‹ Romans et nouvellesChapitre 123 sur 177 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

ainsi que tu m'apparaissais, ange d'amour et de tendresse! Va, c'est bien toi que j'ai toujours aimé ! Je te reconnais bien ! C'est toi qui visitais mon inquiète jeunesse, c'est toi qui parlais à mes seize ans étonnés et rêveurs. Que de fois, aux champs de la patrie, j'ai poursuivi ton ombre fugitive! que de fois j'ai vu ton visage se pencher sur le mien, me regarder et me sourire ! J'écoutais ta voix dans le murmure du vent, je respirais ton haleine au courant de toutes les brises. Et te voilà, réveil plus doux que le rêve, réalité plus enchantée que l'illusion ! Tu as passé sur mes mauvais jours comme le soleil sur une pluie d'orage. J'ai secoué mon hiver, et mon printemps a refleuri. Il me semble, à cette heure, que j'ai rêvé le désespoir. Ma vie n'a commencé qu'à toi. Mais quel ange es-tu donc, toi que tant de douleur n'a pu décourager, et qui t'es attaché silencieusement à mes pas? Quel ange es-tu, toi qui m'as sauvée de moi-même, et qui, pour prix de ton dévouement, ne demandais rien que le droit de t'abreuver de mes souffrances? Parle-moi, redis-moi ces jours d'amour que je te dois et que je te rendrai. Ton passé m'appartient : ouvre-moi mes trésors, livre-moi mes richesses, récite-moi toute ton âme.

Et tous deux revenaient sur les jours écoulés ; et Henry redisait l'histoire de son cœur, ce qu'il avait senti, ce qu'il avait souffert depuis l'heure où il avait vu Marianna pour la première fois jusqu'à celle où, désespéré, il avait voulu mourir. Et Marianna ne se 'assait pas de l'entendre, elle s'enivrait

de cette parole ardente et passionnée qui résonnait à ses oreilles comme une musique céleste.

— Tu voulais mourir ! disait-elle ; tu désespérais du bonheur, enfant, et tu voulais mourir! Mon trouble et mon silence ne te disaient donc rien? Le vent de la nuit ne t'a donc rien porté des paroles que je murmurais, le regard attaché sur ta lampe? Viens là, viens sur mon sein prendre ta part des joies dont tu l'inondes, et laisse dire ces faibles cœurs qui, frappés une fois , n'ont pu se relever, et qui condamnent la passion pour excuser leur impuissance. Ils n'ont jamais aimé, ceux-là! Hélas! je voudrais t'apporter une beauté sans tache, suave et pure comme la tienne ; mais à quelques déceptions que mon cœur se soit abreuvé, je le sens, avec orgueil, digne de reposer sur le tien. Te semble-t-il que la souffrance en ait attiédi les ardeurs ? Est-ce une ombre pâle et glacée que tu as tirée du tombeau ? est-ce une âme appauvrie qui te supplie de ménager en elle un reste de chaleur et de vie? Va, ne crains pas de me briser sous tes transports, ne dis pas à ton sang de battre moins vite: aime-moi de tout ton amour. J'ai respiré ta jeunesse, et je suis jeune comme toi. A quoi donc, je te le demande, mon cœur se serait-il usé ? Ah ! tu le sais bien, ce n'est pas au bonheur ! Et c'est ma joie, ma gloire, de penser qu'avant de te connaître je ne savais que la douleur. Tu m'as tout appris, tu m'as tout révélé. Ce n'était pas assez pour toi de me sauver du désespoir: après m'avoir conservé la vie, cette vie dont je ne voulais pas, tu m'as donné la vraie,

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