A rBMIMB SAHS GOSITR. 3S
intolérables, et je voulus chercher un dénouement à cette kitte affreuse , en tuant raon amour. De sinistres hieurs brillaient parfois et me faisaient entrevoir des abîmes. I^ comtesse justifiait toutes mes craintes. Je n'avais pas encore surpris de larmes dans ses yeux. Au théâtre , une scène attendrissante la trouvait froide et rieuse. Elle réservait toute sa finesse pour elle et ne devinait ni le malheur ni le bonheur d'autrui. Enfin elle m'avait joué!... Heureux de lui faire un sacrifice, je m'étais presque avili pour elle, en allant voir mon parent le duc de N***, homme égoïste qui rougissait de ma misère, et avait trop de torts envers moi pour ne pas me haïr... Il me reçut donc avec cette froide politesse qui donne aux gestes et aux paroles l'apparence de l'insulte. Son regard inquiet excita ma pitié. J'eus honte pour lui de sa petitesse au milieu de tant de grandeur, de sa pauvreté au milieu de tant de luxe... Il me paila des pertes considérables que lui occasionait le trois pour cent. Alors, je lui dis quel était l'objet de ma visite. Le changement de ses manières qui, de glaciales, devinrent insensiblement affectueuses , me dégoûta. — Hé bien ,
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mon ami, il vint chez la comtesse!... il m'y écrasa. Elle trouva pour lui des enchantemens, des prestiges inconnus, elle le séduisit, traita sans moi cette affaire mystérieuse dont je ne sus pas un mot. Enfin , j'avais été, pour elle, un moyen... Elle paraissait ne plus m'apercevoir quand mon cousin était chez elle; et m'acceptait alors avec moins de plaisir peutêtre que le jour où je lui fus présenté. Un soir, elle m'humilia devant le duc, par un de ces gestes, par un de ces regards qu'aucune parole ne saurait peindre... Je sortis pleurant, formant mille projets de vengeance, combinant d'épouvantables viols.
Souvent je l'accompagnais aux Bouffons.
Là, près d'elle, tout entier à mon amour, je la contemplais en me livrant au charme d'écouter la musique , épuisant mon âme dans la double jouissance d'aimer et de retrouver les mouveraens de mon cœur admirablement bien rendus par les sons. Ma passion était dans l'air, sur la scène, elle triomphait partout excepté chez Fœdora!
Alors, cherchant sa main, j'étudiais ses traits, ses yeux et sa chaleur, sollicitant une fusion de nos sentimens, une de ces soudaines harmo-
LA FEMME SANS COBUR. 3o7
m'es qui, réveillées par la musique, fout vibrer les âmes à l'unisson... Mais sa main était muette et ses yeux ne disaient rien. Quand le feu de mon cœur, s'émanant de tous mes traits, la frappait trop fortement au visage, elle me jetait ce sourire cherché, convenu, qui, phrase classique, se reproduit au Salon, dans tous les portraits. Elle n'écoutait pas la musique!... Les divines phrases de Rossini, de Cimarosa, de Zingarelli, ne lui rappelaient aucun sentiment, ne lui traduisaient aucune poésie dans sa vie; et, son âme était aride. Elle se produisait là comme un spectacle dans le spectacle. Sa lorgnette voyageait incessamment de loge en loge. Elle était inquiète, quoique tranquille; et, victime de la mode, sa loge, son bonnet, sa voiture, sa personne, étaient tout pour elle. Vous rencontrez souvent des gens de colossale apparence dont le cœur est tendre, délicat sous un corps de bronze ; mais elle, elle avait peut-être un cœur de bronze sous son enveloppe grêle et gracieuse.
Enfin, ma fatale science me déchirait bien
des voiles... Malgré toute sa finesse, Fœdora
laissait voir quelques vestiges de sa plébéienne
origine et percer la froideur de son âme. Pour