je vous montrerai l'esclavage; le lion et l'aigle seuls sont rois, parce qu'ils sont solitaires.
— La méchanceté est une maladie sociale. L'homme naturel n'est pas plus malfaisant qu'une autre brute. L'homme civilisé fait horreur ou pitié. Comptez les étages d'une m dson, et rappe'e?-Y0us la parabole çl^
— Si j'avoisle pacte social à ma disposition, je n'y cliangtM'ois rien ; je le déchirerois.
~ Le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, c'est la société. La première fois que l'homme s'est enveloppé d'une ceinture de feuillages, il a revêtu l'esclavage et la mort.
— 11 y a deux instincts très-opposés dans l'homme simple : l'instinct de conservation pour lui et pour ce qui procède de lui; l'instinct de destruction pour tout ce qui lui est appris et commandé. La société est donc fausse.
— Toutes les œuvres de Dieu sont accomplies dans leur destination et dans leur fin. Si la société étoit entrée dans le but de la création, l'alouette ne conduiroit jamais ses petits dans un cliamp de blé mûr et prêt pour la moisson.
— Il y a peu d'hommes dont le cœur ne tressaille d'indignation et de douleur à l'aspect d'un fier lion garrotté dans une cage de fer, et léchant avec humilité la main sanglante du boucher qui le nourrit. Que doit penser l'homme qui regarde l'homme?
— Pour rendre l'inégalité politique moins outrageante, presque tous les peuples qui ne l'ont pas fait reposer sur des avantages moraux en ont du moins rattaché l'origine à des souvenirs généreux ou à des traditions sacrées. Il ne s'est pas trouvé encore de législation assez
.dépravée pour avouer dans ses institutions l'aristocratie de l'argent. Quand nous en serons là, il fera beau vivre,
car tout finira,
•» \\ e-st bien humiliant powr l'ospèca f^iie 1^9 ^^
clave^ ne soient en minorilé nulle part dans une société; humaine. Que faut-il donc pour changer une mauvaise, place contre une bonne, quand on a la force et le; noujhre ?
— Rien de plus facile que de persuader à l'homme qu'il dépend de l'homme en vertu d'un droit myslérieuJi" fondé sur un litre inconnu. Mais comment lui faire comprendre ce qui est vrai, que sa dépendance résulte purement et simplement de l'inégalité d'un ancien partage du sol, qui n'a changé ni de forme ni d'étendue, et qui peut tous les jours être remis en lilige?
— La ruche de l'abeille n'apparlient pas au frelon, mais les fleurs des champs appartiennent à tous les insectes de l'air. La seule propriété inviolable de l'individu, c'est son industrie.
— Est-il vrai que la plupart des souverains de l'Europe s'occupent de faire cadastrer la terre? Soit.
— Instituer des monarchies aujourd'hui, c'est une grande pilié.
Je n'ai pas été surpris de trouver la cellule d'un ermite à demi cachée dans la cendre du cratère ; mais qu'un roi pense à bâtir son -trône au fond, je ne le lui conseille pas !
— Tendre pour la dernière fois l'arc de Nemrod, ce n'e^t pas une rare merveille, Napoléon : dix autres l'ont f;iit avant vous. — Passe encore pour le briser.
— Nos feux d'artifice de Venise fi.iissent par une gerbe de feu qui éclipseroit le soleil dans son midi.
La nuit n'en est que plus profonde après cela, la nuit qui appartient aux voleurs.
JEA>: SBOGAR. iOl
Le lendemain d'une grande natio.n, c'est la nuit d'uu feu d'aitifice.
— « Si vous l'éussissiez dans vos projets, disent-ils; ce seroit à recommencer demain. »
Le grand mal que de recommencer demain! Nous sommes si bien aujourd'hui!
— Quand on a cessé de vivre en premier dans le cœur d'un autre, on est Irès-réellement mort. Il n'y manque plus que la façon.
— Une société qui tue un homme est bien convaincue qu'elle fait justice. — Immense et sublime justice rélribulive que celle d'un homme qui tueroit la sociélé.
— Deux crimes pour lesquels je suis sans pilié : faire du mal à qui ne peut se défendre, et voler qui a besoin.
Supplices et malédictions suf l'infâme qui a dérobé le chien d'un aveugle !
— Le sauvage de la mer du Sud qui donne une femme pour une hache ne fait pas un mauvais marché. Quel est le pays où l'on n'auroitpas une femme avec une hache?
— Il y a au fond du cœur de l'homme trois erreurs ou trois mystères qui le décident à vivre : Dieu, l'amour et la liberté. — El il y a bientôt deux mille ans que la société n'existeroit plus, si quelques mendiants de Galilée ne s'étoient avisés défaire une rehgion avec cela.
Combien connoissez-vous de spéculateurs qui placeroient sur la durée probable de cette dernière institution du monde politique un sequin en viager?
— Je voudrois bien qu'on me montrât dans l'histoire
uns monarchie qui n'ait pas été fondée par un voleur.
— Quand les nations arrivent à leur dernier période, il n'y a plus entre elles qu'un cri de ralliement : Tour