‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 10 sur 47 · ÎO · texte numérisé non relu

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aux hiéroglyphes de ramour. — Ah î si tu l'avais vue î — Ton yieux Klumm a-t-il du bon vin? — Eile était si douce , si timide , si tremblante. — Mon ami, tu as la fièvre.

• — Je tuerai ce maudit assesseur. — Je te conseille de te faire traiter. — On ne peut parler raison avec toi. — Ah î mon Dieu , j'attends que tu commences.

Théodore se tut de dépit. Après quelques instants de silence , Florio lui dit : Allons , mon ami, ne me boude pas. Me voilà prêt à écouter avec uu grand sérieux les choses les plus folles du monde. Je te pi'ie seulement d^une cliose; conte-moi ton histoire tout du long, et ne te jète pas dans des digressions.

Théodore s'assit auprès de Florio , qui eut la patience de Fécouter jusqu'à ce que la nuit fût très-avancée.

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Alors il Tinten ompit brusquement par cette question : à quoi cela te naenera-t-il ?

A quoi? dit Théodore , belle demande! Je l'épouserai. — Son père ne te la donnera pas , répondit Florio.

Théodore resta absorbé dans de sombres rêveries , et Florio se mit au lit. Notre amoureux ne pouvait se dissimuler qu^il n'avait aucun droit à prétendre a la plus jolie fille et au plus riche p .rti de la ville. Commnit un ieune médecin , ayant à la vérité un revenu sufnsani pour lui-même^ pourrait-il entretenir une famUic , et surtout une* jeune personne accout(imée à Taboi-dance? il était orj)!ieliu^ d^me naissance très-commune , et n'avait d'autres p.^reuts qu'un vieux tisseranü. Elle et. ft au contra ;e d'une bonne famille ; elle .rv; u une multitude ue cousins et de couöüieSp

très-Tains de leur rana. Il laut la fuir^, disait sa tôle; il faut l'aimer, disait son cœur. 11 prit enfui le parti que prènent tous les hommes , quand leur coeur et leur tête sont en opposition^ ce fut de laisser les chose»

suivre leur cours naturel , et de tout attendre de Famour, du Iiasard ou du I)onheur. Il se détermina à renouveler de temps en temps ses Tisites dans la maison de Klunam , à observer Ottilia , à éprouver ses sentiments pour lui ; et si enfin il se "voyait bien clairement payer de retour , à demander hardiment sa main à son père.

Son calcul était aussi raisonnable qii^on pouvait l'attendre d'un premier amour, si ce n'est que par malheur les fondements de Tédifice reposaient sur le sable , car il .avait supposé que le directeur de la

banque ne trouverait pas mauvaises ses visites , pourvu qu'elles fussent un peu éloignées. Mais notre honnête homme, qui croyait s'êlre complètement acquitté par un dîner, et qui s'apperçut que le jeune docteur jetait de singuliers regards sur sa fille, que sa fille y répondait quelquefois par des coups-doeil à la délobée, jugea à propos de rompre la connaissance.

Le pauvre Théodore , toutes les fois qu'il se présentait , apprenait que M. Klumni était absent ou en société. Après plus de vingt visites inutiles, il crut s'appercevoir qu'on lui avait fermé la porte.

Sa ressource fut de voir de temps en temps Otlilia dans les lieux publics , mais entourée dune cour nombreuse, et ayant presque toujours réternel assesseur à ses côtés.

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Toutes les fois qu'elle arrêtait sur lui lui regard expressif, il sentait renaître ses espérances, il oubliait les mauvais procédés du père. Florio lui conseilla décrire secrètement à sa bien aimée, mais cela répugnait à ses principes. Non , s'écria Théodore avec énergie , je ne veux payer la possessi ni de cet ange par aucuns remords de ia\ conscience ; je ne veux point envenimer son cœur si pur.

Ainsi se passèrent plusieurs mois; Théodore voulut étouffer cette passion dans son cœur par des occupations assidues et multipliées ; c'est pourquoi il demanda et obtint la place de médecin des prisons, qui ne lui rapportait autre chose que les remerciments de l'humanité souffrante.

Un jour qu'il rentrait chez lui tout harassé de fatigue , d se jeta sur un canapé, et pria Florio de lui jouer

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quelques morceaux de Mozart. Tandis que Florio préludait sur son clavecin , on fiappa à la pone. Entrez, dit-il ; aussitôt on vit paraître un domestique , dont il connaissait bien la livrée : il tressaillit de surprise, et dit d'une voix tremblante : est-ce à moi que vous voulez parler?

Oui, M. le docteur, répondit le laquais ; mon gracieux maître , le directeur de la banque , vous prie de vouloir bien prendre la peine de passer chez lui. — Est-ce qu'il y a quelqu'un de malade dans la maison ? — Oui, c'est mademoiselle.

Théodore n'en écoula pas davantage. 11 était déjà sans chapeau dans la rue et dans la chambie d'Ottilia^ lorsque le domestique n'était pas encore sorti de la maison. Ottilia était dans son lit, la respiration gênée, le visage en feu , et les yeux presque

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fermes ; elle fit un faible sourire en regardant l'air empressé et inquiet de Theodore. Le père était la tout troublé, il accueillit avec bienveillance le jeune médecin, et lui dit avec un embarras très-visible que son médecin était en voyage, que sa fille avait une fièvre violente, et que c'était d'après ses instances qu'on l'avait envoyé chercher. Vois, Oliilia , dit-il à la malade avec douceur , i'ai cédé à ton caprice , obéis ponctuellement aux ordonnances de M. le docteur , afin que tu sois bientôt guérie. Il appuya sur ces mots bientôt guérie , et Ironça le sourcil.

Je ne suis pas un enfant , mon père, répondit Ollilia. — Cependant c]ueiquef üis , murmura Kiumm entre ses dents.

Théodore, s'éîant remis de son émotion, saisit la main tremblante

de sa bien aimée , lui tâla le pouls , iit les questions d'usage , et après quelque réflexion, il dit que selou toute apparence elle avait la petite vérole. A ces mots reiïroi du vieillard ïwX, visible. Otlilia ne paraissait pas tant émue par la perspective d'une longue et dangereuse maladie.

Sa physionomie , au lieu d'être égarée comme elle a coutume de l'être dans un accès de fièvre, était animée par un sourire enchanteur. Théodore resta long- temps immobile; il considérait Ottilia avec attention , sans que personne pût reconnaître ce qui, dans sa conduite , appartenait au rncdecin ou à l'amant. Ne voulezvous pas écrire une ordonnance, demanda enfin M. Rkimm ? 11 sortit alors de sa rêverie , écrivit quelques lignes, et chercha son chapeau pçur prendre congé.

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