‹ Romans de Charles NodierChapitre 5 sur 30 · DES TYI'ES EN LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

DES TYI'ES EN LITTÉRATURE

l’inconsolable désespoir d’une agonie sans avenir; c’est le cri effrayant de la création sociale au moment de se dissoudre. Il y a dans Werther l’émotion profonde de quelques générations souffrantes ; il y a dans liené la dernière convulsion d’un monde qui meurt.

Les Anglois, dont la physionomie morale est plus variée que la nôtre, ont été plus à portée que nous de multiplier les types dans leurs romans. Fielding en a d’ingénieux et de frappants, Richardson de naïfs et de sublimes. Waller Scott, dont les fables trop diffuses, les sujets principaux trop sacrifiés aux accessoires, les dènoilments trop précipités, ne remplissent pas toujours exactement les conditions d'une composition bien entendue, doit probablement l’immense popularité de son génie à l’abondance et à la nouveauté de ses types. Il est vrai qu’il en a pris un certain nombre dans une nature fantastique, où l’imagination paroit plus à l’aise’, parce qu’elle dispose alors d’une création qui lui appartient en propre, et qui ne reeonnoil pour règle que la puissance magique dont elle est l’ouvrage ; mais on auroit tort d’en conclure que ces types manquassent du degré de vérité relative qui est le caractère essentiel du beau dans les ouvrages de l’homme. Peu importe le système idéal ou positif dans lequel l’auteur place ses personnages, pourvu qu’il leur attache un sceau d'identité reconnoissable à jamais. Ce n’est évidemment qu’en vertu d’une fiction très-invraisemblable et d’une allusion très-large, que nous attribuons aux animaux des mœurs et des passions qui sont les nôtres, et cependant a Fontaine est plus riche lui seul en types d’une étonnante réalité que tout le reste des poètes. Les gens sensés ne croient ni au diable ni à la sorcellerie, et tout

ROMANS

le monde convient que Faust et Méphislopliélès sont des types admirables.

Il n’y a donc, selon moi, que le génie qui invente des types, et c’est en cela que l’imitation la plus adroite ne sauroit le contrefaire. La contre-épreuve d’un type se trahit elle-même par les efforts qu’a faits l’esprit pour la soustraire à la comparaison, et ces efforts sont d’autant plus maladroits, qu’on ne peut rien produire de vraisemblable en altérant une nature vraie. Il vaut mieux se renfermer alors dans les attributions modestes du traducteur et du copiste, destination littéraire qui n'a rien d’ailleurs d’absolument humiliant en soi, car il y a cent mille copistes pour un inventeur. Une traduction spirituelle, une imitation bien faite, un pastiche habile, pour n’être pas des œuvres de génie, n’en sont pas moins des œuvres de goût et de talent; et puis, si l’on 11e sait pas se contenter de ce lot, qui est le partage de tous les écrivains distingués, si l’on se trouve à l’étroit dans ces rangs au-dessus desquels s’élèvent à peine quelques génies doués du plus rare des privilèges; si l’on est pourvu d’une de ces présomptions robustes qui tiennent pour usurpées toutes les gloires dont elles n’atteignent pas la hauteur, on a une ressource encore, on peut citer Aristote, la Harpe et Marmontel ; on peut crier à la barbarie et à la stupidité sur le chemin des triomphateurs; on peut se réfugier, comme Achille dans sa tente, au milieu des honneurs de l’Académie : c’est une grande consolation.

IÆ PEINTRE DE SA LTZ BOURG

JOURNAL DES ÉMOTIONS D’UN CŒUR SOUFFRANT ieo s

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