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CHAPITRE XXI

avait bien tenté à plusieurs reprises d'en rompre la paix et le silence ; Marianna, de guerre lasse, avait éludé toutes les occasions. Elle semblait paisible et recueillie, tout entière absorbée par les rosaces qui s'épanouissaient sous ses doigts. Henry marchait dans la chambre, irrité de l'attention qu'elle donnait à son travail, souffrant de ne rien faire et de la voir occupée.

— Vous vous perdez les yeux, dit-il entln, en lui enlevant son ouvrage. Puis il continua de se promener dans la chambre. Marianna prit un livre et se mit à lire. Cette impassibilité fit bouillonner le sang du jeune homme, qui n'attendait qu'un mot de sa maîtresse pour aller s'asseoir à ses pieds.

Il s'étendit sur un divan, et se tournant vers elle avec une nonchalance affectée :

— A propos, dit-il d'un air distrait, j'ai reçu ce matin une nouvelle qui vous intéressera peut-être.

— Quoi donc ? demanda-t-elle sans interrompre sa lecture.

— George Bussy vient de se marier, répondit Henry.

Madame de Belnave resta silencieuse, immobile, les yeux abaissés sur son livre.

— Oui, poursuivit-il lentement, il s'est marié. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que ce vieux cœur s'est, dit-on, rajeuni dans le mariage : il n'est bruit au pays que de son amour pour sa femme. Il est vrai de dire qu'il a épousé le plus riche parti du département; ajoutez à cela, s'il vous plaît, la plus belle fille de vingt lieues à la ronde, en même temps la plus belle âme au'ait jamais recelée la province.

Je la connais, je puis en parler avec assurance : c'est une de ces chastes fleurs qui croissent à l'ombre des bois et ne sont pas dans le secret de leurs parfums et de leur fraîcheur. Ce sera pour sûr une noble épouse. Vous conviendrez que notre ami ne pouvait faire une plus heureuse fin. C'est un homme rangé, à cette heure, jouissant de l'estime de ses concitoyens. Vous ne serez pas fâchée d'a^tprendre qu'il se porte comme candidat aux prochaines élections, et qu'il a pour la députation des chances presque certaines. Nous irons l'entendre à la chambre. Mais qu'est-ce donc que ce livre qui vous absorbe de la sorte? ajouta-t-il en se levant : voilà bien longtemps, il me semble, que vous n'avez tourné la page. Il s'approcha de Marianna, et prit froidement le livre qu'elle tenait entre ses mains : les feuillets en étaient tout humides.

— Vous pleurez donc? lui demanda-t-il.

Marianna ne répondit pas.

— Pourquoi pleurez-vous ? dit Henry, en lui prenant rudement la main.

— Je ne sais pas, répondit-elle d'une voix étouffée, en essuyant ses yeux.

— Moi, je le sais, et je vais vous le dire ! s'écriat-il avec emportement.

— Non, non ! s'écria Marianna, qui prévit un affreux orage. Non, vous ne le savez pas. Ne le dites pas, laissez-moi vous le dire. Vous ne savez rien ; Henry, vous n'êtes qu'un enfant. Eh bien ! oui, c'est vrai, je pleure ; pardonnez-moi, ne vous irritez pas. 11 n'y a rien dans ces larmes qui doive vous offen-

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