‹ Romans: contes et voyagesChapitre 9 sur 67 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

l'amour en prison.

Ainsi finissaient les mémoires du poète. Deux mois s'étaient écoulés pendant qu'il confiait au papier ses joies et ses peines, tout le roman de son cœur et de sa vie. Grâce à cette confession, les heures de sa sombre solitude lui furent moins amères, le passé rayonnait sur le présent, il n'était pas seul : il habitait le cachot de Ravaillac avec ses souvenirs de vingt itns. Les fraîches images deMarieetdeDafnélui apparaissaient tout éblouissantes dans l'ombre éternelle.

Après avoir relu çà et là quelques passages de son manuscrit, il le remit au geôlier avec la prière de le donner à la religieuse loi devait le demander. Deux fois déjà cette femme mystérieuse, qui était venue le consoler dans sa prison, lui avait ^t qu'elle attendait son manuscrit et qu'elle passerait chez te geôlier pour le prendre. Dès qu'il s'en fut séparé, il le regretta, il pleura sa perte, comme on pleure un ami qui savait

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toutes vos amours et toutes vos haines. Hélas! s'écriait-il , j'avais perdu la tête! Cette femme avait donc une puissance démoniaque, puisqu'elle a voulu savoir ma vie et que je ne lui ai rien caché? Marie! pardonne-moi; j'étais fou quaod j'ai dit à une autre que je t'aimais; je n'aurais dû le dire qu^'à toi seule, ô Marie ! Insensé! j'ai dévoilé les mystères de mon ame, j'ai chassé les vapeurs vierges qui l'entouraient comme un voile de lin; j'ai dissipé .mille trésors enfouis là; maintenant, si j'y cherche mon amour, je ne l'y retrouve plus. Insensé ! j'ai fouillé dans mon ame, j'y ai puisé le souvenir à pleines mains pour l'éparpiller sur les feuillets d'un livre. Les poètes sont des misérables qui vivent pour les autres; leur ame est un miroir qui ne garde aucune trace pour eux.

Les gelées du dernier hiver avaient détaché quelques pierres aux murailles qui séparaient le cachot de la cour ; les pluies abondantes du printemps avaient dégradé ces murailles, et, en s'éveillant un matin, Théophile fut ébloui par un sillon de lumière qui glissait par une fente et qui tombait dans son cachot; il en éprouva une joie si grande, que les deux sergens enfermés avec lui crurent qu'il devenait fou; il appuya ses yeux à l'ouverture et les enivra de clarté; il sentait mieux que jamais la froide horreur de sa prison.

Le soir, comme il regardait encore par cette ouverture, il vit flotter une clochette blanche dans une guirlande de verdure : c'était la fleur d'un liseron des haies qui avait grimpé autour d'un cep de vigne et qui flottait au gré du vent. A la vue de cette clochette, il pâlit et frissonna, car il se souvint qu'autrefois Mercure, son alerte lévrier, avait porté une pareille fleur à Marie dans le promenoir des ormeaux.

Théophile passa la nuit contre la muraille dévastée; la nuit était pluvieuse et le vent soufflait avec force; il écoutait le bruit monotone d'un fllet d'eau qui tombait d'une gouttière sur le sol ; il écoutait les bruits du vent qui tourbillonnait dans la cour de la Conciergerie et qui glissait sur les toits en

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fémissaai. Autrefois, dans sa petite chambre du manoir, la ploie et le vent lui inspiraient des songes aussi lugubres que poétiques; il retourna à ses anciennes impressions, son ame fraochit les distances, il revit ses chères tourelles grises et se cbattffa devant le foyer natal. '

ÀU2 premières blancheurs du jour, il mit Toeil à Fouver-» tore pour revoir la fleur du liseron; le vent secouait les perles du calice et la balançait avec une molle lenteur. Ah ! si j'avais œ lys! dit41 tristement. Il le regardait avec envie, quand une main de femme le saisit et le détacha du rameau. Est-oe k main de ma bonne fée ou de ma mauvaise fée? se demanda-t-il.

(Tétait la main de la femme du geôlier; Théophile vit la jeune femme s'avancer vers la gouttière et déposer un seau par terre en contemplant le liseron.

A cet instant, le geôlier, suivi d'un maçon, pria le prisonnier de se déranger un peu : Que voulez-vous? dit Théophile. —La lumière du jour ne peut que vous nuire, en vous donlontdes regrets. Théophile comprit son malheur.— Et vous seriez assez cruel pour m'en priver? dit-il d'un air suppliant. — En attendant les travaux du dehors, voici un maçon, des briques et du ciment; bientôt la lumière n'offusquera plus vos regards. — Ayez pitié d'un misérable plongé depuis quatre mois dans une longue nuit, ne refermez pas mes yeux si tôt! Vous ne savez pas comme les aveugles sont à plaindre; la lumière est douce à l'homme, comme tout ce qui vient du ciel! Ah! renvoyez ce maçon, remportez ces briques, laisse2-moi la lumière! — Nenni, mendiant de pitié, ce serait un sacrilège, une impiété, que de laisser ici une porte au soleil, car le soteil ne doit pas luire dans le cachot de Ravaillac et de Théophile Yiau. Le geôlier appuya sur le mot Viau et rit à gorge déployée.

Théophile passa de la prière à la menace : Eh bien ! s'écriat»il avec véhâmence, je vous défends d'approcher. ^ La dé*-

fense arrive mal à propos; je vous ordonne de vous déranger

— Je resterai où je suis. Le geôlier alla vers les deux sergens qui vinrent paralyser la résistance du prisonnier. Le maçoi se mit au travail. Au moins, lui dit Théophile, laissez-mo revoir ce liseron, laissez-moi le respirer encore. Le geôlier touché, lui accorda tout le temps qu'il voulut. D'autant plus lui dit-il, que, si j'en juge par toutce que j'entends, vous n'aves plus grand temps à passer ici... ni ailleurs...

Quand Théophile se retrouva dans la nuit profonde, il lui prit une tristesse affreuse, un désespoir sans bornes; son aim se couvrit d'un voile funèbre, à la pensée qu'il ne reverrail plus ni Marie, ni Dafné, ni lescieux,ni les eaux, ni les fleurs. Oh! dit-il en s'arrachant les cheveux, je verrai le ciel de Paris, les eaux de la Seine, je verrai des fleurs sur le sein des femmes, mais ce sera au jour de mon supphce, à l'heure de ma mort!

Un soir que le poète appelait la muse pour le consoler, Brizailles descendit dans son cachot. Corbacque! s'écria le bouflbn, monstrueux geôher! insolent coquin! — G*est toi! Brizailles, c'est bien toi! d'où viens-tu, que sais-tu? — Ce geôlier est un bélître, un rustre, un buffle, un ivrogne, et...

— Quoi! te voilà, Brizailles! Voyons, dis-moi tes aventures depuis ta courageuse équipée au souper des treize. Brizailles] était pensif.— Que viens-tu donc faire à la Conciergerie ?— Par ma fiamberge! je viens vous voir. Vous me demandez donil| mes aventures depuis ce jour horrible, ce jour fatal, ce Jour ds{ deuil... — Ce jour enfin où tu dédaignas de souper en compagnie d'une troupe d'archers. Brizailles leva la tête aved fierté : Les lâches! s'ils étaient là, ma fiamberge... — Brizailles, je te croyais maintenant plus humble, jeté croyais las d'abattre les montagnes, de renverser les forêts, de sécher les fleuves. — Vous voulez donc savoir ma vie depuis cinq mois : mon histoire est fort simple : j'ai pleuré vos malheurs et je sais redevenu baladin. Charlotte, quelle puissance magiqus

avait ton regard! Oui, j'ai égayé les paysans de Normandie et les badauds parisiens; on m'a jeté des deniers, que j'ai jetés à mon tour dans les tavernes; j'ai chanté, j'ai dansé, j'ai avalé des poignards et me voilà plus amoureux que jamais de Charlotte. — C'est à merveille; mais tu cries comme un corbeau, les sergens t'écoutent.

Les deux gardiens s'étaient avancés vers Théophile et Brizailles; les rires du bouffon, les paroles animées du poète, avaient éveillé leur défiance; ils craignirent un complot, et, l'un d'eux, frappant tout à coup sur l'épaule de Brizailles, qu'il reconnaissait à son feutre : Assez jacassé, mon cher, lui dit-il, il faut partir à l'instant. Brizailles repoussa le sergent et frap];)a sa flamberge de sa main : Ce drôle ! dit-il d'un ton dédaigneux. Capédédious! ma fureur s'allume et je crains un embrasement; les hommes de mon sang ne peuvent se maîtriser; messieurs les sergens se repentiront d'avoir commencé la guerre.

La guerre ne fut pas longue; la fureur de Brizailles s'éteignit en naissant; il paçsa le plus humblement du monde devant les gardes, en promettant au poêle de revenir bientôt.

Rien ne changeait pour Théophile; accablé du présent, effrayé de l'avenir, il se réfugiait dans le passé, il demandait à ses souvenirs un baume salutaire à ses plaies.

Il avait, depuis quelque temps, les Confessions de saint Auguftin; il les relisait avec ardeur :

Mon jeu, ma danse et mon festin Se font avec saint Augitstin, Dont la douce et sainte lecture Est ici mon contre-poison En la misérable aventure Des longs ennuis de ma prison.

Je maudis mes jours débauchés , Et, dans Vhorreur de mes péchés,

il2 LE €lfiL KT LA TERRIS.

Bénissant mille fois l'outrage Qui m'ordonne le repentir.

Je trouve encore en mon courage Quelque espoir de me garantir.

Alors gi«e mes yeux indiscrets Ont trop percé dans les secrets, Jésus m'a mis en la pensée Qu'il se fit ouvrir le côté, Et que sa veine fut percée , Pour laver notre iniquité.

Les psaumes de David le consolaient aussi :

« Enseveli dans les ténèbres du cachot, j'aime les paroles du roi David, qui est Tame de la dévotion. Jamais les délicatesses des poésies profanes ne m'ont touché si tendremeût ni si vivement que les fermes et éloquentes méditations de ce prophète : je les ai toutes dans le cœur. »

Marie était morte pour le monde, Marie était religieuse. Cette femme, vêtue d'une robe noire et couverte d'un voile blanc, cette femme toute mystérieuse, qui avait consolé le poëte dans son cachot, c'était Marie. Le couvent de Sainte- Gudule perdait Dafoé le matin, Marie y priait le soir. Dafné quitta Dieu pour un homme que Marie quitta pour Dieu. La pauvre tille était pleine de foi : le jour où son amant la trompa, le jour où elle cessa de croire à l'amour humain, elle crut à l'amour de Dieu; elle changea de religion et de poésie. Elle s'enferma dans une sombre cellule; son corps, qui eût frémi doucement aux étreintes de l'amour, ne ressentit que les étreintes meurtrissantes du cilice. L'immense solitude et l'éternel silence du cloître, la prière et le jeûne n'apaisèrent pas

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dans son ame le souvenir palpitant du poète; elle lutta courageusement contre son amour, mais elle ne put le vaincre. Elle parvint souvent à renverser cette fleur de son ame, mais la fleur se relevait bientôt plus belle et plus parfumée; le temps lui-même, qui flétrit tout, soufflait vainement sur ce lys adoré.

Marie fut pourtant le modèle d'une grande et sainte résignation; elle fit serment d'être une des amantes de Dieu et sa jeunesse s'éteignit sous les regards du Christ, qui protégeait sa retraite; sa jeunesse s'éteignit sous le voile de plomb des religieuses.

Le couvent de Sainte-Gudule était perdu dans une gorge profonde de l'Agénois; sa ceinture de hêtres, d'ormes et de châtaigniers, le cachait à tous les regards et formait l'horizon des religieuses; l'hiver pourtant, à travers les branches nues, on découvrait l'escarpement des collines d'alentour. Marie voyait sans plaisir les fleurs des châtaigniers, le sombre feuillage des ormes, les bouquets touffus des hêtres; elle était triste, plus triste que jamais aux belles saisons de l'année; mais, dès que le vent d'automne détachait les feuilles jaunies, dès qu'elle pouvait entrevoir un petit bois pareil au Bois-aux- Grives suspendu au sommet de la montagne, la joie descendait dans son cœur. Sa cellule n'était pas toujours sombre, car c'était là qu'elle puisait au trésor des souvenirs. Dieu fot quelquefois oublié dans ces poétiques extases.

A part certaines heures de jalousie, Marie aimait toujours OifQé; elle demandait au ciel la rémission des péchés de sa flceur, aile pleurait sur son égarement, sur ses proianations. Mais l'image de sa sœur, l'image de Dieu même, s'effaçaient aux apparitions de Théophile. Marie aimait toujours le poète, rien n'avait altéré l'ardeur de son amour. Le hasard lui avait apporté les pi*emières œuvres de son amant, ces soupirantes «légies qu'eût enviées Pétrarque; que de fois ses yeux enflammés dévorèrent calle qui conmience par ces vers :

J'ai fait ce que j'ai pu pour m' arracher de Vame L'importune fureur de ma première flamme; J'ai lu toute la nuit y j'ai joué toat le jour; J'ai fait ce que j'ai pu pour me guérir d'amour. En vain j'ai vu le bal, j'ai vu la comédie, J'ai des luths les plus doux goûté la mélodie. . . Je m'imagine, hélas ! mais bien douteusement, Qu'elle aura soupiré de mon éUngnement.

Désormais nous voyons épanouir les roses , La vigueur du printemps reverdit toutes choses, Le ciel en est plus gai , les jours en sont plus beaux , L'Aurore en s^ habillant écoute les oiseaux : Ma fontaine d'amour est encore gelée; Elle attend le soleil, mon ame désolée!

En 1623, Marie avait quitté la province pour venir s'enfermer dans un monastère de Paris : c'était quelques jours avant l'arrestation dé Théophile. Le père Garasse prêchait au couvent où s'était réfugiée Marie. Elle apprit ainsi les malheurs du poète; elle parvint, après raille obstacles, à pénétrer à la Conciergerie; elle distingua confusément, dans l'horrible nuit de la prison, son dieu terrestre qu'elle n'avait pas vu depuis si long-temps; elle se serait évanouie sans la peur constante qu'elle avait d'être reconnue. Théophile ne la reconnut pas, car il croyait que Marie lui eût dit en le revoyant : Je suis Marie. La voix de son amante s'était altérée en chantant les louanges de Dieu, en sanglotant dans la solitude; d'ailleurs, nul pressentiment ne l'avait averti. Marie n'était plus pour lui que la blanche vision de ses rêves, le soleil qui brillait sur ses jeunes années; son souvenir était si céleste, qu'il ne pouvait penser qu'elle fût encore une femme de ce monde; il voyait des ailes à son corps aérien, il voyait flotter autour d'elle récharpe des anges. D'autres auraient deviné que Marie ne s'entourait de mystères que pour mieux lire dans le cœur

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de son amant, pour mieux pénétrer dans les replis les plus ignorés; mais la nature étrange de Dafné, ses bizarreries alarmantes, avaient toigours empêché Théophile de connaître les femmes. On Ta vu, il croyait écrire son histoire pour quelque grande dame de la cour ou quelque coquette aventureuse; certes, il ne pensait pas dévoiler sa vie à une sainte recluse; pour Marie, il se fût servi de couleurs moins ardentes, il eût craint d'offrir des peintures d'amour profane à des yeux toujours ouverts sur la Vierge.

Quand Marie eut l'histoire des amours de Théophile, elle s'enferma toute palpitante et jeta un regard avide sur les feuillets du manuscrit. Enfin, dit-elle avec un profond soupir, je vais donc savoir s'il m'a aimée! Elle lut d'abord à la hâte le récit du poète; aux premières pages, elle répéta plusieurs fois d'un ton impatient : Isaure! Isaure! toujours Isaurel Mais bientôt elle fut radieuse, elle s'écria avec transport : n m'aimait ! il m'aimait ! Aux scènes de passion , elle souffrit, elle s'agita, elle pleura. Dafné ! ô ma sœur ! m'avezvous laissé son ame tout entière ?

Quand elle eut fini de lire, elle relut, puis elle relut encore, tantôt pleine d'une sombre tristesse, tantôt rayonnante de joie.

ïlle retourna à la Conciergerie. Cette fois, elle trouva le poète qui marchait à grands pas, comme pour échapper aux désolantes pensées qui l'obsédaient; elle s'approcha de lui silencieusement. — C'est vous enfin, madame, lui dit-il; je ^'espérais plus vous revoir. — Il y a long-temps que je pensais à vous; mais ce n'est point chose aisée de pénétrer ici. ^*^e, chancelante, s'appuya contre le mur; l'humidité la fît reculer aussitôt. Théophile s'assit avec elle sur les planches du lit. — J'ai lu votre histoire, monsieur. — Est-ce un roman, madame? — Oh! non, ce n'est point un roman; vous avez aimé Marie, vous avez aimé Dafné; vous l'avez bien ^ée, Dafné, n'est-ce pas? — Je vous l'ai dit, madame, ^afné fut l'ame de mon corps, Marie fut l'ame de mon ame.

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Marie saisit la main de Théophile : — - Et jamais nulle aut^ femme ne vous fit oublier Marie? — Avant de vous voir, m9r dame, jamais.

Marie fut jalouse d'elle-mème.—Oui, je vousaime, madame; Tamour est comme la rosée qui emperle les fleurs fridches et les fleurs fanées; Tamour emperle les jeunes âmes et les âmes flétries. —Mais Marie, monsieur? Théophile tressaillit. -«-Mais vous ne Paimez donc plus, monsieur? — « Je Taime toujours. Marie pressa la main de Théophile. — Et moi?... — C'est une chose étrange, madame; mais je vous aime... *^ Qu'elle doit être belle, à cette heure, la vallée de Pansy! le Bois-aux- Grives est vert, les arbres sont en fleurs. «^ Et mon amour est digne de vous, madame; c'est une de vos larmes qui brûle mou cœur. —L'herbe grandit tous les jours dans le promenoir des ormeaux. — Et rien n'est chaste comme cet amour : mon ame reprend ses ailes comme autrefois. -* La mousse est soyeuse dans le Bois^aux-Grives; le mûrier tremble au vent et son ombre glisse sur le tapis d'herbe où dormait Marie.

Théophile tressaillit encore.— Qu'elle était charmante dans son sommeil! Il faut ravoir vue, madame... -i- Et c'est uae larme qui brûle votre cœur, dites-vous... -^ Il y avait taot de nonchalance dans son repos, tant de calme sur son front, taut d'amour sur sa bouche! — Et votre ame reprend ses ailes d'autrefois. — Avec quel ravissement je me suis penché audessus d'elle !

Théophile pencha mollement sa tête sur l'épaule de Marie : Avec quelles délices mes lèvres... Marie jeta son voile eu ar- ' rière. Mes lèvres. . . Un baiser passionné retentit dans le cachot. Oh! vous êtes Marie! s'écria Théophile; vous êtes Marie, car je ne puis aimer ainsi deux femmes. Marie murmura d'une voix mourante : Vous ne m'aviez donc pas reconnue? — Je vous avais reconnue par le coeur. Et vous m'avez quitté pour Dieu? — Et je quitte Dieu pour vous. — Oh I Marie, je

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fODS fttrouve donc; je vous revois donc; vous a'ôtes pas BKfirte et vous vivez pour moi ! Mon ivresse est trop grande; lelx)D)ieur va suivre encore ma vie comme un enfant qui suit sa mère; mes obalnes sont brisées» ma prison s'écroule, mes gardes disparaissent dans les ruines! enfin le soleil rayonne aussi pour moi! Plus d'inimitiés envieuses, ni de baines de sang, mais ton amour, Marie; plus de bruits de verrous, plus de voix de geôliers, mais tes paroles pour musique; plus de ces hideuses images de la mort qui me poursuivaient jusque dans mon sommeil , mais ta vue si belle et si douce ! Les fleurs sortent des épines, le soleil d'une couche noire : ma loQgue souffrance ne fut que la source de ma joie. Mon corps n'éûit que le cercueil de mon ame, mon ame ressuscite enfin, la vie y sème encore des fleurs; les champs étaient déserts, mais non pas arides; les orages du malheur les avaient balayés, mais sans les rendre stériles; vieux déjà, j'y retrouve des trésors de jeunesse et de frsdcheur que les passions n'ont pu me ravir. Marie! nous reverrons ensemble notre beau pays, nous reverrons nos montagnes, nos vallons, nos bois, nos lacs, nos promenoirs...

Marie pleurait.^Il devient fou! pensa-t«elle.^Oui, Marie, notre pays sera notre refuge; nous fuirons Paris, car Paris est un monstre qui dévore les illusions, les enchantemens, les pures amours; nous fuirons la grande ville, car la grande ^iUe est une sirène perfide qui jette en nous le désordre, qui caresse toutes nos passions mauvaises, qui nous conduit au mal par des chemins trompeurs. Le bonheur est à Pansy, Marie, puisque le bonheur est une promenade sur l'herbe avec toi, avec la vue du del, des nuits étincelantes; mes larmes ont laYé mes fautes; fuyons, fuyons là-bas et vivons seuls; oublions mes années maudites et le bonheur est à nous !

La porte du cachot s'ouvrit avec fracas : une lumière soudaine éblouit les amans. Les rêves du poète, les images couronnées qu'il voyait dans l'ombre, venaient de s'évanouir. I Un homme traînant une longue robe noire s^avança solen*

nellement vers lui. Qui étes-vous? demanda Théophile avec agitation. — Le prieur de la (conciergerie. — mon Dieu 1 s^écria Marie en se cachant la tète dans ses bras. — Mais que me voulez- vous? dit Théophile la tête baissée. — Vous confesser, puisque demain...

Le prieur leva la main et frappa le sol du pied. — Puisque demain, poursuivit-il, le ciel et la terre s'ouvriront pour vous. Marie tomba à terre en poussant un grand cri.

Théophile refusa de se confesser, disant que Dieu voyait dans son cœur. Le prieur se retira en disant qu^il reviendrait. Les gardes s'approchèrent de Marie. — L'heure est passée, madame, lui dirent-ils.— Non! répondit-elle aveceflûx)L — La nuit vient, madame, il faut sortir. —Non, dit-elle encore. Les gardes s'approchèrent davantage. — Madame, c'est une folle résistance, il faut sortir. Marie s'attacha à Théophile. — Je ne sortirai pas sans lui.

Théophile n'eut pas le courage de repousser Marie; les gardes attendris n'eurent pas la force de la déchaîner de son amant.

Quelques heures se passèrent; le poète, brisé par tant de violentes secousses, s'appuya contre Marie et s'assoupit. Marie le soutint amoureusement et le regarda dormir. Au moins, dit-elle, il vient des songes dans le sommeil de la vie; mais dans le sommeil de la mort, jamais! Théophile rêvait qu'on l'avait banni de la France et qu'il était seul dans un immense désert; des nuées de corbeaux planaient au-dessus de lui et jetaient à ses oreilles leurs croassemens funèbres; une louve; en furie hurlait dans le lointain. Bientôt des vagues grandes comme des montagnes vinrent mouiller ses pieds et le glaoè* rent d'épouvante; il s'agita dans les bras de Marie qui, l4 croyant poursuivi de visions horribles, essaya de l'en délivrett par cette chanson qu'il aimait tant : a

Slanche donnait sur le rivcige.

Un chevalier passa par là, . .

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Théophile entendit cette chanson et crut qu*eile sortait des vagues qui se brisaient avec fracas sous ses regards; il s'élëlla à demi, mais, demeurant toujours en proie à son rêve, il vit encore les nuées de corbeaux, le débordement des flots, et, comme la voix de Marie s'affaiblit tout à coup, il pensa qne la chanteuse se noyait; il s'élança vers elle et lui cria : Chaute! chante! Marie soupira, Théophile la saisit avec violence : Chante! chante! dit-il encore; ta voix est si douce, qu'elle apaisera la tempête; la mer est déjà plus calme, le vent se tait pour t'écouter, les corbeaux ne croassent plus, la louve furieuse a disparu... mais quelle nuit horrible nous entoure ! où est le ciel, où sont les étoiles ?

Théophiles'éveillait.— rai fait un songe affreuxetcharmant; f entendais les hurlemens d'une louve et la voixd'une femme.

Théophile se tut et reposa son front dans les blanches mains de Marie. — Ces corbeaux croassans, ce sont mes ennemis, ce sont les catholiques , les saints-pères, les jésuites, qui s'en vont crier partout ma perte prochaine; cette louve furieuse, c'est Garasse qui me poursuit sans relâche; cette vague qui mouilla mes pieds et me glaça d'épouvante, c'est la mort qui me touche déjà ; mais cette voix si douce qui fit taire les corbeaux, qui chassa la louve, qui calma la mer...

Marie se mit à chanter. — Marie ! j'avais oublié ta voix.

ni.

Pendant que Marie priait Dieu pour Théophile, Dafné priait les hommes; la religieuse songeait à sauver Tame dont elle était la reine, la profane songeait à la délivrance du corps dont elle était Pâme. Depuis l'instant où le carrosse qui la traînait s'arrêta près de la fontaine des Innocens, devant le bruyant cortège du poète, depuis l'instant où elle arracha ses fleurs et

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ses parures en expiation de son ineonstance, elle fit d^héroïques efforts pour combattre les ennemis de son premia amant. Après cinq mois de luttes, elle désespérait de vaincra quand elle mit en œuvre sa dernière ressource; elle se ft belle, elle prit sa voix de sirène, elle alluma ses grands yeui et courut se jeter aux pieds de Louis Xlli qui chassait à Gham^ bord. Grand roi, lui dit-elle, je vous demande la grâce d'ui grand poète. — Vous êtes si ravissante, répondit Louis XIII, que, s'ils étaient mes captifs, je vous accorderais 1^ grâce di tous les poètes de France.

A son retour à Paris, Louis XIII avait oublié Théophile; maisDafné, qui ne l'oubliait pas, l'en fit ressouvenir. Le soii qu'on promit au peuple le spectacle d'un bûcher pour le lendemain, elle courut au Louvre, elle pleura, elle fut belle dam sa douleur, elle fut victorieuse. Louis XIII donna un ordre pour le parlement.

Dafné courut à la Conciergerie : —Quelle est cette fenune agenouillée là-bas? demanda-t-elle en voyant Marie. — C'est, répondit Théophile, une pauvre religieuse qui prie Dieu pour moi. —Des prières à Dieu 1 c'est bien le moment !

La pécheresse courut à la religieuse. — Que faites-vous là? ce n'est pas devant un mur qu'il faut s'agenouiller, c'est devant le roi. Marie sanglota, — Ce n'est point sur vos mains qu'il faut répandre des larmes, c'est sur les pieds du roi. Marie demeurait immobile. — Allez donc, madame, allez donc! et, si vos prières ne font rien, levez votre voile, vos yeux feront plus, car le roi n'est pas ennemi des femmes , comme on le pense. Marie sanglotait toujours.— Vous voilà bien , saintes femmes, mais femmes faibles ! vous ne savez que pleurer. — Dafné, dit le poëte, laissez cette religieuse en paix; ne demandez plus ma grâce, je veux mourir. Dafné jeta un regard de reproche àThéophile.— Mourir! mais la mort c'est la tombe, la vie c^est l'amour.

Dafné se retourna vers Marie, et, d'une main jalouse, elle

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mâcha le Yoile de la religieuse. —Ma sœur! cria-t-^elle en tombant à genoux. Elle embrassa Marie avec effusion. Et, marne elle sentait des larmes Tenir dans ses yeux : — Ge l'est pas ici qu'il faut que je pleure, dit-elle en se levant tout ieoup. Je cours acheter ce que Louis XIII a commencé.

La religieuse passa la nuit entière avec Théophile; elle lui lAt reposer la tète sur son sein, elle lui réchauJQfa les mains dans les siennes; elle essaya de ranimer en lui Fespérance de la vie; elle essaya d'endormir ses douleurs présentes en lui déroulant ses joies passées. mon Dien ! disait le poète dé* diiré d'angoisses, je ne me plains pas, depuis que tu m'as eDvoyé un ange à l'heure de mourir; je ne me plains pas, car la vie me fut mauvaise et la mort me sera douce : d'ailleurs, la vie n'est-elle point la mort et la mort n'est-elle point la vie? I Je ne me plains pas, mon Dieu; car, s'il est une joie dans ce monde, c'est la jeunesse, c'est le temps des amours; or, déjà les amours s'envolent loin de moi. — sainte Vierge, disait Marie, si vous n'avez pitié d'un pécheur, ayez pitié d'une de vos servantes qui intercède pour lui. 0-sainte Vierge, sauvez le pécheur I

Vers sept heures du matin, deux archers vinrent prier Tliéofià\» de les suivre dans la salle de Saint-Louis. Le prisonnier eut une lueur d'espoir, il fit pourtant ses adieux à Marie comme s'il allait au bûcher.

La religieuse î\xt emportée mourante à son couvent.

La grande lumière éblouit Théophile qui faillit s'évanouir à son entrée dans la salle; les seigneurs du parlement l'attendaient en silence; il s'arrêta devant eux et leva la main sur un de leurs signes. —Votre nom? lui demandèrent -ils. —Théophile de Viau. — Votre pays? — Boussères-Sainte- Badegonde, village de l'Agénois.— Votre âge?— Trente-trois ans. — Votre profession?— Je ne fais rien hormis des vers; j'étais gentilhomme de la chambre du roi, dont la pension a toujours été servie à mes geôliers qui semblaient recevoir

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pour me faire mourir cette peusion qu'où leur donnait pou me faire vivre.— Ètes-vous catholique romain?— Oui, mes seigneurs. — L'avez-vous toujours été?— Non ; j'étais de L religion prétendue réformée; je me suis instruit en la foi ro maine par les conférences du père Athanase et du père Arnoult; c'est entre leurs mains que j'ai fait mon abjuration mais pourquoi toutes ces formalités avant de mourir? — Noui avons annulé la sentence de vos juges.

L'un des seigneurs du parlement, M. de Moncalde, s'approcha de Théophile et lui dit à Toreille : Le roi vous fai grâce de la mort. — Le roi me fait grâce! Dafnéî Dafîié c'est toi que je remercie ! se dit Théophile.

Le poète fut remis au cachot pendant que le parlement revi les nombreuses pièces de son procès. Dafné n'y reparut paî non plus que Marie, mais la religieuse lui écrivit qu'ils se re trouveraient tous dans l'Agénois.

Les seigneurs du parlement déclarèrent, en séance solennelle, que Théophile n'était pas punissable du feu; mais ils 1( condamnèrent au bannissement.

Le jour de ce jugement célèbre, qu'on retrouve encore au] archives, les ronsardisans, dans la joie de sa délivrance, entraînèrent Théophile à une royale orgie où l'on chanta les gaie Us du Parnasse satirique.

Le poète n'oubliait pourtant pas son repentir, car le lende main il écrivait ainsi au roi l'histoire de son procès :

«Vous savez, sire, que, pour montrer leur puissance, leî religieux voulaient brûler un homme de cour. J'afQchais un( grande liberté de pensée, leur fureur tomba sur moi. M© vers vous ont déjà dépeint mon exil et mon arrestation. Étan arrivé à la Conciergerie, dont le flux du peuple m'empêchai l'entrée, je fus enlevé dans la grosse tour, et porté tout d'abon dans le même cachot où le plus exécrable parricide de la mé moire a été gardé : on y renferma deux gardes, qui furefl quatre mois dans le cachot, avec aussi peu de liberté que j'er

avais; le chagrin et les maladies, qui sont presque inévitables en ce lieu-là, leur firent à la fin donner licence de sortir; depuis on m'associa des prisonniers appelans de la mort. Après avoir été six mois dans une très grande impatience de me faire ouir, M. le procureur général me fit Thonneur de me venir voir, sur le bruit qu'il eut d'une abstinence extraordinaire dont je me macérais depuis quelques jours. Il me parla avec des civilités et commanda très expressément à ceux qui avaient charge de moi de me gouverner avec toute la douceur que la nécessité de leur devoir me pouvait faire espérer. £n cela, il a été toujours très mal obéi, car ces gens-là, sans se contenir même dans la rudesse permise aux guichetiers les moins humains, ont outrepassé la félonie des hommes les plus barbares. Je ne saurais, avec le respect que je dois à votre majesté, lui dépeindre l'horreur ni du lieu ui des personnes dont j'étais gardé. Je n'y avais de la clarté que d'une petite lampe à chaque repas; le jour y éclaire si peu, qu'on ne saurait discerner la voûte d'avec le plancher, ni la fenêtre d'avec la porte. Je n'y ai jamais eu de feu; aussi la vapeur du moindre charbon, n'ayant là-dedans par où s'exhaler, eût été du poison. Mon lit était de telle disposition, que l'humidité de l'assiette et la pourriture de la paille y engendraient des vers et autres animaux qu'il me fallait écraser à toute heure. Divers prisonniers qui ont été çàet là avec moi, s'ils en sont sortis pour vivre, peuvent vérifier mes plaintes. Pour un témoignage plus manifeste de la fureur extraordinaire qui les animait contre moi , c'est que durant tout le temps d'une si dure captivité, où toutes sortes d'objets de frayeur et de peine me tenaient toujours en nécessité de consolation, il ne me fut jamais permis de communiquer avec un religieux, ni de me faire donner un chapelet. Il semblait qu'on eût pris à tâche de me faire périr le corps et rame; mes accusateurs faisaient retentir les églises de médisances dont l'hôtel de Bourgogne eût été scandalisé.

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« CTesl alors, sire, que le père Guerin fit un Voyage exprès eô Bretagne pour suborner des témoins contre moi ; lui-mêrne a etl l'audace de déposer, mais il n'a osé soutenir la confrontation. Le père Caillou, supérieur des minimes, qui est en réputation d'avoir bon sens et bonne conscience, représenta À ses confrères les afiHronts que ce détracteur faisait ordinairement à leur couvent, si bien qu'on résolut de le faire sortir de PariSi où ses imprudences se faisaient avec trop d'éclat. Je serais bien beureuï si les compagnons du père Gtarasse m'avaient donné sujet d'un ressentiment pareil. Lepètè Mar- • gestant, supérieur des jésuites de Paris, aptes m'avoîf dit plusieurs injures dans son collège^ s'en alla solliciter M. le lieutenant civil pour faire donnef main levée aux imprimeurs de ce ramas de bouffonneries et d'impiétés de Garassus, que j'avais fait saisir. Le père Voisin a été cbe2 plusieurs de mes juges demander ma mort pour la défense de la Vierge et des saintS) dont il leur recommandait la cause. Et voilà, sire, tout le fondement de ces crieries imprudentes dont ils ont si long-temps agité mon innocence, voilà tout ce que ce long travail de persécution a pu produire contre moi.

« J'avais fait un livre de Vimmortalitê de Vame qui rendait raison de ma créance. Cela était dangereux pour un étourdi ou pour un mécbant; mais moi qui avais Tesprit tendu à ma justification et qui pour ne m'égarer n'avais autre cbemin à suivre que celui de la vérité, je répondis que je n'avais point composé ce livre-là, que c'était un ouvrage de Platon, que je l'avais traduit sans m'éloigner du sens de l'auteur, et que oc n'était point par où je rendais raison de ma foi ; que, pour montrer que j'étais chrétien, j'allais à la messe, je communiais, je me confessais. On m'allégua quelques passages de ce traité, dont je me suis entièrement justifié.

« Saint Augustin, qui ne parle jamais de Platon sans admiration, m'a fourni de quoi faire approuver la peine que j'ai prise en cette traduction. Après l'examen de cette version ou

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jiaiRiplHrafie but rimmortalité de Tame, on ne me trouva coH" TaJDcu, je ne dis pas, sire, d'une impiété, mais non pas geu" leioeQt de la moindre irrévérence contre Téglise.

« Les libraires ont imprimé ensuite de ce traité quantité de mes vers, avec les ignorances que j'y ai laissées et aveo lesçjdmes que mes ennemis y ont ajoutés. J'ai éclairci la cour de tout CQ qui était de ma composition et rondu toutes m^a ^mm manifestement innocentes.

«On m'apporta d'autres faits sur la prose d'un second tome imprimé en mon nom, mais je fis voir clairement Pimpertioeoee des accusateurs, qui, par des subtilités scholastiques, avaient embrouillé le sens de mes écrits, et, dans leur malice aveugle, pensant profiter de mon peu de mémoire, ils produisaient des périodes imparfaites en des choses où le mécompte d'oQe syllabe peut d'une pensée innocente faire un crime.

« On me présenta un livre intitulé : Le Parnasse des vers satiriques, dont j'étais accusé d'avoir compilé les rapsodies pour les mettre en vente. J'apportai pour ma défense la sentence du prévôt de Paris, obtenue contre les imprimeurs. Je croyais avoir fini les interrogatoires qui furent de trois journées et m'attendais à jouir du privilège d'un peu d'élargissement qu'on ne me pouvait refuser, selon les formalités du palais; mais l'hypocrisie effrontée de ceux qui sollicitaient ma mort avait rendu mon affaire de telle importance et fait estimer ma délivrance si dangereuse, qu'il fallut donner haleine aux calomniateurs, et leur accorder la licence de redresser les embûches que j'avais évitées jusque-là. On me remit dans le cachot pour quatre mois, durant lesquels les guichetiers me continuèrent leurs inhumanités avec tant d'excès, qu'on c^t jugé qu'ils craignaient plus mes ennemis qu'ils ne respectaient leurs maîtres. A la seconde attaque, qui fut de quatre journées en nouveaux interrogatoires, on me représenta plusieurs manuscrits et de mes amis et de moi, où u

ne se trouva, Dieu merci, non plus de crime qu'aux accusations précédentes.

« Me voilà donc délivré de ces chaînes odieuses; mais le soleil m'est moins doux qu'autrefois : je suis banni de la cour. »

Le roi ne répondit pas au poète. Mais , quelques Jours après quecette lettre eut été remise à Louis XIII, le duc de Montmorency vintavertir Théophile que le roi daignait lui accorder la grâce d'habiter encore la France, sinon Paris. Mon château de Chantilly vous est ouvert, dit le duc au poète. — J'irai y mourir, répondit Théophile comme saisi d'un pressentiment.

HISTOIRE PANTHKI8TB.

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