‹ Romans et nouvellesChapitre 174 sur 177 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Mon ifère, écoutez-moi. Depuis notre retour de Paris, la femme qui vous parle à cette heure n'a eu qu'une étude, celle de remplacer auprès de vous, autant qu'elle pouvait le faire, l'épouse que vous aviez perdue. Soins, prévenances, tendresse, sollicitude, tout a été pour vous, mon frère, au point qu'en voyant ce qui se passait à Blanfort on eût dit que c'était M. Valtone, et non vous, qui traînait ses jours dans le veuvage. Loin de s'offenser de l'affection que je vous témoignais, M. Valtone l'encourageait lui-même; et, s'il est vrai de dire que jamais plus noble cœur ne fut si cruellement frappé, il est juste d'ajouter que jamais douleur moins méritée n'inspira de sympathies plus vives ni plus profondes.

— Vous avez été pour moi un ange de bonté 5 vous êtes, Noëmi, une adorable créature.

— Ah ! s'écria-t-elle, pardonnez-moi de vous parler ainsi; je ne suis qu'une humble femme. Mais s'il est vrai que je sois parée à vos yeux de quelques mérites, souffrez que je vienne auprès de vous en réclamer le prix. Je vous l'ai dit, mon frère, je viens vous prier pour ma sœur.

— Quand elle eut brisé ma vie, répondit M. de Belnave, je lui restituai ses biens, ne me réservanl que le droit de les administrer pour elle. Jamais un cri de ma douleur n'est allé la troubler au milieu de ses félicités; mais, pensant que le jour viendrait où, brisée à son tour, elle aurait besoin d'un asile pour cacher son désespoir et peut-être aussi ses remords, j'ai veillé à ce que Vieilleville fiît toujours

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prêt à la recevoir. Ce que j'ai fait, vous le savez; pensez-vous que je me sois bien cruellement vengé?

— Comme un noble cœur que vous êtes, s'écriat-elle.

— Qu'exigez-vous donc à cette heure? demanda M. de Belnave.

— Je n'exige rien, je supplie. Je ne vous supplie pas de lui rendre le titre saint qu'elle a répudié, elle-même n'oserait le reprendre; ni d'oublier le passé, le passé est irréparable ; mais seulement d'être bon pour elle, d'avoir pour la sœur de votre Noëmi quelques regards d'indulgence , quelques bienveillantes paroles. Mon frère, elle a bien souffert! Si vous vous êtes montré dur et cruel, c'est que vous ne l'avez pas regardée. C'est une âme brisée, elle aussi ; et, quelque mérité que soit leur châtiment, nous devons tendre la main à ceux qui nous ont offensés, pour qu'un jour Dieu nous tende la sienne.

M. de Belnave pressa Noëmi sur son cœur et lui dit:

— Que votre sœur soit la bienvenue sous le toit de Blanfort !

— Merci, mon frère, merci! dit-elle.

Elle acheva la nuit au chevet de Marianna. Vers le matin, le délire cessa, la lièvre s'abattit; madame de Belnave tomba dans un profond assoupissement. Sa respiration était paisible, son pouls calme et mesuré. Elle dormit longtemps ainsi, et ne s'éveilla que vers le milieu du jour. Quand elle ouvrit ses yeux encore appesantis, elle aperçut près d'elle

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