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CHAPITRE xxm

Tous ti'ois restèrent silencieux, frappés de la même pensée. C'était la seconde lois qu'ils assistaient ensemble au dénoûment d'un pareil drame. Les personnages étaient les mêmes; seulement les rôles étaient changés.

— Qu'est-ce que cela signifie ? dit enfin Bussy en prenant dans sa main la main armée d'Henry.

— Cela signifie, répondit le jeune homme, que je veux la tuer, et me tuer ensuite ! Et peut-être teraisje bien de commencer par toi , ajouta-t-il en le regardant d'un œil fauve.

— Allons donc ! dit George en le désarmant, vous êtes fouc

Sans s'expliquer pourquoi, Henry subit cette influence. Il se jeta sur un divan, et sa fureur s'abattit en larmes et en sanglots. Marianna pleurait de son côté et se tordait les bras ; forte contre la colère de son amant , elle se trouvait lâche en présence de sa douleur. George les contemplait tous deux.

— Henry, s'écria madame de Belnave, je ne partais que pour vous sauver. Dieu m'est témoin , et George aussi, que ce n'était pas vous que je sacnliais en partant. Eh bien, dites un mot, je reste.

Elle voulut s'élancer vers lui ; George la repoussa^r et s'approchant d'Henry :

— Ce mot, tu ne le diras pas. Tu ne seras pas moins fort que cette faible femme, tu auras le courage d'accomplir pour elle ce qu'elle voulait accomplir pour toi.

— Va-t'en ! s'écria Henry; Marianna, ne l'écoute pas. Il est jaloux de ton bonheur et du mien.

— Jaloux de votre bonheur? dit tristement Bussy; tu ne le penses pas. Va, je le connais, ce bonheur j je l'ai vidé jusqu'à la lie.

— Va-t'en ! répéta Henry : c'est toi, monstre, qui m'as perdu !

— C'est pour cela que je veux te sauver, et je te sauverai, dussé-je déchirer ton cœur et le mettre en lambeaux ! Henry, Marianna ne t'aime plus.

— Il ment, cria Marianna, je vous aime!

— Elle ne t'aime plus, te dis-je.

— Qui donc me trompe de vous deux ? dit Henry.

— C'est elle ! répliqua George. Et ne le sens-tu pas? faut-il encore que sa pitié t'abuse? Tu as lassé son cœur comme elle avait lassé le mien. C'est elle qui l'a dit: elle est Bussy et tu es Marianna ! Souffre donc ce qu'elle a souffert, ce que j'ai souffert avant vous deux. Ce que je lui disais autrefois, je te le répète : Hélas ! tu sentiras un jour combien les turbulentes ardeurs d'un cœur jeune et rempli d'orages sont importunes au cœur fatigué qui n'aspire plus qu'au repos. Et peut-être alors lui pardonneras-tu, peut-être cssayeras-tu un retour moins sévère sur ces jours abreuvés de tes larmes : on t'enseignera l'indulgence.

— Va-t'en ! s'écria Henry, porte ailleurs tes hideuses maxinaes, porte au bagre la dépravation de ton âme !

La tête cachée dans ses mains, Marianna pleurait à chaudes larmes.

— 0 mon enfant! s'écria George d'une vorx attendrie , ô mon cher enfant, tu souffres bien sans

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