‹ Romans: contes et voyagesChapitre 31 sur 67 · LES POST - SCRIPTUM · texte numérisé non relu

LES POST - SCRIPTUM

D^Anctù à Adolphe.

« Adolphe,

« Je t'écris tout exprès pour te dire encore que je t'aime.

U'LNE FLEtlIlSTE ET d'UN ÉTUDIANT. 333

Oli! si tu savais, mon Adolphe tïhéri, mon idole sacrer, mon petit chien couchant, c'est à devenir folle? Sitôt que je te vois, ma tête bat la campagne, et inon cœur donc! c'est un sentiment qui ne finit pas. . . Âh ! si tu savais comme mon pauvre cœur sjest embrasé: c'est que tu e$ dans |3^n cœur... Hélas ! je serai biea malheureuse quand vous m Wandonnerez ; car vous serertîotaire, monsieur; vous épouserez una femme qui aura une dot et qui n'aura pas de cœur ; et moi, pauvre victime, je pleurerai ; je pleure déjà, monstre ! mes larmes m'empôchent de t'en dite davantage, car tu es ma famille, mon Dieu, mon ame, ma vie.

« Anaîs. »

« P. S. A propos, la vertu est pauvre : j'ai été forcée de mettre, il y a cinq jours, mon châle au Mont-de-Piété; je Venvoie la reconnaissance , san^ compter celle que je te dois. »

Adolphe à Anai^,

« Ange descendu du ciel pour me consoler, belle des belles, trésor infini ! ô Anals ! tu es ma moisson et ma vendanged'amour , ma flamme éternelle, la fleur que i'ai cueillie dans le désert de la vie, la fontaine dont la source m'enivre de pures délices, le soleil qui rayonne sur moi, l'ombre du bocage où je me repose de mesp^nes.— Je t'aime! je t'aime! Que ne puis-je te le dii:e ou plutôt te le chanter à toute heure? — Je t'écris tout exprès pour cela.

m Adolphe.»

« P. S. A propos, pour acheter des cigares, j'ai vendu ta reconnaissance : c'est moi qui t'en dois à présent. »

Un matin Adolphe, n'ayant plus rien à dire à MUe Anaï9« la pria de lui raconter son histoire.

LES AVEKTURB8 SENTIMENTALES

HI8T0IBS VB llU<» AÎfAÎS EACOKTié PAft SIXE-iMmS.

«Donc je naquis à Metz en Lorraine, bien loin dMcî, do côté de Gharenton ; mes pareils sont riches et honorables, et, si je voulais, je serais bien placée dans le mondé ; mais cela est si ennuyeux ! Mongrand'père étâitpresque évêque : voilà pourquoi je fus mise au couvent, où je n'appris qu'à prier bieu : c'était bien la peine ! Donc, je revins dans ma famille, tout exprès pour être séduite par un capitaine de hussards qui est mort à la guerre, je ne sais plusoù, à Alger ou à Waterloo. Donc ce capitaine, qui était fort joli garçon, m'enleva un beau jour au milieu de la nuit sans avoir pitié de mes larmes et de mes cris, mais en tout bien tout honneur. Quel temps dflfretixt le vent faisait le'diable â quatre, et lui donc ! Il me ndit à (Califourchon sans façon, et Jfe û'ën faisais pas non t)lus ; faites dodc là petite bouche par tiii temps pareil! Donc, quand il partit pour la guerre, je faillis mourir de douleur avec son am intime M. Hector^ un jeune capitaine de dragons qui avait eu la croix à Marengo ou à Sainte- Hélène. Hélas \ dans mon désespoir je ne savais plus ce que je faisais. A là gUetre comme à la guerre ! Les ingrats m'avaient promis \é\xt main, mais j'eilsbeâu tendre la mienne! La douleur me prit, je voulus itie reïîentlr eh libiBrté : voilà pourquoi je hie fis fleuriste. Je t^assuré, inon cher, qtte j'ai reçu plus dé fleurs qué je il*en ai fait. ^

Ici Mlle Âtlàls fit une petite moue sbuHahté et se mit â chanter d'une voix éclatante:

La fortune Importune (!}.••

HlSTOnUB BB Mlle aNAIS» llAtONTiB PàA SOU AMIS IRTlMi

a Alors Anais est la ûUe d'un père anonyme et d'une frui-

(4-; L'historiographe de MHe Anais ne sait plus si eiie chanta cette cbao' •on ; mais» si ee n'est pas ebUe-M» c'est h ooap wti eeUe-ei i

L'or est une ohllnère...

D'UMS Ff^UAISTIS ET UVH ÉTUDIANT. 335

iière de Metz qui a eu douze enfans ; elle ôtail le treizième ; m gpand'Oière a été servante d'un chanoine et quelque shose aiFeo. Alors, dès sa tendre jeunesse, elle séduisit un piefitcbérubin d'écolier qui faisait Técole buissonnière avec sa voisine et qui ût la même chose avec elle-même ; elle fut séduite à son tour par un clerc d'huissier qui fit pour elle plus d'un p£^ de clerc ; celui-là, du reste, c'était pour tout de bon : les imbéciles voulaient s'enchevêtrer dans le mariage. Après le clerc d'huissier vint un hussard ; après le hussard un dragon. Dieu sait le chapelet qu^elle a égrené ! ce n'est pas pour en dire du mai, au contraire. Elle est venue à Paris après tout cela. Doue elle croyait tout simplement arriver à la terre promise des belles filles : mais à Paris elle FBncûntm des épines, voilà pourquoi elle a fait des fleurs, d Ici la conteuse, enchantée de son trait d'esprit, se garda bien ^'aU^ plus io|n.

« Aie! aie! s'écria un jour Anals, tu chiffonnes ma collerette! — Tu n'as point de collerette , dit Adolphe avec dépit. — Oui, mais tu chiffonnes mon épaule et tu rougis mon cou. — L'amour s'en va », dit Adolphe d'un air rêveur.

Adolphe se flattait beaucoup, car l'amour n'était pas en^ core venu.

Vin.

LA CANDBIJft ET LA NAÏVETÉ DES FLEUEISTSS.

Un soir, en rentrant dgns sa chambre, Adolphe surprit M^ Anais écrivant une lettre. Bile essaya delà cacher dans sa gorge, mais il savait le chemin de la petite poste, et il arracha ce lanUieau d'épitre :

ermons nos fenêtres^ adieu les télégraphes

Et puis c'était bien amusant, en dépit de

e, car votre lettre m'a offensée, Dieu merci

un châle ; ne croyez pas que

emain à huit heures du

marronniers, ainsi

jamais vous

ÏS DUFLOT.

a P, S, Je voulais vous renvoyer voire châle, mais l'Auvergnat qui vous porte cette réponse était déjà trop loin quand je me suis aperçue que j'avais oublié de lui donner le chàle avec la lettre ; ce sera pour une autre fois. »

Adolphe, qui ne put s'empêcher de rire, répondit luimême au séducteur:

« Vous n'ayez pu allumer les passions de W^ Anaîs; mais du moins votre châle de 59 francs a jeté feu et flammes dans sa cheminée. »

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