‹ Romans et contes philosophiquesChapitre 7 sur 28 · IT · texte numérisé non relu

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La conscience qu'il avait d'une mort prochaine rendit, pour un moment, au jeune homme toute l'assurance d'une duchesse qui a deux amans. Aussi entra-t-il chez le marchand de curiosités d'un air dégagé, laissant voir sur ses lèvres un sourire fixe comme celui d'un ivrogne. N'était-il pas ivre de la vie

OU peut-être de la mort? Donc, l'inconnu retomba bientôt dans ses vertiges et continua d'apercevoir les choses sous d'étranges couleurs, ou animées d'un léger mouvement dont le principe était sans doute dans une irrégulière circulation de son sang, tantôt bouillonnant , tantôt tranquille et fade comme de Teau tiède... i

Il demanda simplement à visiter les magasins, pour chercher s'ils ne renfermeraient pas quelques singularités à sa convenance. Alors, un jeune garçon à figure fraîche et joufflue, à chevelure rousse, et coiffé d'une casquette de loutre , commit la garde de la boutique à une vieille paysanne, espèce de Caliban femelle, occupée à nettoyer un poêle dont les merveilles étaient dues au génie de Bernard de Palissy. Puis, il dit à l'étranger d'un air insouciant :

— Voyez, Monsieur, voyez!... Nous n'avons en bas que des choses assez ordinaires; mais si vous voulez prendre la peine de monter au premier étage, je pourrai vous montrer de fort belles momies du Caire, plusieurs poteries incrustées, quelques ébènes sculptés,

vraie renaissance ^ récemment arrivés et qui sont de toute beauté...

Dans l'horrible situation où se trouvait l'inconnu, ce babil de cicérone , ces phrases sottement mercantiles furent, pour lui, comme les taquineries mesquines par lesquelles les esprits étroits assassinent un homme de génie... Portant sa croix jusqu'au dernier pas, il parut écouter son conducteur, et lui répondit par gestes ou par monosyllabes.

Mais , insensiblement , il sut conquérir le droit d'être silencieux , et put se livrer, sans contrainte, à ses dernières méditations. Elles furent gigantesques, terribles; car il était poète, et son âme rencontra, par hasard , une immense pâture : il devait voir, par avance, les ossemens de vingt mondes.

Au premier coup d'œil les magasins lui offrirent un tableau confus, dans lequel toutes les œuvres humaines se heurtaient. Des crocodiles, des singes, des boas empaillés souriaient à des vitraux d'église, semblaient vouloir mordre des bustes , courir après des laques , grimper sur des lustres...

Un vase de Sèvres où madame Jacquotot avait peint Napoléon , se trouvait auprès d'un I. 3^ 4à\u 6

jj<2 LAPEAUDEGHAGRIN.

sphyiix dédié à Sésostris... Le commencement du monde et les événemens d'hier se mariaient avec une grotesque bonhomie. Un tournebroche était posé sur un ostensoir , un sabre républicain sur une hacquebute du moyen âge.

Madame Dubarry, peinte au pastel par Latour , une étoile sur la tête , nue et dans un nuage, paraissait contempler avec concupiscence une chibouque indienne , en cherchant à deviner l'utilité des spirales qui serpentaient

vers elle.

Les instrumens de mort, poignards, pistolets curieux, armes à secret, étaient jetés péleméle avec des instrumens de vie , soupières en porcelaine, assiettes de Saxe , tasses orientales venues de Chine , drageoirs féodaux. Un vaisseau d'ivoire voguait à pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue... Une machine pneumatique éborgnait l'empereur Auguste , qui ne s'en fâchait pas.

Plusieurs portraits d'échevins français , de bourguemestres hollandais , insensibles , comme pendant leur vie, s'élevaient au dessus de ce chaos d'antiquités, en y lançant un regard pâle et froid.

Tous les pays de la terre semblaient avoir apporté là un débris de leurs sciences , un échantillon de leurs arts. C'était une espèce de fumier philosophique auquel rien ne manquait, ni le calumet du sauvage, ni la pantoufle vert et or du sérail , ni le yatagan du Maure, ni l'idole des Tartares. Il y avait jusqu'à la blague à tabac du soldat, jusqu'au ciboire aux hosties du prêtre, jusqu'aux plumes d'un trône. Ces monstrueux tableaux encore étaient assujettis à mille accidens de lumière, par la bizarrerie d'une multitude de reflets dus à la confusion des nuances , à la brusque opposition des jours et des ténèbres. L'oreille croyait entendre des cris interrompus; l'esprit, saisir des drames inachevés; l'œil, apercevoir des lueurs mal étouffées.

Enfin une poussière obstinée imprimait des expressions capricieuses à tous ces objets dont les angles multipliés et les sinuosités nombreuses produisaient les effets les plus pittoresques.

L'inconnu compara d'abord ces trois salle s gorgées de civilisation , de cultes , de divinités, de chefs-d'œuvre, de royautés, de débauches, de raison et de folie, à un miroir

plein de facettes dont chacune représentait un monde.

Après cette impression brumeuse , il voulut choisir ses jouissances; mais à force de regarder, de penser, de rêver , il se mit sous la puissance d'une fièvre due peut-être à la faim qui rugissait dans ses entrailles.

La vue de tant d'existences nationales ou individuelles , attestées par des gages humains qui leur survivaient , acheva d'engourdir les sens du jeune homme. Le désir qui l'avait poussé dans le magasin fut exaucé. Il sortit de la vie réelle, monta par degrés vers un monde idéal, et tomba dans une indéfinissable extase.

L'univers lui apparut par bribes et en traits de feu , comme l'avenir passa jadis flamboyant aux yeux de saint Jean dans Pathmos.

Une multitude de figures endolories , gracieuses, terribles, lucides, lointaines, rapprochées , se leva par masses , par myriades , par générations...

L'Egypte, raide, mystérieuse, se dressa de ses sables , représentée par une momie qu'enveloppaient des bandelettes noires. Les Pharaons , ensevelissant des générations pour

construire une tombe... Moïse, les Hébreux, le désert... Il entrevit tout un monde antique et solennel.

Fraîche et suave, une statue de marbre, assise sur une colonne torse et rayonnant de blancheur, lui parla des mythes voluptueux de la Grèce et de l'Ionie...

Et, qui n'aurait souri, comme lui, de voir sur un fond brun la jeune fille rouge dansant dans la fine argile d'un vase étrusque devant le dieu Priape et le saluant d'un air joyeux... Puis en regard, une reine latine caressait sa Chimère avec amour... Les caprices de la Rome impériale respiraient là , tout entiers , et révélaient le bain, la couche, la toilette d'une Julie indolente, songeuse, attendant son Tibulle.

Puis, armée du pouvoir des talismans arabes, la tête de Gicéron évoquait les souvenirs de la Rome libre et déroulait les pages de Tite-Live : le jeune homme contemplait Se-

natus Populus Que Romanus Alors, le

consul, ses licteurs, les toges bordées de pourpre , les luttes du Forum , le peuple courroucé défilaient lentement devant lui comme les vaporeuses figures d'un rêve...

,% l'A PEAU DE GHAGHIK.

Enfin, la Rome chrétienne dominait ces images. Une peinture ouvrait les cieux. Il voyait la vierge Marie plongée dans un nuage d'or, au sein des anges, éclipsant la gloire du soleil, écoutant les plaintes des malheureux ; et cette suprême consolatrice lui souriait d'un air doux.

Mais, en touchant une mosaïque faite avec les différentes laves du Vésuve et de l'Etna, son âme s'élançait dans la chaude et fauve Italie ! Il assistait aux orgies de Borgia , courait dans les Abruzzes, aspirait aux amours italiennes, se passionnait pour les blancs visages aux longs yeux noirs...

Il frémissait des dénouemens nocturnes interrompus par la froide épée d'un mari, en apercevant une dague du moyen âge dont la poignée était travaillée comme une dentelle , et dont la rouille ressemblait à des taches de sang...

L'Inde et ses religions revivaient dans un magot chinois coiffé de son chapeau pointu à losanges relevées , paré de clochettes et vêtu d'or et de soie... Tout auprès, une natte, jolie comme la bayadère qui s'y était roulée, exhalait encore le sandal... Un monstre du Jupon ^

dont les yeux restaient tordus, là bouche contournée, les membres torturés, réveillait l'âme par les inventions d'un peuple qui , fatigué du beau , toujours unitaire , trouve d'ineffables plaisirs dans la fécondité des laideurs.. 4

Une salière sortie des ateliers de Benvenuto Cellini le reportait au sein de la cour de France, au temps où les arts et la licence fleurirent , où les souverains se divertissaient à des supplices , où les conciles couchés dans les bras des courtisanes, décrétaient la chasteté des prêtres...

Il vit les conquêtes d'Alexandre sur un camée ; les massacres de Pizarre dans une arquebuse à mèche ; les guerres de religion échevelées, cruelles, bouillantes, au fond d'un casque; puis, les riantes images de la chevalerie sourdirent d'une armure de Milan supérieurement damasquinée , bien fourbie, et sous la visière de laquelle brillaient encore les yeux d'un paladin...

Cet océan de meubles, d'inventions, de modes, d'œuvres, de ruines, lui composait un poème sans fin. Formes, couleurs, pensées, tout revivait là; mais rien de complet ne s'offrait à l'âme. Le poète devait achever les

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croquis du grand peintre qui avait fait cette immense palette, où les inombrables accidens de la vie humaine étaient jetés à profusion, avec dédain.

Après s'être emparé du monde, après avoir contemplé des pays, des âges, des règnes, le jeune homme revint à des existences individuelles; il se repersonnifia, s'emparant des détails et repoussant la vie des nations comme trop puissante pour un seul homme...

Là, dormait un enfant en cire provenant du cabinet de Ruysch, et cette ravissante créature lui rappelait toutes les joies délicieuses de sa jeunesse...

Au prestigieux aspect du pagne virginal de quelque jeune fille d'Otahiti, sa brûlante imagination lui peignait la vie simple de la nature, la chaste nudité de la vraie pudeur, les délices de la paresse si naturelle à l'homme, toute une destinée calme au bord d'un ruisseau frais et rêveur, sous un bananier, qui, sans culture, dispensait une manne savoureuse.

Mais tout à coup il devenait corsaire , et revêtait la terrible poésie empreinte dans le rôle de Lara, vivement inspiré par les cou-

LA PEAU DE CHAGRIN. Sd

leurs nacrées de mille coquillages, exalté par la vue de quelques madrépores qui sentaient le varech, les algues et les ouragans atlantiques.

Admirant plus loin les délicates miniatures, les arabesques d'azur et d'or, dont un missel, un manuscrit précieux étaient enrichis, il oubliait les tumultesde la mer; et, mollement balancé par une pensée de paix, il épousait de nouveau l'étude et la science , souhaitant la grasse vie des moines , exempte de chagrins , exempte de plaisirs , se couchantau fond d'une cellule, d'où il contemplait les prairies, les bois, les vignobles de son monastère.

Devant quelques Teniers, endossant la casaque d'un soldat, la misère d'un ouvrier, ou le bonnet sale et enfu mé des Flamands, il s'enivrait de bière, jouait aux cartes avec eux, souriant à une grosse paysanne fraîche, et d'un attrayant embonpoint...

Il grelottait, en voyant une tombée de neige de Mieris; se battait, en regardant un combat de Salvator-Rosa; puis, en caressant un tomhawk d'Illinois, il sentait le scalpel d'un Chérokée qui lui enlevait la peau du crâne... Enfin, émerveillé à l'aspect d'un rebec, il le

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confiait à la main d'une châtelaine, dont il écoutait la romance mélodieuse, à laquelle il déclarait son amour, le soir, auprès d'une cheminée gothique , dans l'ombre , et recueillait d'elle un regard de consentement.

Il s'accrochait à toutes les joies, saisissait toutes les douleurs, s'emparait de toutes les formules d'existence; éparpillant si généreusement sa vie et ses sentimens sur les simulacres de cette nature plastique et vide, que le bruit de ses pas retentissait dans son âme comme le son lointain d'un autre monde , comme la rumeur de Paris sur les tours de Notre-Dame.

En montant l'escalier intérieur qui conduisait aux salles situées au premier étage, il vit des boucliers votifs, des panoplies, des tabernacles sculptés , des figures en bois accrochées aux murs , posées sur chaque marche... Il était poursuivi par les formes les plus étranges, par des créations merveilleuses, assises sur les frontières de la mort et de la vie. Il marchait dans les enchantemens d'un songe; et, doutant de son existence, il était, comme ces objets curieux, ni tout-à-fait mort, ni tout-à-fait vivant.

Quand il entra dans les nouveaux magasins, le jour commençait à pâlir; mais la lumière semblait inutile aux richesses resplendissantes d'or et d'argent qui s'y trouvaient entassées.

Les plus coûteux caprices de dissipateurs morts sous des mansardes après avoir possédé plusieurs millions, étaient là! C'était

le bazar des folies humaines. Une écritoire payée jadis cent mille francs, et rachetée pour cent sous, gisait auprès d'une serrure à secret dont le prix de fabrication aurait suffi à la rançon d'un roi.

Là, le génie humain apparaissait dans toutes les pompes de sa misère, dans toute la gloire de ses petitesses gigantesques. Une table d'ébène, véritable idole d'artiste, sculptée d'après les dessins de Jean Goujon , et qui coûta jadis plusieurs années de travail , avait été peut-être acquise au prix du bois à brûler... Des coffrets précieux, des meubles faits par la main des fées, y étaient dédaigneusement entassés.

— 11 y a des millions ici !.. . s'écria le jeune homme en arrivant à la pièce qui terminait une immense enfilade d'appartemens dorés et sculptés par des artistes du siècle dernier.

— Dites des milliards!... reprit le gros garçon joufflu... Mais ce n'est rien encore!... Montez au troisième étage, et vous verrez!...

L'inconnu, suivant son conducteur, parvint à une quatrième galerie, où successivement passèrent, devant ses yeux fatigués, plusieurs tableaux du Poussin; une sublime statue de Michel Ange; quelques ravissans paysages de Claude Lorrain ; un Gérard Dov^, qui ressemblait à une page de Sterne; et des Rembrandt, des Murillo, sombres et colorés comme un poëme de lord Biron ; puis, des bas- reliefs antiques, des coupes d'agates, des onyx merveilleux ; enfin , c'étaient des travaux à dégoûter du travail, des chefsd'œuvre accumulés... à faire prendre en haine les arts et à tuer l'enthousiasme.

Il arriva devant une vierge de Raphaël; mais il était lassé de Raphaël.

Une figure du Corrège qui voulait un regard, ne l'obtint même pas... Un vase inestimable, en porphyre antique, et dont les sculptures circulaires représentaient, de toutes les priapées romaines , la plus grotesquement licencieuse, délices de quelque Corinne, eut à peine un sourire.

X,A PEAU DE GHAORIK.

Il étouffait sous les débris de cinquante siècles évanouis; il était malade de toutes ces pensées humaines; assassiné parle luxe et les arts ; oppressé souscesformes renaissantes qui, pareilles à des monstres enfantés sous ses pieds par quelque malin génie, lui livraient un combat sans fin.

Semblable, en ses caprices, à la chimie moderne qui résume la création par un sel; Fâme humaine, puissante Locuste, se compose des poisons terribles par la concentration de ses jouissances, de ses forces ou de ses idées; et, beaucoup d'hommes périssent ainsi, victimes de quelque acide moral qu'ils se sont eux-mêmes distillé sur le cœur.

— Que contient cette boîte?... demandat-il en arrivant à un grand cabinet , dernier monceau de gloire , d'efforts humains , d'originalités , de richesses. Et il montra du doigt une grande caisse carrée, construite en acajou, suspendue à un clou par une chaîne d'argent.

— Ahî monsieur en a la clef... , dit le gros garçon avec un air de mystère... Si vous dési-

rez voir ce portrait, je me hasarderai volontiers à le prévenir...

— Vous hasarder !... reprit le jeune homme; votre maître est-il un prince?...

— Mais je ne sais pas répondit ie

garçon.

Ils se regardèrent pendant un moment aussi étonnés l'un que l'autre.

Interprétant le silence de l'inconnu comme un souhait, son guide le laissa seul dans la cabinet

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Vous êtes -VOUS jamais lancé dans l'immensité de l'espace , en lisant les œuvres géologiques de M. Guvier? Avez- vous jamais ainsi plané sur l'abîme sans bornes du passé , comme soutenu par la main d'un enchanteur?

En découvrant de tranche en tranche , de

couche en couche , sous les carrières de Montmartre ou dans les schistes de l'Oural , ces animaux dont les dépouilles fossilisées appartiennent à des civilisations antédiluviennes, l'âme est effrayée d'entrevoir des milliards d'années , des miUions de peuples dont la faible mémoire humaine , dont la puissante tradition divine n'ont pas tenu compte , et dont la cendre , poussée à la surface de notre globe , y forme les deux pieds de terre qui nous donnent du pain et des fleurs.

M. Cuvier n'est-il pas le plus grand poète de notre siècle?... Lord Byron a bien reproduit par des mots quelques agitations morales ; mais notre immortel naturaliste a reconstruit des mondes avec des os blanchis , a rebâti , comme Cadmus , des cités avec des dents, a repeuplé mille forêts de tous les mystères de la zoologie avec quelques fragmens de houille , a retrouvé des populations

de géans dans le pied d'un mammouth

Ces figures se dressent , grandissent et meublent les anciens jours évanouis. Il est poète avec des chiffres , sublime en posant un zéro près d'un sept. Il réveille le néant sans pro-

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noncer des paroles grandement magiques. Il fouille une parcelle de gypse , y aperçoit une empreinte , et vous crie :

— Voyez!... Alors il déroule des mondes, animalise les marbres, vivifie la mort et fait arriver ce genre humain , si bruyamment insolent, après d'innombrables dynasties de créatures gigantesques, après des races de poissons ou de mollusques

Et c'est vous qu'il institue poètes !... vous , hommes chétifs , nés d'hier ; mais dont le rétrospectif peut composer des poèmes sans limites , espèces d'Apocalypses rétrogrades.

Alors, en présence de cette épouvantable résurrection due à la voix d'un seul homme , îa miette dont nous sommes usufruitiers dans cet infini sans nom , commun à toutes les sphères , et que nous avons nommé le temps , cette minute de vie nous fait pitié. Alors, nous nous demandons , écrasés que nous sommes sous tant d'univers inconnus et en ruines , à quoi bon nos gloires , nos haines , nos amours?... Et si, pour devenir un point intangible dans l'avenir, la peine de vivre doit s'accepter?... Déracinés du présent, nous som-

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