‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 16 sur 47 · CHAPITRE Xy · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xy

L'heure de Florio est arrivée,

J i o R s Q TT E Théodore entrait dans la maison avec sa jolie protégée, Floria l^apperçnt du haut de Tescalier , ouvrit de grands yeux , et dit : Comment diable î Esculape t^a donc en- Toyé une Hébé ?

L'inconnue ne pouvait devenir plus Touge qu'elle ne létait déjà , mais elle leva sur Florio des yeux languissants, et le punit sans le savoir de la légèreté de ses ccnjectures. Rentre^ mon ami , dit Théodore. De tout mon coeur, répondit Florio avec une curiosité et un trouble qu'il n'avait pas seiuis depuis plusieurs années.

Tous trois entrèrent dans la chambre

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de Théodore. Celui-ci invita TétraR-^ ger a se placer sur un canapé , et à se remettre de son effroi , ensuite il fit signe à Florio de le suivre dans un cabinet voisin. Florio hésitait entre le regret de quitter cette jolie personne , et la curiosité de savoir qui elle était. Théodore le prit par le bras, etTentraîna avec lui.

Mon ami , dit Théodore , il faut respecter cette jeune personne , c'est une infortunée.

Raillerie à part , répartit Florio , qui est-elle ? Comment Fas-tu rencontrée? Quels projets as-tu sur elle?

Théodore ne pouvait répondre disertement à la première, ni à la dernière de ces trois questions. Il raconta la scène qui s'était passée chez l'assesseur de la chambre. Florio l'interrompit souvent par ses imprécations contre ce libertin»

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Ne nous occupons pas de lui , reprit Théodore, ce misérable estasse»

puni par la honte de n'avoir pu Tenir à bout de son entreprise ; délibérons plutôt sur ce que nous avons à faire,

11 ne faut pas tant de délibérations^ dit Florio , lu es médecin, moi musicien ; la providence nous envoyé , à toi une malade , à moi une écolière:

mais trêve de plaisanterie , cette de* moiselle pourra nous être fort utile pour tenir notre ménage»

Théodore n'approuva pas ce dessein ; par exemple , où la logeronsnous ? — Eh I parbleu ! ici ; je lui donne ma chambre, et je couche dan-s la tienne. — Tout cela ne se peut pas; elle ne pourrait passer une seule nuit dans notre logement. Ce n'est pas assez de l'avoir tirée d^un grand danger , il faut ménager aussi son hoiir.eurp. non moins précieux aux

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regards du monde que ririnocence elJe-même.

Après de longues discussions , Théodore proposa de loger Tinconnue chez une veuve qui demeurait un étage au-dessus , et tenait une petite éccle de filles. Elle passait pour une femme très - honnête ; Théodore voulait lui conßer sa protégée , et payer sa dépense jusqu'à ce qu'on eût trouvé à la placer d'une manière honorable.

Florio approuva ce plan , il fut aussitôt mis à exécution. Pendant que Théodore était à conférer avec la veuve y il alla auprès de l'étrangère , et éprouva , pour la première fois de sa vie. qu'il était tout confondu, qu'il ne disait que des clioses inutiles , et rien de ce qu'il av..it voulu exprimer. Que n'ai- je été à la place de Théodore ; dit Florio dans la suite de la

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conversation ? j'aurais traité ce coquin d'assesseur comme il le méritait.

Dans ce moment arriva un domestique dont Florio ne connaissait pa« îa livrée; il remitun billet pour Théodore, et dit que son maître demandait sur-le-champ réponse. Comme en l'absence de Théodore^ des malades l'en voy crient souvent chercher^ il avait été convenu, entre lui et son ami , que Florio ouvrirait toutes ses lettres y et qu'en cas d'urgence, il l'enverrait chercher. Florio, croyant qu'il s'agissaitd'une affaire desonétat^ ouvrit le billet ^ et trouva que c'était un cartel de M. de Stoizenbeck, l'ort bien , dit-il au domestique, dites à votre maître qu'on sera exact au rendez- vous.

La présence de la belle inconnue irrita encore son courage , et il prit la ferme résolution de se trouver^ au

lieu de son ami, sur je champ de bataille, îî espérait, par ce petit service, se mettre dans ies bonnes ei aces de .Finconnne.

Théodore revint avec une réponse favorable de la veuve. Floîio en fut joyeux, etdemaridaà rétrangère quel était son nom. Elle rougi:. Je m\ippèle Emma , dit-elle ensuite toute confuse. Emma ! répéta Florio avec allégresse , car ce nom lui paraissait îrès-favorable à la musique.

Mais vous avez un nom de famille, dit Théodore ? Emma parut fort embarrassée : je n^ai point connu mon père, répcndit-elle, mon grand-père s'appeîlait Thomaslus. Miséricorde!

dit Florio en lui-même, peut-on donner à une telle beauté le nom de Tliomasius ? Cependant il se réconcilia avec ce nom , et l'entretien fut intertompu par Tanivée de la veuye

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Madame Siilfekl, ç'étaii son nom , reçmsa nouvelle pensionnaire avec lu tendresse d\uie mère, mais elle téinoigna ses regrets de ce que la petitesse de son logement r.e permettait pas de lui donner d autre chambre qu'une petite mansarde h laqnelle on montait par nn escalier assez semblable à ime échelle. Emma en i'm cependant enchantée ; Théodore ea ibt satisfait; Florio seul na mécontent, etditquemadameSalfeld pouvait bien la loger dans sa propre chambre.

Il avait depuis quelque temps économisé une petite somme, il crut ne pouvoir remployer plus à propos que dans cette occasion, il tira ia veuve à part, lui remit ia bourse , et Ja pria deprocurera cette jolie étrangère toutes les commodités qui dépendraient d'elle. Madame Salfeld fit quelque ré-distance, mais il la força d'accepter.

Pendant toute la nuit , il rêva au cartel de l'assesseur, et s'applaudit d'avoir décacheté le billet. Mais cependant, dit-il en y réfléchissant, qui est-ce donc qui connaît cette fille ?

qui sait si elle n'est pas de la classe ordinaire des servantes ?

Florio effaça de son esprit cette sinistre pensée ; bientôt il songea que rheure du rendez-vous s'approchait, il prit son épée, et se rendit au petit bois que l'assesseur avait fixé comme champ de bataille. 11 apperçut de loin son ennemi , et redoubla le pas.

Me voici , s'écria-t-ii avec une voix de basse taille ; je pense que nous serons bien ici. A ces mots il ôta sa redingotte , déboutonna sa veste , et se mit en garde.

Qu'est-ce que cela signifie , demanda Stolzenbeck étonné?

Me voici prêt; répondit Florio, k

venger ramitié et l'amour. — Mais avec qui prétendez-vous vous battre?

— Vous avez envoyé un cartel à mou ami , il a des affaires ; comme nous n'avons qu'un coeur , et qu'une âme ^ peu importe qui de nous deux sera tué. Votre ami, répondit Stolzenbeck <l'un air railleur, a oublié que j'ai dérogé à ma qualité , en appelant sur ie pré un petit médecin bourgeois ; si vous croyez qne je veuille aussi tirer î'épée contre un musicien, vous vous êtes trompé.

— Plé bien , Monsieur , si vous ne vous mettez pas en garde, je battrai 3a mesure sur votre dos avec le plat de mon épée.

Florio étiût homme à le faire comme il le disait ; mais l'assesseur n'avait pas dessein de se battre , ni contre Théodore , ni contre son substitut ; il avait placé derrière un buisson deux

\a]ets robustes armes de bâtons , lesquels, sous le cLarilable prétexte de séparer les ccnibattaiits , devaient assommer Théodore. Stolzenbeck crm tiae ce tait le Diomeot de faire aeir fTon armée de réserve : il donna le sii?^nal convenu , et feignit de se préparer au combat. Les valets sortirent de leur retraite , pas assez promptement, il est vrai, pour empêclier leur îjoaitre de re/>3voir un coup d'épée qui lui fit tomber la sienne des mains, mais pas assez tard non plus pour le laisser sans vengeance. En eifet ils tombèrent sur le pauvre Florio. Un coup de bâton asséné sur son bras droit le désarma; alors ils firent pleuvoir les coups sur sa tête et sur son dos, le laissèrent pour mort, pansèrent les blessures de leur maître ; et l'emmenèrent chez lui.

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