‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 11 sur 47 · U II · texte numérisé non relu

U II

Ce fut alors que pour la première fois il s^apperçut qu'il était venu nu- tête; mais Ottilia, malgré sa fièvre, s'en était déjà apperçue. Il fit ses adieux, et promit de revenir le lendemain. Le père le reconduisit, et lui demanda avec inqu^'étude ce qu'il pensait de la malade?

Je ne puis pas vous cacher , répondit Théodore , qu'il règne dans la ville une épidémie variolique trèsmauvaise.

Grand Dieu î s'écria Klumm , en se tordant les mains. — Soyez tranquille, reprit le jeune docteur, si les soins et le zèle peuvent quelque chose, je réponds de la malade.

Mais , dit le père , la petite vérole ?.... Sa figure? — Qu'importe la figure, répliqua Théodore, lorsque l*ârïie est si belle ?

Il prit alors congé du vieillard, et.

le laissa assez mécontent , car il aurait préféré voir Famé de sa fille en danger plutôt que sa figure.

Ce fut alors que commença pour Théodore une époque riante, quoique douloureuse. 11 passait trois k quatre fois par jour une heure au chevet de son amante ; il épiait son haleine, ne perdait pas une syllabe de tout ce qu'elle disait; il se réjouissait et frémissait en même temps à Fidée que sa vie était entre ses mains. A la vérité, le père ne les laissait Jamais seuls ; il observait tous leurs regards , mais il ne pouvait empêcher les petites confidences auxquelles Fétat de Théodore Fautorisait; et il avait naturellement tant de questions à faire, qu'il ne perdait pas un instant la malade de vue.

Cependant la petite vérole fit des progrès rapides et alarmants ; la vie

d'Ottilia fut quelque temps eu danger; mais Théodore la sauva par ses soins. Les boutons percèrent, et en telle abondance que toute la figure en fut couTcrte. A ce spectacle, le père fut hors de lui-même, et ne pouvant contenir sa douleur, il s'écria en présence de sa liiie : C'en est fait de sa beauté î Soit qu'il ne voulût pas être témoin des suites de cette imprudente exclamation , soit que , dans une circonstance pareille , il jugeât qu^m tête-à-lête n'était pas dangereux , il laissa pour la première fois le docteur seul avec la malade.

Ottilia avait entendu les paioîes de son père ; elle leva tristement les yeux sur Théodore, et lui dit d'une voix touchante :

Ne me trompez pas ; déclarez-moi franchement si je dois être déljgurée. Théodore hésita et ne répondit [)oiul.

Je VOUS corapreuds , reprit-elle, et je ne nie pas qu'il sera dur pour moi créprouver ne tel malheur.

Hé quoi ! s'écria Théodore , ce serait un malheur, avec tant d'esprit, avec ce coeur bon et sensible !

— Ah ! monsieur, repartit Ottilia, je ne serais plus qu\me fille ordinaire.

A-t-on jamais cherché les qualités de l'esprit et du cœur sous des traits hideux?— Puisse jamais personne ne les chercher , s'écria Théodore avec attendrissement ! quant à moi , j^ose dire que je les ai trouvées.

Ottilia le considéra avec surprise.

Il est déplacé , sans doute , continuat-il avec fermeté , de parler d'amour dans un tel moment; mais ce moment est peut-être le seul où j'oserai déclarer mes sentiments. A présent que vous êtes menacée de perdre ce que tant d'autres estiment si fort , je

puis exprimer tout haut ie vœu de mon cœur. Que vous conser\ iez votre beauté, ou que vous en soyiez privée, je n'aiinerai jamais d^autre

femme

Cette déclaration naïve attendrit la malade , elle saisit la main de Théodore et la porta sur son cœur.

îî n'y avait plus à reculer ; leur passion mutuelle était déclarée. Ottilia versa de douces larmes. Son émotion porta la joie dans le cœur de Famant, mais elle éveilla la sollicitude du médecin ; il la supplia de se calmer , de maîtriser son agitation. Il se fit à luimême des reproches de son étourderie ; il était désolé. Ne vous inquiétez pas , lui dit- elle, car Tag itation que j'éprouve me fait du bien.

Vous avez détruit en moi un petit mouvement de vanité, et vous m'avez inspiré des sentiments plus re-

levés. Que ma figure deviène ce qu'elle pourra, j'ai acquis un coeur que je m'efforcerai de mériter. Retirez-TOus Théodore , une heure de solitude, sans cependant que yous me quittiez tout-à-fait..., produira un effet plus salutaire que tous les secrets de votre art; ^i vous revenez aujourd'hui, vous me trouverez dans un sommeil profond et paisible.

Théodore enivré de joie lui donna un baiser sur ses yeux à demi fermés^ et disparut.

Ottilia tint parole, elle se berça des chimères les plus délicieuses , et -tomba enfin dans im sommeil salulairce

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