‹ Romans et nouvellesChapitre 102 sur 177 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

offrir le baume irritant des consolations vulgaires : il ne la consolait pas. Il l'encourageait, au v^ontraire, dans cette sainte croyance, qu'il respectait, qu'il partageait peut-être, qu'elle souffrait d'un mal sans remède, et que sa douleur n'aurait pas de fin. Ainsi, lous deux cheminaient lentement, se perdant l'un fit l'autre en d'interminables élégies. Il est sur cette côte de petites baies naturelles, formées par les anfractuosités du roc. Ce sont, pour la plupart, des grottes tapissées de plantes marines, où les vagues viennent mourir sur un sable fin et doré. Vers le milieu du jour, quand le soleil brûlait la plage, et que Marianna sentait ses forces épuisées, ils allaient demander à l'un de ces asiles la fraîcheur, l'ombre et le repos. Ils passaient là des heures silencieuses; elle, à contempler d'un air mélancolique le jeu des lames qui chatoyaient sous l'azur du ciel; lui, assis auprès d'elle, triste et rêveur aussi : mais son regard ne cherchait pas les flots, et ce n'était pas des parfums de la mer qu'il enivrait sa muette rêverie. Madame de Belnave ne tarda pas à subir de salutaires influences. Elle avait fini par puiser dans l'expansion de ses regrets un charme qui la rattachait insensiblement à l'existence, et lui faisait ajourner indéfiniment l'exécution de ses funestes projets. Elle pressait bien encore le départ d'Henry ; mais 4'une voix si faible et d'un si faible cœur, que le jeune homme pouvait prolonger son séjour sans craindre de s'exposer au reproche d'importunité. La douleur est si férocement égoïste, elle se croit si bien le centre de toutes rhoses, elle est si pieuse-

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ment convaincue que la nature entière se lamente et pleure avec elle, que Marianna ne s'inquiétait guère de savoir si son compagnon n'avait pas un autre rôle à jouer, plus sérieux que celui d'écouter sur les rives de l'Océan les plaintes d'un amour malheureux. Henry était devenu pour elle un besoin réel. Elle aimait à le voir poindre, le matin, sur la côte ; ou, quand la marée était basse, accourir, comme un chamois, par les récifs. S'il tardait, elle interrogeait d'un regard inquiet le sentier ou les brisants; et quand la blonde tête paraissait enfin, sa poitrine, dégagée d'un vague sentiment de terreur, se soulevait libre et légère, et aspirait l'air avec joie. Un jour, pourtant, elle avait exigé, dans une heure de réflexion sévère et désintéressée, qu'Henry rentrât dans la vie que lui prescrivaient ses devoirs. Elle avait compris que ce n'était pas là la place de cet enfant, que d'autres soins le réclamaient; que sa destinée, à elle, était accomplie; qu'il avait, lui, la sienne à faire, et que c'était mn meurtre enfin d'enchaîner ainsi tout un avenir à un passé irréparable. Henry, de son côté, avait semblé céder aux instances de Marianna ; et tous deux s'étaient quittés le soir, en échangeant un long adieu, comme si les jours suivants n'eussent pas dû les réunir.

— Vous partez chargé de mes bénédictions, lu*, avait-elle dit en le pressant doucement sur son sein; vous êtes un noble cœur. George m'a porté un rude coup, et je doute que je m'en relève; mais, dusséje en mourir, je sortirai de ce monde sans amer-

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