‹ Romans: contes et voyagesChapitre 47 sur 67 · SAINT-MARC · texte numérisé non relu

SAINT-MARC

J'étais planlé comme un poinl d'admiralion devant la basilique de Saint-Marc, celle merveille grecque, romaine et gothique, ce songe des Mille et une NuitSy ce poème plein de y'ie et de couleur qui chante plutôt la gloire de l'art que la gloire de Dieu. Dieu, dans sa simplicilé de bon père de famille, n'aime pas toutes ces éblouissantes richesses. La basilique Saint-Marc est une mosquée autant qu'une église. Jamais on n'a confondu si harmonieusement les styles divers du génie architectural, la suprême élégance des Grecs et le luxe éclatant des Byzantins.

Déjà tout émerveillés du portail et des dômes qu'illuminait un gai soleil de septembre» des fameux chevaux de Corinthe , du groupe de porphyre , du lion mutilé , nous entrâmes avec un soudain éblouissement : ces mosaïques à fonds d'or, courant sur toutes les voûtes et traduisant l'histoire sainte depuis Adam jusqu'aux évangélistes; ces pavés de jaspe et de porphyre; ces colonnes innombrables de marbre, de bronze, d'aïbàlre, de vert antique et de serpenline ; ce bénitier,

18 VOYAOE A VENÎ.SK.

C'hef-d*œuvre du xv« siècle qui s'élève sur un autel antique, chef-d'œuvre sans date; le fameux candélabre, la Pala d'oro^ les tombeaux, tout ce luxe d'or et de marbre, d'art et et de poésie, où le soleil, à son couchant, jetait quelques vifs rayons, confondait ma curiosité.

Je m'étais arrêté non loin de l'autel devant une porte de bronze où trais ûgure» en relief m*avaient frappé.

•^ Ce ne sont pas là d^ gens d^égllie» im^à à mon eoœpagaon.

J'avais reeoanu Titien. Il a^ait reconnu AiéUi». Nous découvrîmes bienlôt ^tie la troii^ièfli^ tèt$ était celle de Samovino, qui a passé tr^nl^ années à sculpter et k ciseler celt« parM».

AréHn est là dans ioule s^ ajodace. C'est une té(e vivante qui pofte a^vec insolence le cadiet d'un od^ux caractère tempéré par Tesprit. Arétin était BMirchaBd de louange m de calon^e : Titien liii- Sdême le peignait peur être proclamé un gnmd artiste ou pour adoucir ^s difi^unatioiis«

liais le Tintoret n'eut pas les mémies mié«»geipaei»ts ; ua jour il aUa eh^ ]» poêtQ^ et Wl piit mesure avec un pistolet : « Pierre Arétin^ smik avez trois de mes pisU)lels «te haut^ » lui dit4U Le peintre était bien nommé Robuste.

La parole d'Arélin, c'était Tépée 4e Daumoelès suspendue sur tout k monde. Au^st ce fut un be«« jour poun ses ennemis et mém« se^ ami& (|u« le joue où l'on put io^crire siir hj^ saas crainte (te le ré^eillef :

VOYAGE A VKNISB. 49

Qui giaœ rAr^in poëta Um%

C'élaH Ba pmsaat et miàme joorMlîsIe, qu'on peut regarder eomve te eréatettr da dlémla^t. N*a-t-}l pas fail ehaater Flranfols H el Ouïriez QaiMy $am eoœptef \m mille pelils aouivenâas île l'Italie? Les uns lui enfeyaie&l mot ehaiiie (fort les autres un eheral ; — les plus pauvres des eoups de hèil^y tout sîmi^eBiMit ^ -» or qui ae TempéelM pas de iaiie graver des nMailies ùà il prit iasoieffimentle ti^e de àhim.

Il faul avouer que son portrùt est une des biiar^ reries de Saint-Mare. Mieh^Asge ae dirait pas, il est vrai, de celte porte de Sanzoviao ecanme il disait de celle du baptistère de Fki^afie : La parte du Paradis.

On resterait plus longtemps à Saint-Marc, si le palais dacal n'était à côté. Si le palais ducal est le Capitole du pouvoir aristocratique, le pont des Soupirs en est la roche Tarpéïenne. Sombre histoire ! Dès la première page, Marine Faliero, qui la commence, eut la tête coupée, et Galendrio Tarchitecte, ce précurseur de Michel-Ange, finit ses jours sur Téchafaud.

L'aspect du palais ducal est tout k la fois sévère et riant comme un château gothique bâti par un amoureux au retour des croisades ; c'est le génie du Nord et de l'Orient confondus dans une même pensée. Les chapiteaux des colonnes du premier

ordre de la façade, avec leurs feuillages, leurs figures el leurs symboles qui ont un accent hardi et primitif; la logietta de Vitlorla, la délia Garta, tes statues grecques de la façade de l'Horloge, rAdam et TËve de Rizzo, la petite façade de Bergamasco, le Mars et le Neptune de Sanzovino, l'escalier d*Or, sont une splendide entrée en matière. On entre avec religion dans ce palais qui n'est plus habité que par les chefs-d'œuvre.

Dans le palais, il y a une bibliothèque; mais les vrais historiens de Venise, ce sont les peintres. Toute l'histoire de la république est écrite sur les plafonds du palais, dans des cadres splendides tout de marbre et d'or.

— Si nous allions dîner? me dit tout à coup mon philosophe.

Je le suivis * silence.

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