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CHAPITRE XXI

fin sourire. — Il se confondit en serments et en protestations de tout genre. Quoique tueur de loups, on se piquait d'avoir conservé les belles traditions de la galanterie française ; on vivait dans les bois, mais on savait son monde. S'il ne s'était pas présenté les années précédentes, c'est qu'il ignorait les aventures de sa belle cousine. Il lâcha quelques allusions délicates qui amenèrent le rouge de la honte au front de Marianna, et, par-ci par-là, de petits compliments qui firent bondir Henry sur son siège. Le vicomte l'observait avec inquiétude, et se demandait en lui-même quel était ce jeune loup qui lui montrait les dents et le regardait de travers.

Près de se retirer, sur le seuil de la porte, il appliqua le verre d'un binocle sur son œil gauche j puis, se tournant du côté d'Henry :

— C'est un parent? demanda-t-il à Marianna, assez haut pour être entendu du jeune homme.

— Non, monsieur, c'est un amant, dit celui-ci, pâle et froid de colère.

Le vicomte salua et sortit.

— Êtes-vous fou, Henry? s'écria madame de Belnave vivement blessée.

Henry se leva ; le bleu de ses yeux était noir, ses lèvres blanches et tremblantes.

— Vous êtes fou ! répéta-t-elle avec humeur. Pour qui donc voulez-vous me faire passer ici ? Avez-vous résolu de chasser toutes les personnes qui se présentent chez moi? En vérité, Henry, je n'ose paa qualifier votre conduite.

— Moi, dit Henry en lui prônant la main, qu'il

Serra comme dans un étau , j'oserai qualifier la vôtre, et je suis bien aise que cette occasion s'offre enfin de vous en dire mon avis, car voilà trop longtemps que cela dure : Marianna, votre conduite est infâme !

— Ah! laissez-moi! s'écria-t-elle, en cherchant à dégager sa main de la main de fer qui l'étreignait.

— Vous m'entendrez, poursuivit Henry. J'ai dit et je répète infâme ! Pour qui voulé-je vous faire passer ici? demandez-vous. Je vous réponds ; Pour ma maîtresse. Suis-je autre ciiose que votre amant, moi? Je vous le demande à mon tour. Si j'ai résolu de chasser de chez vous les personnes qui s'y présentent? Je vous réponds : Oui ! et je m'étonne seulement que vous m'en laissiez le soin. Puisque vous voulez que je vous le dise, depuis quelque temps il se passe ici d'étranges choses, et je trouve que vous oubliez bien promptementquenousne sommes plus de ce monde, nous autres ! Lequel de nous deux, je vous prie, a dit à l'autre le premier : Vis dans notre amour ! ne livre pas tes jours à cette mer de boue qui s'agite à nos pieds! qu'irais-tu faire parmi les hommes? cache ton âme dans la mienne ! Lequel de nous deux, vous ou moi, a le premier parlé de la sorte? Est-ce moi qui vous ai séquestrée de la foule? Est-ce moi qui vous ai conseillé l'oubli des exigences sociales , le sacrifice de vos ambitions ? Vous seriez bien embarrassée pour me répondre. Et voilà que maintenant l'amour ne vous suffit plus ! Vous éprouvez je ne sais quel besoin intempestif d'estime et de considération! Vous craignez qu'on ne vous compromette! Il est temps, vraiment, de

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