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CHAPITRE XVIll

celle de l'âme. Enfant, et tu voulais mourir ! Qu'ils meurent, ceux-là qui ne sont pas aimés! Toi, tu peux vivre, Henry; et s'il est vrai que l'amour suffit à tes ambitions, réjouis-toi, car ta destinée sera belle.

Et leurs jours fuyaient dans ce profond oubli de ■toutes choses que les amants connaissent seuls. Leurs existences ne tardèrent pas à se confondre comme leurs âmes. Henry avait moins d'orgueil que d'amour : sa pauvreté n'eût pas rougi de se mêler à la fortune de Marianna. Cette fusion s'opéra de telle sorte, que la délicatesse la plus timorée n'aurait pu s en effaroucher. Ils échangèrent tour à tour leur fortune et leur pauvreté. Ils décidèrent, avec une joie d'enfant, qu'ils vivraient tour à tour l'un chez l'autre, se faisant réciproquement leshonneurs, l'ui? de sa mansarde, et l'autre de son palais. Il fut fait ainsi qu'ils l'avaient décidé; et ce fut une vie charmante, pleine de ces accidents pittoresques, de ces poétiques contrastes sans lesquels le bonheur s'ennuie, s'altère et dépérit. Ils passaient alternativement huit jours chez Marianna et huit jours chez Henry, C'étaient, chez madame de Belnave, toutes les recherches du luxe et du bien-être, l'amour sur les tapis, à la lueur des flambeaux, sousles rideaux de soie; mais les plus heureux jours, les jours les plus rapides, s'écoulaient chez Henry, et le palais était jaloux de la mansarde. Aussitôt qu'expirait le règne de Marianna, comme deux écoliers échappés du collège par quelque matinée d'avril, ils partaient d'un pied léger et d'un cœur rempli d'allégresse;

ils montaient follement l'escalier étroit et tortueux .) et ce n'était jamais sans de joyeux transports qu'ils s'emparaient de leur petite chambre, toujours prête à les recevoir. Qui pourrait dire tout ce que ce pauvre nid d'artiste et de poëte abrita de bonheur et d'amour ! C'était un modeste réduit placé bien près du ciel ; mais les bruits de la rue n'y arrivaient jamais; et, le soir, parla fenêtre ouverte sur d'immenses jardins pareils à des forêts, ils voyaient le ciel descendre au lointain horizon et se cacher derrière les collines. L'appartement se composait d'une seule pièce; mais ils ne pouvaient vivre un instant séparés. Il ne s'y trouvait ni tapis ni tentures ; mais les fleurs préférées de Marianna y entretenaient un éternel printemps. Quelques rayons clair-semés y faisaient semblant de bibliothèque ; mais Marianna y rencontrait ses livres de prédilection. Enfin, les repas n'étaient guère somptueux, la table était bien quelque'peu étroite, le couvert n'eût pas trop révolté l'austérité d'un anachorète ; mais ils n'avaient point de visages étrangers autour d'eux, Henry servait sa belle maîtresse, leurs pieds s'entrelaçaient aisément, leurs regards se touchaient et leurs lèvres buvaient au même verre. C'étaient leurs vrais jours de fête! Ils se sentaient plus jeunes, plus imprévoyants, plus isolés du reste du monde. II leur semblait respirer un air plus libre et plus pur. Et puis c'était dans sa chartreuse qu'Henry déployait toutes les ressources de son cœur et de son esprit : c'était !à qu'il mettait enjeu tout ce qu'il avait de passion, d'entraînement et de jeunesse, comme pour siip-

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