CHAPITRE XXI
Avez-vous jamais, sous un ciel de feu, entrepris à
300 HARIANNA.
pied une longue course? Il venait une heure où, la corps échauffé par la marche, vous perdiez le sentiment de votre lassitude, et vous alliez, ne sentant plus vos lèvres desséchées, ni vos yeux brûlés paf la poudre embrasée de la route, ni vos pieds gonflés et saignants; vous éprouviez l'ivresse de la fatigue. Mais si, vous laissant prendre aux séductions de quelque bouquet d'arbres jeté sur le bord du chemin, vous vous asseyiez à l'ombre pour rafraîchir un instant votre front, quand il fallait vous relever, c'en était fait de vos forces et de votre courage. Vos muscles n'avaient plus de ressort; vos pieds meurtris refusaient d'avancer, tous vos membres endoloris se plaignaient et criaient à la fois.
C'est exactement ce qu'éprouva madame de Belnave au retour d'Henry. Lorsque, après ces jours de vacances, il lui fallut reprendre sa tâche, son âme ressentit une accablante lassitude et refusa de se relever. Mais Henry était là, comme un créancier inexorable ! Vainement Marianna tourna vers lui un regard suppliant. Il fallut se lever et le suivre. Elle essaya : elle se roidit d'un dernier effort ; elle le suivit d'un pas haletant.
Ce n'était pas un faible cœur, non plus qu'un médiocre courage : c'était surtout un immense orgueil. Harassée, n'er pouvant plus, les pieds en sang, le visage en sueur, elle étouffa le cri de sa défaite. Henry l'observait avec cette sombre inquiétude qui précède la fin du bonheur. En apparence, leur vie n'avait pas changé ; c'était toujours la même union, le même échange de tendresse; mais, de