‹ Romans et nouvellesChapitre 118 sur 177 · CHAPITRE XVII. 25i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. 25i

lisfaire : tourmenté, fiévreux, maladif, te! enfin que nous l'ont fait les poètes et les oisifs. Les poètes et les 'oisifs nous ont bien gâté l'amour ! Ils en ont exagéré les joies et les souffrances; d'une distraction, ils ont fait une lourde tâche : ils ont attaché des chaînes aux ailes de la fantaisie; à chercher le bonheur qu'ils n'ont pas rencontré, ils ont égaré le plaisir. Aussi l'amour, qui seul aurait pu soulager les tristesses de cette génération, n'aura-t-il été qu'un supplice de plus pour elle. Où voulez-vous qu'un pauvre jeune homme, vivant de peine et de travail, dans l'étroite sphère où l'enferme la nécessité, répande les sentiments que vous avez développés en lui? Où rencontrera-t-il, en descendant de sa mansarde, la femme parée de perfections que vous lui avez laissé entrevoir? où trouvera-t-il la fée de ses rêves, l'ange de ses illusions? Vous leur avez fait de l'amour un désir brûlant qui jamais ne se pose, une fièvre qui ronge sans cesse, une soif ardente qui ne s'apaise pas. Pourquoi leur avoir enseigné le mépris des jouissances moins pures et des voluptés plus faciles ? Pourquoi leur avoir créé cette affreuse lutte de l'âme et de la chair, de la terre et du ciel ? N'était-ce pas assez de tant d'ambitions et de douleurs qui se partageaient leurs jours ? Leur fallait-il aussi les rébellions du sang, les nuits embrasées et les cuisantes insomnies ?

Il l'avait bien rencontré, lui, l'ange de ses illusions ; mais plût à Dieu qu'il eût passé sa vie à le poursuivre dans le monde enchanté des chimères ! Quand l'amour s'offrit à lui, comme un calice d'à-

mertunie, il ne calcula rien, il n'espéra rien, il aima. Il avait cet âge où l'amour se suffit à lui-même : ce fut une flamme qui n'eut d'autre aliment que l'âme qu'elle embrasa. Jamais, auprès de Marianna, il ne profana d'un désir cette grande désolation qu'il jugeait lui-même éternelle ; jamais il n'éleva dans sa pensée l'édifice de son bonheur sur les débris de celui dont il contemplait la ruine. Il avait rêvé, lui aussi, des abnégations surhumaines ; il avait fait le roman de toutes les affections ; la tâche qui lui était échue ne passait pas ses espérances.

Exalté par la conscience de son héroïsme, il avait puisé dans la douleur qu'il assistait la force de supporter la sienne. Sa passion s'était tenue silencieuse et cachée devant cette immense infortune. Cependant, lorsqu'il vit cette femme, qu'il avait crue pour jamais ensevelie, s'éveiller jeune et belle encort- , et sortir de son linceul ; lorsqu'il la vit, comme un lis penché par l'orage, se relever, encore humide de ses larmes, mais prête à refleurir à de nouveaux rayons : c'est alors que, sentant l'amour et la jeunesse se révolter en lui, il se débattit dans le cercle inflexible du rôle qu'il avait accepté. Mais vainement : l'amant ne piît briser l'enveloppe de l'ami. Le prisonnier "*»! a limé les fers de son compagnon de chaîne, et qui le voit partir, insoucieux et libre, tandis qu'il resle, lui, condamné à traîner une servitude éternelle, n'éprouve pas un sentiment de rage et de désespoir plus profond que ne l'éprouva ce malheureux jeune homme en épiant la résurrection de Marianna. Ainsi, ce n'était pas pour lui qu'il avait arraché

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