CHAPITRE XXII
■^ Je suis venu, poursuivit-il après s'être un instant recueilli, pour vous aider à réparer, autant qu'il peut être réparé, le mal que vous avez causé sans le vouloir.
— Eh ! le puis-je, mon Dieu ! s'écria-t-elle avec désespoir. Il déchire mon cœur pour y chercher les biens qui n'y sont plus, et ne veut pas de ceux que je pourrais encore lui offrir. Il ne comprend rien, il ne veut rien comprendre ! ajouta-t-elle avec un mouvement d'humeur.
— Nous avons été comme lui, dit George, il ne faut pas lui en vouloir : il aura son tour, il comprendra plus tard. A cette heure, il faut le sauver.
— Dites, ah I dites, s'écria-t-elle ; est-il besoin de tout mon sang?
— Il est besoin de tout votre courage.
— Que faut-il faire?
— Le quitter.
— Jamais, monsieur, jamais! répondit-elle avec une noble indignation.
— Il faut le quitter, répéta George avec sangfioid. Votre âme est grande et généreuse, je le sais ; je sais que vous vous résigneriez à mourir plutôt que de vous retirer la première du duel où vous êtes tous les deux engagés. Mais il s'agit de lui et non de vous. Votre destinée est achevée : la sienne peut encore être belle.
— S'il en est ainsi, monsieur, démontrez-lui que ije suis un obstacle à son bonheur, et, quand il l'exigera, je me soumettrai sans murmurer à ce dernier sacri^'^e. Je rentrerai, pour ne plus en sortir, dans
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la solitude où vous m'avez plongée. Mais, je l'avoue, je suis sans force contre sa douleur; et ce lien, dûtil m'étouffer, n'espérez pas que je le brise.
— Vous le briserez, dit George, parce que ce n'est pas vous, mais lui qu'il étoufferait tôt ou tard; vous en aurez la force, parce que lui ne saurait la trouver. Il ne comprend rien, il ne veut rien comprendre : vous-même le disiez tout à l'heure. C'est donc pour lui, madame, pour lui seul que je vous prie et vous adjure : que la pitié vous rende cruelle! S'il fallait, pour sauver votre sœur, lui plonger un couteau dans ie sein, si votre main était la seule qui pût la sauver à ce prix, votre main hésiterait-elle? Oui, Marianna, vous l'avez dit, vous êtes un obstacle dans sa vie : vous dévorez ses jours, sans profit pour vous, sans profit pour lui-même. Son père en gémit; au pays, ses amis en murmurent; on s'afflige devoir sa jeunesse s'écouler sans travail et sans dignité. Vous l'avouerai-je ? on va jusqu'à vous blâmer hautement.
— Que voulez-vous? dit Marianna que ces reproches irritaient, il ne fait rien, il ne veut rien faire 1
— Il aime, répondit Bussy ; vous appelez cela ne rien faire. Je sais des malheureux qui travaillent vingt heures par jour et qui accomplissent, à mon sens, un préférable labeur : il leur reste quatre heures pour dormir et pour oublier. Ah! sauvons-le, nel'accusons pas. Réveillez dans votre cœur ce qu'il y reste de tendresse, d'affection et de dévouement, pour le rendre aux devoirs qui le réclament. I! connnen- ^erapar vous maudire, mais un jour il vous bénira.