‹ Romans et nouvellesChapitre 125 sur 177 · CHAPITRE XVII!. 27i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII!. 27i

piéer au luxe absent par la richesse de son âme. Il y a dans les coquetteries de la pauvreté je ne sais quel charme adorable dont la fortune ne soupçonne même pas le secret. Marianna, de son côté, se prê'tait avec une grâce infinie aux allures de cette position nouvelle. Elle avait, elle aussi, mille coquetteîles de bonheur pour rassurer la tendresse d'Henry, pour offrir à l'humble toit un triomphe de tous les instants. C'avait toujours été son rêve et son espoir de s'attacher à quelque destinée proscrite et de tout abdiquer pour elle : ce rêve et cet espoir semblaient se réaliser. Elle étanchait enfin la soif de dévouement qui l'avait dévorée jusqu'alors. Elle aimait d'ailleurs cette folle existence, elle aimait cette chambre qu'elle avait tant de fois visitée dans ses songes; elle était fière de répandre la joie dans cet asile où Henry avait désespéré de la vie. Seulement elle aurait voulu son amant encore plus délaissé des hommes et de Dieu, misérable, maudit, marqué au front par la fatalité. Elle se plaignait du sort qui ne lui laissait rien à faire.

Et cependant le sort lui avait ménagé une assez belle gloire, celle de relever par l'amour ce courage que l'amour avait abattu \ de ranimer dans ce cœuf les nobles passions qu'une seule y avait étouffées; de tracer à cet enfant, d'une main à la fois tendre et sévère, la règle de conduite qu'il avait désormais à suivre. Madame de Belnave ne se dissimulait pas ces devoirs : elle en comprenait la gravité, et ne cherchait pas à s'y soustraire. Elle se plaisait à discuter avec Henry les intérêts de son avenir j mais les

questions sérieuses ne tenaient guère contre la fièvre qui les consumait. C'était chaque jour quelque projet de travail qui s'en allait, je ne sais où, rejoindre le projet de la veille. Quand, après avoir bien examiné les différents états de la société, Marianne, se tournant vers Henry, lui demandait: — Voyons, que veux-tu faire? — Je veux t'ainier, répondait-il en lui jetant ses bras autour du col; et toujours on renvoyait les affiiires au lendemain. Ainsi les jours et les mois s'envolaient, les emportant tous deux dans un courant irrésistible. Henry s'endormait dans son ivresse, et Marianna ne se sentait pas la force de le réveiller. Leur bonheur était si nouveau ! Henry avait devant lui tant d'années qui promettaient d'être fécondes !

Cette faiblesse ne tarda pas à devenir chez madame de Belnaveun calcul et un système. Elle avait beau protester de la jeunesse de son cœur : la foi était morte en lui ; et, malgré tous ses efforts pour le raviver, elle sentait le doute rongeur se glisser dans sa joie, et en miner sourdement l'édifice. Elle avait des heures de découragement et d'effroi où le passé lui prédisait l'avenir, où son enthousiasme affaissé reployait tristement ses ailes. Le temps n'était plus où elle puisait avidement au bonheur sans imaginer que la source en fût tarissable. George avait tué en elle la confiance, cette fleur de l'âme qui ne fleurit qu'une fois. Elle recueillait déjà les fruits amers de l'expérience.

— Tu m'aimes, disait-elle parfois à Henry avec une mélancolie passionnée ; ah I oui, tu m'aime?

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