‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 29 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

Hélas î ce reproche ne s'effacera pas de mou souvenir. Permettez-moi du laoias de réparer mes torts le plus qu'il sera possible. Recevez-moi ici; je coucherai sur la dure; je mangerai du pain noir ; je travaillerai jour et nuit pour vous procurer quelque aisance

Pietire-toi, interrompit 1? barbare; il ne faut pas que tes criailleries remplissent d'aoïertume mes derniers moments. Je veux être seul, tu serais la dernière personne que je souffri- 3'ais auprès de naoi. ^ eux-lu accomplir ma dernière volonté, et ne pas jne faire la lioate de vivre d'aumônes dans ma patrie ? retire-toi chez une parente que j ai à Grafenrode. Elle m'a souvent prié de t'envoyer chez elle, peut-être consentira-t elle à te recevoir. Allons, poiirsuivii ce monstre insensible aux prières ^ aux lar-

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mes , au désespoir de sa ßlle ; pars , et que ce soit pour la dernière fois que je t'aurai vue.

Otti]ia sortit plus morte que vive ; elle se jeta dans les bras d^mma , qui la conduisit dans sa chambre , et lit tout ce qui était possible pour lappaiser et la consoler.

Otlilia était trop émue pour pouvoir répondre à ces procédés généreux ; elle restait pâle et muette , sans même verser de larmes ; il lui semblait qu'elle eût fait un rêve; oui, je lui obéirai, dit-elie enfin, en rompant un morne silence; je fuirai vers Uli lieu où chaque jour tout renouvèlera ma douleur; mais que deviendra cet infortuné qui repousse la main de sa fille ?

Ne vous inquiétez point , dit Emma ; c'est mon dev. i- de secourir les malheureux qui gémissent demcrc

ces murailies. Mon père adopiif est animé des mêmes senlimenls de bienvedlance, et si nos efforts rénnis ne suffisaient , il vient ici nn ange du ciel , un jeune médecin, qui ne guérit pas seulement les maladies du corps , mais qui traite aussi les plaies cleFâme. Malheureusemenl il est r;bsent; m.ais aussitôt qu'il reviendra, je le prierai de prendre soin de votre père ; je lui dirai seulement qu'il est malheureux ; il ne faut pas d'autre recommandation à Théudore.

Otiilia rougit, voulut parler, mais garda le silence; elle considéra la jeune fille , et quelque chose dans son cœur lui dit : c'est elle î c'est

cette jolie étrangère Oh î Diei !

ce malheur m'était donc encore réservé.

Vous connaissez M. Théodore, dit Oîtilia après s'être un peu remise?

Si je le connais, répondit Emma !

il fut mon libérateur , il est mon frère ; je ne saurais vous exprimer combien je Taime. Ottilia se leva de son siège , et dit : Hé bien ! Mademoiselle, dites-lui, s'il pense encore quelquefois à moi , que je m'appèle Ottilia ; que si l'infortunée qui porte ce nom peut réclamer quelques droits à son amitié, il doit veiller sur mon malheureux père , le secourir dans son état d'abandon ; à cette condition 3e lui pardonnerai tout. Adieu, Mademoiselle, soyez îieureuse , goûtez le bonheur dont je Pie flattai vainement.

Cette exaltation d'idées fit renaître ses forces physiques ; elle s'enfuit plutôt qu'elle ne s'en alla , n'écouta plus Emma qui cherchait à la retenir ^ arriva hors d'haleine dans la rue; prit le bras de son ancienne

lemme-de-ehambre, et marcha avec tant de vitesse , que cette dernière .avait peine à la suivre.

Au surplus , cette énergie ne dura pas long-temps, eWe tomba dans une .agitation pénible, dans des rêveries inquiètes ; elle ne soupirait point, ne pleurait pas, parlait peu ; enfin, sortant de celte espèce de torpeur, elle s'écria : il faut que je parte î elle ôta de son doigt une bague , et chargea la femme du tisserand de Faller vendre chez un bijoutier voisin. Son projet était d'employer une partie du prix aux frais de sou voyage jusqu'à Grafenrode , et de laisser le surplus à sa chère Marie , pour qu^elle le fit remettre à son père. Malgré toutes les représentations de Marie, elle voulut absolument partir dès la même nuit; elle eut un nouveau motif de partir promptement, lorsque sa gé-

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Bcreiise hôtesse croyant îa retenir , luiavoua en confidence qiieTbcodore était le cousin de son mari , et qu^il venait souvent les voir, parce qu'il n'était pas fier. Maîlienreusement , continua-t-elle ^ ce brave i^arçon est à présent en voyage; mais qui sait s'il ne reviendra pas bientôt , peutêtre aujourd'hui même?

Ottilia trembla à cette idée; elle redoubla d'ardeur pour ses préparatifs, et ne sentit de repos que lorsqu'elle se trouva sur le grand ehe-* min , éclairé par les seules étoiles-

S'i , peadant que toute la ville était occupée de l'empiisonnement du vieux Klumm, Flojîonc fûtpas resté toute la journée à son clavecin , il se fût opposr au départ d'Ottilia ; ou s'il n'eût pu Tempêcher, il l'eût au moins accompagnée dans son vovaee. Mais il n'apprit celle nouvelle que le îcn-

demain matin. Il yonlut savoir quel était le lieu où s'était rendue Ottilia, et prit en conséquence des informations au bureau des voitures; mais on ne put lui apprendre rien de satisfaisant. IMisérable que je suis , s'écriat"il en se frappant le front! que dira Théodore lorsqu'il reviendra ?

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