‹ Romans, contes, anecdotes et mélangesChapitre 35 sur 47 · CHAPITRE XXyiIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXyiIL

L& Sourd,

Pourquoi ce voyage à Smyrne ? Parce qii^ils comptaient y trouver avec pins de facilité un vaisseau pour Marseille ; de là Florio projetlait de se rendre par Nice en Italie ; car il savait que les Italiens sont grands amateurs de musiqne ; il espérait gagner beaucoup d'argent , et ne comptait pas sur de moindres succès en faveur de Théodore. Je connais les Italiens, dit-il à ce dernier; ce ne sont pas des gens à ménager leur santé , et ils ont sans cesse besoin des secours d Esculape.

Ils furent obligés de séjourner quelque temps à Smyrne ; et ils en

examinèrent les curi. sites*. Enfin , iî se trouva un yaissean en chargement pour IMarseille. La veille du jour fixé pour leur embarquement , ils allèrent visiter le tonsuî de leur pays; c'était un excellent hcmrae; il accueillait tous les étrangers de quelque nation qu'ils fussent ; mais il avait une incommodité qui lui nuisait beaucoup dans la société ; il était extrêmement sourd. 11 revenait d'un vovage dans sa patrie ^ et il avait été voir un vieil oncle à Grafcnrode. Il invita les deux amis à sa table ; et dans le cours du repas, il parla de Graf'enrode , sans soupçonner de quel intérêt le nom de cette petite viile était pour un des convives.

Théodore pâlit; il voulut demander des nouvelles d'Ottilia , mais n'eut point la force de prononcer ce nom adoré. Florio comprit son dessein,

et cria à Forcille du sourd : N^avez- TOiis pas vu , notre jolie compatriote, mademoiselle Rlumm ?

Certainement , répondit le consul , j'étais à son mariage , la yeille de mon départ.

Florio ne put retenir un gros juron, qu'heureusement le consul n entendit point , à cause de sa surdité ; il ne s'apperçut pas non plus de Teifet que cette nouvelle inattendue opérait sur Théodore.

Oui, continua le consul, c'était un sinij;ulier mariage; la jolie épouse paraissait fort agitée ; elle se trouva mal après avoir prononcé le oui fatal.

Cet événement rendit la noce fort triste ; je fus très-heureux de trouver dans mon prochain départ un prétexte pour m'éloigner, immédiatement après la cérémonie. Je pense Cjuecct évauouisseracnin'étaitqu'une

m man der ie. On dit que la demoiselle a eu un amant à qui elle a donné son congé. Elle Fa nécessairement oublié , car on dit que son mari a dû

la conduire en IicJie A propos

TOUS allez dans ce pays , peut-être <]ue vous la rencontrerez.

L'infjrtuné Théodore eut bien de k peine à cacher son trouble, i'iorio détourna habilement la conversation, et Théodore ne songea point à demander le no-m du mari d'Ottilia. Lorqneli table fut desservie , ils prirent brusquement irongé., et se retirèrent chez eux.

Théodore, seul avec son ami , se jeta dans ses hras^ et pleura amèrement. Pourquoi re^rcter cette infidèle , reprit Florio? elle n'était pas digne de ton amour* Existe-t-il sur 3a terre une femme qui mérite de û^er les sentiments d'un honnête

liomme? Ce sexe est né pour notre tourment , et tu -viens de voir qu'ea Turquie les femmes , dès Fâge de deux ans , commencent déjà à faire le malheur des hommes. Allons eu Italie, nous visiterons le tombeau de Méteîla, et nous maudirons sa mémoire, parce qu'elle fut aussi uu%:

femme.

Au nom du ciel , dit Théodore ^ n'allons pas en Italie ; tu viens d'apprendre que nous pourrions l'y trou-^ Ter. Il n'en faudrait pas davantage pour me réduire au désespoir , que de la voir à côté d'un autre homme.

Hé bien î comme tu voudras , re^ partit Florio, je ne le quitte pas* <

Après quelque délibération, ils résolurent d'aller en Perse. Pourquoi ?

Ils ne le savaient pas biea eux-mêmes. Tous les pays étaient indifférents à ees amants infoitunés^, pourv»

qu'ils fussent loin du lieu qui le^ avait vus naitrCé L'idée d'un voyage dans Tempil e persan souriait à Florio, paice que ce fut sur le mont Ararat que Noé planta la première Tigne ; il était d^ailleurs curieux de vérifier sur les lieux si le vin de - Scîiiras jouissait d'une réputation méritée.

Avant de partir, Fiorio crut devoir retourner chez le consul , afin de le faire expliquer, et de lui demander le nom de l'époux d'Ottilia* jLe consul Tavait malheureusement oublié;, tout ce qu'il put dire, c^esc que c'était un étranger et un homme fort riche.

Mais, en récompense, Fiorio apprit une chose dont il ne s'informait pas. Dans la conversation on parla tout naturellement du père d'Ottilia. Pour celui-là ^ dit le consul^ je

viens d'en recevoir des nouvelles ; UQ de mes amis m'écrit que le vieux fripou a recouvré sa liberté , et qu'il demeure avec une très-jolie û\le qvi le servait dans la prison , et qui est aujourd'hui sa maîtresse.

Le diable te couibnde, porteur de mauvaises nouvelles ! s'écria Florio.

Je vous remercie , répondit le consul , bon voyai^e î

Florio revint chez lui tout déconcerté. Réjouis-toi, mon cher, dit-il, je t'apporte un solaiiuni miserorunu Ce diable de soiud m'a aussi annoncé ma condamiialion. Je sais maintenant pourquoi l'innocente Emma a refusé ma main : le vieux Kl um m l'a séduite.

C'est une imposture y dit Théodore.

r'.t pourquoi, repartit Florio? Si l"épouse àw bon roi Astolphe, q\ü

était un fort belliomme, iui fit infidélité pcHir se jeter dans les bras d'un nain , pourquoi Emma n'auraitelle pa§ été séduite par le vieux Klumm? Allons, mon ami, partons sur-le-champ pour la Perse.

La fortune favorisa dans ce pays nos deux amis plus qu'elle ne Tavak fait en Turquie. On y goûta un peu plus la musique de Florio ; Thécdore devint à Ispahan le médecin à la mode ; il eut le bonheur de guérir le roi d'une maladie grave , et de voir pleuvoir sur lui For et les dignités.

Quand ils eurent gagné assez d'argent, et qu'ils se crurent suffisamment guéris de leur amour, ils firent leurs dispositions pour retourner ea Allemagne.

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