‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 20 sur 47 · O T r I L 1 Ao · texte numérisé non relu

O T r I L 1 Ao

faites une si juste idée ; j'aurai le pîcrs ^rancl plaisir à vous servir de maître.

Emma rougit de ce qu^il avait deviné son désir secret ; mais l'affectation lui était étrangère : Florio ayant répété sa proposition avec instances^ elle l'accepta. Aucun d'eux ne pensait aux dangers de ces leçons.

Emma se livra avec ardeur à la musique, comme si, pour y exceller, c'eût été l'affaire de peu de jours.

11 est toujours irès-dangéreux qu'un beau jeune homme soit l'instituteur d'une jeune fille ; mais le péril est encore plus grand , lorsque c'est la musique qui est Fobjet de leurs études. Non seulement les charmes de îa mélodie scnl dans le cas d'attendrir des cœurs de marbre ; mais il est de petites familiarités qui excitent les sens , tandis que l'âme est doucement émue , et ne se tient pas sur s«>

gardes. Emma et Florio en firent rexpérienc(3 dès la première leçon, lorsqu^il fut questioa d'apprendre à Fécolière h placer ses doigts sur les louches. Tout commençant s'y prend d'ordinaire ayec maladresse, il faut que le maître place lui-même les doigts , et en dirige les mouvemenis.

A tout instant, Florio était obligé d'interrompre sa jolie élève , de lui saisir la main qu'il oubliait mtme de quitter pendant ses démonstration« verbales.

Le contact des doigts et des mains manque rarement de produire son effet sur les coeurs , surtout lorsque l'oeil est animé, lorsque la bouche est toujours prête h articuler les paroles les plus tendres. Le pauvre Florio

s'enivrait d'amour et Emma ,

quoique les premiers jours elle ne tompiit rien à ce langage muet , finiî

par l'entendre à merveiiie. Florio eut vu clairement qu'il était payé de retour, s'il n'eût pas été amoureux et par conséquent aveugle.

A son grand rei^ret , Emma fit des progrès rapides , et sut bientôt placer »es doigts d'elle-même , et si bien qu'elle n'avait plus besoin de son secours. Chaque jour, au contraire, Florio se sentait plus hardi ; il était, pour ainsi dire, collé auprès d'elle. Sous prétexte de lire pardessus son épaule, il plaçait sa chaise si près , que son menton touchait quelquefois un cou blanc comme la neige, que ses joues recontraient les siennes et touchaient ses cheveux. Un jour , touché par cette voluptueuse attitude , il osa lui donner uu baiser ; son dessein avait été , il est vrai , de ne faire qu'effleurer avec la légèreté du zéphir les roses de sou teint; mais il est difii-

elle, en pareil cas, de garder une juste mesure : ses lèvres s'arrêtèrent un peu plus long-temps , et il ne fut plus possible à Emma de paraître ignorer ses desseins. Elle se retourna , puis le considéra avec un mélange de colère et de chagrin. Florio ne put supporter ce regard ; il baissa les yeux, et n'osa pour cette fois faire une déclaration plus étendue.

Le triple airain avec lequel Floîio avait cuirassé son coeur contre les femmes s'affaiblissait de jour en jour. 11 fut enfin percé de part en part , lorsqu'Emma chanta par hasard cette ariette : Que V amour est chose jolie! Florio, ou plutôt le malin Cupidon , avait glissé cet air parmi les morceaux sur lesquels la charmante écolière s'exerçait : elle le chanta avec tant d'expression , qu^il était

impossible de méconnaître la yérllé des paroles.

Bravo î dit Florio lont agité lorsqu'elle eut fini , il ne vous manque que de rendre avec plus dexpression certains passages ; d'ailleurs il feut prononcer avec plus de langueur ce mot amour, il ne fera que plus d'effet. Répétez encore cet air, je TOUS prie. Emma obéit ; elle suivit si bien la leçon de Florio , qu'il se leva brusquement, et dit, d'une manière fort originale : En vérité , je ne sais pas pourquoi je ne vous ai pas déjà dit depuis long-temps que je TOUS aime.

Emma rougit j devint toute tremblante , attacha une fleur , chercha une aiguille par terre , et ßt tout ce qu'elle put pour éviter de faire une réponse. Vous ne me dites rien , s'écria Florio après un long silence.

Emma fondit en larmes. Je ne sais , î cpliqna-t-eîle , qu\me pauvre fille»

Que ciois-je , que puis-je vous réjiondre ?

Un instant après elle sortit, et se rendit chez madame Salfeld , pour Jui demander du fil , car elle ne put trouver de meilleur prétexte. Florio resta interdit au milieu de la chambre , frappa du pied , et s'ccria : C'en est fait, je ne l'aimerai plus. Il descendit dans la rue pour se distraire , et noyer «ou souci dans quelques ■verres de vin»

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