CHAPITRE XXVII
— Votre sœur est là, dit-il.
Et, s'éloignant du bruit et de la foule, il s'enfonça dans les terres.
Madame Valtone marcha droit au rond-point. Marianna était étendue sans connaissance sur le gazon. Noëmi se jeta sur elle en criant : — Ma sœur ! ma sœur ! ma sœur bien-aimée ! Elle lui prit la tête entre ses mains et la pressa contre son cœur, en rinondant de pleurs et de baisers. Marianna ne répondait pas; ses yeux étaient fermés, sa figure livide, son corps froid et inanimé. — Marianna ! Marianna ! ma sœur bien-aimée ! criait Noëmi. Les yeux de Marianna s'entr'ouvrirent, mais pour se fermer aussitôt. — Morte! je suis morte! murmura-telle ; il m'a tuée d'un regard. — Tu vis ! tu vivras ! s'écria Noëmi se levant avec transport. Elle courut au château, et revint, suivie de Marinette. Elles prirent dans leurs bras l'infortunée qui ne donnait plus aucun signe de vie, et la portèrent dans sa chambre, où nul n'avait pénétré depuis son départ de Blanfort. En moins d'un instant, tout fut préparé; un grand feu brilla dans l'âtre, l'air fut relouvelé; le lit blanc s'ouvrit, comme un linceul, pour recevoir Marianna morte ou mourante. Noëmi envoya chercher Mariette. Dès qu'elle fut seule prè* de sa sœur, s'agenouillant au pied du lit, elle pria avec ferveur. — Mon Dieu ! dit-elle le front dans la poussière, si j'ai bien mérité de votre bonté par toute une vie de résignation, je vous abandonne. Seigneur, la récompense que vous me réservez ; jo
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la laisse entre vos mains pour racheter les fa? '.es de cette chère créature.
Madame de Belnave ne tarda pas à être prise d'une fièvre ardente. Ses joues s'étaient colorées ; ses yeux brillaient d'un sombre éclat, ses mains étaient sèches et brûlantes. Quand Mariette fut installée au chevet de sa maîtresse, Noëmi descendit dans la prairie, de peur qu'on n'y remarquât son absence. Personne ne se doutait de ce qui se passait au château. Attablé sous une tente, sa fille sur ses genoux, M. Valtone s'entretenait avec les ouvriers de la forge. Il se faisait tard ; les flacons étaient vides, les danses avaient cessé ; déjà la foule s'éloignait en groupes chantants. M. Valtone se retira dans sa chambre, sans se préoccuper de l'absence de M. de Belnave ; il comprenait qu'en un pareil jour son ami cherchât le silence et la solitude. Après avoir endormi sa tille, Noëmi s'échappa de l'appartement; et, assise sur l'un des degrés du perron, elle attendit le retour de son beau-frère. Les heures s'écoulèrent ; la lune s'enfonça à l'horizon connne un disque de fer rouge : M. de Belnave n'avait point paru. Enfin Noëmi l'aperçut qui s'avançait vers le château. Elle alla droit à lui.
— Mon frère, je vous attendais, lui dit-elle.
— Noëmi, répondit M. de Belnave, vous savez qu'il a été convenu entre nous que vous ne me parleriez jamais d'elle.
— Ce n'est pas pour madame de Belnave que je viens vous supplier, dit Noëmi avec assurance; c'est pour Marianna de Vieilleville, c'est pour ma sœur.