‹ Romans et nouvellesChapitre 103 sur 177 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tume et sans colère, avec la pensée consolante qu'il renferme des affections sincères, des sentiments vrais et durables. Adieu ; que mon souvenir vous soit doux, et que la vie vous soit légère !

Elle l'avait conduit jusqu'au pied de la tour. Ils se séparèrent après s'être embrassés tendrement. Henry devait partir le lendemain matin, par la carriole qui fait chaque jour le service de Pornic à Paimbœuf. Marianna demeura longtemps sur la plage à suivre du regard la lampe qui montait lentement d'étage en étage. Au bout de quelques instants, la chambre d'Henry s'illumina, la fenêtre s'ouvrit ; et le jeune homme, se penchant sur la barre, put voir un mouchoir blanc qui s'agitait dans l'ombre, en signe de suprême adieu.

Madame de Belnave avait trop présumé de ses forces et de son courage. Elle s'était fait de la présence d'Henry une trop longue habitude pour pouvoir s'en sevrer impunément. Il lui sembla qu'elle subissait un nouvel abandon. Elle avait cru, jusqu'alors, avoir épuisé la douleur jusqu'à la lie ; elle s'étonna de trouver encore tant de fiel au fond du calice. Le lendemain, elle se leva, découragée du sacrifice de la veille. Dans je ne sais quel espoir qu'elle ne s'avouait pas à elle-même, elle se rendit à la côte; et, grimpant sur le roc le plus élevé, elle laissa son âme et ses yeux courir vers la ville qui blanchissait aux feux du matin. Le soleil monta dans le ciel, les pêcheurs couvrirent la plage, les voiles sortirent du port : Henry ne parut pas. Elle alla s'asseoir aux lieux oiî ils s'étaient assis ensem-

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ble ; elle parcourut les bords qu'ils avaient parcourus tous deux ; ses plaintes n'éveillaient plus d'échos, ses larmes tonl^aient sur la grève aride. Elle crut que cette mortelle journée n'aurait pas de fin. Le soir, ayant tourné ses pas vers Pornic, elle s'arrêta devant la tour déserte, où elle avait été l'objet d'une si vive sollicitude ; puis, promenant autour d'elle un long et douloureux regard, elle reprit, en soupirant, le chemin de sa solitude. Dans l'amertume de ses pensées, elle accusait Henry, l'injuste! Elle se disait que ses scrupules l'avaient trouvé bien humble et bien docile, qu'il était parti bien vite, et qu'une amitié véritable ne l'eût pas ainsi délaissée. C'était un noble enfant, sans doute, mais d'enthousiasme et de découragement faciles ; prompt au sacrifice, mais sans suite dans le dévouement ; une de ces natures qui manquent de souffle, âmes sans profondeur, où les affections ne germent qu'à la superficie , tempéraments de paille chez lesquels l'héroïsme s'éteint aussi rapidement qu'il s'allume. Il était arrivé, séduit par la poésie de son rôle : il avait pris follement un caprice d'imagination pour une exigence de cœur. C'était moins qu'un ami , ce n'était qu'un poète : aux prises avec la réalité, il avait dû succomber à l'œuvre. Ces tristes réflexions avaient ramené madame de Beinave au village. Près de rentrer, sur le pas de sa porte, elle trouva Henry qui l'attendait. Elle craignit d'abord que ce ne fût une illusion , mais le jeune homme s'était levé et lui tendait la main; elle la prit, et, par un brusque mouvement de reconnaissance, elle la

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