‹ Romans, contes et nouvellesChapitre 11 sur 29 · ONA OU.MI'IA · texte numérisé non relu

ONA OU.MI'IA

de sou mari, et lui reparla de tous les événements dont on les avait entretenus la veille. « Mon cher Camille, lui dit-elle, avez-vous réfléchi à la nouvelle position où nous nous trouvons maintenant? — Qu'y a-t-il de changé pour nous, ma chère amie? — Vous imaginez bien que je ne prétends pas parler d'un surcroît de fortune dont nous nous passerions ;i la rigueur, et dont la possession est, après tout, tellement éloignée, quelle nous devient à peu près inditîérente. Mais ne voyez-vous pas que votre oncle, par ce qu'il vient de faire, laisse percer le désir que vous vous rapprochiez de lui?

— Quoique je ne doute nullement de ce que nous a dit hier le cardinal Sforza, cependant c'est une nouvelle, c'est un l'ait que nous sommes censés ignorer, et il y aurait de Tindiscrétion, à ce qu'il me semble, à hasarder quelques signes de reconnaissance em'ers sa sainteté avant qu'elle nous ait fait connaître elle-même ce qu'elle a daigné faire pour nous.

— Mon cher Camille, dit la princesse avec quelque peu d'impatience, il est bon, il est convenable sans doute de conserver envers des supérieurs et des parents les égards qui leur sont dus ; mais ce n'est pas cependant une raison suflisante pour se soumettre puérilement à leurs volontés, lors(iiie par des fantaisies inexplicables, oui, mon cher Camille, des fantaisies inexplicables, répéta avec intention la princesse, ces parents vous exilent, vous arrêtent dans votre carrière, et vous réduisent à courir la campagne le long des murs de Kome, comme nous le faisons depuis deux jins. — Comment!... et que voulez-vous dire? — Ecoutez, Camille : que vous vous ^oyez conformé bénévolement jusqu'ici aux volontés de dona Olimpia, par respect pour votre oncle, je le conçois, et vous voyez que moi-même j'ai fait tout ce qui a été convenable pour vous aider à supporter une punition que tout le monde trouve plus ridicule encore qu'injuste ; mais la durée de ma complaisance est subordonnée aux événements, et il s'en présente de tels aujourd'hui, que je ne me sens plus le courage de continuer la vie oisive et sans but que nous menons.

— Eh quoi ! ma chère, est-ce que le bonheur si doux que nous goûtons depuis notre union cesserait d'en être un pour vous? s'écria Camille en serrant sa femme dans ses bras. — Qhg

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VOUS me comprenez mal, Camille, et que vous interprétez faussement la tendresse que je vous porte, ainsi que l'intérêt que je prends à votre famille! Car eniin, mon ami, je suis sur le point de vous donner un fils, je l'espère au moins; et il faut penser de bonne heure à l'avenir. Si doux que nous ait paru notre bannissement, seriez-vous bien satisfait que voire premier né vît le jour en exil? — Kh bien ! je vais demander notre rappel au pape. — Vous ne lobtiendrez pas, Camille. — Pourquoi non ? — Votre mère s'y opposera ; vous le sa\ez bien. » Ces dernières paroles firent baisser la tète à • dom Camille.

Après quelques instants de silence, la princesse reprit la parole : « Ah ! Camille, dit-elle, que je voudrais trouver des mots pour vous exprimer ce que j'éprouve ! Dites, mon ami, ne sentez-vous pas que quelque chose vous manque? — Près de toi? Rien, absolument rien. » Le jeune prince prononça ces mots d'un air si vrai, et avec une tendresse si franche, que la princesse en fut vivement émue. « Mais enfin, ajoutât-elle, cher Camille, ce sentiment si doux, ce bonheur de vivre l'un pour l'autre, que j'éprouve ainsi que vous avec tant de vivacité, vous n'ignorez pas qu'il ne peut remplir la vie tout entière. Le nom que vous portez et que vous transmettrez à nos enfants, il faut en accroître le lustre, le rendre glorieux s'il est possible. Vous êtes fier de ma beauté, ditesvous quelquefois; trouveriez-vous étrange que je misse mon orgueil à vous voir paraître avec éclat dans le monde ? Ah ! croyez-moi, Camille, ne laissez pas s'écouler vainement les jours de votre jeunesse ; mettez-les à profit pour vous l)réparer un âge mûr digne du nom que vous portez, et no laissons pas dégénérer le bonheur que nous avons goûté jusqu'ici, en indolence. Montrons l'un et Vautre, mon ami, que la retraite, Toisiveté à laquelle on nous a condamnés, est une odieuse injustice. »

Ce discours, et l'énergie avec laquelle la princesse de Rossano en prononça les dernières phrases, jetèrent dom Camille dans le plus étrange étonnement. Ce mélange de tendresse profonde et de conseils sérieux mit une confusion singulière dans les idées du prince ; et en regardant les yeux

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de sa feiimie, dont rexpressioii lui parut aussi nouvelle que le langage qu'elle venait de lui tenir, il lui demanda à plusieurs reprises, en la considérant avec une curiosité accompagnée de quelque crainte : « Mais que voulez-vous donc? que voulez-vous? — M' aimes-tu réellement, Camille? lui demanda-t-elle entin; ou n'as-tu pour moi que rattachement que t'inspirerait une maîtresse pourvue de quelque beauté? Est-ce ta femme que tu aimes en moi? Est-ce la compagne que tu as choisie, celle qui porte dans son sein le fruit de tes amours? Dis-moi, Camille Pamphile, est-ce à Cornélia Aldobrandini que tu as voué ton existence, ou prétends-tu passer ta vie près d'elle, comme avec une courtisane un peu plus belle et mieux élevée que les autres? — Ah! Cornélia!... — Réponds-moi : as-tu réfléchi, quand tu as renoncé au chapeau de cardinal pour m'épouser, que tu t'engageais à soutenir l'honneur de ta famille et de la mienne , que tu ne t'appartenais plus, et que j'acquerrais le droit de te faire souvenir de ton nom, si tu venais à l'oublier ? »

Comme le prince se couvrit le visage de ses mains, la princesse de Rossano se reprocha aussitôt d'avoir été trop dure, et se prit à verser quelques larmes. « Camille, Camille, s'écria-t-elle en lui prodiguant mille caresses, excusez-moi, je vous prie ; non, vous m'aimez, vous m'honorez, je le sais, je n'en ai jamais douté, mon ami... Vous me pardonnez cette vivacité, n'est-ce pas? ajouta-t-elle en l'embrassant avec tendresse. — Ah! Cornélia! répondit Camille après quelques instants de silence et en parlant d'une voix altérée, c'est le premier chagrin que vous m'ayez fait éprouver... Oublions, oublions ce moment de notre vie... Ah ! Cornélia I je n'avais jamais pensé qu'il fût possible que le moindre nuage s'élevât entre nous !... » Tl s'arrêta encore, tant il .se sentait oppresse; puis continuant non sans peine : « Mais, ma chère et tendre amie, veuillez donc m'expliquer ce que vous désirez de moi... que faut-il que je fasse? Pour vous plaire, pour vous donner la preuve de ma tendresse, je suis prêta tout entreprendre; parlez. »

A ces mots, la joie pénétra rapidement le cœur de Cornéha, qui, aussi gracieuse que fière, selon roccasion, pro-

(ligua mille tendresses h Camille auprès duquel elle s'était placée. « Allons, mon cher Camille, parlons raison maintenant et sans détours, lui dit-elle; n'as-tu pas compris, d'après ce qu'on nous a dit liier, que lo pape n'attend qu'une bonne occasion pour nous rapproche: de lui, et que ta mère seule nous tient en exil? Ecoute-moi bien, et ne te fâche pas. Dona Olimpia, sois-eu certain, nous tiendra éloignés de la cour tant qu'elle aura assez de puissance pour le faire, et ton oncle n'aura jamais la force de contrarier sa volonté à ce sujet; ainsi notre bannissement peut se prolonger indéfiniment. A te parler franchement, mon cher Camille, j'ai assez de la vie champêtre, et il est par trop piquant d'avoir épousé le neveu du pape pour en être réduite à vivre aux champs. Je te déclare donc que pour mon compte je ne prétends plus mener ce genre de vie, et que dans tous les cas je veux faire mes couches a Rome.

— Alors, ma chère Cornélia. je ne vois rien de plus simple que d'écrire à sa sainteté, pour lui faire cette demande.

— Point du tout, Camille ; ce n'est pas ainsi que j entends que les choses se fassent. — Et de quelle manière donc? — Il faut brusquer les affaires. — Mais enfin, comment? — Il y a un moyen bien simple. — Lequel? — C'est d'entrer à Rome sans prévenir. — Y pensez-vous, Cornélia? — Quant à moi j'y suis bien résolue, et je pense que vous ne me laisserez pas aller seule. » .

Ces dernières paroles étaient à peine prononcées, que dom Camille quitta le siège qu'il occupait, et se promena silencieusement dans la chambre.

De son coté, Cornéha, qui était demeurée assise , observant la physionomie soucieuse de Camille, commença à se sentir sourdement agitée par l'inquiétude et la colère. Après avoir vainement attendu que son mari lui adressât la parole : « Il paraît, dit-elle, que vous n'approuvez pas mon projet? — Votre projet? dites donc... votre... folie, madame. — Prince, reprit Cornélia en se levant à son tour, il y a des folies qui réussissent souvent mieux que les actes de prudence, surtout quand un noble orgueil fait commettre les unes, et que la... nonchalance produit les autres. — Corné-

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lia!... — Don Camille !... — Vous m'outragez, princesse. — Vous m'abandonnez bien , prince. — Ah ! Cornélia, s'écria Camille les larmes aux yeux, Cornélia, au nom du ciel, n'accomplissez pas votre dessein ; vous allez nous perdre sans ressource... Réfléchissez donc a la démarche que vous prétendez faire; pensez donc aux conséquences de la colère do dona OHmpia!... elle est toute-puissante à Rome; un mot de sa bouche et nous sommes perdus... » La princesse de Rossano interrompit Camille par un éclat de rire moqueur. « Vraiment, dit-elle, à en juger par la terreur que vous inspire madame votre mère, je sens que je ne pourrai jamais rien obtenir de vous tant que je ne me montrerai pas aussi impérieuse qu'elle. Aussi, mon cher Camille, cominencé-je dès aujourd'hui à prendre ce nouveau rôle auprès de vous, et je vous signifie positivement que, quoi qu'il arrive, je pars demain pour Rome. » En disant ces mots elle sonna vivement, et ordonna au serviteur qui se présenta de dire à son écuyer de tenir la grande voiture de gala prête, et attelée des quatre chevaux blancs, pour le lendemain h deux heures après midi.

Dom Camille resta d'abord étourdi de ce qu'il venait d'entendre; mais rassuré intérieurement par la douceur de caractère que la princesse avait toujours montrée jusque-là, il se persuada que ce n'était qu'un jeu mis en usage par elle, et dont les conséquences ne seraient rien moins que sérieuses. 11 prit même la chose en badinant, et engagea sa femme à se coucher pour prendre du repos et se préparer à son grand voyage. Ils se séparèrent après s'être embrassés, et bientôt le sommeil suspendit pour eux le souvenir des premiers débats qu'ils eussent eus ensemble.

Mais dons la matinée suivante, ils se représentèrent vivement a l'esprit de dom Camille , lorsqu'il vit tous les gens d'écurie rouler le grand carrosse dans la cour, le nettoyer, ainsi que les harnois des chevaux, et faire effectivement les préparatifs du voyage dont Cornélia l'avait menacé.

Camille redoutait tellement toutes les circonstances décisives, et qui pouvaient rendre indispensable une explication, qu'il laissa les gens de sa femme achever les préparatifs

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(lui leur avaient été ordonnés, sans pouvoir se dérider à M)onter chez elle. 11 fallut bien cependant s'y résoudre, et il la trouva dans ses appartements au milieu de ses femmes, mettant la dernière main h sa parure, Tune de celles qu'elle ne portait que dans les plus grandes occasions.

« Comment me trouvez-vous? dit-elle à Camille sitôt qu'il fut entré; suis-je mise selon votre goût? Allons, dites votre avis ; et si je l'approuve , je m'y conformerai. — Quel est cet enfantillage? demanda Camille en laissant voir tout l'étonnement qu'il éprouvait. — Enfantillage! dit la princesse en ajustant avec grâce ses bracelets et son collier ; je puis \ous assurer que je nai jamais rien entrepris de si sérieux et de si grave dans toute ma vie, que ce que je fais en ce moment... Mais enfin, ajouta-t-elle avec un petit air coquet et mutin qui ne lui était pas ordinaire, comment me trouvezvous avez cette parure? — Très-bien, madame. — Ah! c'est heureux que vous vouliez bien répondre... Laissez-nous,» dit-elle alors à ses femmes, et en souriant comme si elle eût attendu l'approbation de dom Camille, pour renoncer aux soins de ses caméristes ; puis s'adressant a son mari : « Je suis charmée, lui dit-elle, que la princesse de Rossano ait encore quelques charmes a vos yeux ; car la pauvre princesse Pamphile est tant soit peu tombée dans votre esprit. — Comme vous vous plaisez h me faire de la peine depuis hier, Cornélia ! — Et moi, je me plains depuis le même

temps du peu de complaisance que vous avez pour moi

Rattachez-moi, je vous prie, ce bracelet, dont la fermeture n'est pas fixée... Si vous étiez disposé à m'èlre agréable, vous ne laisseriez pas ainsi la princesse de Rossano aller seule à Rome. — Cornélia, dit le prince en baisant la main de sa femme après avoir rajusté le bijou, vous ne sentez donc pas tout ce qu'il y a de pénible pour moi dans ces distinctions que vous vous vous eft'orcez d'établir ?— En vérité c'est bien ;i tort que vous me faites ce reproche , mon ami; et si vous étiez juste, vous vous l'adresseriez h vous-même. — Comment! — Oui, sans doute. — Mais pourquoi? — Eh! que n'allons-nous à Rome ensemble? Quand on me verra à vos cotés, il ne viendra à personne l'idée de faire les distinctions;

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mais si vous ne voulez pas laisser la princesse Pamphile agir comme elle l'entend, ce sera la princesse de Rossano qui se chargera d'accomplir ses desseins. »

Ces derniers mots furent prononcés d'un ton assez ferme pour que Camille s'aperçût enfin qu'il n'y avait plus moyen d'éviter une explication, et il s'étendit longuement alors sur l'imprudence que sa femme allait commettre, énumérant les suites fâcheuses que ne manquerait pas d'avoir une désobéissance éclatante envers le pape, qui serait considérée comme une insulte, et punie sans doute avec rigueur. Encouragé par le silence de Cornélia, qui le laissa se débarrasser de toute son humeur, (Camille croyant avoir ébranlé la résolution de sa femme, ajouta avec une assurance qui ne lui était pas accoutumée et une légère nuance d'ironie : « Les dames ne doutent de rien, et elles se jettent au milieu des dangers sans s'embarrasser de savoir comment on pourra les en tirer.

— Vous vous trompez, Camille, interrompit alors la princesse; je sais à quoi je m'expose, et j'ai prévu tous les embarras dans lesquels je suis près de tomber. Je n'ignore môme plus en ce moment que l'appui sur lequel je devais le plus raisonnablement compter me manque... Mais, ajoutât-elle après avoir jeté sur Camille un regard sévère et triste, je veux que votre premier-né voie le jour à Rome, et je suis bien aise de m'assurer si dona Olimpia aura le pouvoir de me faire chasser de cette ville. »

Elle se mit bientôt en marche pour sortir, malgré les efforts de Camille, qui cherchait encore à la retenir. « Laissez-moi, prince, ajouta-t-elle, laissez-moi faire une tentative à laquelle vous avez peut-être raison de ne pas vouloir vous associer, mais que rien a présent ne m'empêchera de poursuivre. Restez ici, et demain, quoi qu'il arrive, vous aurez de mes nouvelles. ))

La princesse sortit, et trouva dans ses antichambres ceux de ses gentilshommes et de ses domestiques qui devaient l'accompagner. Les trois lieues qui séparent Frascati de Rome furent bientôt parcourues par les quatre chevaux blancs, attelés à une voiture légère qu'entouraient une quin-

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zaiae de cavaliers, el la princesse lit suit outrée à Rome en plein jour, dans une voiture de gala, escortée par son monde, et après avoir eu soin de faire relevé; tous les rideaux des portières, afin d'être reconnue et de pouvoir rendre plus ostensiblement les politesses qui lui seraient adressées. Le piqueur était prévenu sur les rues qu'il devait suivre, en sorte que l'équipage parcourut les quartiers les plus fréquentés de la ville.

De toutes les séductions qui peuvent être employées avec succès auprès du peuple de Rome, les spectacles bien visisibles et très-éclatants sont les plus sûrs. Les quatre chevaux blancs richement harnachés, les officiers et les domestiques splendidement vêtus, une voiture élégante, et enfin la jeune princesse dans tout Tédat de sa beauté et de sa magnificence, produisirent un effet magique sur le peuple, dont une partie se mit à suivre le cortège en criant : « Vive la princesse de Rossano ! enfin elle nous est rendue ! Vive, vive la princesse de Rossano ! »

Le bruit de son arrivée se répandit bientôt de tous côtés, el chacun se dirigea vers la rue du Cours, où l'on avait eu soin de prévenir de son passage. C'était précisément l'heure à laquelle toutes les personnes de distinction avaient l'habiiiide d'y faire leur promenade en carrosse. Deux files de voitures roulaient en sens contraire lorsqu'une troupe d'enfants et de faquins, débouchant tout à coup dans cette rue, un peu avant la place Colonne , annonça l'arrivée de la belle voyageuse, en criant : «Vive la princesse de Rossano! La voilà ! la voilà ! Vive la princesse de Rossano ! »

La foule des piétons était devenue si grande, et elle était tellement engagée entre les chevaux et les voitures, que l'équipage et l'escadron de la princesse furent obligés de prendre le pas sur le milieu de la chaussée. C'est alors que la joie et l'enthousiasme furent portés à leur comble. La noblesse, le haut clergé, les hommes et les dames les plus considérables de Rome, ainsi que les ambassadeurs des cours étrangères, voyant rentrer ainsi avec tant d'éclat la jeune princesse, ne doutèrent pas un seul instant que le pape n'eut '■nfin mis un ternie à son exil. Aussi rien, depuis ce nio-

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iiieiit, ne put-il conlenir la vive salisfaclion que Ton éprouva à revoir, une personne qui était si généralement aimée. A mesure qu'elle avançait, la foule allait toujours croissant h tel point même que les deux files de carrosses ayant été forcées de s'arrêter, les personnes qui étaient en voiture se levèrent ou se mirent aux portières en agitant leurs mouchoirs, firent retentir Tair de vivat. ! tandis que la princesse de Rossano, envoyant des saints de remercîment et d'amitié à droite et à gauche, agitait elle-même une écharpe, el donnait à son entrée dans Rome toute l'apparence d'un (riomphe.

Elle remonta ainsi la rue du Cours jusqu'au palais de Venise. Là de nouveaux flots de curieux, amoncelés pour la voir, donnèrent des témoignages de leur enthousiasme avec * d'autant plus de vivacité que leur impatience avait été plus longtemps contenue. Sur ce point se trouvait en particulier une immense quantité de gens du peuple, dont les acclamations bruyantes élaient mêlées de vivat pour la princesse, et de reproches éneigiques destinés à la belle-sœur du pape. La plupart d'entre eux, après avoir salué de leurs louanges madame de Rossano, criaient avec fureur : « A bas doua Olimpia, qui nous fait mourir de faim ! à bas l'infâme! à mort la louve ! »

Rien de ce qui composait cette joie sauvage n'échappa à l'attention de la princesse, qui, fatiguée cependant d'une scène si bruyante et si longue, ordonna h son cocher de partir au galop. Les valets à cheval précédant la voiture se firent jours à grands coups de fouet à travers une nuée de polissons et de faquins, et bientôt toute la cavalcade, s'élançant dans les rues adjacentes, ne tarda pas d'arriver au palais Farnèse, où la princesse était attendue.

Pour une jeime femme enceinte de huit mois c'était une journée laborieuse que celle que venait de passer Cornélia; toutefois elle voulut la terminer en achevant le cotip de tête (\m lui avait déjà si bien réussi. Elle écrivit d'abord une lettre à dom l'amphile, pour lui donner des nouvelles de sa santé et le mettre au courant de tout ce qui s'était passé à Rome, en lui signifiant qu'elle ne prétendait plus sortir de cette ville, et

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qu'il était iiidispensablo qir'il y vînt liii-mèiue s'il avait quelque désir de la voir.

Après avoir donné cette missive à un courrier qui partit aussitôt pour Frascati, elle fit appeler l'un de ses gentilshommes, qu'elle chargea d'aller chez le pape d'abord, puis chez dona Olimpia, pour les assurer de ses respects et les prévenir de son arrivée.

Innocent et sa belle-sœur en étaient déjà instruits, Ils n'ignoraient même plus aucun détail de l'ovation qu'avait reçue la princesse dans la rue du Cours. Mais à peine cet événement était-il parvenu jusqu'aux oreilles du pape, qu'il avait fait appeler Pancirole, avec lequel il était encore en conférence à ce sujet, lorsque le gentilhomme de la princesse vint s'acquitter de sa commission. Dans le premier moment, le pontife entra dans une violente colère; il voulait donner l'ordre de faire chasser sa nièce de Rome à l'instant; mais le prudent trésorier l'engagea à prendre conseil de la nuit, en lui faisant observer que cet acte violent, exercé sur une femme jeune, belle, enceinte, pourrait déterminer un soulèvement dans la ville, et que d'ailleurs la princesse était sans doute poussée à cette témérité par le duc de Parme, qui prendrait parti dans une injure faite h sa parente. Ces raisons et d'autres encore qui rendaient toujours le pontife indulgent pour la princesse de Rossano, quand il était fatigué de l'ascendant de dona Olimpia, le calmèrent. Il donna congé à Pancirole, en lui recommandant de revenir parler de cette affaire le lendemain, et finit par dire : « Vous verrez que cette petite étourdie nous donnera de l'embarras! »

Pour dona Olimpia, elle avait été avertie par ses espions de ce qui avait eu lieu dans Rome, avant même que la princesse arrivât jusqu'au palais de Venise. Prise tout a coup d'une douleur violente d'estomac et d'une fièvre, elle profita de cet accident pour faire fermer son palais et ne recevoir personne ; car elle connaissait la princesse de Rossano, et voulut s'épargner la mortification de recevoir son injurieuse politesse. Pendant toute la nuit elle roula dans son esprit des projets de violences; et quand par moment un sommeil pénible faisait tomber ses paupières, elle voyait la princesse

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(lo lîossiiiio ail mili(Mi tlo la nio du r.(Mir? , rorovani les liommages des lloniains, et elle se réveillait en bondissant de fureur sur son lit.

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