‹ Romans et contes philosophiquesChapitre 19 sur 28 · X.A FSBIMB SANS GOSUB. ^\9f · texte numérisé non relu

X.A FSBIMB SANS GOSUB. ^\9f

eréanciers m'avaient obligé de faire la vente de notre mobilier.

Accoutumé dès ma jeunesse à donner une grande valeur à tous les objets de luxe dont j étais entouré, je ne pus m'empêcher de marquer une sorte cFélonnement à l'aspect de ce reliquat exigu.

— Oh ! me dit le commissaire-priseur, tout cela était bien rococo !...

Quel mot épouvantable!... Il flétrissait toutes les religions de mon enfance, et me dépouillait de mes premières illusions, les plus chères de toutes...

Ma fortune se résumait par un bordereau de vente.

Mon avenir gisait dans un sac de toile, qui contenait onze cent douze francs.

La société m'apparaissait en la personne d'un huissier-priseur qui me parlait le chapeau sur la tête.

Enfin , un valet de chambre qui me chérissait, et auquel ma mère avait jadis constitué quatre cents francs de rente viagère , me dit en quittant la maison d'où j'étais si souvent

sorti joyeusement en voiture, pendant mon enfance :

— Soyez bien économe ! monsieur Raphaël !...

Il pleurait, le bonhomme.

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Tels sont, mon cher Emile, les événemens qui maîtrisèrent ma destinée , modifièrent mon âme, et me placèrent, jeune encore, dans la plus fausse de toutes les situations sociales.

Des liens de famille, mais faibles, m'attachaient à quelques maisons riches dont ma fierté m'aurait interdit l'accès , si le mépris et

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rindifférence ne m'en avaient déjà fermé le» portes. Ainsi, quoique parent de personnes très-influentes et prodigues de leur protection pour des étrangers, je n'avais ni parens ni protecteurs. ^

Mon âme, sans cesse arrêtée dans ses expansions, s'était repliée sur elle-même; et, plein de franchise, de naturel, je devais paraître froid, dissimulé. Le despotisme de mon père m'ayant ôté toute confiance en moi, j'étais timide et gauche; je ne croyais pas que ma voix pût exercer le moindre empire; je me déplaii^ais; je me trouvais laid, et j'avais honte de mon regard.

Malgré la voix intérieure qui doit soutenir tous les hommes de talent dans leurs luttes,

et qui me criait: — Courage! marche!

Malgré les révélations soudaines de ma puissance dans la solitude, malgré l'espoir dont j'étais animé en comparant les ouvrages nouveaux admirés du public, à ceux qui voltigeaient dans ma pensée, je doutais de moi, comme un enfant sans mère. J 'étais la proie d'une excessive ambition, je me croyais destiné à de grandes choses et me sentais dans le néant.

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Puis, j'avais besoin des hommes, et je me trouvais sans amis; je devais me frayer une roule dans le monde, et je restais seul parce que j'y étais honteux.

Pendant l'année où je fus jeté par mon père dans le tourbillon de la haute société, j'y vins avec un cœur neuf, avec une âme fraîche; et, comme tous les enfans, j'aspirai secrètement à de belles amours. Je rencontrai, parmi les jeunes gens de mon âge, une secte de fanfarons qui allaient tète levée, disant des riens, s'asseyant sans trembler près des femmes qui me semblaient les plus imposantes, leur débitant des impertinences,mâchantleboutde leurs cannes, minaudant et se prostituant à eux-mêmes les plus jolies personnes, mettant ou prétendant avoir mis leurs tètes sur tous les oreillers, ayant l'air d'être au refus du plaisir, considérant les plus vertueuses, les plus prudes comme de prise facile et pouvant être conquises à la simple parole, au moindre geste hardi, par le premier regard insolent!... Moi, je te déclare, en mon âme et conscience, que la conquête du pouvoir ou d'une grande renommée littéraire me paraissait un triomphe moins difficile à obtenir qu'un succès auprès

d'une femme de haut rang, jeune , spirituelle et gracieuse. Ainsi je trouvai les troubles de mon cœur, mes sentimens, mes cultes en désaccord avec les maximes de la société. J'avais de la hardiesse, mais dans l'âme seulement, et non dans les manières. J'ai su plus tard , que les femmes ne voulaient pas être mendiées...

J'en ai beaucoup vu, que j'adorais de loin, auxquelles je livrais un cœur à toute épreuve, une âme à déchirer, une énergie qui ne s'effrayait ni des sacrifices, ni des tortures...

Elles appartenaient à des sots dont je n'aurais pas voulu pour portiers.

Que de fois, muet, immobile, j'ai admiré la femme de mes rêves , surgissant dans un bal!... Dévouant alors en pensée mon existence entière à des caresses éternelles, j'imprimais toutes mes espérances dans un regard ; et je lui offrais, en extase, un amour croissant parce qu'il était vrai, profond, un amour de jeune homme qui ne demande qu'à être abusé. J'aurais, en certains momens, donné ma vie pour une seule nuit...

Eh bien ! n'ayant jamais trouvé d'oreille à qui confier mes propos passionnés, de regards où reposer les miens, de cœur pour mon cœur,

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j'ai vécu dans tous les tourmens d'une impuissante énergie qui se dévorait elle-même, soit faute de hardiesse ou d'occasions, soit inexpérience. Peut-être ai-je désespéré de me faire comprendre ou tremblé d'être trop compris... Et. cependant, j'avais un orage tout prêt à chaque regard poli qui m'était adressé.! Mais, malgré ma promptitude à prendre ce regard ou des mots, en apparence affectueux, comme de tendres engagemens, je n'ai jamais osé ni parler ni me taire. A force de sentiment, ma parole était insignifiante, et mon silence, stupide. J'avais sans doute trop de naïveté pour une société factice qui ne vit qu'aux lumières, et rend toutes ses pensées avec des phrases convenues, avec des mots dictés par la mode; puis, je ne savais point parler en me taisant, ni me taire en parlant.

Enfin , gardant en moi comme une torche qui me brûlait, ayant une âme semblable à celles que les femmes paraissent jalouses de rencontrer, en proie à cette exaltation dont elles sont avides, possédant l'énergie dont se vantent les sots , je n'ai connu que des femmes traîtreusement cruelles. Aussi , j'admirais naïvement les héros de coterie quand ils cé-

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